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que l'entreprise d'une voie ferrée au nord du lac Supérieur, et à travers nos territoires du Nord-Ouest, aurait triomphé des obstacles qu’elle lui aurait suscités ? D'ailleurs, n'est-il pas plutôt certain que, dans les circonstances, le gouvernement des Etats- Unis n'aurait pas donné l’aide indispensable au succès de cette œuvre gigantesque. Je fais donc upe supposition tout à fait vraisemblable en disant qu'avec l'annexion, notre chemin de fer du Pacifique n'aurait pas été aujourd'hui un fait accompli. Les grandes compagnies américaines auraient multiplié leurs efforts pour prolonger les lignes qu’elles contrôlent dans l’ouest, jusqu’au cœur même de notre Nord-Ouest, d’où elles auraient tiré la plus grande partie du trafic au profit des ports américains.
Si, comme j'en suis convaincu, il y a toute probabilité qu'uni aux Etats-Unis dès le commencement de la république, le Canada n'aurait pas pu améliorer autant qu’il l’a fait la route du St-Laurent ni jeter sur son territoire, d'un océan à l’autre, une immense voie ferrée, je ne vois pas comment l'on peut supposer qr'il serait aujourd’hui dans un état de plus grande prospérité. Dans ces conditions, l'agriculture, la colonisation, le commerce et l’industrie n'auraient certainement pas pu se développer davantage.
Au nombre de ceux qui regrettent que l'annexion n’ait pas eu lieu depuis longtemps, se rencontrent quelques-uns de nos compatriotes. C’est ce qui m'étonne le plus. Qu'ils me permettent de leur demander si, avant de partager ce regret, ils ont bien étudié la question à tous ses points de vue ? Ils croient que l'annexion aurait produit un grand progrès matériel, et que la province de Québec serait aujourd'hui dans un état d'avancement beaucoup supérieur à celui qu'elle a atteint. J'ai dit ce que je pensais de cette illusion. Mais je veux bien supposer un instant qu’il en aurait été ainsi. Eston bien sûr que nous, Canadiens-français, nous aurions raison de nous en réjouir ! Regardons-y un peu de près.
À l'époque de l'émancipation des Etats-Unis, nous étions à peine une centaine de mille échelonnés sur les rives du St-Laurent. Si, comme quelquesuns se l’imaginent, nous avions eu, avec l’annexion, l'immigration européenne pour peupler notre territoire, et les capitaux américains pour fonder l’industrie manufacturière, la province de Québec, ditesvous, aurait maintenant une population de trois ou quatre millions.
Soit, mais serait-elle encore française ? Les émigrants européens, en se portant sur nos rives, en se répandant dans l’intérieur, en s’établissant sur
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nos terres, seraient devenus possesseurs du patrimoine qui nous appartient aujourd’hui, parce que nous l'avons défriché de nos mains et arrosé de nos sueurs. Nous serions-nous développés autant que nous l'avons fait, si nous avions été gênés dans notre mouvement d'expansion par les milliers et les milliers de nouveaux arrivés qui, tous les ans, seraient venus nous disputer par les moyens pacifques du travail, le sol sur lequel nous avons pu si librement nous asseoir ? Suivant vous, nos villes seraient plus grandes, le commerce beaucoup plus actif, l'industrie plus puissante, les capitaux bien plus abondants.
Encore une fois, soit. Mais tous ces intérêts ne seraient pas dans nos mains, ne seraient pas notre partage. Pour que l’état de choses dont vous parlez eùt pu se produire, il aurait fallu que des centaines de mille immigrants et de nombreux millions de capitaux y eussent contribué. Mais n’aurait-ce pas été la submersion de notre élément ?
