AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
Le moment ne parait peut-être point propice à réimprimer des fragments d'un auteur asstT, dédaigné. Ce nest pas que depuis Sainte-Beuve, Sénac de D£eilhan soit tout à fait ignoré du public lettré. En publiant la Correspondance de Sénac de Meilhan avec la marquise de Créqui, 5\C. Edouard Fournier Çi8j^,) et M. de Lescure {1868,^ en reproduisant, de Sénac, l'ouvrage du Gouvernement et des Mœurs^ ont dû, pensonsnous, soutenir encore la mémoire de l'essayiste, [Mais sur ce que, dans leurs manuels de littérature, ils ne l'ont pas vu cité, les pédants ne vont-ils pas être gênés de voir, présenté ici, quelqu'un, que dans
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leur jargon prétentieux, ils appellent « un auteur du second ordre » et peut-être même du troisième ?
Les éditeurs de ce livre Y avoueront!
Ils ont une faiblesse marquée pour les (( auteurs du second ordre ». A côté de ces grands monuments publics, que la foule écrivassiére barbouille d'inscriptions invariables, ils osent avoir du goût pour la statuette écartée, qui se conserve plus pure de ce qu aucun ne se soucie d'elle. Pensant que pour bien des œuvres, Voubli ne vient que de ce quelles sont rares et difficiles, ils jugent bon de les faire connaître au public d'élite dont elles sont dignes. Ccst dans ces dispositions que le biographe de Laclos a été prié par eux de les aider dans la présente tâche.
M,ais quand on publie des ouvrages peu glorieux, encore faut-il être bien sûr que les exemplaires en sont peu communs et que le contenu nen est pas sans valeur. Malgré que Sénac ait lui même imprimé
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son Kvre par trois fois, — mais à de petits tirages, en lySy, (cest F édition originale^ en iy88, et enfin dans l'édition de ses Œuvres complètes qtiil rassembla en iy()^ à Hambourg, — les Considérations sur TEsprit et les Mœurs sont un de ces livres, nous dit M. van Bever, dont V érudition bibliographique est notoire, ce qui 71 ont guère de valeur marchande, mais que Von ne trouve presque pas. » Pour ce qui est de leur contenu, notre collaborateur, ÏK. Fernand Caussy, joint quil en a choisi, pour le donner ici dans l'orthographe singulière de Sénac, le plus fin, et aussi le plus fort, avec un discernement que nous croyons heureux, a exposé, dans une Notice, ce qui constitue selon lui l'originalité et le mérite de Sénac. Epicurien, mais audacieux, élégant, mais ironique, Vami du prince de Ligne se présente avec un esprit asscT^ parent de celui de Stendhal, de même quun autre de ses contemporains, LauTjin, duc de Biron, nous découvre dans ses
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Mémoires quelque peu du romanesque de la Chartreuse : il paraît digne de prendre une place, quau reste il ambitionnait, parmi les la ^^chefoucault, les la Bruyère et les Vauvenargues. Non pas, assurément, que les observations de Sénac, même au moment où elles parurent, fussent, à les prendre chacune en particulier, absolument neuves et originales : 0\€. Fernand Caussy s'est fait un plaisir, dans son Commentaire, de rappeler ce par quoi ce philosophe de bon ton se rapproche ou diffère — car différer c'est encore ressembler — de quelques-uns de ses prédécesseurs. Mais qu importe de ces Considérations que chacune d'elles soit plus ou moins originale, plus ou moins judicieuse ! L essentiel n estil pas qu'à elles toutes elles nous permettent de recomposer un personnage singulier, et qui seul nous intéresse, par ce que seul il est réel ?
