‹ Considérations sur l'emploi industriel des eaux minérales en général et des eaux de vals (Ardèche) en particulierChapitre 3 sur 10 · IG · texte numérisé non relu

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cciït de leur poids à l’état frais. Cet excès d’eau, M. Masson le leur cnlèTepar la dessiccation dans des étuves chauffées à une température moyenne de 35"? purs, en les soumettant par la presse hydraulique à une compression énergique, il réduit leur volume au point de renfermer dans une caisse d’un mètre cube 25,ooo rations de légumes, dont chacune pèse, après la cuisson, de i5o â t8o grammes, selon les espèces. Lorsqu’on veut faire usage des substance» ainsi préparées, il suffit de les laisser tremper pendant 4t> à 4^ minutes dans nn bain d’eau tiède, dans lequel elles reprennent, avec le liquide qu’elles avaient perdu par l’évaporation, leur volume et leur aspect primitifs. Quant à leur saveur et à leurs propriétés nutritives, elles ne subissent pas la moindre altération.

11 serait superflu d'insister sur les heureuses conséquences d’une découverte, qui, en permettant d’approvisionner les navires de légumes frais, fournit le moyen le plus efficace de préserver les marins des atteintes du scorbut. Son exploitation par l’emploi de la chaleur des eaux thermales, offrirait le double avantage, d’abord, de rendre ce procédé de conservation infiniment économique, puis, d’ouvrir aux agriculteurs de larges débouchés permanents pour une partie de leurs récoltes.

a® A la dessiccation des plantes médicinales.

3® A la caléfaction de serres destinées à produire en tout temps des primeurs, dontla consommation serait assurée, surtout dans les pays avoisinant les grands centres de population.

Nous n’entreprendrons pas de passer un à un en revue tous les services qu’on pourrait retirer de l’emploi judicieux du calorique des Eaux minérales ; une telle énumération nous paraît impossible, d’autant plus que la nature de ces services devrait naturellement varier selon les loealités, et selon l’abondance et le degré plus ou moins élevé de ces eaux.

Principes minérausateurs. —On fait usage dans les arts de la plupart des sels qui entrent dans la composition des Eaux minérîdes.

Leur utilité industrielle se trouve donc nettement indignée. Mais l’extraction de ces corps ne donnerait certainement pas pour les uns et pour les autres des résultats également avantageux; et on concevra sans peine qu’une telle opération ne saurait être profitable qu’à la condition que les eaux seront abondantes, que les sels seront contenus dans les eaux en quantité suffisante (i) et que leur prix sera assez élevé pour que la vente des produits compense et au-delà tous les frais faits pour les obtenir. D’où il résulte que le nombre des eaux sur lesquelles on pourrait opérer est extrêmement limité.

Les essais de'ce genre tentés jusqu’à ce jour l’ont été dans un but presque exclusivement médical. Ainsi, on extrait, pour les besoins de la pharmacie, le sulfate de magnésie, en Bohême, des eaux de Seidschutz, de Sedlitz, de Pullna, qui en contiennent, la première 10 gram. ab, ia deuxième lo gr. 36 et la troisième 33 gr. 55 par litre; en Angleterre, des eaux d’Epsom, où il se trouve dans la proportion de 5o gram. par litre. Outre le chlorure cle sodium que l’on retire des eaux de la mer, on livre encore au com-

:(1) Dans une brochure intitulée : Essai sur les eaux de Chaudes-Aigues, par Jü. Chevallier, nous trouvons la note suivante :

« D'après le poids obtenu de diverses opérations, et prenant la moyenne, nous avons reconnu que la .source du Par donne, en eau et sels.

1* par minute.. .

( eau, 160 litres à 80°.

( sels secs, S98 grammes.

2° par heure. . .

( eau, 9,600 litres.

I sels secs, 28 kilog. ‘880 grama.

8* par 24 heures.

t eau, 280,400 litres.

( sels secs, 573 kil. 120 gramm.

Enfin par année.

eau, 84,096,000 litres.

sels secs, 209,188 kü, 800 gramm. »

Nous ne pouvons concevoir quelles sjonl les mines qui, depuis des siècles, fournissent des masses de sels aussi considérables ; il est pi-obable que ces sets existent par couches, et que celles-ci dolyent , îè mesure de leur dissolution, changer de nature à des époques plus ou moins éloignées.

merce, tant en Fiance qu’à l’étranger, de grandes masses de ce se^ provenant de sources minérales, qui en sont abondamment chargées. Telles sont celles de Moyenvic, de Château-Salins et de Dieuze (Meurthe); de Montmorot (Jura) et d’Arc (Doubs) ; de Hombourg (duché de Hesse-Hombourg) et de Kreutznach ( Prüsse rhénane).

Nous rappellerons, en outre, qu’on obtient aujourd’hui du traitement de certaines eaux mères des salines, le brôme et l’iode, où ils se trouvent à l’état d’iodures et de brômures alcalins ; cé qui fait présumer qu’il serait avantageux d’appliquer le même procédé aux eaux minérales qui, comme celles que nous allons citer, renferment ces deux corps en quantité suffisante.

/ Eaux minérales de Sales , de Voghera , Pour llode. \ de Castelnovo d’Asti (Piémont), de Heil-

(à l’état d’iodures) j brunn.o gr. 098

1 de Kreutznach (Prusse rhénane. .0 001

! / Bourbon-l’Archambault . . . 0 gr. oaS

Bourbonne-les-Bains.o o5o

La Motte-les-Bains (Isère). . . 0 020

Heilbrunn. . . o o52

' Kreutznach. . . 0 op/j

Ajoutons que les lacs de certaines localités fournissent de l’acide borique {Lagonis àt Toscane), du natron ou sesquicarbonate de soude (Égypte) et du borax ou tinckal (Tliibet).

Quant aux autres corps tenus en dissolution dans les Eaux minérales, on ne s’est pas, que nous sachions, spécialement occupé de leur extraction. Il en est deux cependant, le sulfate et le carbonate de soude, qui nous semblent mériter qu’on fasse une exception en leur faveur. Le premier, selon M. Dumas, a été adopté, depuis le moment où l’ordonnance du 17 juillet 1826 en a permis la vente libre, dans beaucoup.de nos verreries. Le second est employé dans la fabrication des verres, des savons, pour le blanchissage du linge,

la teinture et dans un grand nombre d’opérations chimiques; le chiffre de la consommation du tarbonate de soude est énorme.

