L'AVORTEUSE
Nos observations nous permettent de classer les avorteuses en quatre catégories :
La femme mariée qui a une profession, brodeuse, ménagère, couturière, repasseuse, gardienne de nourtissons et qui pratique des manœuvres abortives. De par son métier, elle. fréquente diverses maisons, dans la conversation elle s'intéresse particulièrement aux femmes qui craignent la grossesse, c'est alors qu'elle offre ses services. |
La: femme mariée ou non, qui est une professionnelle dans l'avortement. Cartomancienne connue par la rumeur publique, sa double réputation est faite, on l’appelle la « faiseuse d'anges », avec succès dénommée par Monsieur le Professeur Pierre Parisot dans sa communication au Congrès National de la Natalité, le 27 septembre 199, la « DEPOPULATRICE ».
Elle se rend à domicile, surtout quand la nuit est arrivée, elle se déplace, elle est active ou bien opère chez elle, toujours dans la même pièce. Souvent elle à des amants, elle se prostitue, elle se fait avorter elle-même, elle se livre à la boisson. On vient se présenter chez elle
car on la connaît, ce qui n'empêche pas son mari, COM-
me nous l'avons lu, de faire le rabatteur. Ces dépopulatrices font une grande propagande contre la natalité,
elles offrent leurs services et poussent les femmes en-:
ceintes à se faire avorter. Parmi elles, l'une n'opérait pas elle-même, elle expliquait la manœuvre criminelle, montrait notamment la manière de prendre une injection intra-utérine et si la cliente n'y parvenait pas, elle lui faisait l'injection. Le résultat de nos recherches nous
permet de dire que 9 sur 11 de ces professionnelles fixent des prix et reçoivent de l'argent.
La sage-femme, mère de famille, qui a déjà une certaine expérience, elle a atteint l’âge de 40 à 50 ans, nous .avons noté une proportion de 3 inculpées sur 5 qui se servent du spéculum' et 5 sur 5 qui reçoivent de argent.
Enfin la mère de famille qui, dans les régions occupées par l'ennemi, touchée par la situation malheureuse des jeunes filles ou des épouses qui étaient enceintes des œuvres des allemands, voulaient « rendre service » et n’acceptait aucun argent.
À ce propos, souvenons-nous que les allemands, par ordre, tuaient, violaient, pillaient. En 1915, au Sénat, la question s’est posée : que faire de ces nombreux intrus ? Monsieur Barrès qui a proposé une loi de circonstance a écrit : « Dans notre région lorraine, le peuple croit fermement que le Gouvernement va faire tuer ces intrus. Il y a plus, des femmes ont prévenu le maire de leurs villages qu'elles se chargeaïent de cet acte. Quel jury les condamnerait ? ».
Pour être fidèle à notre plan, donc pour plus de clarté nous n’avons pas fait une description unique de lavortée et de l’avorteuse dans les-régions envahies, quoique ces crimes ont été commis sous le joug allemand et que souvent à propos du mobile spécial du crime consommé, soit par l’avortée, soit par l’avorteuse, il y ait un rapprochemient à faire.
De nos travaux il ressort une remarque ‘presque générale, ces avorteuses travaillent pour gagner de l'argent, elles fixent un prix à l'avance, modifient ce dernier suivant la cliente ou s'en remettent à sa générosité.
ar, NES
Elles sont coupables, elles n’ont aucune excuse à nos yeux, mais nous nous montrerions peut-être moins sévère dans notre jugement sur celles des régions enva- ‘hies dont nous venons d'indiquer le mobile souvent désintéressé.
Les avorteuses savent le danger qu'elles courent, aussi demandent-elles parfois des prix élevés: pour nous en faire une idée, voici quelques exemples : 30, 50, 150, 200, 300 francs l'opération.
9, 20, 40 francs l'injection.