E. SJNSOT ET 0\
SUR
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'n disait couramment au xviii' siècle que l'esprit était héréditaire dans certaines familles, et si peut-être il n'était pas transmis en réalité, il pouvait le paraître, dans un temps où chacun en avait sa part, acquise ou spontanée. A cette opinion la race des Sénac donne une illustration très suffisante. Le père de Gabriel Sénac fut un personnage singulier. D'abord protestant, puis apprenti-ministre de l'Evangile, il se fit ensuite catholique, voire jésuite, et finalement médecin. « Il avoit reconnu sans doute, dit Grimm, que de tous les marchands d'espérances les médecins resteroient les plus achalandés à la longue. » C'est indiquer la conscience qu'il apporta dans ce métier. La Faculté de Paris ayant
refusé de recevoir sa thèse sur la vaccine, il imagina, uniquement pour lui taire pièce, de déterminer le duc d'Orléans à faire inoculer ses enfants et leur attacher Tronchin. Mais quelque temps après, Tronchin ayant fait sensation à Paris, Sénac devint son ennemi capital, et dit un jour au roi Louis XV dont il était devenu le premier médecin, qu'il se trouvait obligé, après de mûres réflexions, de regarder l'inoculation comme dangereuse. Son fils a pris sur lui de résumer la méthode, en écrivant, à propos d'un remède à la mode : « Hâtez-vous d'en prendre, pendant qu'il guérit. »
« Approchez gravement le malade, disait Sénac à un confrère, ne parlez point, tâtez le pouls, rentrez ensuite dans votre perruque et restez-y un moment; puis prononcez l'arrêt^ prenez l'argent et partez. » Voilà pourquoi M. le Premier, avec ce genre d'esprit, son air faux, son regard fuyant, avait la réputation d'un grand fripon. De son côté, M«ie Sénac, sa femme, gagnait cent mille livres par an à traiter avec les charlatans. « Tout coquin qui payoit grassement, ditGrimm, était sûr d'avoir une permission du premier médecin, délivrée par elle, pour vendre et débiter dans tout le royaume des drogues souvent funestes à la santé du peuple. » Ne nous étonnons point, par suite, que ce ménage de morticoles ait pu établir ses enfants avec avantage : ils firent de l'un un maître des requêtes : c'est celui qui nous occupe ; de l'autre un fermier général :
c'est le même qui disait à sa femme, laquelle était devenue maîtresse du comte de la Marche, depuis prince de Conti : a Je vous permets tout, hors les princes et les laquais. » A quoi Gabriel ajoutait : a II est dans le vrai : les deux extrêmes déshonorent. » (i)
Gabriel était fort jeune lorsqu'il visita Voltaire à Ferney. Le patriarche, comme plus tard Victor Hugo, mais avec plus de finesse, distribuait les palmes du génie à tout jouvenceau qui lui portait des vers. Le jeune garçon, de cela, ne fut pas ébloui. Il sentit tout l'excès de la politesse. Néanmoins il suivit exactement, le reste de sa vie, le conseil qu'il reçut du grand écrivain :
(i) Grimm, Correspondance littéraire, passini. Sur cette M""* Sénac, on lit dans Bachaumont, 2 août 1770 : « M""® Sénac, dont on a tant parlé, et dont le mari, dans sa jalousie contre M. le comte de la Marche, a donné des scènes si ridicules et si plaisantes au public, s'est soustraite depuis quelque temps aux bontés de ce prince du sang, et s'est laissée aller à quelque faiblesse envers M. le duc de Fitz-James, Le comte de la Marche, indigné de cette préférence, paraît avoir porté ses vues sur une autre bourgeoise très aimable, qu'on appelle M"* Prévôt de Chantemerle. Un jour qu'elle soupait chez le sieur Baudoin, capitaine aux gardes, ce prince fit dire à cet officier qu'il lui ferait l'honneur de s'y rendre ; cette présence a beaucoup alarmé le mari. Quant à M™^ Prévôt, il paraît qu'elle a toute la reconnaissance qu'elle doit aux bontés d'un grand prince, et qu'elle trouve, ainsi que faisait M""* Sénac, et que beaucoup d'autres feraient, la jalousie de son mari très déplacée. »
a Moquez-vous de tous ces gens-là, et surtout de ceux qui vous ennuient. » (i)
Après avoir fait des études solides et qui nous ont valu sa traduction de Tacite élégante et concise, Sénac de Meilhan, âgé de 26 ans, en 1762, acheta une charge de conseiller au grand Conseil. Deux ans plus tard, il en acheta une de maître des requêtes (2). Les maîtres des requêtes, dit l'Espion dévalisé^ étaient un ramassis de canailles. Du vrai, ils n'étaient guère plus versés dans la crapule que le signataire de VEspion. Ils étaient viveurs, concussionnaires. Mais ils pensaient que les lettres mettaient « dans la corruption des mœurs de la douceur, de l'esprit et des grâces. »(3) Et c'est une excuse.