Ni l'annexion avait eu lieu à l'époque de l’établissement de la république américaine, et si elle avait eu pour résultat le mouvement de progrès, sous le rapport de la population et de la richesse, que vous supposez, n'est-il pas évident que le petit groupe de nos compatriotes, envahi de tous côtés, refoulé sur lui-même par le flot des immigrants qui se seraient emparés du territoire disponible, ne serait pas devenu le peuple qu’il est aujourd’hui:
Avec ses quatre millions de population, la province de Québec ne serait certainement plus française. Nous n’aurions doc pas à nous réjouir d’un progrès qui aurait eu pour nous une aussi fataie conséquence.
Heureusement, dans ses desseins sur nous, la Providence en a décidé autrement. Nitués comme nous l’étions après la conquête, pour nous mutiplier, pour nous développer, pour devenir une nation, il nous fallait avoir à notre disposition un territoire où nous pourrions librement nous établir. L'isolement relatif dans lequel nous étions nous a été favorable. Des rives du St-Laurent nous avons pénétré dans l'intérieur, en colonisant des millions d’acres de terre dont nos compatriotes sont restés et resteront les propriétaires. Nous n'avons pas eu à lutter contre l’envahissement des autres races que l’annexion, suivant ses partisans, aurait amenées sur notre sol. Notre mouvement d'expansion n'a pas été enrayé par leur compétition. C’est grâce à cette situation, à ces circonstances, que nous avous pu, sans trop d'entraves, nous constituer avec tous les éléments essentiels d’un peuple fort et plein de vie. Nous ne concevons pas que l’on puisse regretter qu’il en ait été ainsi. Quant à moi, il me semble qu’il n'y a pas l'ombre d’un doute, que l’ordre de choses désiré par quelques-uns, aurait été l'obstacle ie plus insurmontable à l'établissement définitif de notre nationalité.
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Pendant que la marée envahissante de l'émigration européenne se dirigeait à l'ouest vers les prairies fertiles, pendant qu'elle cherchait un climat plus doux, nous accomplissions, un peu lentement peutêtre, mais sûrement, l'œuvre du défrichement de nos forêts, nous multipliions nos paroisses, nous agrandissions notre domaine, nous fondions nos maisons d'éducation. Aurions-nous pu en faire autant, si le courant de l’'émigration se fût déversé sur notre territoire, en le couvrant depuis! (raspé jusqu’à l’ouest de Montréal ©?
Nous avons aujourd'hui le légitime orgueil d’avoir joué un rôle important dans l’histoire politique de notre pays et même de ce continent. Avec l’annexion, ce rôle aurait été pour ainsi dire absolu-. ment nul. Plus le progrès matériel aurait été rapide et grand, plus vite nous aurions été submergés, et plus tôt nous serions disparus de la scène politique
. comme élément national distinct.
Qu'aurions-nous été au Congrès de Washington, et de quel poids aurions-nous pesé dans la balance des destinées de ce continent ?
Quand on examine la question à tous les points de vue les plus importants, on aperçoit des horizons bien différents de ceux que nous déroule l’imagination trop vive des rares annexionnistes.
Puisque l’union politique avec les Etats-Unis aurait certainement mis fin à tout espoir de fonder
au moins une province française dans l'Amérique du Nord, loin de regretter qu'elle n'ait pas eu lieu, nous avons au contraire toutes les raisons de nous en réjouir.
J'ai répondu aux annexionnistes en leur montrant les conséquences, pour notre élément, de ce progrès matériel que, suivant eux, l'union politique aurait produit. Je n'ai pas besoin de répéter que je ne crois nullement à ce progrès.
Ni, comme je crois l’avoir précédemment démortré, l'union politique avec les Etats-Unis n'aurait pas, jusqu’à présent, plus favorisé la prospérité maté. rielle du Canada, en serait-il autrement dans l’avenir?
La situation actuelle respective des deux pays nous autorise-t-elle à penser que l'annexion nous serait aussi avantageuse que ses partisans le supposent ? Je ne le crois pas non plus. Sous ce rapport, j'ai aussi à peser les arguments de ceux qui ont foi dans l'union commerciale, au lieu de l’union politique.
