‹ Considérations sur l'art de la guerre. Par le baron RogniatChapitre 21 sur 21 · HOTE · texte numérisé non relu

HOTE

Les légats étaient originairement des envoyés ou commissaires, nommés par le sénat ou par le peuple auprès des consuls à l'armée, afin de les aider de leurs conseils, soit pour les opérations de la guerre, soit pour l'administration des pays conquis. C'est en cette qualité que Scipion , le vainqueur d’Annibal , consentit à accompagner son frère en Asie.

L’usage s’introduisit ensuite de faire commander les légions par des légats, ce qui en multiplia beaucoup le nombre. Pompée en obtint quinze dans la guerre contre les pirates ; et César, partant pour les Gaules , en emmena dix avec lui. Ces deux généraux eurent toujours un légat à la tête de chaque légion ; ce fut dèslors un grade intermédiaire entre le général et les tribuns. L’empereur Auguste établit deux espèces de légats : les légats consulaires, qui commandaient des corps d’armée sous les ordres du prince, et les légats prétoriens, qui furent des chefs de légions.

'Voici quelles furent primitivement les armes de différentes classes de la légion , suivant le savant Varron : les vélites ne maniaient que l'arc et la fronde; les hastaircs se servaient de l’hast, qui fut donné ensuite aux vélites ; les princes étaient armés de l’épée , et les triaires.

Tiie-LÎTS.

Tncu

5a4 NOTES.

nommés anciennement pilani, se servaient du pilon.

L’usage du bouclier, grand ou petit, rond, ovale ou cylindrique, était général chez les anciens ; chaque soldat inscrivait son nom dans l’intérieur. On sait quelle ignominie les anciens avaient attaché à la perte île cette arme défensive : Reviens avec ou dedans, disaient les Lacédémoniennes, en présentant le bouclier à leur époux ou .i leur (ils, partant pour l’armée. L’honneur seul pouvait forcer les soldats à conserver des machines si incommodes pour la marche, si embarrassantes pour la fuite.

La pointe de fer du pilon était assez mince et assez flexible pour fléchir, et se plier par le poids de la hampe, lorsqu’elle était fichée dans le bouclier de l’ennemi ; alors cette hampe, traînant à terre, gênait tous ses mouvements, et, dans le cas même où il parvenait à arracher le pilon, ce trait émoussé et courbé ne pouvait pas lui servir. César fait remarquer, dans son combat contre les Helvéliens , que plusieurs d’entre eux ayant eu leur bouclier percé par des pilons dont les pointes s’étaient recourbées, ils ne pouvaient ni les arracher, ni combattre commodément avec des boucliers, embarrassés de ces lourdes machines. Plutarque rapporte que le fer des pilons, que Marius employa contre les Cimbres , n’était fixé à la hampe qu’avec deux chevilles, l’une en fer et l'autre en bois; dès que cette arme s’était fixée dans le bouclier des barbares; la cheville de bois se cassait par le poids de la hampe, qui traînait alors à terre, et gênait tous leurs mouvements.

Quelque forts qu’on suppose les Romains, ils ne pouvaient pas cependant atteindre letir ennemi de loin avec des traits aussi lourds que le pilon. Cet inconvé-

’ NOTES. 5a5

renient se fit vivement .sentir dans la guerre contre les Partlies ; ces archers, à cheval, accablaient les légions sous une grêle de flèches , en se tenant toujours hors de la portée du pilon. Dès que les cohortes légionaires les chargeaient, ils fuyaient aussitôt, et revenaient un moment après sur leurs pas, en se tenant toujours à une distance telle que leurs flèches pussent voler jusqu'aux légionaires, sans que les traits de ceux-ci pussent les atteindre. Les Romains, instruits par leurs revers, ajoutèrent à l’armement du soldat de ligne, cinq traits légers qui sc plaçaient dans la concavité du bouclier; espèce de petits dards que Végèce appelle plumbata.

La fronde avait l'avantage de ne charger ni de ne gêner le soldat , et elle servait à lancer des pierres, espèces de projectiles qu’on trouve par-tout. On préférait cependant, soit pour la rapidité, soit pour la justesse du coup, des espèces de halles de plomb, appelées glands, parce qu’elles -en avaient la forme. J’en ai retrouvé quelques-unes au milieu des ruines de l’ancienne Sagonte; elles, pèsent le double de nos balles de fusil , et sont allongées et pointues aux deux extrémités.

Polybc fait les réflexions suivantes sur l’armement des chevaliers ; « Autrefois, dit -il, les chevaliers ne « portaient pas de cuirasses, ce qui les rendait plus U lestes pour monter à cheval , mais beaucoup moins « sûrs et moins fermes dans les combats , où ils s'expoa saient sans cette armure. Leur lance avait deux grands « défauts : d'abord elle était si menue et si tremblante, O qu’on ne pouvait ni bien ajuster, ni bien frapper, et « que le bout se rompait souvent même avant le choc , < par le simple mouvement du cheval ; en second lieu ,

« comme elle n’était armée de fer que d’un seul côté ,

< le tronçon qui restait à la main devenait inutile dès « qu'elle était rompue.