En 1766, après avoir épousé trois cent mille livres de dot en la personne de M'" Louise le Marchant de Varennes, fille du fermier-général, de laquelle il ne se donna d'ailleurs jamais aucun souci, Sénac fut nommé à l'intendance de la Rochelle. En 1778, il passe à celle d'Aix, où il préside l'Assemblée générale des communautés et voit planter à Marseille les fameuses allées de Meilhan. Enfin en septembre 1775, il est inten-
(i) Voltaire, Correspondance, $ avril 1755, 12 janvier 1758, 4 juillet 1760, 16 juillet 1760, i*''' août 1770 ; Lettres envers,
(2) Duc de Lévis, notice sur Sénac, en tête de l'édition des 'Portraits et caractères.
(3) Allocution de Mercier-Dupaty, directeur de l'Académie de la Rochelle, à Sénac de Meilhan, le 20 octobre 1766.
dant à ^'alenciennes, où il reste jusqu'en 178g.
« M..., dit Chamfort, intendant de province, homme fort ridicule, avait plusieurs personnes dans son salon, tandis qu'il était dans son cabinet dont la porte était ouverte. Il prend un air affairé, et tenant des papiers à la main, il dicte gravement à son secrétaire : « Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront (verront, un ? à la fin), salut... Le reste est de forme, dit-il, en remettant les papiers et il passe dans la salle d'audience pour livrer au public le grand homme occupé de tant de grandes affaires. » Tel est le portrait de M. l'intendant de Valenciennes. Il n'estime pas, dans ce poste, qu'il soit utile de travailler. Il ne songe qu'à se rendre à Paris, à Chanteloup, où réside Choiseul disgracié, et où il peut rencontrer la duchesse de Grammont, sœur de l'ancien ministre, avec laquelle il est fort lié. Il a le plus beau dédain de l'administration, où « il ne faut'qu'une dose très médiocre d'esprit » ; où « l'on n'a besoin que d'une certaine activité nécessaire pour une prompte expédition, que d'embrasser des détails familiers par l'habitude, d'avoir présent à l'esprit le texte de quelques règlements, des formes prescrites, des usages qui ont force de loi », où « les lumières, les secours arrivent de toutes parts à rhomme en place, en raison surtout de son élévation. »
Le prince de Ligne, dans une épitre en vers
composée pendant l'émigration nous a tracé une figure de Sénac administrateur.
Heureux, heureux l'ami d'un homme de génie, A faire et dire bien qui consacra sa vie ; Au milieu de la France ainsi qu'à son couchant, Grand administrateur déploya son talent ; Qui brilla dans Paris, éclaira dans Versailles, Fut k)ngtemps adoré d'une sœur des Noailles ; Aux Culant sut donner de son activité, Par la philosophie obtint une beauté...
Mais il faut savoir ici que cette sœur des Noailles, qui selon Ligne, aurait été la maîtresse de Sénac, est la comtesse de Tessé « un grand caractère, un esprit élevé jusqu'à en être chimérique, en demeurant une forte tête et une grande âme », à ce que rapporte la vicomtesse de Noailles. Quant au Culant auquel l'intendant donnait de l'activité, on doit l'attribuer à une dame de Valenciennes, si l'on peut en croire tel couplet d'une chanson composée en 1787, à propos de l'Assemblée provinciale présidée par Sénac :
Parmi cette troupe d'élite.
Je vois briller un médecin.
C'est à Culant, sa favorite.
Que ce baudet doit son destin, (i)
(i) Louis Legrand, Sénac de Meilhan et l'Intendance du Hainaut et du Cambrésis sous Louis XVI, Valenciennes, 1868, in-8°.