Plusieurs Eaux minérales contiennent ces deux corps en proportions assez notables pour qu’il soit possible de les extraire et de les ]ivrer à la circulation. Les eaux de Carlsbad seraient susceptibles de fournir de la sorte 200,000 quintaux métriques de carbonate et 3oo,ooo de sulfate de soude cristallisés ; celles de Vichy 4»ooo de carbonate de soude, et celles de Vais, d’après notre propre calcul, comme nous le verrons plus bas, pour les quatre sources principales, de 8o3 quintaux métriques du même sel. En outre, les eaux de Cheltenham (Angleterre) etd’Egra (Bohême) renferment du sulfate; celles de Saint-Nectaire, de Vie-sur-Cère et d’Ems, du carbonate de soude entrés grande quantité. On n’aurait qu’à appliquer au traitement de ces différentes eaux le procédé économique de la graduation, mis en usage dans quelques localités, pour obtenir le chlorure de sodium des sources salées, et on serait assuré de réaliser des bénéfices assez considérables.

On n’a pas encore eu l’idée de donner aux Eaux minérales une destination agricole. Il est cependant de toute certitude que beaucoup d’entre elles employées à l’irrigation des prairies naturelles et artificielles produiraient les meilleurs résultats, ainsi que tendent à le prouver la théorie et l’expérience. C’est un principe admis en agriculture, que les sels alcalins favorisent éminemment la végétation des graminées, tandis que les sels calcaires sont plus avantageux aux légumineuses fourragères et graiiifères. Les uns et les autres agissent en même temps sur les plantes, et comme engrais et comme stimulants ; et leur influence sur elles est d’autant plus directe et plus ra pide que leur absorption par les racines est plus facile : ce qui arrive surtout lorsque ces corps sont répandus sur le sol dissous dans un liquide.

Les Eaux minérales qui contiennent ces divers sels doivent donc être considérées comme un excellent agent de fertilisation. Qu’on réfléchisse, pour s’en convaincre, que mille mètres cubes d’eau do

Vichy employés annuellement à l’irrigation d’un hectare de prairie déposeraient sur cette étendue de terrain 46 ija quintaux métriques de sels fécondants. La totalité des eaux de cet établissement pourrait donc dans de telles conditions fournir à l’irrigation d’une superficie de 94 hectares.

On a déjà du reste observé en ce sens certains faits très concluants. Ainsi M. Puvis, dont l’autorité en cette matière ne saurait être contestée, assure avoir vu à Plombières, à Vichy, à Bade, des exemples frappants de l’efficacité des eaux minérales de ces pays pour l’irrigation, et qu’à Plombières, entre autres, les prés situés au dessus de la ville ne valent pas le quart de ceux placés au dessous et qui reçoivent cependant les mêmes eaux, mais mélangées avec celles des sources minérales (i). Il y a là, on le voit, une importante amélioration agricole à réaliser. Il suffirait pour cela de quelques essais tentés par un petit nombre de grands propriétaires ; car les avantages qui leur en reviendraient seraient un assea puissant mobile pour engager les cultivateurs à les imiter partout où la nature des eaux et des terrains pourrait le permettre.

Gaz. — Des gaz que certaines eaux minérales dégagent après leur sortie de la terre, un seul, l’acide carbonique, a été jusqu’à présent utilisé au profit de l’industrie. M. Darcet, auquel lès arts sont redevables de tant d’heureuses applications;, est le, premier qui ait eu l’idée de tirer un parti avantageux de ce corps. Vers i85o, il établit à Vichy, au dessus de la source de la Grande grille, un appareil fort simple que nous décrirons plus loin et à l’aide duquel il transformait sans frais et sans peine, par le seul intermédiaire de l’eau et de l’acide carbonique, le carbonate de soude en bi-carbonate. MM. Brosson, qui exploitèrent le procédé de M. Darcet, versaient chaque année dans le commerce, au prix le plus minime, de grandes masses

(t) Le même résultat a été constaté à Bains, dans le département des Vosges.

de ce produit. Il est plus que probable que si de nouvelles fabriques de ce genre s’établissaient, on trouverait bientôt à faire servir le bicarbonate de soude à de plus nombreux usages que ceux auxquels il est aujourd’hui destiné.

A cette industrie il serait encore possible d’ajouter la préparation des eaux minérales artificielles et gazeuses et de toute espèce de boissons mousseuses. Ce qui se faisait à Vichy (par MM. Brosson), et. à Clermont-Ferrand avec l’eau dite des Roches (par M. Artone).

CbÊpoTS. — Quant aux dépôts formés par les Eaux minérales, sous l’influence du contact de l’air, il importe de les diviser en deux catégories : l’une comprenant les incrustations solides, résistantes, d’une dureté souvent analogue à celle du rocher; l’autre renfermant les sédiments sans consistance, pulvérulants ou au moins très friables, et qui sont colorés. Les premiers ne nous semblent, par leur nature même, susceptibles de rendre aucun service à l’industrie (i). Pour les seconds, il en est qui, s’ils existaient en assez grande abondance, recevraient au contraire un utile emploi dans les arts.

Nous avons eu entre les mains des dépôts ocreux des eaux de Chaudes-Aigues (la source du Par laisse déposer par an 204,000 kil. de cette matière pulvérulente), delà Madeleine, et dch fontaine de César (Mont-Bore), di^VHôpital à Cusset (Allier), de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), de Château-Gontier, de Provins (Seine-et-Marne), des diverses sources de Spa (Belgique), de Soultzbach (Haut- Rhin), etc.; toutes ces substances ocreuses, colorées en rouge de différentes nuances, sont douces au toucher, divisées en particules extrêmement tenues et réunissent toutes les qualités nécessaires pour servir, soit avant, soit après la calcination, à faire des peintures grossières, et pour le polissage des objets les plus délicats. Les frais de

(1) A Saini-Allyre, faubourg de Clermont-Ferrand, à Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme;, on. prépare, avec les incrustations formées par les eau k' des objets de curiosité, médailles, etc

préparation étant nuis ou à peu près, ces pruduits seraient donnés à très bon marché, et s’écouleraient parfaitement.

Nous n’en dirons pas davantage sur l’emploi industriel des Eaux minérales en général ; ce qui précède suffit pour faire comprendre combien serait féconde cette source nouvelle de richesses si elle était convenablement étudiée et exploitée. Seulement, pour compléter notre pensée et pour lui donner toute sa portée pratique, nous prendrons, comme exemple de réalisation possible, les eaux de Vais (Ardèche), qui nous intéressent plus particulièrement, tant à cause des ressources qu’elles offrent aux arts, qu’à cause des relations qui existent entre ce pays et celui que nous habitons.