On parle beaucoup de l'importance du marché de soixante-millions de consommateurs qui vivent aux Etats-Unis. Mais il ne faut pas oublier que ces consommateurs sont aussi des producteurs. Il est possible que l'entrée libre de tous droits sur ce marché, favoriserait la vente d’une plus grande
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quantité de certains produits agricoles que nous y écoulons déjà. Mais cet avantage, qui n’atteindrait pas les proportions espérées vainement par quelquesuns, serait contrebalancé, et peut-être bieu au-delà, par la compétition active et ruineuse que les manufacturiers américains feraient à nos industries. Il y a bien les produits de nos forêts et de nos mines. Mais il est assez certain qu'avant peu nos voisins en viendront à la décision de leur ouvrir leur marché, parce qu’il sera fortement de leur intérêt de le faire. Les Etats-Unis n'auront bientôt plus de forêts, et il leur faudra s'approvisionner ailleurs, c'est-à-dire surtout chez nous. D'ailleurs, nous exploitons nos ressources forestières avec assez de rapidité, pour que déjà on s'inquiète pour un avenir pas trop éloigné.
Quelques-uns s’imaginent que la prospérité matérielle n’est possible qu'avec l'union politique, ou commerciale, de tout le continent. Mais ne pourrait-on pas en dire autant de l’Europe ? Et celui qui soutiendrait que le continent européen n'obtiendra jamais un haut degré de prospérité matérielle avant de ne former qu'une union politique, ne provoquerait-il pas la contradiction de tous côtés, et ne trouverait-il pas une réfutation complète dans la vérité des faits ?
Si l’Europe, divisée en plusieurs pouvoirs, a pu atteindre l'immense développement matériel dont le monde entier est témoin, pourquoi n’en serait-il pas
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de même pour l'Amérique ? On dit que les Etats- Unis sont le marché naturel du Canada, et que les deux pays ne sauraient prospérer qu'en étant unis sous le même gouvernement. Ne serait-il pas aussi juste de prétendre que la Russie est le marché naturel de l'Allemagne, l'Autriche celui de la Prusse, la Trance de la Belgique, et que tous ces pays ne peuvent trouver le progrès matériel que dans l'union politique. Cependant personne ne voudrait se servir de cet argument quand il s’agit des pays européens. Je ne saurais lui reconnaître plus de valeur, pour démontrer l'urgence de l’annexion du Canada aux Etats-Unis.
N’avons-nous pas, depuis longtemps, sous les yeux la preuve incontestable que l’union politique de la République de Washington et de l'Amérique Britannique du Nord, n’est pas nécessaire à leur prospérité respective. (Crouvernés séparément, et d'après des institutions différentes, les Etats-Unis et le Canada ont tous deux obtenu un développement matériel qui fait l’'étonnement et l'admiration de tous ceux qui en observent la marche si accélérée et à la fois si sûre. Le même ordre de choses peut, de part et d'a se continuer avec de semblables résultats x faits doivent nous convaincre que nous 1 sions réellement espérer faire plus et mieux ….ec l’union politique des deux pays. Le premier est que nous trouvons dans la République américaine, telle qu’elle est aujourd’hui constituée,
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plusieurs Etats qui, avec tous les avantages possibles de cette union, ont cependant moins progressé que le Canada. Il me suffit de mentionner le Vermont
et le Maine.
Le second fait est que, sans l'union politique, la province d'Ontario a réalisé un progrès supérieur à celui de plusieurs des Etats de la République, et que les provinces de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse peuvent avantageusement comparer leur situation, sous le rapport de l’avancement matériel comme sous les autres, avec celle de la plus grande partie de l'union américaine.
Nous ne faisons que commencer l'établissement de nos territoires de l’oucst. Mais lesrésultats de ces premières années sont plus que suffisants pour nous promettre un avancement aussi rapide que celui de l’ouest américain.
Je ne vois rien dans la situation présente du janada, au point de vue de ses intérêts matériels, qui fasse de l'annexion la condition essentielle de notre prospérité. Si, au lieu de faire la part si grande à l'illusion, on cherchait à prévoir les possibilités de l'avenir par une étude sérieuse de la nature même des choses, et de ce qu’elle peut produire, on arriverait à se former une opinion plus raisonnée et plus just” sur les causes qui, dans notre position,
donne l'impulsion à notre avancement matériel, et celles qui lui font obstacle. Examinons un peu les unes et les autres.
Comme toutes les nations du monde, nons avons à travailler à l'accroissement de notre prospérité dans des conditi 1s qui ne lui sont pas toutes favorables. De là 1a nécessité de la lutte, de l'effort persévérant. Cette loi providentielle de tout succès ‘raiment honorable, s'applique aux nations comme aux individus.
Quels sont nos moyens de progrès, et quelles difficultés avons nous à surmonter dans leur emploi ? Voilà ce qu'il importe de bien juger.
Notre pays a de grandes ressources naturelles dans la fertilité de son sol, la richesse et l'étendue de ses forêts, la valeur de ses mines et de ses pêcheries. Avec ces éléments, il peut atteindre un grand progrès agricole, commercial et industriel. Pour exploiter ces ressources, il nous faut, en premier lieu, continuer à augmenter ce que j'appellerai notre outillage national, c’est-à-dire nos voies de communication par terre et par eau, et notre industrie manufacturière. La colonisation de notre territoire et l'exploitation de nos mines, de nos pêcheries et de nos forêts en seront la conséquence certaine. Il me paraît évident qu'avec notre système actuel de gouvernement, nous pouvons
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travailler avec plus d'efficacité à l’œuvre de nos moyens de communication et à la fondation de notre industrie nationale, que si l'annexion avait lieu. Si nous entrions dans la République américaine, nous ne saurions espérer que les autorités de Washington fissent autant que celles d'Ottawa pour le développement de notre réseau de chemins de fer. Tous les travaux de canalisation seraient dorénavant à la charge des budgets des différents Etats qui seraient constitués dans les provinces de la confédération actuelle. Sous ces deux rapports importants, l’union politique avec les Etats-Unis ne serait assurément pas plus favorable à notre avancement matériel.
Le principal obstacle à notre prospérité vient de la longueur de notre hiver. Notre climat est sain. Il a bien ses avantages, et il contribue beaucoup à la vigueur de notre population. Mais il exige plus d'efforts, de travail, de persévérance, et il accroît les frais de la vie. L’interruption de la navigation du St-Laurent et de toutes nos rivières, grandes et petites, pendant cinq mois de l’année, est nuisible à notre progrès. Ces difficultés contre lesquelles nous avous à lutter sont naturelles. L'annexion du Canada avec les Etats-Unis ne les modifierait nüllement. Ce n’est pas pa ce que nous serions gouvernée de Washington, que les conditions climatériques de notre pays s’adouciraient. N'’aurions-nous pas plutôt à craindre que ce régime favoriserait davan-
tage l’accaparement et le contrôle du mouvement commercial par les grandes villes du littoral des Etats-Unis, dont les ports sont ouverts durant toute l'année. Il me semble que c’est un point qui devrait faire réfléchir les annexionnistes canadiens
Je le sais, le développement de notre commerce extérieur est très important, et peut contribuer beaucoup à notre progrès. Proportionnellement à la population, ce commerce est déjà plus considérable que celui des Etats-Unis. Avec la République seule, il s'élève à une centaine de millions de piastres annuellement. Mais l'union politique avec nos voisins n’est pas nécessaire à l'accroissement de nos relations commerciales à l'étranger. Surtout depuis que l'Angleterre nous admet, sujet à la sanction du gouvernement impérial, à négocier avec les autres pays, au point de vue de nos propres intérêts commerciaux, l’annexion ne pourrait pas nous faire une situation meilleure sous ce rapport.
