‹ Considérations sur l'emploi industriel des eaux minérales en général et des eaux de vals (Ardèche) en particulierChapitre 2 sur 10 · SÜR L’EMPLOI INDUSTRIEL DES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SÜR L’EMPLOI INDUSTRIEL DES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL

Des Eaux minérales en général.

Quand on étudie tout ce qui a été fait sur les Eaux minérales, on est frappé dès l’abord du nombre immense des travaux dont elles ont été l’objet, et de la grandeur des progrès réalisés jusqu’à ce jour dans cette branche de nos connaissances. Non seulement nous n’avons plus besoin , pour expliquer l’origine et les vertus thérapeutiques des sources minérales, d’invoquer, comme dans l’antiquité, au moyen âge et même à une époque peu éloignée de nous, l’intervention de quelque puissance supérieure, et nous ne sommes plus réduits à cacher notre ignorance sous le voile de la superstition ; mais encore, grâce aux recherches multipliées des savants, nous pouvons nous faire une idée suffisamment exacte des phénomènes qui président à la formation de ces sources diverses, connaître les principes , parfois si peu saisissables, qui entrent dans leur composition, et apprécier par conséquent la nature et le mode de leur action sur notre économie.

Cependant, — et c’est là ce qui prouve toute l’étendue des difficultés que rencontre ce genre d’études, — malgré les efforts des hommes les plus distingués, tels que Duclos, Bourdelin , Geoffroy, Boulduc, Home, Margraff, Black, Venel, Bayen, Monnet, Bergmann, Vauquelin, Deyeux, Thénard, Barruel, Berzélius, Os-

sian Henry, Chevallier, etc., il reste encore une foule de problèmes qui attendent une solutioû.

Ainsi, pouvons-nous dire d’une manière certaine que les eaux, dans lesquelles l’analyse accuse le même ensemble d’éléments constitutifs , doivent leur origine à l’influence de causes et de circonstances analogues? Pouvons-nous dire que nos procédés d’investigation sont sufiisants pour nous conduire à d'infaillibles résultats? Savons-nous pourquoi telles et telles eaux, qui offrent la même composition que telles autres, sont douées cependant de propriétés fort différentes ? Savons-nous à quoi attribuer cette diversité d’action ? Est-ce à un arrangement particulier des principes élémentaires ou à la présence d’agents inconnus qu’il nous est imj)ûssible d’atteindre pour les étudier?

Ce sont là autant de questions sur lesquelles la science tôt ou tard portera son flambeau; mais qui aujourd’hui restent pour nous enveloppées d’une impénétrable obscurité.

Nous n’avons l’intention de soulever ici aucun des problèmes difficiles que comporte la science des Eaux minérales au point de Tue géologique, analytique et thérapeutique. Nous voulons seulement rechercher, dans ce modeste travail, s’il ne serait pas possible, tout en laissant ces eaux dans le domaine de la médecine, de les utiliser au profit de l’industrie, de l’agriculture et des arts.

L’étude de cette question économique nous a semble ne manquer ni d’intérêt ni d’opportunité, dans un moment où tous les esprîts obéissent à la puissante impulsion du génie investigateur et industriel de notre époque. Sans doute nous n’espérons pas pouvoir faire entrer dans le cadre d’une thèse, dont les limites sont forcément très restreintes, tous les développements dont le sujet est susceptible, mais il nous suffira, pour le but que nous désirons atteindre, d’indiquer sommairement dans les pages qui vont suivre les améliorations réalisées, les résultats à obtenir, et d’appuyer nos assertions de quelques exemples concluants, nous réservant de reprendre plus tard et de compléter nos études sur cette matière.

Les Eaux minérales, produits naturels du sol, constituent une richesse dont on n’a su que très imparfaitemeM jusqu’à ce jour apprécier les nombreuses ressources. Le revenu qu’on en tire et qui consiste presque exclusivement dans l’argent laissé dans les contrées où existent des établissements fréquentés par les malades, nous semble en eifet susceptible d’un développement considérable. Ainsi, il est certain que si toutes les eaux douées de vertus curatives, de même que toutes celles renfermant une substance ou possédant une propriété d.’un emploi avantageux, étaient exploitées, les premières sous le rapport médical, les secondes sous le rapport industriel, il est certain qu’on arriverait facilement à doubler ce revenu, qui déjà s’élève, dit-on, à Une somme de plusieurs millions de francs (i). Laissant de côté la première partie de cet intéressant problème, nous nous contenterons de rechercher ce qui résulterait de profitable de la solution de la deuxième.

Les éléments industriellement utilisables fournis par les Eaux miirérales sont au nombre de quatre i le calorique, les principes minéralisateurs, les gaz qu’elles dégagent et les sédiments qu’elles déposent.