Deis eaux de Valü eu iiartteulter.

L’ancien Vivarais, qui forme aujourd’hui la majeure partie du département de l’Ardèche, est, au point de vue géologique, une des contrées les plus remarquables de la France. A chaque pas on y rencontre des sujets d’observation du plus haut intérêt. Ici, ce sont des volcans éteints, comme la Coupe, dont le cratère s’est conservé intact, et dont les flancs brûlés portent encore la trace profonde creusée autrefois par les courants de lave. Là, ce sont de magnifiques productions basaltiques présentant à l’œil étonné du voyageur, tantôt des masses gigantesques amoncelées à de très grandes hauteurs, comme à Chenavari, près de Rochemaure; tantôt de longues chaussées régulières, comme celles du pont du Bridon et du pont de Rigaudel, dont l’aspect rend si pittoresques les rives de la Volanne , aux eaux de laquelle elles servent de digues naturelles sur une étendue de plusieurs centaines de mètres. On trouve aussi sur différents points du territoire de nombreuses grottes naturelles, des

eaux minérales justement renommées et certains terrains tels que le cratère de Saint-Lager et la grotte de Neyrac, qui laissent dégager des exhalaisons méphitiques, dont la présence décèle d’une manière certaine l’action persistante d’un feu soliterrain. En un mot, partout, dans le Vivarais , se montrent de curieux indices des phénomènes volcaniques qui ont jadis bouleversé le sol de ce pays, et dont l’origine doit être rapportée à l’époque du soulèvement desCévennes.

■ Parmi les nombreuses sources d’eaux minérales (i) que possède le Vivarais, on n’en compte que trois aujourd’hui en usage ; ce sont les eaux de Vais, de Sdint-lMurent et de Selles.^o\is allons en parler successivement, nous attachant surtout à l’examen des premières, qui sont les plus importantes sous le rapport de l’exploitation industrielle dont elles sont susceptibles.

Vais est un bourg situé à trois quarts de lieue de la petite ville d’Aubenas, au sein d’une vallée étroite entourée d’une ceinture de montagnes granitiques et traversée par un torrent, auquel l’impétuosité de son cours a fait donner le nom de Volanne ou Volant. Cette vallée, d’une température douce, d’un,aspect agréable et varié,. est la partie du Vivarais qui offre les caractères volcaniques les plus frappants. C’est là qu’on trouve le vaste cratère de la Coupe, près d’Entràigues, et ces immenses chaussées basaltiques, si bien décrites par notre illustre et savant compatriote Faujas de Saint- Fond.

Les sources d’eaux ininérales de Vais sont actuellement au nombre de sept ; La Marie, la Marquise, la Camuse, la Dominique, la Chloé, la Martin^ et la septième qui n’a reçu encore aucun nom. Au commencement du siècle il en existait bien deux autres, la Saint-Jean

(1) On cite entre autres les eaux de Saint-Marcel de Crussol, Jaujac, Bourg-Saint-Andéol, Viviers, Joyeuse, Chailard, Desaigne, Montpezat, Genestelles, Privas, Ayzac, Entrai" gués. Soyons, Tournon, Mayres, Bauzon, Crouzet, Roubreau, Neyrac, Saint-Sauveur, Vallon, Gilhaut ou Gillot, Barjac, Saint-Georges, Chanéac, Nouzet, Moulin-Lacoste, Saint- Martin de Valamas.

€it ia Madeleine^ dont M. Pâtissier fait même mention dans la dernière édition de son ourrage ; mais il paraît que depuis trente-cinq à (quarante ans elles ont cessé de couler. La Cklaé n’a été découverte qu’en iSSg î quant à la Martin et à la Source sans nom, elles da'tent à peine de quelques mois.

Tout porte à croire que ces eaux ont été inconnues aussi bien aux anciens habitants du Vivarais qu’aux Eomains qui som venus s’établir dans le pays tqjrès la conquête de la Gaule. Si, en effet, il en €fût été autrement, il est probable que la tradition se fût chaînée de perpétuer leur emploi, et leur découverte n’eût pas été éUie à une cdrconstaoce toute fortuite. Ce fut, à ce que rapporte la chronique, un pêcbewr du nom de Pierre Brun, dit Martin, qui le premier fit usage de ces eaux, grâce auxquelles il guérit d’une maladie grave et presque désespérée, dont on a négligé de nous indiquer la nature. Quoi qu’il en soit, les plus anciens documents écrits que nous possédions sur les propriétés médicales de ces sources ne remontent pas au-delà du commencement du dix-septième siècle.

Le premier date de 1609, et consiste dans une courte notice écrite par messire Claude Expilly, président du parlement de Grenoble. Ce magistrat, atteint d’une affection caîculeuse, avait subi l’opération de la taille en i6o8 ; mais la maladie ayant récidivé, on lui ordonna l’usage des eaux de Vais, et ce traitement lui procura un soulagement immédiat et peu après une guérison radicale. Dans la joie d’un rétablissement aussi complet que rapide, le président ne crut pas pouvoir mieux manifester sa reconnaissance qu’en publiant un résumé des propriétés curatives de ces eaux, tout empreint d’une exagération dmat on ne saurait faire un crime à un convalescent. U voulut même donner à l’expression de sa gratitude un certain caractère d’authenticité et d’autorité, et sa notice fut enregistrée par ordre du conseil réuni en délibération à cet effet. Ce tribut légitime une fois payé, Claude Expilly, qui était aussi poète, y ajouta une ou deux pièces de vers qu’on retrouve insérées dans la collection de ses œuvres de 1624- Du reste les seuls renseignements que nous puissions tirer de ce petit

travail dénué de prétentions scientifiques, c’est qu’à l’époque où écrivait l’auteur il n’existait à Vais que deux sources, la Mark et la Mar(ju,ke, et que leurs eaux étaient assez indifféremment a'dnjînis* trées dans toutes sortes de maladies.