< Leur écu de peau de bœuf était trop mince et trop « faible; et cette peau était promptement gâtée et dé- « tendue par la pluie. Dès que les Romains connurent « la supériorité des armes du cavalier grec, ils les adop- « tèrent sans délai ; car jamais peuple ne fut plus prompt • à prendre et à imiter les usages et les coutumes des <1 autres nations , qui leur paraissaient meilleurs que les « leurs. Ainsi les chevaliers prirent la lance grecque , <i plus ferme et plus solide, et capable de porter des » coups plus sûrs, armée d'ailleurs d’un fer à chaque ■ bout , pour rendre le tronçon même utile. Ils adop- « tèrent également l’écu grec , plus fort et plus épais « que le leur. •

On sait que les Romains ne commencèrent à faire usage de selle que sous le Bas-Empire : les chevaliers ne mettaient sur leurs chevaux qu’ufle couverture ou schabraque (ephipium) de peau de tigre ou d’autres animaux; ils sautaient à cheval tout armés, sans étriers. Les personnes les moins lestes s’aidaient quelquefois, pour monter à cheval , des pierres placées pour cet usage le long des voies romaines. La coutume s’établit ensuite parmi les principaux officiers de la cour des empereurs, de se servir d'esclaves {stratores') qui, en se courbant, formaient une espèce de marche-pied pour monter à cheval.

Les Barbares dédaignaient même de se servir de schabraque : César nous apprend que les cavaliers germains les regardaient comme une chose honteuse, et qui annonçait la mollesse, au point qu’ils n’hésitaient

point à attaquer des ca-valiers harnachés, quelque nombreux qu'ils fussent.

Les Numides montaient à cru, et ils ne se sei'vaient pas même de brides, (ies cavaliers, ordinairement si redoutablas, ne dirigeaient leurs chevaux qu’avec la voix et la verge. « Bien r’est plus méprisable que cette • cavalerie, au premiee aspect, dit Tile-I.ive; les «hommes et les chevaux sont maigres et déc-harnés;

« le cavalier n’a d’autre arme que quelques traits, et le « cheval , nu , sitns bride , la tête en avant, le cou roide « et tendu, prend en courant une encolure difforme.» Les Numides n'avaient ni .sabre ni lance; mais ils se servaient quelquefois de lare et des flèches, outre le» dards qu'ils lançaient à la main.

Le soldat romain se fournissait ordinairement des armes en partant de Rome ; mais celles qui se cassaient ou se consommaient dans le cours de la guerre étaient renouvelées par les soins du questeur, qui en retenait le prix sur la solde. On établit, à cet effet, des arsenaux dans les provinces, où l’on rassemblait des armes de toute espèce pour les besoins des armées.

J’imagine que les armes de jet étaient fournies au soldat sans retenue de solde : il .s'en con.sommait une grande quantité; aussi l’on avait soin de faire suivre chaque l^on par. des chariots de munition ou des bêtes de somme, chargés de toutes sortes de traits, que l’on distribuait aux troupes durant le combat. C’étaient les troupes légères qui, selon Festus, étaient employées à aller prendre les traits >aux chariots de munition , pour les porter aux légionaires , en se glissant à travers les rangs. .

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Tacite.

Des exercices.

Voici ce que nous apprend Végèce sur le maniement des armes, qui dut peu varier tant que les Romains conservèrent les mêmes armes : « On trouve dans les «anciens auteurs militaires, dit -il, que les recrues « s’exerçaient anciennement, matin et soir, contre un « poteau , avec des boucliers d’osier arrondis en forme « de berceau et de gros bâtons plats, d’un poids double « des armes ordinaires. Chaque soldat avait son poteau « de six pieds de haut, qu’il attaquait comme un en- « nemi réel, avec ces espèces d'armes dont il se servait « comme d’un bouclier et d’une épée véritables. 11 « cherchait à frapper tantôt à la tête, tantôt au visage, « cet adversaire imaginaire; il menaçait les flancs, at- « taquait la jambe ou la cuisse; il avançait, reculait, « l'assaillait, s'élançait, et employait en un mot contre « le poteau toute la force et l’adresse dont il aurait pu « faire usage contre un ennemi véritable , ayant soin « de porter des coups dans une attitude qui ne le dé- " couvrît point.

« Les gladiateurs eux-mêmes se formaient par l’exer- « cice du poteau , et l’on sortait rarement vainqueur du « cirque ou du champ de bataille sans s’y être exercé

■ avec beaucoup de soin.

« On exerçait le jeune soldat à frapper d’estoc et • non pas de taille : les Romains se moquaient d’un « ennemi qui ne se servait que du tranchant de l’épée,

■ tant sa défaite leur coûtait peu. En effet les coups « de tranchant , quelque violents qu’ils soient , atta-

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• quent rarement les parties nécessaires à la vie, dé- « fendues par les armes et les os. Les coups de pointe, «au contraire, sont souvent mortels, dès qu’ils pé- « nètrent seulement de deux pouces.

« D’ailleurs, on ne peut porter des coups de taille « sans découvrir le bras et le côté droit; tandis que « les coups de pointe peuvent être portés à la dé- « robée, presque sans se découvrir; voilà pourquoi les « Romains préféraient l’estoc à la taille. Ils se servaient « dans leurs exercices d’une armure fort pesante, afin « que les armes d’usage dans les combats leur parais- « sant plus légères, ils en sentissent augmenter leur « force et leur ardeur. »

On apprenait aüssi au conscrit à lancer contre le poteau des hastes et des pilons plus pesants que ceux dont on te servait dans les combats. L’instructeur avait soin de les lui faire brandir de toutes ses forces pardessus la tête pour frapper le poteau avec violence, en lui faisant porter le pied gauche en avant; c'était la position la plus favorable pour lancer avec force et avec justesse. Dans les combats de main , au contraire, c’était le pied droit qu’on lui faisait porter en avant, afin de rapprocher sa main droite de l’ennemi qu’il devait frapper, en ne se découvrant que le moins possible. Le bouclier était attaché avec des courroies à l'avant-bras gauche. •>

Végèce traite ensuite sommairement de la marche : il est aisé de calculer que le pas ordinaire devait .être de trente-neuf toises par. minutes, et le pas accéléré de quarante-six toises, à en juger d’après les promenades militaires dont il parle, de vingt milles au pas ordinaire, et de vingt-quatre milles au pas accéléré, en .3'. Edit. * J 4

VésJct.