Calorique. —On sait que la température des Eaux minérales, loin d’être uniforme pour les différentes sources, varie au contraire depuis ■J" ou 8“ jusqu’à un degré peu éloigné de la chaleur de l’eau bouillante. Ainsi les eaux de Pulina n’ont que 8“; celles de Cransac, de Pyrmont et beaucoup d’autres de io“ à 12“; tandis que les eaux de Plombières portent de 49° à 63 *; la source de la Grotte à Bagnères de Luchon 65 “ ; le Sprudel de Carlsbad 'j 3 “ ; une des sources d’Acqui (Piémont) 78“; la fontaine du Par à Chaudes-Aigues 8i“ (2); et cer-

(1) Qn a établi par des calculs que l'argent dépensé dans les établissements d’eaux minérales s’élevait par an, donnée moyenne, à la somme de 11 à 12 millions de francs, ajournât de Chimie médicate, t. XXU, p. 506.)

(2) M. Berthier fait remarquer que les eaux de Chaudes-Aigues tiennent lieu aux habitants de cette ville d’une forêt de chênes qui aurait au mobis 5Zi0 hectares. Ces eaux sont d’autant plus précieuses que les combustibles sont très chers dans le pays.

taines des eaux d’IIamman-Mescoutine ou Bains-maudiis, dans la province de Constantine, jusqu’à gB". A combien d’usages divers, domestiques et industriels, ne pourrait-on pas faire servir ces masses énormes et inépuisables de calorique, presque toujours infructueusement perdues.

Déjà, dans plusieurs localités, on a fait, en ce sens, les essais les plus heureux; il suffirait de les multiplier et d'! les généràlîser en leà' favorisant. A Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), l’établissement thermal, chambres, salles, escaliers, couloirs, est chauffé en entier à l’aide des eaux de la principale source-, dont la température s’élève à 58°. Si un tel système était appliqué partout où il serait susceptible de l'être, les malades pourraient, même pendant l’hiver, joiiirde l’action bienfaisante des eaux, et ne seraient plus obligés de différer jusqu’à la saison d’été le soulagement oula guérison d’affections souvent très douloureuses, (i)

A Chaudes-Aigues, un assez grand nombre de maisons se trouven* également chauffées, au moyen d’appareils fort simples, parles eaux de la fontaine ànPar ( 2 ), qu’on emploie aussi à faire cuire des œufs, à préparer les aliments, à laver le linge et à dégraisser les laines. C’est encore à Chaudes-Aigues qu’on a mis à exécution l’ingénieuse idée de M. Darcet, d’approprier le calorique des eaux à l’incubation artificielle, opération qui consiste à faire couver de grandes quantités d’œufs en les soumettant à l’influence continue d’une douce tempé-

(1) M. Chevallier, qui rend chaque jour, par d’incessanls travaux, de si nombreu.v services a la science des eaux minérales, a été le premier à combattre l’idée malheureusement jvop répandue de l’inefficacité de ces Eaux prises en dehors d’une certaine époque, qu’on s’est plu à nommer la saison des eaux, et qu’on a arbitrairement limitée entre les mois de Juin et d’octobre. Il a fait sur lui-méme des expériences concluantes qui ont prouvé clairement la fausseté d’une telle manière de voir. Mais jusqu’à présent ses efforts ont été impuissants contre un préjugé profondément enraciné, qui néanmoins, nous l’espérons, disparaîtra bientôt,

(2) Voir, sur ce sujet, un article de M. Chevallier, inséré dans le Journal des connaissances utiles (18^1).

rature. Pour bien se rendre compte de l’utilité de ce genre d’industrie, on n’a qu’à se rappeler qu’il existe en Egypte environ deux cents établissements spéciaux qui l’exercent, et dont. chacun fournit à la consommation annuelle plus de i4o,ooo poulets. Dans un pays comme la France, où la subsistance animale est encore au dessous des besoins de la population, et où la volaille est un aliment de luxe presque inconnu à certaines classes de là société, la création d’établissements analogues aurait donc un incontestable caractère d’intérêt général.

On s’est beaucoup occupé de l’organisation, dans tous les centres de population , de bains et de lavoirs publics, mesure essentiellement hygiénique, et M. Dumas, lorsqu’il occupait le ministère de l’agriculture et du commerce, a poursuivi la réalisation de ce projet avec la plus louable sollicitude. Pour les villes possédant des eaux thermales, rien ne serait plus facile que d’obtenir ce résultat, puisqu’on n’aurait, pour le faire, d’autres dépenses à supporter que celles, minimes du reste, nécessitées par la construction des bâtiments destinés à ce double usage. On ne comprend même pas qu’une aussi importante amélioration ne se soit pas, en dehors de l’action gouvernementale, depuis longtemps produite dans un grand nombre de lo« calités. En effet, qu’est-il besoin qu’un gouvernement fasse étudier avec des dépenses considérables des projets que les maires et les conseillers municipaux pourraient réaliser promptement ?

On emploierait encore, non moins utilement, lecolorique naturel des sources minérales :

1° A la dessiccation des substances alimentaires végétales ,procédé de conservation appliqué depuis peu par M. Masson, jardinier en chef de la société centrale d’horticulture, qui commence du reste à l’exploiter sur une grande échelle à Paris. Voici en quoi consiste ce procédé.

Les substances végétales contiennent un excès d’eau, qui n’est nullement indispensable à leur constitution, et qui s’élève pour certaines d’entre elles, telles que les choux et les racines, à plus de 8o à 85 pour

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