Trente ans plus tard, en 1609, un pharmacien d’Aubenas, Jacques Reynet et non pas Reynat, —ainsi que le nomment tous les auteurs qui l’ont cité, — fit paraître une brochure ayant pour titre ; Observations sur les fontaines minérales de Vais. D’après cet opuscule, écrit dans un style trop souvent inintelligible, le nombre des sources s’élevait déjà à quatre à cette époque, par suite de la découverte de la Saint-Jean et de la Dominique. Mais on ne se faisait toujours qu’une idée très confuse de leur emploi. On leur prêtait les vertus les plus merveilleuses et les plus contradictoires, et, sauf la Dominique^ à laquelle on recourait spécialement dans les cas de fièvres intermittentes, elles continuaient à servir empiriquement de remède conti® une foule d’affections diverses.

En i 65'3, Antoine Fabre, docteur médecin, publia le premier travail sérieux qui ait été fait sur ces eaux. Dans cet ouvrage intitulé : Traité des eaux minérales du Vivarais, l’auteur trace Tbistoire de eea sources, parmi lesquelles il compte la Madeleine^ détermine autant qu’il était en lui la composition de chacune d’elles, précise les propriétés thérapeutiques qu’il croit leur être particulières et prescrit le mode de traitement à. imposer aux malades soumis à leur usage. Sant doute, dans l’état peu avancé où Antoine Fabre avait trouvé la médecine et la chimie, il lui était impossible de ne pas commettre d’erreurs; mais comme il exerçait dans le pays même, et qu’il était ainsi parfaitement à portée d’étudier et de juger les faits, son œuvre est, à tout prendre, utile à consulter. Elle renferme parfois des observatioH® fort justes et des aperçus ingénieux ou pleins d’originalité.

Ce fut une vingtaine d’années après l’apparition du fivre d’Antoine Fabre que l’Académie des sciences, entrant enfin dans la voie du progrès, comprit que si on voulait dévelupper activement le peu de connaissances possédées alors sur les Eaux minérales, il fallait néeessai-

rement prendre pour point de départ la notion exacte des principes constituants de ces eaux. Ellechargea donc deux de ses membres, Duclos etBourdelin, d’accomplir cette taboriense investigation, tes difficultés de cette tâche étaient immenses et les moyens d’exécution entièrement inconnus. Aussi les résultats furent-ils à peu près nuis, et Duclos, qui eut à opérer sur les eaux de la Dominique de Vais, en fut-il réduit à n’émettre que de simples hypothèces sur la nature de leurs composés.

Depuis lors et durant un siècle entier la science sembla laisser les Eaux minérales dans le plus profond oubli. On eût dit que le peu de succès obtenu par les chimistes de l’Académie avait fait renoncer à chercher la solution d’un problème qu’on jugeait alors impénétrable. Cependant, au milieu du XVIIP siècle, les esprits se tournèrent de nouveau vers ce genre intéressant d’études. Alors la chimie faisait effort pour sortir de ses langes et commençait à prendre un essor que le génie de Lavoisier devait rendre bientôt si large et si rapide. Grâce à une tendance qui fut favorisée par le gouvernement et par les corps savants, plusieurs ouvrages spéciaux parurent successivement. Ce furent, en fait de traités généraux, ceux de Monnet, de Raulin, de Carrère et plus tard de Bouilloii-Lagrange et d’Alibert, dans lesquels les eaux de Vais devaient naturellement trouver place; et, en fait de traités monographiques de ces eaux, ceux de Madier, de Boniface, et enfin le mémoire où Berthier en donne la seule analyse détaiilée et quantitative que nous connaissions. Ces divers travaux ne manquent pour nous nullement d’intérêt; mais comme ils sont tous déjà un peu anciens^ nous croyons qu’il serait utile, au point de vue chimique et thérapeutique, de les renouveler, ne fût-ce que pour s’assurer si la nature et les proportions qui entrent dans la composition de ces eaux n’ont subi jusqu’à ce jour aucune variation.

Si le sujet que nous nous sommes proposé de traiter ne nous imposait pas la nécessité de nous renfermer dans d’étroites limites, nous aurions pu nous livrer à quelques considérations sur l’origine des eaux de Vais, sur la nature des terrains où elles prennimt naissance.

et sur la manière dont s’opère la combinaison de leurs principes minéralisateurs ; mais ces recherches d’une utilité, du reste, très secondaire pour notre travail, sont trop arides et n’aboutissent le plus souvent qu’à des suppositions aussi ingénieuses que peu concluantes. Cependant nous ne saurions nous empêcher de citer une assertion de M. Berzélius, qui trouve ici une entière et complète confirmation.

Après avoir comparé les eaux de Carlsbad avec celles de Chaudes- Aigues, du Mont-Dore et de Saint-Nectaire, après avoir fait remarquer que les unes et les autres renferment les mêmes parties constituantes, quoiqu’on proportions différentes, et qu’elles proviennent toutes de terrains semblables, c’est à dire volcaniques, le savant chimiste suédois croit pouvoir conclure qu’un tel accord, loin d’être un simple effet du hasard, accuse au contraire évidemment l’existence d’une relation constante entre ces sortes de terrains et les sources alcalines sursaturées d’acide carbonique. Il ajoute même que, dans sa pensée, ces eaux sont le dernier symptôme de l’action permanente des volcans anciens.

Cette opinion, que son auteur ne présente pas comme ayant l’autorité d’une loi absolue, se trouve parfaitement justifiée par l’exemple des eaux de Vais. Ces eaux, en effet, abondamment chargées d’acide carbonique et de sels de soude, jaillissent au milieu d’une vallée couverte en tous sens de débris volcaniques, et il est infiniment probable que la cause des bouleversements dont la contrée a été autrefois le théâtre, n’est pas encore entièrement détruite, quoiqu’elle ne se manifeste plus d’une manière aussi terrible : les puits et les terrains méphitiques sont autant de preuves convaincantes de ce fait.

En vain opposerait-on à cette assertion la basse température de ces eaux, puisqu’on sait fort bien que le degré de chaleur des sources profondemment situées est en raison directe de la distance qui sépare leur point d’émergence de leur point de départ. Or, on a calculé qu’un degré de température répondait à Sa mètres de profondeur. Celte objection servirait donc simplement à démontrer que si les

eaux de Vais ont 3 i“ de moins que celles du Mont-Dore, Bgo de moins que celles de Carlsbad, et 74“ de moins que celles de Ghaudes- Aigues, c’est que leur résertoir est placé à une profondeur de pga mètres, 1,888 mètres, et a 368 mètres de plus que celui de ces eaux, ou encore que leur cours éprouve dans les couches supérieures des déviations d’une longueur indéterminée mais considérable.

