TROISIÈME PARTIE
Fréquence. — Progression ascendante
Dans notre travail, à Ja page 33, nous avons tracé un graphique qui comprend trois courbes : l’une (en poinüllé noir) qui représente le nombre d’affaires d'avortement mises à l'instruction (c'est-à-dire les affaires terminées par un non-lieu, les affaires mises en accusation); l'autre (en traits séparés noirs) ls nombre d'affaires mises en accusation; la dernière (un trait plein noir) le nombre d’affaires terminées par üne ordonnance de non-lieu. à
Ces différentes courbes sont l'expression de nos recherches de 1900 à 1920 inclus, soit pendant 20 années.
Que nous montre ce graphique?
14% Que le nombre d'affaires mises à l'instruction n'est nullement le reflet du nombre réel des avortements que les médecins et sage-femmes ont pu constater dans leur clientèle ;
2° La grande proportion des non-lieux;
3° Le petit nombre des mises en accusation;
4° Enfin la progression ascendante du mal pendant la guerre, notamment en 1917.
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Mais pourquoi ce pelit nombre d'affaires mises à l'instruction et pourquoi ce grand nombre de nonlieux? Parce que l'avortement est un crime qui est excessivement facile à dissimuler et, disons-le de suite, voilà ce qui le différencie de l’infanticide.
Levy tout d'abord qu'une différence d'âge, mais ici souvent l'accouchement a laissé des traces sur les parties sexuelles de Ja femme; le médecin-expert constatera une déchirure du col, de la fourchette, des vergetures abdominales, ete.; en second lieu, le cadavre d'un nouveau-né est plus volumineux qu'un produit fœtal, aussi est-il plus difficile de le faire disparaître et c'est souvent lui, ce cadavre de nouveau-né, qui sera retrouvé et sera le point de départ de la poursuite judiciaire. Il y a donc dans ce crime deux ordres de * preuve : l’une sera recherchée sur la femme, l’autre sera Je cadavre du nouveau-né, Il en résulte que l’inculpée, mise en présence de son enfant qu'elle a étouffé, par exemple, avoue la vérité; elle ne peut rien €acher; la justice établit le crime, le Jury de la Cour d'Assises rend alors un verdict sévère bâti sur une base solide, Dans nos recherches, nous nous sommes rendu compte qu'en matière d'infanticide, les non-lieux étaient en très petit nombre, les mises en accusation en grand nombre, car il ÿY a des preuves, et des preuves suffisantes. En 20 ans (de 1900 à 1920 inclus), le nombre d’affaires d'infanticide mises à l'instruction est exactement le double de celui des affaires d’avortement mises. à l'instruction. Par contre, l’avortée cache la vérité, le médecin-expert commis constate de temps en temps qu'un fœtus est sorti de l'utérus, et c'est tout. Il
ne lui est souvent pas possible de dire que l'avortement à eu lieu à Ja suite d'une intervention. L'expert, comme l'explique Brouardel, ne trouve aucune trace du crime, car il est souvent commis trop tard et s'il s'agit d'une multipare, il ne relève aucune trace du passage du fœtus, les traumatismes des muqueuses du col et du vagin guérissant très vite.
En résumé, en matière d'avortement, le grand nombre de non-lieux s'explique par ce fait que les preuves de culpabilité sont insuffisantes et, dans cet ordre d'idées, nous avons pensé que la comparaison de l'avortement avec l’infanticide rendrait notre explication plus claire.
Le tableau suivant, qui est l'expression en chiffres de notre graphique, met aussi nettement en évidence Les remarques qui viennent d'être faites
En 20 ans, il y a eu 35 affaires d’avortement mises à Finstruction: Erre
13 affaires mises en accusation:
22 affaires suivies de non-lieux.
Nous savons done que l'avortement est fréquent, nous assistons à sa progression ascendante, l'influence de la grande guerre y est manifeste. Ce sont des faits, nul ne peut les contester. Le mal est immense partout. il est évident, il croît; aussi, M. le Docteur Maygrier, accoucheur des Hôpitaux de Paris, déclare-t-il (1) : « L'avortement est devenu une véritable plaie sociale, » Nous n'insistons pas. | ;
Mais pourquoi ce fléau progresse-t-il?
(4) La dépopulation française 1914-1915, Bourar. Thèse de Médecine de Paris (Chapitre : Progression ascendante des Avortements.)
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A côté du manqué de preuves qui entraîne souvent l'impunité, à côté de ee fait que ce crime à une nature spécial, à côté de ce fait que l'avortée cache la vérité, il convient d'ajouter une remarque d'ordre plus généralk.
L'étiologie de ce mal, nous la trouvons dans la £<0ciété contemporaine, qui n° veut plus d'enfants, car l'enfant est une source de gêne et de douleurs. Ce dont nous souffrons est d'ordre moral. Ge crime est le résultat d'un état social spécial. Notre génération ne parle que de droits, encore des droits: 1 devoir y est inconnu, Dans fous Es milieux, l'éducation sexuelle atteint un développement tel que la prophylaxie anticonceptionnelle est pratiquée. Le mot d2 Quételet ne reste-t-il pas exact : « C’est la société qui fait les crimes et le criminel ne fait que les exécuter! »
Cette éducation sexuelle vicieuse ne résulte-t-elle pas en partie de Ja guerre?
Gette pente à la suppression de la grossesse, cette évolution de nos mœurs, ne fiennent-elles pas aussi à ces théories néo-malthusiennes qui ont été si répandues et dont le triomphe à dépassé touts expression.
L'étude de notre graphique nous permet donc de conclure que la justice est souvent impuissants, que le crime ne peut être établi; l'avorteuse est cn parfait» sécurité, ce qui lui permet de faire fructifier son odieux méticr, sa terrible propagande: