CHAPITRE I
Traitement par les scarifications, curettage et brossage.
Le traitement des granulalions par le brossage n’est pas nouveau loin s’en faut. Déjà, du temps des Grecs, Hippocrate brossait les granuleux à laide d’un fuseau de bois entouré de laine rude non cuite; il mettait ainsi le cartilage tarse à nu, puis cautérisait la conjonctivite ainsi ensanglantée avec le fer rouge. Paul d'Égine était partisan du raclage, qu'il pratiquait à laide d’un os de seiche. Rhazès, chez les arabes, se servit le premier d’une curette tranchante. Woolhouse fit revivre le traitement par le brossage qu'il pratiquait à l’aide d’une brosse faite de brins d’épis de seigle.
Comme on le voit, il ne faut donc pas,que notre époque revendique le traitement par le curettage et le brossage comme étant une innovation.
Ces méthodes, après avoir été délaissées, n'ont fait que revenir sur l’eau, et cela depuis les récentes découvertes microbiologiques de notre siècle. En effet, une fois la spécificité des granulations bien définie, grâce aux recherches et aux travaux de Sattler, de Koch, de Poncet et tant d’autres, on était tout naturellement amené à rechercher le traitement qui put aller atteindre l’élément infectieux jusque dans ses retranchements les plus profonds.
Piltz, en 185%, excisait les granulations et en expulsait le contenu. Borelli recommande une espèce de brosse, et, tout récemment,
Schræder remet le brossage en vigueur.
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Le procédé nouveau, si toutefois il est encore permis de lui donner ce litre après ce que nous venons de dire, le procédé des docteurs Abadie et Darier allie scarification, curettage et brossage.
Nous allons en énoncer le mode opératoire.
Après avoir minutieusement examiné les surfaces conjonctivales que lon veut opérer, pour bien déterminer la topographie des sranulations, on endort le patient avec du chloroforme. La cocaïne ne donnerait pas une insensibilité suffisante. On peut, toutefois, allier les deux, ce qui permettra de ne pas pousser la chloroformisaton trop loin.
Une fois l’anesthésie obtenue, on retourne la paupière inférieure. Il est préférable de commencer ainsi par la paupière inférieure, généralement la moins atteinte, parce que le sang qui s'écoulera à la suite des scarifications laissera pour la paupière supérieure un champ opératoire plus net que si l'on débutait par celle ci. On scarifie ainsi la conjonctive. On passe ensuite à la paupière supérieure que l’on opère de la même façon. Mais là nous avons quelque difficulté à surmonter.
Il est, en effet, essentiel de luxer complètement le cartilage tarse pour pouvoir atteindre le cul-de-sac conjonctival supérieur. M. Darier se sert pour cela d’une pince spéciale; c’est une simple pince à forcipressure, mais présentant sur un de ses mors trois dents, et sur l’autre trois petits trous; de cette façon, il pince la paupière supérieure, la luxe et l’enroule autour de cette pince; il atteint très bien, «le cette façon, le cul-de-sac supérieur.
Pour notre compte, nous ne voyons pas la grande utilité de cette pince à crampons, et nous pensons qu'une simple pinee à forcipressure suffit complètement. Dernièrement, on s’est servi d’une nouvelle pince qui serait un peu dans le genre de la pince à kystes de Desmares. Grâce à cette pince, on peut retourner la paupière supérieure sans l’enrouler; elle reste à plat, ce qui rend les
scarifications plus faciles.
Une fois le cartilage tarse bien luxé, quand on a bien sous les yeux toute la surface conjonctivale y compris le cul-de-sac, on fait les scarifications soit à l’aide du bistouri à trois lames, soit à l’aide du bistouri simple convexe. M. le D Darier recommande de bien faire ces scarifications parallèles. C’est à l'opérateur d'apprécier la profondeur qu’il doit donner à ses incisions, suivant l’infiltration granuleuse plus ou moins considérable.
Par ces scarifications, on met complètement à jour le contenu des granulations, et avec une curette, simplement même avec le dos du bistouri, on racle la surface conjonctivale, et on enlève la matière infectieuse qui ne ferait que salir et infecter la brosse.
Le point le plus important de l'opération est le brossage que l’on pratique à l’aide d’une simple brosse à dents. On trempe cette brosse dans une solution de sublimé à 1/500, et on brosse énergiquement Ia surface conjonctivale jusqu’à effilochement de la conjonctive. Pendant ce brossage, on à eu soin de préserver le globe oculaire à laide d’une spatule en corne.
Il faut bien prendre soin, pendant toute l’opération, de porter la brosse jusque sur le cul-de-sac supérieur de la conjonctive.
Tel est le mode opératoire suivi par M. le D' Darier pour son ‘brossage des granulations.
La canthoplastie nécessaire, d’après M. le D' Lagrange, pour le retournement complet des paupières, ne l’est en réalité que dans les cas de rétrécissement par trop marqué de la fente palpébrale. On peut très bien, sur un œil normal, attendre, sans le secours de la canthoplastie, le cul-de-sac supérieur.
M. le Dr Latrille a bien voulu, avec l'autorisation de notre maitre M. le professeur Badal, opérer quelques granuleux. Voici l’observaton d’un malade qu'il à opéré en suivant la méthode de M. le Dr Darier.