De plus, la composition uniforme des diverses eaux de Vais indique clairement qu’elles ont toutes une même origine, et celaj quoique l’analyse y accuse une égale proportion soit d’acide carbonique, soit de matières salines, cette différence résultant uniquement tantôt d’une action purement mécanique, tantôt de modifications chimiques subies par ces eaux dans leur trajet.

En résumé, nous pouvons conclure de ce qui précède que ks eaux dont nous nous occupons partent toutes d’un centre commun apfwirtenant aux terrains primitifs, et que les anciens volcans, dont le feu vit sans doute encore â de grandes profondeurs, ne sont probablement pas étrangers à leur formation.

Nous serions fort embarrassé si nous étions obligé d’adapter aux eaux de Vais une quelconque des classifications diverses que l’on a faites jusqu’ici, car il nous paraîtrait impossible d'indiquer à quelle catégorie spéciale elles appartiennent exclusivement. Elles sent, em effet, à la fois gazeuses, alcalines et ferrugineuses, et pourraient, comme telles, rentrer tout aussi bien dans une division que flans une autre. Nous ne voyons donc, à défaut de classification satisfaisante , d’autre moyen de les désigner que de leur appliquer une dénomination complexe énumérant leurs principaux caractères, et de dire, avec M. Dupasquîer de Lyon, que ces eaux sont ferrugineuses, alcalines et gazeuses acidulés froides.

Toutes ces sources, très rapprochées l’irae de l’autre, se présentent comme groupées sur les rives de la Voîanne. La Marie prend paissance à gauche et au bord même du torrent. A droite et à deux ou trois mètres de la rivière se trouve la ‘Marquise , presque en face de la Marie. L’une et l’autre doivenrt â leur situation d’éftre totalement

fiubmergéea au moindre débordement des eaux. Plus bas coule la Camuse, distante de soixante à quatre-vingts mètres de la Marquise; plus bas encore, la Ghloé, également, éloignée de soixante à soixantedix mètres de la Volanne; puis, à quinze ou vingt mètres au dessous, la source nouvellement découverte et encore sans nom; enfin, à cent cinquante mètres de la rivière, la Dominique, qui s’échappe lentement du lit même d’un petit ruisseau qu’on appelle les Fausses.

Caractères physiques. —Les eaux de Vais sont froides, et leur degré de température, constamment invariable pour chacune des sources en particulier, est à peu près la même pour toutes, car il ne diffère que de i 3 à i 5 “. Observées immédiatement après leur sortie du sol* elles paraissent limpides, incolores et comme bouillonnantes par l’effet du dégagement de l’acide carbonique, dont elles sont abondamment chargées. Lorsqu’elles ont perdu à l’air libre tout l’excès de gaz qu’elles contenaient, elles cessent d’être agitées , et laissent déposer un sédiment ocreux qui décèle leur nature ferrugineuse. Elles sont inodore»; cependant, M. Dupasquier de Lyon, quia fait une étude spéciale des eaux de la Chloé, assurent que ces eaux dégagent, surtout si on leur imprime de fortes secousses, une odeur bitumineuse très sensible que nous n’avons pu, quant à nous, parvenir à reconnaître, probablement parceque nous opérions sur des échantillons puisés depuis trop longtemps. Leur saveur est acidulé pour la Marie, salée et urineuse pour la Marqpiise, la Camuse, la Chloé et la Source nouvelle ; ferrugineuse et styptique pour la Dominique, presque nulle pour la Martin. Le volume d’eau fourni par ces différentes sources reste le même pendant toutes les époques de l’année. La Chloé donne par vingt-quatre heures 8,160 litres; la Marquise à peu près autant; la Marie ét la Camuse, 6,4oo litres, et la Dominique au plus 4 ou 5 oo litres. Pour ce qui est de la Martin et de la Source nouvelle, on n’a pas encore évalué leur écoulement, mais on estime approximativement que celui de la seconde est à lui seul aussi c onsidérable que celui de toutes les autres.

Caractères chimiques. — Connaissant toute l’ëtendüe des difficultés que comporte l’analyse d’une eau minérale, et comprenant que de telles recherches ne sauraient être exactes que faites sur les lieux mêmes où coulent les sources, nous ne pouvions et ne devions avoir d’autre but, en opérant à Paris sur de pitiies quantités des eaux de Vais, que celui d’arriver à l’appréciation de leurs caractères chimiques. Il nous suffisait, du reste, pour mener à fin le travail que nous avions entrepris, d’obtenir des résultats généraux à la constatation desquels nous nous sommes strictement borné, nous promettant de reprendjce bientôt et de compléter nos expériences dans des conditions plus favorables. Voici donc l’ensemble des données qu’il nous a été permis de recueillir.

Les eaux de Vais sont les plus alcalines que l’on coonàisse en France. Les six sources la Marquise, la Chloé, la Camuse, la Marie, la et la «Source nouvr//« donnent ensemble un résidu de ai gram¬

mes 64 o par litre, ainsi répartis : La Marquise, 5 grammes 63 (i). La Chloé, 4 grammes 6o centigrammes (2). La Camuse, 5 grammes 866 milligrammes. La Marie, 0 gramme 54 centigrammes. La Marlin, o grammes 354 milligrammes, et la Source nouvelle, 4 grammes 65 centigrammes.

Les résidus delà MarquiseàonmrM à l’alcalimètre de Descroizilles 77% et par conséquent 2 grammes 5 179 de soude pure pour 5 grammes ou 4 grammes 2966 de carbonate de soude et par litre 2 grammes 89962554 de soude et 4 grammes 8379716 de carbonate. Nous avons

(1) M. Berthier, qui a analysé les eaux de cette source en 1823, a trouvé qu’elles contenaient 5 grammes 774 de résidus anhydres. En admettant un égal degré d’exactitude pour ses opérations et pour les nOtres, il résulterait de cette dilTérence que la saturation alcaline de ces eaux aurait subi depuis 1823 une certaine variation.

On sait que, d’après les observations de M. Chevallier, la salure des eaux change non seulement d’une année à l’autre, mais parfois aussi dans la même saison.