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r>3o NOTES.

cinq heures cl été (six et demie de nos lieures). « Si l'on « veut, dit Végèce, mener les soldats plus vite que le

• pas accéléré, ils ne marchent plus, ils courent, et « alors on ne peut plus guère assujétir leur pas à des

• temps et à des mouvements égaux. »

Les troupes légères étaient particulièrement exercées à la course, afin quelles pussent fondre sur l'ennemi avec plus d'impétuosité,- occuper avant lui un poste favorable, se porter lestement en éclaireurs, en avant ou sur les flancs de la colonne , rapporter promptement des nouvelles de l’ennemi , et poursuivre vivement les fuyards. On formait aussi ces jeunes vélitcs à sauter, tout armés , à droite ou à gauche , sur des chevaux de bois, afin qu’ils ne fussent pas embarrassés pour monter en croupe lorsqu’ils combattaient avec la cavalerie.

Le jeune soldat devait être exercé à sauter pour franchir les fossés et les autres obstacles qui pouvaient se trouver sur son chemin. D’ailleurs, s’il était agile dans les combats, il éblouissait son ennemi, l’étonnait, lui portait des coups certains sans lui donner le temps de les prévenir ou de les éviter. On lui apprenait à nager, afin que les rivières les plus profondes ne l'arrêtas-sent presque jamais dans sa marche.

Après cette première éducation des conscrits, on les réunissait en troupes pour les exercer aux manœuvres. Elles étaient fort simples ; car les Romains savaient par expérience que les mouvements compliqués sont fort dangereux en présence de l’ennemi, dans des moments où la plupart des hommes conservent rarement leur sang-froid , et où la maladresse peut être suivie d'une punition bien prompte.

On commençait par ranger les conscrits suivant l’ordre

NOTES. 53i

des rôles , à trois pieds Tun de l’autre , sur un seul rang ; de l'un à l'autre il restait ainsi un espace vide de quatorze à quinze pouces, indispensable pour que chacun fôt libre dans ses mouvements en combattant à l’cpée. Lorsqu’ils étaient bien habitués à conserver leurs distances dans le rang , et à marcher en ligne droite et sans sinuosités , on leur apprenait à doubler le rang, promptement et sans confusion , de manière que chaque soldat fût rangé exactement derrière son chef de file; enfin on les faisait formel sur quatre rangs.

On enseignait aux soldats à former le coin, [orbe ou globe, la tortue. •

Le coin ou la tête de porc, suivant l’expression naïve du vieux Caton* était la colonne d’attaque des Romains; ils lui donnaient la figure d’un triangle, dont l’angle supérieur, formé des centurions et des soldats les plus braves, tâchait de percer la ligne ennemie, tandis que les soldats placés sur les côtés du triangle l’accablaient sous une grêle de traits.

Une troupe enveloppée et pressée de tous côtés par l’ennemi, se pelotonnait en rond et formait un cercle pour se défendre «le toutes parts. Cette disposition s’appelait' globe ou orbe.

Les légionaires formaient la tortue pour se mettre à couvert des traits d’une ville qu’ils voulaient escalader, ou dont ils cherchaient à sapper les murs. Alors ils serraient et pressaient leurs rangs en tous sens : les soldats du premier rang mettant un genou en terre, se couvraient le corps de leurs boucliers jointifs, tandis que les autres tenaient' les leurs au-dessus de la tête, rangés les uns dans les autres comme les tuiles d’un toit.

Ceux des soldats qui excellaient dans ces exercices,

Végic».

Dion Ctsùuf

V cgèce.

et dont on se servait pour instruire les conscrits, obtenaient double ration de blé; tandis que l'on punissait les paresseux et les maladroits en leur distribuant de l’orge au lieu tle blé. Les empereurs formaient des cohortes de recrues qu'on exerçait pendant quatre mois au moins avant de les incorporer dans les légions.

Mais tous ces exercices , qu’on fut obligé d'enseigner aux recrues sous les empereurs, étaient connus, dans les b(*aux temps de la république, de tous les citoyens, qui s’y livraient sans cesse au Cbainp^le-Mars, grande plaine aux portes de Rome, sur le bord du Tibre. Les anoiens Romains jouissaient, comme les Spartiates, de beaucoup de loisir : leurs terres étaient en grande partie cultivées par des esclaves; les*arts mécaniques étaient le partage de quelques aHranebis; la simplicité de leurs mœurs bornait leurs besoins, et leur honorable pauvreté bannissait le luxe, qui les eût distraits des occupations militaires. Ils ne pensaient qu’à la guerre, n’apprenaient que la guerre, et, comme dit Joseph , leurs exercices étaient tellement Vimaf'e de la guerre.^ qu'on pouvait les appeler des combats sans ejfusion de sang; et leurs combats des exercices sanglants. Leurs spectacles mêmes de gladiateurs n’avaient tant d'attraits pour eux que parce qu’ils étaient l'image exacte de leurs combats.