Pour prévoir avec assez da süreté les conséquences probables de l'annexion, il est très utile de se renseigner sur ce qu'on en pense aux États-Unis, où se trouvent peut-être les meilleurs juges de la question, Il n’y a pas de doute que nos voisins, généralement, désirent l'union politique des deux pays. Mais quand leurs représentants autorisés, par leur position dans la politique, le commerce, la finance et l’industrie, expriment leur opinion sur le
sujet, ils se servent d'arguments qui diffèrent beau-
coup de ceux des annexionnistes canadiens. Ils ne nous disent pas, eux, qu'ils veulent l'annexion
parce qu’elle leur permettrait de nous ouvrir leur marché de soixante millions. Ils la souhaitent, au contraire, pour obtenir l'entrée libre de notre marché de cinq millions aux produits de leurs manufactures. L'industrie nationale de la République est maintenant l’une des plus puissantes et des plus solidement fondées de l’univers entier. Elle peut produire bien au-delà des besoins si grands de l'immense marché intérieur. Comme le Canada, les Etats: Unis cherchent à développer leur commerce d’exportation. Rien d'étonnant qu'ils aspirent à s’adjoindre cinq millions de consommateurs, qui vivent actuel-
lement tout près de leur frontière du nord, et qui n’ont que récemment encore commencé à protéger leurs manufactures. Mais alors il est évident que l'annexion serait bien plusavantageuse aux Htats- Unis qu’au Canada.
Les hommes d'Etat, chez nos voisins, voient au-delà de la question commerciale, qui préoecupe surtout les hommes d’affaires. Ceux-là n'ont pas oublié la doctrine Monroe. Ils ambitionnent de déployer le drapeau étoilé sur tout le continent de l'Amérique du Nord. Nous n'avons aucun intérêt national, matériel, et social, à partager leurs vues dans cet ordre d'idées politiques.
Réduits à leurs proportions véritables, en les dégageant avec soin de toute illusion, les avantages matériels de l’annexion seraient peu considérables, et même probablement plus que détruits par le tort que ce régime ferait à nos intérêts manufacturiers- Pourquoi donc changerions-nous imprudemment le cours aujourd'hui si heureux de nos destinées nationales, pour nous unir à un peuple, qui a bien ses grandeurs, il est vrai, mais qui, de son côté aussi, compromettrait l'avenir de ses institutions, en voulant leur faire régir un territoire trop vaste et une population trop nombreuse.
Toute étude de la question de l'annexion du Canada aux Etats-Unis serait évidemment incomplète, Sans un examen des conditions d'existence nationale et politique, que ce régime ferait à l'élément canadien-français. Je ne pose pas en principe, qu'il serait juste, de notre part, de nous opposer au progrès du pays, parce que nous ne prévoirions pas y trouver notre compte, particulier comme groupe distinct de la population. Nos compatriotes ont le droit de réclamer l’honneur et le mérite d’avoir jugé leur rôle avec une plus grande largeur de vues. Loin de nous ériger en obstacle au développement des provinces, à cause des dangers présumés de ‘ l'absorption, nous y avons contribué dans toute la
mesure des moyens à notre disposition. (C’est en
obéissant à cette conception élevée de notre devoir comme peuple, et de nos obligations envers nos concitoyens des autres origines, que nous avons accepté avec confiance et loyauté la confédération de l'Amérique Britannique du Nord. Depv' que ce régime est établi, aucun des groupes na! « x du Canada n’a plus fait que le nôtre pour ça’ »oduisit tous les heureux résultats que l'on en attendait. Dans la politique, nous avons approuvé et défendu toutes les grandes mesures pour compléter l'union, et en assurer l'avenir par l’exploit::1on des ressources naturelles de notre territoire. Nous avons aussi fait notre large part de travaii pour accroitre la prospérité matérielle du pays.
