FIN
Tite-Lire.
DenU d'HalicarD4ii»e.
Des levées de troupes.
O !f sait que le roi Servius Tullius distribua tout le peuple romain en six classes, qui servirent de base à la levée des troupes et à la formation des légions. La première, composée des citoyens les plus riches, dont la fortune s’élevait au-dessus de cent mille as (5,629 f.), fut formée en dix-huit centuries de chevaliers et quatrevingts centuries de fantassins, auxquelles on ajouta deux centuries chargées de l’emploi et de la direction des machines de guerre.
On forma la seconde classe des citoyens qui avaient de cent à soixante-quinze mille as; la troisième, de ceux qui .avaient de soixante-quinze mille à cinquante mille; et la quatrième, de ceux qui avaient de cinquante mille à vingt-cinq mille. Chacune de ces classes fut divisée en vingt centuries.
Les quatre premières classes fournissaient l’infanterie de ligne; la cinquième classe, composée des citoyens qui avaient de vingt- cinq à onze mille as, divisée en trente centuries, fournissait les vélites ou troupes légères : on tirait aussi de cette classe les cors et les trompettes.
Enfin, l’on rejeta dans la sixième classe tous les citoyens pauvres qui possédaient moins de onze mille as
NOTES. 5i3
{6ig fr.), et l’on en forma une seule centurie, qui, dans les premiers temps, fut exempte de tout service militaire, attendu que leur pauvreté les mettait dans rimpuissance de s’acheter des armes et de faire la guerre à leurs dépens.
Mais , lorsqu’à l’époque dusiége de Veïes, les troupes reçurent une solde de la république, la pauvreté ne fut plus un titre d’exemption , et les pauvres furent presque toujours soumis aux devoirs de la milice comme les autres citoyens. Polybe nous apprend que, durant les guerres puniques, on les employait au service de la marine, moins honorable que celui des légions. Le consul Marius , chargé de faire des levées pour la guerre contre Jugurtha, avait tellement animé la multitude parl’espoir du butin, que les pauvres se présentèrent à' l’envi pour marcher sous ses ordres. U iC enrôla presque que des capite censi , sans avoir égard aux classes , suivant r ancienne coutume, dit Salluste. Il paraît que la dernière classe fut admise dès>lors , comme les autres , dans les légions.
Le dénombrement et le classement de tous les citoyens, établis parServius Tullius, continua à se faire tous les cinq ans après l’expulsion des rois, d'abord par les consuls, ensuite par les censeurs, lorsque cette magistrature fut créée l’an de Rome 3i i. Ils enregistraient les noms , l’âge , la fortune , le nombre des campagnes des Romains ; ib les classaient de nouveau suivant leur fortune et leur conduite. Les rôles dressés par tes magutrats servaient à faire connaître aux'consub ou aux préteurs, chargés de faire les levées, tous ceux qui étaient soumb au service militaire. Les magbtratures exemptaient de la conscription. Au reste , si l’on en croit 2*. Edit. 33
IVlybe.
Tiic-Live.
J14 ISUTES.
Polybe, il netait permis d'aspirer à aucune magistrature avant d'avoir servi cinq campagnes dans la cavalerie, ou dix dans l'infanterie.
Le sénat eut recours quelquefois à la vole du sort pour la levée des troupes : on en trouve un exemple dans Appien. Le consul L. Lucullus était accusé par le peuple de mettre de l injiistice et de l'iniquité dans le choix qu'il faisait pour former les légions destinées à la guerre d’Espagne ; les murmures furent si violents, que le sénat, pour les apaiser, décida que le sort désignerait les soldats.
Lorsque l'ennemi paraissait tout-à-coup aux portes de Rome, sans laisser le temps aux consuls de procéder aux levées par les voles ordinaires, le danger de la patrie les forçait d'avoir recours à un moyen plus prompt. Le premier de ces magistrats parcourait la ville en s’écriant : Qui veut sauver la république me suive ! Alors personne n'était exempt de courir sur-le-champ aux armes ; tous les citoyens se rassemblaient tumultuairement , et juraient de défendre la république jusqu'à la mort, ce qui s'appelait conjuration.
Les citoyens romains seuls furent admis dans les légions jusqu’au moment où les guerres civiles vinrent bouleverser la république et renverser toutes les luis établies. Cependant on trouve quelques exceptions : après la sanglante défaite de Cannes, le sénat se vit contraint de former deux légions avec des affranchis, des déterms pour dettes ou pour vols, et huit mille esclaves que la république acheta aux pardcaliers; faisant ainsi céder l'honnête à rutile, dit Tite- Live. Ces légions se conduisirent très-bien, rendirent de grands services , et les esclaves méritèrent leur liberté les armes à la main.
NOTES. . 5i5
Sylla et Marius, dans leurs sanglants débats, recrutaient de tous côtés sans aucun choix , et ces deux furieux incorporèrent une foule d’esclaves dans leurs légions. Catilina forma les siennes avec des bandits et des malfaiteurs : alors les chefs de parti ne connurent d’autres lois que leurs caprices ou leurs intérêts. Ils ne se firent plus aucun scrupule de former et de recruter leurs nombreuses légions avec les hommes que leur fournissaient les provinces sous leurs commandements. César leva deux légions, dès le début de la guerre des Gaules, dans la Cisalpine, qui était réduite en province romaine ; et , après la défaite de son légat Sahinius, il forma trois légions avec les conscrits que lui fournit cette même province. Pompée fit leveitt en Espagne , par ses légats, deux légions composées des naturels du pays, que par cette raison on nomma les Vernacules.
Enfin , la puissance impériale s'étant élevée sur les ruines de la république , il n’y eut’ plus de citoyens romains, ou du moins ce ne fut plus qu’un vain titre; les Italiens, comme les provinciaux , ne furent plus que' les sujets d’un même maître. La conscription s’étendit peu-à-peu sur toute la surface de l’empire, et la provinces Jurent conquises avec le sang des provinces , suivant l’expression énergique de Tacite. ^ '•
Les préfets, gouverneurs des* provinces , étaient chargés de faire ftâre les levées ordonnées par les empereurs. Tacite, qui se plaît à rembrunir ses tableaux , fait une peinture hideuse des désordres et des abus d’autorité qu’entraînait souvent la levée des troupes dans les provinces. « 'Vitellius , dit cet historien ^ ayant « ordonné des levées de troupes chez lès fiataves , ce • fardeau, déjà fort pesant de lui -même, fut encore
Saütalc.
C^sar.
Tite-Ltre.
5i6 NOTES.
«aggravé par l’avarice et l’incontinence des officiers » qu'il y employa. Ils désign.iicnt des vieillards et des «invalides, pour les forcer à se racheter à prix d'ar- «gent; ils enlevaient de jeunes impubères d’un âge fort « tendre, mais d’une figure agréable, pour les faire ser- « vir à leurs infâmes plaisirs. •
Las citoyens qui avaient servi le temps prescrit par les lois obtenaient leur congé, et n’étaient plus obligés de prendre les armes que pour la défense de la ville, dans le cas très-rare où elle était menacée par l'ennemi. Cependant ces braves vétérans, habitués à la vie des camps, marchaient quelquefois volontairement. C’est ainsi que Siccius Dontatus,âgé de soixante ans et couvert de plus ji^e quarante blessures, parait à l’armée contre les Éques, à la tète de huit cents vétérans. Les deux armées en viennent aux mains ; la victoire reste long-temps incertaine : alors Dentatus, à la tête de ses braves compagnons, marché au camp de l’ennemi occupé a se battre, en surprend la garde, la taille en pièces, et s’empare du camp j il court ensuite porter le désordre et l’épouvante sur les derrières de l’armée des Eques, qu’il détermine à la fuite par ce mouvement audacieux.
La, plupart des généraux durant les guerres civiles distribuèrent, à l’exemple de Sylla , les biens et les terres des vaincus et des proscrits aux léglonalrcs qu’ils licenciaient. Ces soldats, établis et dotés presque tous en Italie , étaient connus sous le nom de beneficiarii : la conservation de leurs biens reposait en quelque sorte sur la tête de leur général ,- ils se trouvaient liés à sa défense par leur propre intérêt. Aussi on les voyait reprendre les armes et accourir sous leurs anciennes en-
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seignes dès qu’il les évoquait ; de-là le nom d'évoqués qu’ils prenaient à l’armée. Il paraît qu’en général les évoqués jouissaient d'une grande considération , et qu’ils étaient assimilés aux centurions pour tous les avantages et les privilèges. On en comptait jusqu'à deux mille dans l’armée de Pompée à la bataille de Pharsale , tous soldats licenciés de ses anciennes armées , dit César, qui étaient revenus le servir par reconnaissance pour les établissements qu'ils en avaient reçus.
Les peines infligées aux conscrits qui refusaient de marcher, varièrent suivant les temps , les circonstances et l'humeur plus ou moins sévère des magistrats. Ordinairement ils étaient condamnés à une amende; quelquefois les consuls les faisaient arrêter par leurs licteurs et battre de verges, mais ce châtiment était odieux au peuple. On les incarcérait, on vendait leurs biens, et l’on portait quelquefois la sévérité jusqu’à les vendre eux-mêmes comme esclaves.