Si l'on considère quelle était l’influence de la force et de l'adresse de corps dans les combats des anciens, on ne sera point surpris de leur ardeur à se livrer à la gymnastique. On en venait presque toujours aux mains avec son ennemi; on se battait avec lui corps à corps , comme dans un combaf de gladiateurs , et c’était le mieux armé , le plus fort , le plus adroit qid rent-

portait la victoire. Aussi l’opinion flétrissait la maladresse et la faiblesse de corps, tandis qu’elle se plaLsait à exalter la force et l’adresse chez les personnages même les plus illustres par leur esprit et le rang qu’ils occupaient dans la société. Salluste loue le grand Pompée d'avoir surpassé en agilité les meilleiii's saüteurs , en vitesse les coureurs les plus légers , en force les soldats les plus vigoureux. César , sur les côtes d’Afrique, exerçait lui -même ses légions, non pas, dit Hirlius, comme ttn général exerce une année victorieuse d'anciens soldats, mais comme un instructeur qui apprend à des gladiateurs novices de quel pied ils doivent partir ou se retirer, dans quel espace ils doivent donner ou faire retraite, la ma/uère d avancer , de reculer, de feindre une attaque.

On exerçait non-seulement les conscrits , mais encore les anciens soldats, pour les maintenir dans l’usage et la pratique des armes. Un soldat inexercé, dit Végèce, est toujours un conscrit, quels que soient son âge et le nombre de ses campagnes.

Cet auteur rapporte que les empereurs Auguste et Adrien renouvelèrent l’ancienne coutume de faire des promenades militaires au moins trois fois par mois ; l'infanterie, armée de toutes pièces, sortait du camp, et n’y rentrait qu’après avoir fait vingt milles. La cavalerie, avec ses armes, divisée par turmes, faisait le même chemin , et s’exercait en route à charger et à se rallier. On faisait passer les troupes par des chemins montueux, difficiles, plutôt qu’en plaine, pour habituer le soldat à surmonter tous les obstacles qui se rencontrent à la guerre. Dans la nécessité où sont les soldats de porter, outre leurs armes , leurs sacs et des vivres

Rechercha de Bergier.

pour des expéditions lointaines, on les exerçait à marrlicr au pas militaire chargés d'un poids de soixante livres. Qu'on n'altègue pas l’impossibilité de porter d'aussi lourds fardeaux, s’écrie Végèce, t/ n’y a rien dont l'habitude ne facilite l’usage. Ces fardeaux étaient indépendants du poids de leurs armes , qu’ils étaient tellement habitués à porter, suivant l’expression de Cicéron , qu’ils les regardaient coihme leurs membres , et qu’ils s’en servaient avec la même adresse et la même facilité que de leurs bras.

Les légions ne restaient jamais oisives dans leurs camps; les moments de repos que leur laissaient la guerre, les exercices et les fortifications, étaient employés à des travaux publics. Ces cirques immenses, ces vastes théâtres, ces aquéducs hardis, ces ponts, dont les ruines nous attestent la grandeur romaine, furent en grande partie leur ouvrage; et ces voies qui prolongeaient leurs niasses solides jusqu’aux extrémités les plus reculées de l’empire, furent les amusements de leurs loisirs. Ces routes traversaient les Alpes, les Pyrénées; elles embrassaient, dans leurs ramifications, la vaste étendue de l’empire, et facilitaient par-tout la prompte circulation des troupes.

La grandeur de ces travaux et leur solidité ont toujours causé l'étonnement et l’admiration des modernes. Les voies romaines {strata) étaient construites sur des levées de terre suffisamment élevées pour être à l’abri des inondations, et pour laisser des écoulements aux eaux pluviales. La première couche solide était un ciment de chaux ou de sable d’un pouce d’épaisseur, sur laquelle on plaçait une assise de grosses pierres, unies avec du ciment, de dix pouces de haut; une se-

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conde assise de huit pouces était formée au-dessus, avec des pierres cimentées de la grosseur du poing, et enfin on mettait par-dessus une couche d’un pied d’épaisseur de chaux et de cailloutage , sur laquelle reposait le pavé, composé quelquefois de pierres irrégulières, plus souvent de pierres taillées régulièrement. Tout ce massif, de vingt pieds de large et de trois pieds d’épaisseur, était contenu entre deux rangs de dalles.

Ces immenses travaux bannissaient des camps l’oisiveté, qui est la perte de la discipline militaire, fortifiaient le soldat , et entretenaient sa santé ; car un travail assidu prévient les maladies , tandis quelles sont engendrée.s par le passage d’un long repos aux fatigues de la guerre, ou des fatigues à un repos absolu. La guerre n’était pour le soldat romain qu’un changement de travaux , qui n’étaient guère plus pénibles que ceux qu’on exigeait de lui en temps de paix.

