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EXPOSITION DE LA MÉTHODE

Lorsqu’on jette un coup d’œil sur le grand nombre et la 'variété des combinaisons que peuvent produire cinquantequatre corps simples, on conçoit à peine la possibilité de comprendre dans une même classification analytique celte multitude de corps connus sous les divers noms d’oxides, d’acides, de sels, d’alliages, de composés binaires sulfurés, phosphu-

1 Ilandbuch der analytisçhen Chemie.

rés, etc. Mais lorsqu’on fait attention que toutes ces suhslances peuvent être transformées en sels quand elles ne se présentent pas à cet état, et que le nombre de ces sels est assez limité, il est aisé de s’apercevoir qu’il est possible de simplifier considérablement nos recherches, puisqu’il suffira de les borner à l’étude des sels, forme à laquelle il est possible de ramener toutes les substances minérales connues. Il ne s’agira plus que de trouver un moyen sûr et facile de reconnaître les sels, pour pouvoir par suite déterminer avec une égale facilité la nature de tous les corps, sous quelque forme qu’ils se présentent. Prenons pour exemple le sulfure de zinc (blende) que l’on rencontre ordinairement dans la nature sous la forme d’une matière brune noirâtre, et dont les caractères minéralogiques et même chimiques sont assez obscurs; au lieu de chercher dans les propriétés de ce sulfure le moyen de le reconnaître, nous le transformerons de suite en sulfate, dont il sera facile de déterminer la nature au moyen de la méthode que nous avons appliquée à l’étude des sels (voyez page 17 et les suivantes). Mais il ne suffira pas de savoir que la matière inconnue a été transformée en sulfate de zinc, il faut aussi connaître l’état dans lequel se trouvaient primitivement le soufre et le zinc de ce sulfate ; nous indiquerons plus bas le moyen de résoudre cette question. Ce que nous avons fait pour le sulfure de zinc, nous l’appliquerons à tous les corps qui peuvent s’offrir à nos recherches, quelle que soit d’ailleurs leur nature.

Je suppose maintenant que nous ayons à examiner une matière inconnue quelconque; voici comment il faudra la traiter. Si la forme, sous laquelle elle se présente, laisse quelque doute sur sa nature inorganique, on s’assurera d’abord si elle appartient au règne minéral en la mettant sur les charbons ardens, et ensuite en la traitant par l’acide sulfurique concentré; si la substance ne noircit pas dans ces deux cas, elle appar-

tient à la classe des corps minéraux : on la traitera ensuite par l’eau distillée, après l’avoir réduite en poudre j on filtrera et on examinera le liquide filtré d’après la méthode §. I. L’eau distillée peut dissoudre des sels, des acides et des oxides : on distinguera facilement ces deux dernières classes de substances au moyen du papier de tournesol bleu ou rouge, et encore mieux par l’absence de l’im ou de l’autre des deux principes salifiables (de l’oxide ou de l’acide); on examinera, au reste, l’oxide comme au §. I, et l’acide comme au §. II (voyez pages 17 — 24). Si la dissolution par l’eau distillée n’a pas été complète, on soumet le résidu insoluble à l’action de l’acide nltro-bydrochlorique aidée par une douce chaleur; la nouvelle dissolution que l’on obtiendra de cette manière, sera examinée comme aux §. I et §. IL Toutes les substances se dissoudront dans l’eau régale, excepté le sulfate de baryte, le sulfate de strontiane, le sulfate de chaux, le sulfate de plomb, le chlorure d’argent et la silice.

Il est important de remarquer que l’eau régale n’agit point dans cette circonstance comme simple dissolvant, mais qu’elle transforme les substances sur lesquelles elle a de l’action en sels solubles dans l’eau, et surtout dans l’eau acidulée. En effet, les matières que l’eau distillée n’a pu dissoudre, et qui sont solubles dans l’acide nitro-hydrochlorique , sont ou des métaux, ou des oxides*, ou des composés binaires sulfurés, phosphurés, etc., ou, enfin, de sous-sels susceptibles de passer à l’état de sels acides sous l’influence de l’eau régale. La transformation de ces diverses substances en sels a lieu par suite de la décomposition de l’acide nitrique, qui cède une partie de son oxygène aux corps non oxygénés, et se dégage en partie à l’état de gaz dcutoxide d’azote, tandis que l’acide hydrochlorique se combine avec le nouvel oxide pour le convertir en hydrochlorate soluble dans l’eau; ou bien, si l’eau

régale a été faite depuis long-temps (et alors elle doit être regardée comme un mélange de chlore et d’acide nitreux), le chlore détermine l’oxidation de la matière insoluble'par suile de la décomposition de l’eau, en même temps qu’il est lui-même transformé en acide hydrochlorique , capable de dissoudre l’oxide qui vient de se former. Dans tous les cas le résultat ;de cette action sera un hydrochlorate, si la matière que l’on veut dissoudre est uu oxide ou un corps simple oxidablej ou bien, si c’est un composé binaire, ce sera un sel qui aura pour radicaux les deux élémens du composé, pourvu que l’élément électro-négatif bu acidifiahle ne soit pas susceptible de former un sel qui puisse être décomposé par l’acide hydrochlorique. Ainsi-, par exemple, le phosphure de plomb sera converti en' phosphate de plomb; tandis que le carbure de fer (l’acier) sera transformé en hydrochlorate de fer et en acide carbonique (le carbonate de fer qui devait se produire étant décomposable par l’acide hydrochlorique). Or, comme tous les hydrochlorates ou chlorures, excepté celui d’argent', sont solubles dans l’eau; que tous les phosphates, borates, arséniates et la plupart des sulfatasse dissolvent dans l’eau acidulée, il est évident que l’acide chloro-nitreux doit dissoudre la plupart des substances minérales: j’ai indiqué plus haut le petit nombre de substances qui font exception.