« Une tradition restée vivace, mais que je ne garantis pas, attribue encore à Sénac des relations d'une autre nature. C'est d'après elle qu'Eugène de Pradel disait dans son Panorama de Valenciennes :
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Quoi qu'il n'aimât point sa carrière, M. de Meilhan ne laissait point que d'être fort ambitieux. Il parvint à être quelque temps intendant de la Guerre sous M. le comte de Saint-Germain. Celui-ci, en effet, arrêté par mille objets contentieux et dont il n'avait pas seulement idée, avait voulu prendre un homme de loi pour l'éclairer. Il choisit Sénac, lequel apporta selon Besenval, avec des idées fausses et systématiques beaucoup d'audace et d'assurance. Mais le prince de Montbarey vit dans Sénac un rival redoutable pour son influence. Appuyé par Maurepas, il obtint le renvoi du robin. M. l'intendant dut se contenter, pour vengeance, de tracer du ministre un portrait satirique, (i)
Ayant publié des Mémoires (apocryphes) d'Anne de Gon^ague, en 1786, puis en 1787, des Considérations sur l'esprit et les mœurs, Sénac de Meilhan brigua l'entrée de l'Académie. Il ne fut pas admis, sur ce que, déclara-t-on, ses livres étaient des obscénités. Il eut alors, après avoir
L'intendant du Hainaut, pressé par sa tendresse, T>e Meilhan à Famars visitait sa maîtresse ; Ses désirs accusant un chemin délabré, Il fut dans son trajet promptement réparé. Ainsi du temps l'amour usurpant le domaine Rajeunit un débris de la grandeur romaine.
(i) La Robe ne pouvait souffrir Maurepas, qui, cependant, fit réintégrer les Parlements exilés par Maupeon. « M. de Maurepas, le plus méchant homme de France », disait déjà Montesquieu.
pensé devenir chancelier du duc d'Orléans, (i) l'idée d'être ministre. On choisissait, en effet, les ministres des Finances parmi les intendants de province. D'Argenson, Machault, Galonné avaient débuté dans l'intendance. Sénac eut, dans ce projet,>fine audience du Roi. Il écrivit encore, pour cela, un livre d'érudition, qui vaut surtout comme œuvre littéraire : les Considérations sur les richesses et le luxe. Mais ce fut Necker que le Roi nomma. Sénac, qui considérait le ministère comme son dû, voua au Suisse une haine mortelle. (2)
Le petit Sénac, le petit frère coupe-choux, comme l'appelait M"* du Deff'ant, ne négligeait nulle occasion d'acquérir des connaissances utiles, et cultivait avec zèle la société de tous ceux qui pouvaient lui procurer de l'avancement. C'est que, s'il avait de l'esprit, des vues, et même de la grâce, son ambition, nous le savons, était encore plus vive. Il n'était point, comme ce Turgot dont il admirait la vertu tout en se proposant de ne pas l'imiter^ incapable d'art et de ménagement. Il savait composer avec les faiblesses des hommes, et mieux encore avec le vice. Seulement, il
(i) Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de la Marck.
(2) Voir à ce sujet la correspondance du prince de Ligne avec Sénac, dans les ^Mélanges littéraires et scntimentaires du prince de Ligne.
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se desservait lui-même dans ses intrigues par une vanité qui s'étendait à tout, voulant passer à la fois pour écrivain supérieur, homme à bonnes fortunes et grand administrateur, par un désir de briller qu'il avait extrême et qu'il croyait nécessaire d'affecter, par un goût des plaisanteries méchantes qui lui faisait oublier ses intérêts véritables et lui attirait des ennemis d'autant plus décidés qu'elles étaient mieux tournées et faisaient fortune, (i)
Il fréquentait le monde pour son avancement ; mais, comme il aimait les belles manières, il s'y plaisait davantage qu'il n'osait l'avouer. Il avait au plus haut point le goût de l'esprit et des anecdotes. C'est à lui que nous devons d'avoir les mémoires de M"* du Hausset qu'il empêcha Marigny de jeter au feu (2). C'est lui qui devait écrire les mémoires du Maréchal de Richelieu et qui rédi-
(i) Duc de Lévis, op. cit. Lettre de l'abbé Barthélémy à M"' du Deffand.
(2) « Un ami de M. de Marigny, dit Craufurd dans V Avertissement aux mémoires de M'"^ du Hausset, entrant un jour chez lui, le trouva brûlant des papiers. Pressant un gros paquet qu'il allait aussi jeter au feu : « C'est un journal d'une femme de chambre de ma sœur, dit-il, qui était fort estimable ; mais tout cela est du rabâchage : au feu l » Et il s'arrêta en disant : « Ne trouvez-vous pas que je suis ici comme le curé et le barbier de don Quichotte, qui brûlent des ouvrages de chevalerie ? — Je demande grâce pour celui-ci, dit M. de Meilhan ; j'aime les anecdotes, et je trouverai sans doute quelque chose qui m'intéressera. » ^Cémoires de iW™' du Hausset, édition Barrière.