(2) L’analyse faite en 1845 des eaux de la Chloé par M. Dupasquier, de Lyon, n’accuse qu’un résidu de 4 grammes 49, L’observation que nous venons de faire trouverait ici la même application.

essayéde traosformer ces résidus en soude caustique, et quoique agissant sur une petite quantité, nous avons assez, bien réussi pour qu’ils aient pu nous servir à la préparation d’un savon de première qualité. Nous exprimerons ici notre regret d’avoir été aussi restreint dans nos opérations ; nous aurions voulu ajouter des preuves à chaque fait que nous avons avancé, et présenter à l’École de Pharmacie divers produits fabriqués avec la soude provenant des eaux de Vais, tels que verre, savon et cristaux de soude. Il ne nous a été possible de réaliser notre désir que pour ces deux derniers corps, n’ayant pas assez de matière pour la préparation du premier.

Les résidus de la Chloé ont açcusé à l’alcalimètre de Descroizilles 72“, qui donnent pour 5 grammes 2 grammes 3544 de soude pure et 4 grammes 0176 de carbonate de soude pur, soit, par litre, 2 grammes 166048 de soude et de carbonate 3 grammes 696192.

Avec les produits alcalins de cette source joints à d’autres, que M. Chevallier a eu l’obligeance de mettre à notre disposition, il nous a été possible, opérant alors sur une plus grande quantité, d’obtenir de beaux cristaux .de carbonate de soude. Les eaux mères provenant de cette cristallisation ont été caustifiées à l’aide de l’hydrate de chaux, le produit décanté et évaporé jusqu’à fusion ignée. Après l’avoir coulé il nous a donné une soude caustique légèrement colorée en.vert par la manganèse que contiennent les eaux, mais qui ne nuirait en rien à la préparation industrielle des savons.

Les résidus de la Camuse sont d’un très beau blanc et donnent à l’alcalimètre de Descroizilles 78® ; d’où il résulte qu’ils contiennent par 5 grammes 2 grammes 55 o 6 de soude pure et 4 grammes 3524 de carbonate, et par litre : 2 grammes 9923609 de soude, 5 grammes 10623568 de carbonate.

La Marie est moins riche que celles qui précèdent, son produit alcalin marque à l’alcalimètre de Descroizilles 69“ 23 , et renferme par 5 grammes a grammes 263821 de soude pure ou 3 grammes 863 o 34 de carbonate.

Les résidus de la source Martin donnent à l’alcalimètre de Descroi-

ailles 66° 66, et par conséquent pour 5 grammes 2 grammes 179782 de soude pure, ou 3 grammes 719628 de carbonate.

Les produits fournis par la Source nou'oetle sont d'une très belle couleur blanche ; ils donnent à l’alcalimètre de BescroTzillcs 84 degrés, c’est à dire 2 degrés de plus que les eaux des sources les plus alcalines de Tichy, Ainsi ils contiennent sur 5 gram. 2 gr. 7468 de soude pure^et 4gr. 3436 de carbonate pur,et par litre 2 i gr. 554524 de soude et 4 grammes 359096 de carbonate. Cette source, qu'on pré* sume être une ramification de la Chloé, nous a fourni cependant 5 centigrammes de plus que celle-ci. Mars le degré de saturation des Eaux minérales pouvant, comme nous venons de le dire, varier d’un jour à Tautre, suivant la température et la pression atmosphérique auxquelles on opère, et les échantillons de ces deux sources nous ayant été envoyés à des époques assez éloignées l’une de l’autre, il nous serait difficile de tenir compte d’une manière rigoureuse de cètte petite différence.

La découverte toute récente de cette source nous inspirait le légitime désir de l’étudier préférablement à toutes les autres, mais cela ne nous a pas été possible, ainsi que nous avons déjà essayé de le faire comprendre. Seulement, il nous a été permis d’y constater la présence de traces d'arsenic, substance dont sont entièrement dépourvus les résidus des autres sources alcalines et qui, par conséquent, pourrait dônner à cette eau un caractère thérapeutique particulier.

Quant à la Dominique, nous n’en parlerons pas, ses résidus n’étant pas réellement utilisables. Nous dirons seulement qu’elle présente des caractères qui ne ressemblent nullement à ceux des autres sources ; elle est aigrelette, et cette acidité est très persistante au papier de tournesol. Si en effet ce papier, après avoir été mis en contact avec cette eau, et assez fortement rougi par son action, est aussitôt exposé à l’air, il ne retient pas sa couleur primitive, comme il l’aurait fait s’il eût été soumis à l’influence de l’acide carbonique. La persisiance de cet acidité nous a fait soupçonner la présence d’un

acide libre autre qae l’acide carbonique. Aussi avons-nous procédé , scrupuleusement à la recherche de ce corps, dont l’existence n’avait pas été mentionnée jusqu’à ce jour dans l’eau de la Dominique. Après avoir fait soigneusement évaporer un demi-litre d’eau dans une capsule lavée à l’eau distillée, nous avons rapproché la liqueur à une consistance sirupeuse qui, traitée par l’alcool absolu, agitée quelques instants, passée à travers un filtre, préalablement lavé à l’eau distillée, puis évaporée au bain Marie et enfin reprise par l’eau distillée, nous a fourni, par le chlorure de barium, un précipité blanc de suMate de baryte insoluhle dans l’acide azotique concentré.

Afin de confirmer l’exactitude de ce résultat, nous avons voulu employer un autre procédé plus habituellement suivi Nous avons remplacé l’alcool absolu par l’éther rectifié, et nous avons obtenu les mêmes réactions; ce qui nous a permis de conclure que l’acidité de la Dominique est produite par l’acide sulfurique libre. Le fer y est eontenu à l’état de sulfate.

Poursuivant nos opérations, nous avons voulu soumettre les résidus de cette source, qui sont de o grammes fiaS par litre, à l’appareil de Marsh, pour la recherche de l’arsenic, et nous en avons obtenu un anneau arsenical, joint aux autres produits que nous présentons à l’École de pharmacie. L’existence dans les eaux de la Dominique de Tacide sulfurique libre et de l’arsenic ne pourrait-elle pas servir à donner une explication rationnelle des accidents qui accompagnent l’usage immodéré de ces eaux, que l’on rangerait, à juste titre, dans la mène catégorie que les Bains maudits de la province de Constantine?