• Nous pouvons conclure de ce qui précède, que, toutes les fois que nous pourrons constater dans la dissolution obtenue par l’eau régale une base quelconque, ou un acide autre que l’acide nitrique ou hydrochlorique, les radicaux de cette base et de cet acide existaient primitivement dans la matière que l’on examine. Il ne s’agit plus que de déterminer à quel état

1 Le prolochlorure de mercure devient également soluble par le seul contact de leau régale, en se transformant en deuto.

66 trouvaient cés difteretates substances dans le mélange inconr nu ; les considérations snivantes peuvent nous guider dans la solution de ce ’problènie. ' .

Nous ne perdrons pas de vue, d’abord, que les acides ne.peuvent dissoudre un corps solide qu’autant que celui-ci est déjà oxidé; de là un moyen facile de reconnaître si une substance est combinée à l’oxygène, ou si elle ne l’est pas. En efiet, si nous la traitons par l’acide nitrique étendu d’eau, et à une douce chaleur, cet acide la dissoudra sans se décomposer si elle est déjà oxidée; dans le cas contraire, il ne pourra la dissoudre qu’en lui cédant une partie de son oxygène pour la transformer en base salifiable (ou en acide, si le radical sur lequel il doit agir, est acidifiable): cette réaction est alors manifestée par un dégagement de gaz acide nitreux^, résultant de la décomposition d’une partie de l’acide nitrique. Si nous étendons cette observation aux dilférens cas particullei's qui peuvent s’offrir dans la pratique, nous verrons qu’il est toujours possible de préciser l’etat dans lequel peuvent se présenter les différe43tes parties d’un mélange.

i.° Si la matière solide, traitée par l’acide nitrique etendu, «’y dissout ai^ec dégagement d’acide nitreux, et se transforme en un sebautre que le nitrate, les deux radicaux de ce nouveau sel auront formé la combinaison inconnue. G est ainsi que l’arsénlure de cobalt serait converti par l’acide nitrique en arséniate acide de cobalt soluble.

3.” SI la dissolution »ne contient que des nitrates, et si elle a été accompagnée des mêmes phénomènes que ceux que nous venons de signaler, les bases de ces dilférens nitrates auront existé dans le mélange à’ l’état de corps simple ou d alliage.

1 Le gîiz qai résulte de la décomposition de l’acide nitrique est du dcutoïidc .d’azote, qui sc transforme au contact de l’air en gaz acide nitreux.

La dissolution ne contiendra, par exemple, que du nilfate de cuivre, ou bien les deux nitrates de zinc et de cuivre, suivant que . la matière sur laquelle on a fait agir l’acide nitrique aura été du cuivre métallique pur, ou un alliage de zinc et de cuivre.

5.° Si la dissolution s’est opérée sans dégagement de vapeun ' rutilantes , la substance inconnue existait primitivement dans le mélange à l’état de sel, ou à l’état d’oxide, suivant que les réactifs auront indiqué dans la dissolution nitrique la présence d’un sel étranger, où simplement une base unie à l’acide nitrique. Si , par exemple , nous ne découvrions dans ce liquide salin que du nitrate de plomb, la matière inconnue n’aurait été que de l’oxJde de plomb; mais si nous y trouvions du phosphate acide de plomb, ce sel existait déjà dans le mélange inconnu à l’état de sous-pliospbate. '

En résumé, les substances que l’on veut dissoudre sont privées d’oxygèneou oxygénées, suivant que leur dissolution par l’acide nitrique a eu lieu avec ou sans dégagement d’acide nitreux.

On peut se dispenser de cet essai préliminaire par l’acide nitrique, et traiter tout de suite la matière inconnue par l’eau régale, pour peu que l’on ait l’babitude des manipulations chimiques. Il est vrai que les acides nitrique et bydrochlorique concentrés réagissent l’un sur l’autre, de manière à produire’ du chlore et de l’acide nitreux qui se dégagent sous forme de gaz lorsqu’on élève la température, ce qui pourrait peut-être induire en erreur, en donnant lieu de croire que la formation de l’acide nitreux est due à l’oxldatlon de la matière inconnue par l’acide nitrique. Mais si l’on étend d’eau le mélange des deux acides, et si l’on observe avec soin ce qui se passe pen-’ dant la dissolution, il est impossible de se méprendre. En effet, SI la substance que l’on veut dissoudre s’oxide aux dépens de l’acide nitrique, il se manifeste une vive effervescence autour du corps solide, effervescence qui est due à la production de