. Lorsque je voulus lire l’histoire romaine avec quelque Fruit, je cherchai avidement à comprendre les batailles et les opérations des armées , mais sans pouvoir y réussir, parce que je manquais des connaissances préliminaires nécessaires. Je sentis bientôt qu’il fallait commencer par acquérir des notions claires sur la milice romaine , sur l’organisation et sur l’ordre des armées. J'eus recours à Juste-Lipse, le plus célèbre des commentateurs qui en ont traité : j’avoue que son ordre de bataille me parut fort étrange. Tous ces petits quarrés de douze hommes de front sur dix de hauteur, rangés en quinconce sur trois lignes, tant pleines que vides, à-peu-

près comme les cases d’un damier; cette méthode de les enchâsser les unes dans les autres au milieu des combats, me parurent un ordre de bataille beaucoup trop vicieux pour avoir jamais appartenu aux Romainsu Une ligne ainsi découpée par des vides égaux aux pleins aurait un grand désavantage avec les armes de jet , puisqu’elle lancerait la moitié moins de traits qu'une ligne pleine ; et son désavantage serait bien plus grand encore dans les combats de main , où tous ces petits corps seraient pris en flanc en même temps qu’ils seraient attaqués de front. D'ailleurs , comment ajuster ces petits quarrés les uns dans les autres au milieu de la confusion et du désordre des combats? Les parties faibles de tout ordre de bataille sont les flancs, et Juste-Lipse en multiplie le nombre en découpant sa ligne en petites portions. L’inconvénient de laisser des vides dans les lignes était si grave, que César fait presque toujours disparaître les petits intervalles que l’usage de son tenaps permettait entre lés cohortes pour la libre circulation des troupes légères.

Quant à l’ordre de bataille par cohortes , qu’on trouve toujours dans les Commentaires de César, Juste-Lipse ne s’en inquiète point : il ne voit par-tout que manipules en quinconce.

Très-peu satisfait des commentateurs modernes, qui ne faisaient qu’obscurcir à mes yeux les batailles romaines, je pris le parti de remonter aux sources et de puiser mes recherches dans les historiens anciens. Je. ne tardai pas à y acquérir des notions assez claires de toutes les parties de la milice romaine; et, ce qui me prouve que je ne me trompe pas dans les idées que je m’en suis formées , c’est quelles cadrent fort bien avec

les descriptions militaire.^ des historiens. A l’aide de ccs connaissances premières , il n'est aucune bataille , aucune marche, aucune opération militaire, qu’on ne puisse se représenter parfaitement : on pourrait, sans craindre de se tromper, faire le plan de la plupart des batailles anciennes. •

L’observation la plus essentielle pour se former une idée de l’ordre de bataille de la légion, c’est que le manipule se formait sur un seul rang. Les mots manipule et rang sont synonymes dans tous les historiens. Les troi^lasses des hastaires, des princes et des triaires, dit Polybe, se divisent chacune en deux parties, qu’on nomme manipules ou rangs. C’est pour cela que les officiers du manipule sont sans cesse désignés par l'expression de conducteurs de rang. Polyhe nous 'dit expressément que, des deux officiers du manipule, l’un commandait la droite et l’autre la gauche du rang.

On. trouve toujours l'ancienne légion manipulaire rangée en bataille par classes , sur trois lignes ; mais , ce qu’il y a de surprenant , c’est qu’aucun historien ne dit positivement sur combien de rangs les lignes se formaient habituellement. On voit seulement dans Frontin qu'à la bataille de Pharsale les trois lignes de Pompée étaient formées sur dix de hauteur ; mais comme , d’après le récit de cette bataille, son armée ne débordait pas celle de César, quoique une fois plus nombreuse qu’elle , il paraîtrait que les lignes césariennes n’étaient formées que sur cinq rangs, pour égaler le front de leurs adversaires. La plupart des batailles des Romains semblent nous montrer les lignes sur dix rangs oq manipules; cependant ils s’éloignaient quel-

quefois de cet usage, et ils les faisaient plus minces, pour égaler le front d'un ennemi plus nombreux qu’eux. A la bataille de l’Adda, contre les Gaulois, par exemple, Tite-Live reproche au général romain d'avoir affaibli son ordre de bataille en s’étendant outre mesure, sans pour cela pouvoir égaler fe front de ses nombreux ennemis. A la bataille de Cannes, au contraire , on fait un crime au malheureux Yarron de n'avoir pas su développer son armée, et de s’étre laissé déborder par Annibal, qui avait une fois moins de poupes que lui. '■ "fP

On ne trouve nulle part la distance d’une ligne ài l'autre dans l'ordre de bataille de la légion ; mais, comme les historiens ainsi que les poètes nous la représentent en'quarré lorsqu’elle marche.au combat (qtutdrata Ugio J , j'ai dii présumer que la distance de la troisième ligne à la première était égale à-peu-près au front de la légion de soixante toises ; ce qui établit trente toises pour les intervalles des lignes entre elles. Cette distance paraît suffisante pour placer les lignes de réserve hors de la portée des traits des combattants. Polybe nous apprend, il est vrai, qu'Annibal, à la bataille de Zama , éloigna sa troisième ligne d’environ cent toises de sa seconde ; mais il cite cette disposition comme extraordinaire.

L’ordre de bataille que je viens de décrire est celui que Polybe donne à la légion en marche dans un pays ouvert et en présence de l’ennemi ; ordre qu’il désigne comme également propre à la marche et au combat. Je n’ai fait qu'expliquer avec un peu plus d’étendue ce qu’il dit très-sommairement.

Les files occupaient trois pieds dans la ligne , sui-

NOTES. 53y

vant Polybe et Vëgèce; de sorte quelles ne se touchaient point, et quelles laissaient des passages transversaux de seize pouces entre elles. La principale attention des généraux romains, consistait à faire conserver aux soldats leurs distances dans le rang, afin qu'ils eussent la liberté de leurs mouvements pour manier leurs armes. Cé.sar, surpris par les Nerviens, s'aperçoit qu'une de scs légions a serré et aggloméré ses rangs; son premier soin est de dégager ses flancs, afin qu'elle puisse s'étendre et combattre à rangs ouverts.