pRomÉTÉs MÉj)iCAï.ES. — Les propriétés curatives des eaux minérales de Vais se trou'vent parfaitement indiquées parieur composition même. La quantité c<msid.érahlÊ de carbonate de soude que tiennent en dissolution celî^j de h Marquise, de la Camuse, de la Chloéet de la Source nouvelle, explique leur efficacité contre les affections Chroniques des voies urinaires» des instesîins, de l’cstomac et du foie;

contre le catarrhe vésical, les engorgements anciens de la rate et du mésantère, ainsi que pour la guérison des maladies calculeuses, de la goutte, delà chlorose et du diabète sucré. Celles de la Marie, moins chargées de principes salins que les précédentes, ‘ sont administrées avantageusement aux personnes de faible constitution, et on les emploie même habituellement comme mode de préparation au traitement par les eaux de toutes les autres sources. Celles dé la Dominique, dont il n’est fait usage qu’avec une grande prudence, sont vomitives, purgatives et d’un bon effet dans les cas de fièvres intermittentes, propriétés qu’elles doivent probablement plutôt à l’arsenic qu’elles renferment qu’à leur sulfate de fer. Quant aux eaux de la Martin, qui ne sont nullement arsenicales, mais bien ferrugineuses quoiqu’à un moindre degré que celle de la Dominique, il est à présumer, bien qu’elles n’aient pas encore été employées, que leur mode d’action serait identique à celui des autres eaux de même nature.

Autrefois on attribuait aux eaux de Vais un très grand nombre de vertus que rien ne justifiait. On les disait, par exemple, également souveraines contre les ophtalmies et contre la stérilité. Aujourd’hui la science et l’observation ont fait justice de la plupart des exagérations et des préjugés anciennement accrédités ; et si on parle encore de l’heureuse fécondité que parfois certaines femmes ont piiisé dans leur séjour à Vais, au moins se plaît-on à rapporter ce fait rnerveilleux à une cause toute autre et plus vraisemblable que la simple influence des eaux du pays.

Parmi les sources qui ont cessé de couler, il en existait une, la Saint-Jean , qui jouissait du plus grand renom. On l’appelait la Fontaine des Vieillards; et Antoine Fabre, qui lui accordait une préférence marquée, dit, avec son habituelle originalité de langage, qu’elle méritait qu’on l’estimdt « mitant par dessus les aultres que le divin Sauveur asseure que le grand saint Jean est relevé en grâce et en gloire au dessus des aultres saints! » Un aussi pompeux éloge ferait vivement regretter la disparition de cette source, si on n’était con-

vaincu que c’est à l’oblitération ou à la déviation de son cours et de celui de la Madeleine qu’on doit la formation de la et peüt-êWe de Source nouvelle.

Avant i 85 o, les eaux de Vais n’étaient prises qu’en boisson, mais, depuis cette époque, on a créé un établissement de bains alimenté par la Chloè. Les bons effets qu’on en a obtenus sont un sûr garant de l’extension de ce mode de traitement et de la prospérité future d’un bourg dont les eaux sont déjà visitées annuellement par environ i 5 à 1800 personnes.

Ces notions sommaires üne fois connues, abordons la partie pratique du travail, et voyons quel parti l’industrie pourrait tirer des eaux de Vais.

Nous avons dit en commençant que les éléments utilisables offerts par les eaux minérales étaient au nombre de quatre : le calorique, les principes minéralisateurs, les gaz et les sédiments. La température des eaux de Vais n’étant que de i 4 “î ne saurait évidemment trouver aucun emploi. Mais il n’en est pas de même des sels qu’elle renferment en si riches proportions, comme on a pu s’en convaincre par les données analytiques qui précèdent. Seulement, il se présente ici une double question d’utilité et d’économie, et il s’agit de savoir si l’extraction de ces sels serait, à tous égards, une entreprise réellement profitable. Qu’on nous permette d’entrer à ce sujet dans quelques Considérations qui nous paraissent indispensables.

La soude, dont se trouvent si abondamment chargées les eaux de Vais, est aujourd’hui, en France, l’objet d’une fabrication considérable , dont les produits sont principalement consommés par l’industrie des verres et des savons. Durant les derniers siècles et jusqu’à l’époque de la révolution de 1789, le commerce étranger nous avait fourni cette matière première pour la presque totalité. Les soudes nous venaient de l’Asie, de l’Egypte et surtout de l’Espagne, dont les exportations s’élevaient, assüre-t-on, à plus de 20,000,000 de francs par années. La guerre générale qui accompagna nos troubles intérieurs, ayant brisé nos relations avec la plupart des autres peuples,

çe pro 4 uit iodispçqsable à diverses fabrications manqua tout-à-coup, et une branche importante de notre industrie nationale se trouva subitement paralysée.

ha Convention, dans le but de remédier an mal, fit un appel aux savants, et ordonna des recherches, qui conduisirent à la découverte de plusieurs procédés pour la préparation de la soude artificielle. Le système de Leblanc et Dizé obtint une légitime préférence, et c’est celui qui, perfectionné plus tard par Darcet, est encore mis en usage dans les fabriques actuelles. Il existe dans la décomposition du sel marin par l’acide sulfurique, qui le change en sulfate de soude, et dans la transformation de ce sulfate en carbonate par l’action de la craie et du charbon.

L’application de cette découverte devait avoir et eut, en effet, pour résultats, d’abord de nous délivrer peu à peu de l’onéreux tribut que nous payions annuellement à l’étranger} puis d’imprimer un large développement aux industries qui font usage de la soude. Ainsi, avant 1789, la seule ville de Marseille achetait chaque année, pour les besoins de ses savonneries, i 5 o,ooo quintaux métriques de soudes étrangères, d’une valeur totale de 3 ,600,000 francs, tandis qu’il n'en est aujourd’hui importé en France, y compris les natrons, que 6 , 5 ai) quintaux métriques, valant ensemble ioa ,583 francs. Les rôles sont intervertis à tel point que, loin d’ôtre obligés d’avoir encore recours aux autres nations, nous commençons, au contraire, à fournir la soude à ceux de nos voisins qui en manquent, et le chiffre de notre exportation au commerce spécial s’élève progressivement. Il était déjà, dans la péri ode décennale de i837ài848,de i,8»i,577kil, par année moyenne.

On ne s’étonnera pas qu’avec des conditions aussi favorables^ le travail national ait pris une nouvelle activité. Aussi, la fabrication du verre et des savons, autrefois monopole exclusif de quelques contrées, est-elle devenue commune à presque tons les départements, et absorbe-t-.elle annuellement pour la préparation de la soude qui lui ost nécessaire une immense quantité de sel marin, qu’on éva-

luait déjà, en 1819 à 4oo,ooo quintaux, et qu’on peut porter aujourd’hui sans exagération à 600,000.