Du temps de Végèce, on marquait les recrues sur la peau avec un fer chaud, aCn de faire reconnaître les déserteurs ; mais l’on pense bien que ces précavitions ignominieu.ses, qui annonçaient la décadence de la milice, n’étaient pas en usage sous la république.
On voit déjà .sous l’empereur Auguste des jeunes sens chercher à s'affranchir des devoirs de la milice en se coupant le pouce droit. Cet empereur, au rapport de Suétone, fit vendre comme esclave, avec tous ses biens , un pèéc qui avait ainsi mutilé ses deux fils pour les soustraire à la conscription. Cette lâcheté devint commune par la suite. Les étymologisles en dérivent notre mot de poltron ( pollex tmneus).
NOTE a.
Voici un exemple de la sainteté du serment chez les Romains. Le consul P.Valërius ayant fait prendre les armes tumultuaircment au peuple pour chasser l’ennemi du Capitole , qui venait d'étre surpris , cette citadelle fut reprise après une action sanglante où périt le consul, qui fut remplacé aussitét par Cincinnatus. Le nouveau consul voulait porter la guerre chez les Éques et les Volsques ; mais les tribuns du peuple s’oppo- ' saient aux levées. Alors Cincinnatus, haranguant le peuple, s’écria : « Nous ne manquerons point de soldats ,
« et nous avons encore sous nos ordres tous ceux qui ,
« à la vue de ce Capitole, ont pris les armes et juré « solennellement de ne les quitter que par la permis- < sion des consuls. Si, par les conseils des tribuns, ils • refusent de nous obéir, les dieux , vengeurs du par- ^ « jure, sauront bien les punir de leur désobéissance, »
Les tribuns représentèrent en vain que ce serment ne regardait que la personne de Valérius et l’expédition du Capitole; les citoyens, plus scrupuleux, n’osèrent point refuser de prendre les armes.
L’exact Polybe ne parle pas de la formation de la légion en dix cohortes, ce qui prouve qu’elle n’avait pas encore lieu de son temps.
La force de la légion varia de quatre à sept mille hommes : nous venons de voir que la légion de Polybe était de quatre mille deux cents fantassins et trois cents chevaux ; ce nombre varia peu jusqu'à la guerre d’An-
NOTES. ’ 5i9
nibal; on l'augmenta alors, selon Tite-Live, de mille fantassins et de cent chevaux Le même historien nmis dit que Scipion, avant de passer en Afrique, porta l'effectif de ses légions à six mille deux cents fantassins et trois cents chevaux. On les retrouve de la mcnie force durant la guerre de Macédoine.
Mais, comme il faut toujours faire la part des maladies et des accidents de la guerre, on peut présumer que ces corps étaient rarement au complet, et qu’il» étaient réellement moins nombreux. Le» légions de César avaient rarement cinq mille hommes sous les armes : ses huit légions, à la bataille de Pharsale, ne faisaient que vingt-deux mille hommes , tant elles avaient été affaiblies par les cantonnements mal -sains de Brindes, et par plusieurs mois de fatignes et de combats sous Dyrrackium. Hirtius cite la sixième légion composée d'anciens soldats, à laquelle il restait à peine mille hommes sous les armes. ’
Chaque légion emmenait à sa suite des charpentiers, des forgerons, et tous les ouvriers nécessaires pour construire et réparer les traits , les armes , les chariots , les ponts, et toutes les machines de siège. La légion était une petite armée qui renfermait dans son sein, dans une juste proportion, de l’infanterie de ligne, de l’infanterie légère, de la cavalerie, des ouvriers, des machinistes, enün, tout ce qui pouvait lui être nécessaire à la guerre pour se suffire à elle- même dans quelque position qu'elle se trouvât.
Les Romains, habitiints d'un pays dépourvu de chevaux, où l’on n'employait que des boeufs pour l'agri-
Végèce.
Tilc-Livi*
culture, n’étaient point cavaliers. Ils n'eurent jamais que très -peu de cavalerie nationale, et le peu qu'ils avaient n’était en quelque .sorte que de l’infanterie à clieval , car leurs chevaliers mettaient pied à terre dans les occasions difficiles. L’histoire en fournit plusieurs exemples : le dictateur Posthudiius , à la bataille du lac ^égille, fit mettre pied à terre aux chcs’aliers, qui coururent aussitôt au plus fort de la mêlée , et ranimèrent le combat par leur exemple. Les fantassins reprirent courage en voyant cette brillante jeunesse venir partager leur danger dans un combat égal. Les I.atins , repoussés , furent mis en désordre , et les chevaliers remontèrent aussitôt à cheval pour les poursuivre et profiter de la victoire. Les chevaliers mirent aussi pied à terre à la bataille de Cannes, mais avec moins de bonheur, pour tâcher d'arrêter l’armée victorieuse d’Annibal. J’aimerais autant qu'on me les livrât pieds et poings liés, s’écria le général carthaginois, en voyant cette fausse manœuvre.