Voici comment Tite-Live nous explique le mécanisme des combats romains. « Dès que la légion était

• ainsi rangée, dit cct historien propos du combat « contre les Latins, les hastaires engageaient le com-

• bat. S'ils ne pouvaient pas rompre la ligne ennemie, « et qu'ils fussent repoussés, les princes les faisaient . passer derrière eux par les intervalles de leurs rangs, « et se battaient à leur place; les hastaires les suivaient « alors.

« Cependant les maires restaient sous leurs enseignes, « un genou en terre, couverts de leurs boucliers, leurs ■ piques fixées en terre la pointe haute, semblables à >■ des palissades plantées autour de la ligne. Si la for- <> tune se déclarait aussi contre les princes, ils se reti- « raient peu-à-peu de la première ligne jusqu'aux « triaires : de -là le proverbe, F affaire en est aux « triaires, pour désigner une affaire critique. Alors « les triaires se levaient tout-à-coup , ralliaient à eux « les princes. et les hastaires, les recevaient dans les

• intervalles de leurs rangs, et formaient ainsi une seule « ligne pleine et serrée, avec laquelle ib fondaient sur « l'ennemi ; c'était le dernier espoir. Rien de plus ter-

54o NOTES.

•*rible aux yeux d’un ennemi qui croyait n’avoir plus • à poursuivre que des vaincus, que cette nouvelle « ligne, plus nombreuse que jamais, s'élevant tout-à- •< coup devant lui. »

Les vélitcs se dispersaient en tirailleurs avant qu’on en vînt aux mains, pour harceler l’ennemi à coups de traits; et, pendant le combat, ils se glissaient quel* quefois entre les files pour aider aux combattants : delà le nom iXUnterpcdites , que leur donnent quelques historiens. Les Jantassins légers , dit Tite-Live à propos du combat contre les Latins, couraient au travers des rangs des antepilani, et ajoutaient des forces aux hastaires et aux princes.

On laissait ordinairement des intervalles entre les légions ou les cohortes. Scipion , à la bataille de Zama , dit Tite-Live , ne rangea pas ses troupes en ligne, pleine ; mais il laissa des intervalles entre les légions, (fin de laisser passer les éléphants d'Annibal sans qu’ils troublassent les rangs. C’est par ces passages ou voies, comme les appellent les Romains , que les vélites et la cavalerie couraient en avant, ou se retiraient derrière la ligne. Mais l’ennemi pouvant s’y introduire et prendre les cohortes en flanc dès qu’on en venait aux mains, ils étaient souvent plus dangereux qu’utiles. On les faisait fort étroits, on les garnissait de vélites, et même on les supprimait quelquefois totalement, comme on le voit dans les comnlcntaires. On n’ouvrait alors ces passages dans les lignes , qu’au moment même du besoin , en faisant resserrer les rangs. Papirius ordonne aux centurions et aux tribuns, dit Tite-Live, d’ouvrir des

passages pour la cavalerie En un clin-d’œil, tout

s’exécute suivant l’ordre du dictateur, comme si cette

manœuvre eût été préparée d'avance. Les rangs s'ouvrent, la cavalerie court et s élance, la lance en arrêt, au tnilieu des ennemis en désordre; elle renverse tout ce qu'elle trouve sur son passage.

On voit par-là que la cavalerie ne se rangeait pas toujours sur les ailes, et qu’on en formait quelquefois des corps de réserve derrière les lignes d'infanterie.

Des troupes sociales et auxiliaires.

Pour bien comprendre ce qu’étaient les troupes sociales ou alliées, qui partagèrent si souvent les périls et les travaux des Romains , sans partager leur gloire et leur puissance, il est nécessaire de jeter un coup-d’œil sur les relations successives des Romains avec les autres peuples d’Italie.

Lorsque Romulus s’établit sur le mont Palatin, toute l’Italie était partagée comme la Grèce, en une multitude de petits états gouvernés les uns par des rois, 1^ autres par des magistrats. Au centre de l’Italie étaient plusieurs associations connues sous les noms de Latins, de Samnites, d'Etrusques, de Sabins, de Marscs, etc.; l’extrémité était peuplée par des colonies grecques, et le pied des Alpes était habité par les peuplades sauvages des Liguriens, et par des nations d'origine gauloise.

La confédération latine qui s'étendait le long de la mer, sur la rive gauche du Tibre, comprenait, dit^on, dans un espace de cent lieues quarrées, quarante-sept

BfDÎt d'Halicarcasse.

34a NOTES.

Végète. villes ou villages, formant autant de petits états indépendants. Ces petits peuples étaient souvent en guerre entre euxj chacun faisait des incursions sur le territoire de ses voisins, enlevait leurs troupeaux, ravageait leurs champs. Toutes ces petites guerres avaient forcé chaque canton à fortifier une place de sûreté , où les familles pouvaient venir se mettre en siûreté, avec leurs troupeaux et leurs richesses.

Mais, dans un danger commun, leurs dissensions intestines cédaient devant l’intérêt général ; ils se réunissaient contre un ennemi étranger par une association de toutes leurs forces, et leur confédération voulait que chaque état fournît ses troupes pour la défense générale.

Rome, l’un de ces petits cantons, acquit bientôt de la prépondérance sur ses voisins, par la maxime qu’adopta son fondateur, de recevoir dans son sein , nonseulement tous les étrangers qui voudraient s’ÿ établir, mais même d’y incorporer tous les prisonniers faits sur l'ennemi. On distribuait des terres à ces nouveaux citoyens , et ils jouissaient des mêmes droits que les anciens habitants.

Ainsi, tandis que les cités voisines se ruinaient et se dépeuplaient par la guerre, Rome trouva le secret de faire servir la guerre même à sa population . Ce peuple dont les commencements furent si faibles, comptait déjà quatre-vingt mille citoyens pubères, à l’expuLsion des rois; ce qui suppose une population de trois cent mille âmes au moins.

La bataille du lac Régille donna aux Romains la supériôrité sur les autres villes du Latium, sa ris cependant les rendre maîtres absolus de tous ces peuples, qui

étaient vaincus, mais non pas soumis. L'intérêt des deux partis leur dicta un traité par lequel chaque cité latine conserva ses lois et son gouvernement; mais toutes les forces militaires de la confédération , qui auparavant ne se réunissaient qu’en vertu d’une délibération commune , et d’un pacte général , durent se rassembler aux ordres du sénat de Rome, et obéir aux généraux romains. Ces nouveaux compagnons d'armes (rocü) devinrent entre les mains des Romains, des instruments de leur fortune et de leur grandeur. Les Latins tentèrent TiM-Lir». de secouer le joug, et prirent une seconde fois les armes pour obtenir qu'un des deux consuls fût pris parmi eux; mais la fortune s'étant déclarée contre eux, ils furent obligés de se soumetttre à leur ancienne destinée.

Les confédérations des Sabins, des Étrusques, des Samnites , et généralement tous les peuples d’Italie se virent contraints par la force ou par l’adresse de subir les mêmes lois. Lorsque les Cai thaginois parurent sur la scène , les Romains avaient soumis , sous le titre honorable d’alliés, toute la péninsule ji^u’au Rubicon et à l’Arnus, qui formaient les limites de l'Italie proprement dite.

Cependant tous les peuples d’Italie ne furent pas traités de la même manière; Us furent plus ou moins affaiblis, plus ou moins humiliés, à proportion des services rendus à la république , ou de la crainte qu’ils lui inspiraient. On distingua les puissances alliées, les villes municipales, les préfectures, les colonies. Les premières conservèrent leurs lois et leurs gouvernements ; et ne furent astreintes qu’à fournir un contingent de troupes ; les municipes jouirent de tous les

droits de citoyens romain.s, excepté de celui de suffrages; les Cainpaniens et les habitants d’Âiitiuin furent dépouillés de leur goiiTerneinent et de leurs lois, pour être gouvernés comme sujets par des préfets envoyés de Rome; enfin les colonies étaient des établissements de citoyens et de soldats romains , auxquels on donnait une partie des terres du peuple vaincu. Ces colonies formées de trois à six mille hommes, à-peu-près de la force d'une légion, étaient trop faibles pour devenir jamais redoutables à la république, qui en retirait au contraire des avantages immenses. On récompensait, par ce moyen, les vétérans aux dépens de rennemi, et, en l’affaiblissant, on retenait les pays conquis dans la soumission, et on les garantissait des invasions étrangères; enfin, on purgeait sans cesse Rome de cette populace, qui, n'ayant rien à perdre, se montre toujours avide de troubles et de dissensions dans les grandes villes.

Mais comment une seule ville pouvait-elle fournir assez de citoyens pour former de nombreuses légions , et peupler une n^ltitude de colonies.^ Ce phénomène peut s’expliquer facilement si l’on csonsidère qu’il suffisait de résider quelque temps à Rome pour être compris par les censeurs sur le rôle des citoyens romains. Ce titre si beau, si avantageux, qui donnait le droit de suffrages, qui ouvrait la carrière des honneurs et de la fortune, était ambitionné par une foule d'étrangers, qui venaient sans cesse se fixer à Rome pour l’obtenir. Tous les peuples voisins y affluaient; leurs principaux citoyens abandonnaient. leurs villes pour Tite-Livi-. venir partager les droits du peuple-roi. Ces émigrations devinrent si fréquentes, que les magistrats de plusieurs

nations ci'IUilie se virent forcés plus fl’nne fois de solliciter du sénat romain des réglements, afin de prévenir la dépopulation de leurs villes.

Cette multitude d'affranchis et d'étrangers devenus citoyens romains, remplaçait, dans les armées de la république, les soldats que la guerre consommait en grand nombre, et peuplait ces colonies qu'on dispersait sur toute la surface de l'Italie, comme des camps permanents, pour contenir les peuples dans l'obéissance. On comptait jusqu'à soixante-dix colonies à l’époque des guerres puniques.

Tous ces peuples d'Italie qui se trouvaient sous la dépendance des Romains sous quelque titre que ce fût , fournissaient les troupes sociales, dont le nombre, fixé* par le sénat, ne dépassait guère, dans chaque armée, celui des légionaires, afin que les Romains pussent toujours rester les maîtres.