L’atiiité de la soude comme matière première est donc un fait incontestable , et il est certain que plus on augmentera sâ production, plus se développeront les industries qu’elle alimente, plus aussi s’étendront nos exportations, et, par conséquent, plus on ajoutera à la richesse de notre pays. D’où il résulte que la. mise en œuvre de tout moyen tendant à créer cette substance dans des conditions plus avantageuses que celles de la fabrication actuelle, serait une entreprise à. la fois utile et profitable, surtout si les produits obtenu*, tout en étant de qualité supérieure, pouvaient être livrées à meilleur marché que ceux qui existent dans le commerce.

Le traitement des eaux minérales de Vais par la graduation et l’évaporation nous semble répondre parfaitement à toutes* les exigences de ce problème industriel, tant du côté de l’économie de la main-d’œuvre que de celui de l’excellence des produits.

En effet, pour obtenir la soude artiffcielle par les procédés ordinaires , on est obligé de së livrer à plusieurs opérations consécutives, comme nous l’avons dit plus haut. Il faut d’abord extraire le chlorure de sodium ; puis transformer ce sel en sulfate de soude, et ce sulfate en carbonate. Ce qui constitue une dépense de temps, de matière première, d’appareils et de combustible dont il importe de tenir compte exactement dans la détermination du prix de revient de la substance fabriquée. En outre, cette espèce de soude est loin d’étre pure, et, quoique plus riche que certaines soudes végétales, elle ne donne à l’alcaliinètre que de 18* à 54 °* Enfin , et c’est là une considération qui n’est pas sans importance , ce mode de prépara» timi présente des dangers dont la gravité a fixé depuis longtemps l’attention des hommes pratiques. Lors de la décomposition du chlorure de sodium par l’acide sulfurique, le gaz hydrôchîorique est mis en liberté j et, comme dans les usines on opère sur de grandes masses de sel maria, le gaz se répand en immense quantité dans les lieux environnants, où il cause d’irréparable* dommages à la

végétation. Il y a des fabriques qui, décomposant journellement de 12à i 5 ,ooo kilogrammes de sel, versent ainsi dans l’atmosphère, selon l’estimation de notre professeur M. Gaultier de Claubry, de 72 à 90,000 litres de ce gaz délétère.

L’extraction de la soude par l’emploi des eaux minérales abon> damment chargées de ce sel offre, à ces divers points de vue, une incontestable supériorité. D’abord, pour les eaux de Vais, ainsi que pour celles qui leur sont analogues, l’opération ne consisterait qu’en une simple évaporation très rapide et peu coûteuse. Les résidus ainsi obtenus n’auraient besoin d’aucune préparation ultérieure, puisqu’ils se trouveraient presque entièrement composés de carbonate de soude, et qu’ils donneraient à l’alcalimètre un degré moyen dé 77", c’est à dire une richesse beaucoup plus considérable que celle de la plupart des soudes, même purifiées du commerce. Quant au gax acide carbonique qui se dégagerait durant l’opération, sa présence dans l’atmosphère serait sans le moindre inconvénient et pour les hommes et encore moins pour la végétation.

Ce simple rapprochement suffirait pour justifier pleinement notre manière de voir, et pour prouver que l’étahlissement, à Vais, de ce genre d’industrie, assurerait inévitablement à l’homme intelligent qui en prendrait l’initiative des bénéfices importants. Mais nous irons plus loin, et, afin de répondre d’avance à toute objection, nous tâcherons d’apprécier approximativement la valeur de ces bénéfices.

Les eaux de quatre sources seulement : la Marquise , la Camuse, la Chloé et la Source nouvelle pourraient être utilisées, celles des autres contenant une trop faible proportion de sels à extraire. Or, le volume liquide fourni par ces quatre sources est d’au moins 4»«720 litres par vingt-quatre heures, ou de 15,592,800 litres par année (1),

{!) Des travaux récemment entrepris aux abords de la Source nouvelle ont empéebé de reconnaître avec exactitude le volume d’eau qu’elle produit en moyenne, et quoiqu’on l’ait évalué approximativement à la quantité de liquide fourni par toutes les autres sources ensemble, nous ne le portons ici qu’à 20,000 litres par vingt-quatre heures, afin d’éviter tout reproche d’exagération.

et comme ces eaux laissent déposer, par l’évaporation, 5 grammes 16 centigrammes de sels alcalins anhydres ou de sonde à 77®, il pourrait être par conséquent produit annuellement 80, 358 kilogram' mes de cette soude, qui, à 45 fr-' le quintal métrique, constitueraient une somme de 34,554 fr. En tenant compte de la quantité d’eau consommée par les malades pendant les trois mois de la saison d’été, il serait encore possible de livrer au commerce plus de 78,501 kilogrammes de soude d’une valeur totale de 33,756 fr. Cette somme serait plus que suffisante pour assurer un large bénéfice à l’entrepreneur; car, en admettant que les dépenses en main-d’œuvre, combustible, entretien, ainsi que les intérêts du capital engagé en matériel d’exploitation, pussent s’élever, par impossible , jusqu’à absorber les deux tiers et mêrne les trois quarts du produit total il resterait encore un produit net de ri ,252 fr. (1). Il n’est pas, du reste, difficile de prévoir que les frais de fabrication ne monteraient pas à un chiffre bien haut, et qu’ils seraient, tout calcul fait, peu différents de ceux des établissements où l’on extrait le chlorure de sodium des eaux des sources salées. Puisque plusieurs de ces établissements jouissent en Europe d’une grande prospérité, pourquoi refuserait-on les mêmes chances de succès à celui que nous désirerions voir réaliser à Vais, et qui aurait, sur les premiers, l’avantage de créer avec une égale économie des produits d’une valeur supérieure et d’un écoulement facile.

Ainsi tout concourt à faire de la fabrication de la soude par l’emploi des eaux de Vais une entreprise industrielle lucrative : économie de la main d’œuvre, excellente qualité des matières obtenues, et, par

(1) On volt tout d’abord que la somme des frais généraux ne pourrait jamais s’élever à un chim-e aussi considérable, puisque le procédé d’extraction serait encore moins coûteux que celui mis en œuvre pour la préparation de la soude artificielle. Or, cette dernière substance se donnant dans le commerce à 18 fr. le quintal métrique, le bénéfice réalisé par le fabricant des soudes de Vais se composerait et du produit net qu’on retire habituellement dessoudes artificielles, et de toute la différence qui existe entre 13 et ùS fr., prix des soudes

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