L’état leur fournissait ordinairement des chevaux ; ^cependant au siège de Veïes, plusieurs d’entre eux scr- , virent avec leurs propres chevaux; ce fut le premier Saéioor exemple de cette espèce. I.eur marque distinctive était Faniicau d’or qu’ils portaient au pouce. Ils étaient revêtus à Rome de Xangusticlave, tunique qui ne différait du laticlave des sénateurs que par une bordure plus étroite.:.
Les privilèges de ne faire la guerre qu’à cheval, et de ne servir que dix campagnes, n’étaient pas les seules dont cet ordre jouissait. 11 en acquit plusieurs autres, et il finit même, grâce à son cr^it et à ses richesses, par s’affranchir des devoirs pénibles du simple cavalier.
Digitiz^ by GoO ’l»
NOTES. 5ai
11 est vrai que le nombre des chevaliers fut bien diminué par les guerres civiles; le seul Sylla en enveloppa deux mille six cents dans ses proscriptions. On ne les voit plus figurer dans les armées de César et de Pompée , qu’au prétoire du généra) , remplissant les fonctions d’officiers d'état-major, et chargés de missions spéciales , soit pour le commandement des places , soit pour le gouvernement et l’administration des pays conquis. 11 est certain , d’après plusieurs passages des commentaires, que ces deux généraux n’employèrent qtie de la cavalerie auxiliaire, et que le petit nombre de chevaliers qui suivait leurs armées ne formait pas un corps de cavalerie. '•
César, dans son entrevue avec Arioviste, ne se fiant pas à ses cavaliers gaulois , prit leurs chevaux , et les lit monter par les soldats de la dixième légion pour former son escorte; et certes, s’il avah'eu un corps de chevaliers, il n’eût pas été réduit à cet expédient. Ce même général ayant reçu des cavaliers germains fort mal montés , leur distribua les chevaux des tribuns , des évoqués, et même des chevaliers. Si ces chevaliers avaient formé un corps de cavalerie , eût-il démonté la cavalerie romaine pour monter des barbares ? Enfin , il dit qu’il envoya à la poursuite des Belges toute sa cavalerie, forte de quatre mille chevaux rassemblés chez les Eduens et leurs alliés et dans toute la Gaule narbonnaise; et pas un mot des chevaliers.
11 parait donc démontré que dorant les guerres civiles, les chevaliers cessèrent de faire le service de cavaliers. On ne connut plus de cavalerie légionaire jusqu’au moment où l’empereur Augmte fit revivre cette sage et ancienne institution; cependant elle ne
Vêgcce.
5aî NOTES.
fut plus prise exclusivement parmi les chevaliers , et on y fit entrer aussi des fantassins légionaires. Les cavaliers légionaires sont pris dans le sein de la légion ^ dit Végèce.
Les marques distinctives du centurion étaient une aigrette sur le casque, avec le numéro de son niani* pule au-dessous. 11 portait à la main un cep de vigne, qui était comme son liâton de commandement.
Nous savons, par Polybe, qu’on ne prenait ces officiers que parmi les légionaires qui avaient déjà servi la moitié du temps prescrit par les réglements. • On vou- « lait pour centurions, dit Végèce , des hommes grands,
« forts et vigoureux, habiles à lancer le pilon et l'bast,
< redoutables l'épée à la main , et adroits à manier le X bouclier , ainsi qu'à tous les autres exercices militaires ; «sobres, vigilants, agiles; plus prompts à obéir qu’à » raisonner ; doués d'assez de caractère pour' maintenir X la discipline, et pour astreindre leurs manipulaires «aux ddférents exercices; zélés pour l’intérêt et le
< bien-être de leurs soldats, et soigneux de pourvoir à « leurs besoins. »
Au licenciement des légions, les officiers rentraient dans la classe ordinaire; mais il paraît, d'après ce qui arriva sous le consulat de Mamercuset de Julius, que l’usage voulait qu’ils reprissent leurs rangs, lorsqu'on formait de nouvelles légions. Ces consuls ayant voulu enrôler, comme simple soldat , Valero , un des chefs du parti plébéien , quoiqu’il eût déjà sei"vi avec honneur comme centurion; le peuple, révolté de cette injustice, repoussa les licteurs qui voulaient l’arrêter, et le nomma
l'un cle scs tribuns, afin de le soustraire au service militaire. On trouve dans Tite-Live un Ligustinus , primipile pour la quatrième ibis, et un Tullius, qui occupait ce grade pour la septième fois.