Cependant les alliés se lassèrent d'être les instruments de la grandeur romaine, saus être associés aux destinées brillantes de la république. Ils profitèrent du moment où la force du gouvernement était paralysée par les troubles et les dissensions fomentés par l'ambition de Marins et de quelques tribuns démagogues, pour réclamer hautement le droit de cité. Sur le refus du sénat, la plupart prirent les armes ; telle fut l’origine de la guerre soefa/e, durant laquelle les alliés , qui s’étaient formés à l’école des Romains, firent trembler quelquefois leurs maîtres. Le sénat s’apercevant que, dans celte espèce de guerre civile, les succès n’étaient pas moins funestes à la république que les revers, chercha à calmer et à terminer la querelle avec sa prudence accoutumée. Les Latins, qui étaient restés fidèles, ob- 2*. Er/if. iS

îl

tinrent d abord le droit de cite, qui fut ensuite accordé successivement aux autres peuples d’Italie. Vers l'an de Rome 663, toute l’Italie jusqu’au Rubicon jouit de ce droit, à l'exception des Saniiiites, qui s’efforcèrent de prolonger la guerre encore .quelques années.

Dès-lors tous les Italiens furent Inscrits indistinctement dans les légions, et il ne fut plus question de troupes sociales j car l’on ne doit pas confondre avec elles les troupes auxiliaires ou mercenaires que fournissaient les provinces, appelées aussi alariæ cohortes. Ces auxiliaires ne ressemblaient en rien aux troupes sociales : celles-ci, armées, formées et disciplinées à la romaine , nu diili'éraient des légions que par le nom \ les autres, au contraire, n’avaient rien de coinniim avec les légionaires; ce n'étaient que des cohortes isolées, uniquement composées d’archers, de frondeurs, et d’autres troupes légères. » Les auxiliaires, «lit Végèt^e, « faisaient partie des années comme troupes légères, et < n’étaient regardées que comme un accessoire, et non » pas comme leur principale force. >

On sait «pie, lorsque les Romains étendirent leurs conquêtes hors de l’Italie, ils appesantirent le joug de leur domination , et qu’ils traitèrent les peuples vaincus .avec plus de dureté qu’ils n’avaient traité les Italiens. En général, ils les dépouillaient de leurs lois, de leurs magistrats, de leur gouvernement; ils réduisaient les pays conquis en provinces romaines, gouvernées par des préteurs envoyés de Rome. Ces provinces fournissaient pour les années romaines des cohortes légères, et sur-tout de la cavalerie, «lont on manquait en Italie. Toutes ces troupes provinciales furent nommées auxiliaires, ainsi que les troupes légères et la cavalerie.

qu'on recevait quelquefois des princes alliés de Rome.

César, dans ses Mémoires, après avoir passé en revue les auxiliaires de Pompée , avant la bataille de Pliarsale j ajoute*:

« Le tout selevanRi nombre de 7000 clievaux, par- • tie mercenaires , partie requis ou volontaires { jiartim « mercenarios , partim imperio aiit gratiâ comparâtes. ) »

Les généraux romains, auxquels l’Italie ne fournissait alors que peu ou point de cavalerie, employaient effectivement ces trois manières pour s’en procurer; ou ils prenaient à leur solde des turmes d'auxiliaires, ou ils faisaient des levées dans les provinces de leur commandement, ou bien ils engageaient, par argent ou par bienfaits, les chefs de quelques nations h prendre les armes en leur faveur, et à leur amener des corps de cavalerie.

Les premiers auxiliaires furent les Celtibériens , peuples d'origine gauloise, qui habitaient les rives de l’Èbre. P. Scipion les prit à la solde de la république : on vit alors, pour la première fois, des troupes mercenaires dans les camps romains , dit Tite-Live.

Les auxiliaires et les mercenaires étaient presque toujours en petit nombre dans les armées romaines. Cette espèce de milice peut devenir fort dangereuse lorsqu’elle est assez nombreuse pour faire la loi aux troupes nationales; car elle est toujours prête à trahir la cause quelle a embrassée; elle appartient à celui qui lui offre le plus d'argent. Publius Scipion en fit une triste expérience en Espagne : ce général, ayant pris tous les auxiliaires Celtibériens qui se trouvaient dans l'armée romaine , au nombre de vingt-deux mille, avec (ptelqiies cohortes légionairus , se sépara de l'armée

' principale, commandée par son frère Gneius, pour marclier contre l’armée d’Asdrubal. Le rusé Carthaginois, .après avoir battu en retraite plusieurs jours de suite, pour l'éloigner de l’armée print , s’arrêta ehfin , et

romain. II pratiqua inces.sammcnt des intelligences avec les Celtibériens , et les détermina à abandonner les Romains, en leur offrant plus d'argent pour retourner tranquillement chez eux, qu’ils n’en recevaient des Romains pour faire la guerre. Les légionaires de Publius , abandonnés des auxiliaires, et trop faibles pour résister seuls à Asdrubal, furent bientôt enveloppés et taillés en pièces.

Tite-iùve. Ce ne fut qu'au siège de Ve’ies, l’an de Rome 847,

que les troupes romaines commencèrent à recevoir une solde delà république. Jusque-là, chaque citoyen, enrôlé dans les légions, faisait la guerre à ses dépens, se fournissant lui-même d’armes, de vivres , d’habillements , sans avoir d’autre dédommagement que sa part du butin fait sur l’ennemi ; ce qui explique l’exception dont jouissaient les citoyens pauvres qui n’avaient pas de quoi s’entretenir à l’armée.

Polybe , qui écrivait à la lin de la troisième guerre punique, nous apprend que le simple soldat recevait alors deux oboles (six sols) , le centurion le double , et le chevalier le triple , ou une drachme ( dix-huit sols).

Cette solde ne varia que très-peu, jusqu’au moment

vint établir son camp très-pr

'e celui du général

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