Mais aux raisons d’un ordre général pour le Canada, qui, dans notre opinion, militent contre la proposition d'une union avec les Etats-Unis, j'ai bien le droit d'ajouter celles qui sont particulières à notre élément. Que serions-nous dans cette organisation politique qui, bientôt, embrasserait au moins tout le continent de l’Amérique du Nord ? Nous serions juste assez pour servir d'instruments aux partis qui lutteraient pour le pouvoir à Washington, mais nous n’exercerions aucune influence véritable sur les destinées de ce gouvernement. Dans vingt ans, la population de la République dépasserait cent millions d'’âmes. Sur ce nombre, nous compterions tout au vlus pour deux millions et demi. Et cette disproportion numérique augmenterait rapidement.
Il n'y a pas à s’y tromper ; l'annexion nous ferait une situation politique bien inférieure à celle que nous occupons dans la confédération des provinces anglaises de l'Amérique du Nord. Nous sommes maintenant un quart de la population.
Nous serions à peine un quarantième au d‘but d'une union avec les Etats-Unis.
Nous avons trois représentants dans le cabinet de la Puissance. Nous n’en avrions pas un seul dans l'Exécutif à Washington.
Nous avons une cinquantaine de nos nationaux à la Chambre des Communes à Ottawa. Nous n’en aurions pas quatre à la Chambre des Représentants à Washington.
Est-il possible de s’imaginer que, placés dans des conditions aussi défavorables, nous pouirions jouer, à notre avantage, un rôle politique sérieux.
Les partisans de l'annexion nous disent que ce régime produirait pour notre province un progrès matériel extraordinaire. Je n'ai pas besoin de répéter que je n'y crois pas. Mais supposons-le pour un instant. N'’est-il pas certain que cette prospérité serait plus le partage des autres que le nôtre, bien que naturellement nous en profiterions dans une certaine mesure. Au point de vue de notre avenir comme peuple, n'aurions-nous pas grandement à y perdre. Ne serait-ce pas la marée montante qui bientôt nous
submergerait. Ceux qui, cèdant à l'enthousiasme, se font un tableau fantaisiste de ce que deviendrait notre province, unie à la République américaine, ne voient pas combien il serait extrêmement plus difficile de nous maintenir au milieu de ce mouvement que nous ne pourrions nullement diriger.
Il ne peut y avoir de doute que l'ordre de choses actuel nous permet de travailler bien plus avantageusement à notre avenir national. Notre nombre, la situation que nous avons acquise, notre intelligence du gouvernement parlementaire, nous assurent notre part de légitime contrôle sur le destinées de la confédération. Pendant de longues années encore, le courant de la grande émigration européenne continuera à se porter à l'ouest. Il nous faut être assez prévoyants pour comprendre que nous devons profiter de ce temps pour nous établir de plus en plus solidement sur le sol de notre province, Le jour viendra certainement où le surplus de l’immense population de l’ouest refoulera à l’est pour s'emparer des régions inhabitées. Plus nous serons alors nombreux, plus nous serons fermement implantés sur le territoire que nous occupons, plus nous serons forts pour résister à l’assaut, Mais pour nous préparer à ces événements, ne favorisons pas un changement politique qui nous ferait immédiatement perdre toute influence sérieuse sur la direction des affaires publiques.
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Ni je ne crois pa+ que l'union politique du Canada avec la République aimériciine nous serait favorable, je pense aussi que les Etats-Unis ne doivent pas la souhaiter. En donnant à leur système de gouvernement une application trop étendue, ils en affaibliraient beaucoup les ressorts, et l’exposeraient à l'effondrement dans un avenir peut-être prochain. A cette République déjà si vaste, si peuplée, il faut aussi des contre-poids. Elle les trouvera dans des pouvoirs puissants au nord et au sud. Un équilibre américain s: constituera graduellement, qui sera très favorable au véritable progrès intellectuel, moral et matériel de tout le coutinent
De notre côté, tout nous convie à continuer avec courage et persévérance l’œuvre de la confédération. Ce que nous avons accompli en vingt ans est bien de nature à nous convaincre, plus que jamais, que nous avons dans notre population, notre territoire et nos libres institutions tous les éléments
de la grandeur nationale.