( ïS ‘) ,

gaz (leuto'xîde d’azote,' fjui se dégagé par une infinité dé petites bulles, et vient remplir d’abondantes vapeurs rutilantes le vase dans lequel on fait ,1a dissolution. Lorsque, au contraire, la matière est déjà oxidée, la dissolution se fait à froid sans effervescence, et les vapeurs nitreuses, résultant de l’action de l’acide bjdrochlorique sur l’acide nitrique, sont à peine sensibles. 11 nous reste encore un autre moyen de nous assurer de la présence des corps oxidés dans un mélange : c’est l’acide bydrochlorique, qui peut dissoudre à froid la plupart de ces corps, sans agir sur ceux qui sont privés d’oxygène. 11 attaque à la vérité quelques métaux purs ou sulfurés; mais cette réaction est suffisamment caractérisée par un dégagement d’hydrogène ou de gaz acide liydrosulfurlque , ce qui ^préviendra toujours toute espèce d’erreur.

Revenons maintenant aux substances qui n’ont pas été dissoutes par l’eau régale. On fera bouillir ce résidu dans une dissolution de sous-carbonate de soude ou de potasse. La silice et le chlo rure d’argent resteront intacts, tandis que tous les autres sels seront décomposés : il se produira un échange de bases et d’acides, d’où il résultera du sulfate de potasse et un carbonate de la base inconnue. On filtrera ; le sel de potasse, qui est soluble, passera, tandis que le nouveau carbonate restera sur le filtre. On traitera ce dernier par l’acide nitrique ou hydroohloricjuo, pour en dissoudre la base dont on pourra constater la nature par le procédé du §. I. On cherchera ensuite dans la dissolution filtrée, ét par la méthode §. II, l’acide inconnu, qui est devenu soluble par sa combinaison avec la potasse. Si, par exemple, le résidu insoluble dans l’eau régale était composé de sulfate de baryte et de sulfate de plomb, en le traitant par une dissolution bouillante de'sous-carhonate de potasse, il y aurait décomposition et formation de carbonates de baryte et de plomb insolubles, et de sulfate de potasse soluble. Les

deux carbonates, soumis à l’action de l’acide nitrique, se transformeraient en nitrates; tandis que l’acide sulfurique, devenu soluble en s’unissant à la potasse, rentrerait dans la catégorie des acides du §. IL

Les matières siliceuses et le cblorure d’argent, n’étant point altérés par la dissolution bouillante de carbonate de potasse, resteront également insolubles lorsqu’on les traitera par l’acide nitrique. Ce caractère négatif pourrait déjà, jusqu’à un certain point, servir à distinguer la nature du dépôt siliceux, d’autant plus que le cblorure d’argent se rencontre rarement dans les dilférens mélanges que l’on peut avoir à examiner. Pour acquérir une certitude complète sur la nature de ces deux substances, il faut les cbaufler au cbalumeau avec du sous-carbonate de soude : la silice se dissoudra avec effervescence et se transformera en un globule de verre transparent, tandis que l’argent sera réduit sous la forme d’un petit bouton métallique brillant. On peut encore s’assurer plus facilement de la nature des matières siliceuses, en les frottant contre une plaque de verre, sur laquelle elles laisseront un grand nombre de stries.

Procédé pour découvrir les différentes bases (Tune dissolution saline

complexe.

!Si la dissolution à examiner est neutre, il faut d’abord l’acidifier par quelques gouttes d’acide hydrocbiorique.

On traite ensuite une partie de cette dissolution par un J. . excès d’acide hydro sulfurique liquide, jusqu’à ce que la jliqueur dégage fortemcni Todeur d’œufs pourris.

Il a un précipite..,.. »

Point de précipité. , 8

On sépare précipité par le filtre, et l’on conserve le liquide filtre pour rcxaminer plus tard comme au n.“ 8. l(Cette liqueur sera désignée par la lettre A.)

2< On étendra ensuite d’eau distillée une autre partie de la dissolution première.

Elle devient laiteuse ' 3

Elle reste transparente 5

f On sépare le précipité par le filtre, et on le traite, après l’avoir lavé, par de l’acide nitrique concentré.

ILe précipité se redissout complélemenl 4

■ Le précipité reste en partie insoluble i\jrnMoiNE.

Celle dissolution nitrique est traitée par un excès de ^ I potasse.

Précipité blanc qui devient jaune par la calcination. Blssitirn.

Précipité jaune orangéqui disparaît à unechaleurrouge. Mercdre (deuto).

On verse dans une partie de la dissolution première de l l’acide hjdrochlorique en excès?

5 N Précipité blanc insoluble dans le chlore liquide Argent.

Point de précipité, ou précipité soluble dans Peau cblorurée 6

Une autre partie de la dissolution première est traitée [par un excès' d’acide sulfurique étendu.

® ' Il se forme un précipité blanc noircissant par l’hjdrO-

sulfate d’ammoniaque Plomb.

Point de précipité 7

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