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gea leur Prospectus (i). L'élégance, l'audace, le plaisir, voilà ce qui le charmait dans la société. « Rien, disait ce dilettante, ne faisait d'effet sur lui comme vrai, mais seulement comme bien trouvé. » Dans le monde enfin, il prenait un remède contre l'ennui, « ce cruel ennemi de l'homme policé » ; il trouvait l'occasion de parler de soi, € épanchement qui est le plus grand plaisir de l'amitié » ; il y préférait, par suite, la société des femmes à toute autre, passant sa vie avec M"*' de Chaulnes, de Tessé et de Créquy (2), parce qu' « un quart d'heure d'un commerce intime entre deux personnes de sexe différent, et
(i) Londres, 1790. « On sait, lui écrivait le fils de Richelieu, quelle est ma confiance en vous, et celle de mon père l'avait devancée, D'ailleurs, c'est le style de l'écrivain, c'est l'enchaînement qu'il donnera aux choses, la manière de présenter les faits, de peindre les personnages qui contribuera beaucoup au succès de l'œuvre. Celui des [KCémoires d'Anne de Gon^ague est pour vous, comme pour moi, un excellent présage. » Ce fut, comme on sait, Soulavie qui rédigea les Mémoires du duc de Richelieu, qu'il ne faut pas confondre, comme Stendhal Ta fait dans une note de ViAmour, avec la Vie privée du maréchal de Richelieu, composée par Faur, le secrétaire du duc de Fronsac : « Quelle différence, dit Rétif, au sujet de la compilation de Soulavie, si on avait eu l'ouvrage de Meilhan avec l'élégance, le goût et le vrai ton du monde qui convenaient à ces Mémoires ; mais ces vils bibliopoles anéantissent la littérature. »
(2) La correspondance inédite de Sénac de Meilhan avec M™* de Créquy a été publiée en 1856 par Ed. Fournier, avec un avant-propos de Sainte-Beuve, sur Sénac, cf. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, tomes X et XK.
qui ont, je ne dis. pas de l'amour, mais du goût l'une pour l'autre, établit une confiance, un abandon, un tendre intérêt que la plus vive amitié ne fait pas éprouver après dix ans de durée. »
Néanmoins, s'il aimait l'élégance et la volupté, ce n'était point par épuisement, comme bien des gens de son temps, mais parce qu'il voyait, dans leurs raffinements, le terme dernier de sa richesse et de sa force intérieures. Ce n'était pas un fatigué, comme Boufflers ou Ligne. C'était plutôt ce que les anciens appelaient un homme nouveau. Comme Laclos, comme Stendhal, qui lui a tant ressemblé, il voulait accaparer les jouissances de l'extrême civilisation, mais il entendait les doubler d'un ressort intrépide. Ecoutez-le, là-dessus, se plaindre du « caractère sexagénaire de son époque ». « Ne cherchez pas, dit-il, le génie, l'esprit, un caractère marqué dans ce qu'on appelle la bonne compagnie. Ceux qui possèdent ces avantages y seraient impatiemment soufferts et s'y trouveraient déplacés. Les grands hommes n'ont jamais vécu dans les cercles de la bonne compagnie : ils y paraissent, mais les entraves dont elle accable l'homme supérieur l'en écartent. » Après avoir inventé ce terme d'amourpassion dont le xixe siècle a tant usé, il ajoute : « En France, les grandes passions sont aussi rares que les grands hommes. » Mais la passion, pour lui, réside moins dans le mouvement de l'âme que dans l'ardeur des sens : « Les plaisirs sont la seule ressource de l'homme ardent et pas-
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sionné dont l'ambition est contrariée... l'homme passionné a toujours entre les mains une arme dangereuse de laquelle il doit, ainsi que les autres, se défier... Tout ce qu'il y a de moral dans l'amour est factice et dangereux, et il n'y a de bon que le physique de cette passion. »
Il n'a donc d'autre passion que celle des sens, mais il la relève, à la manière classique et païenne, d'une énergie constante, et il la règle avec un esprit précis et fort. Il voit clair, il est désabusé, mais il n'est pas dégoûté. Les travers même l'intéressent, pour peu qu'ils décèlent de vigueur. 0 II est, dit-il, des genres dans la société, qui se perdent : c'est ainsi tjtre certains poissons, après avoir longtemps abondé sur les côtes, disparaissent pour des siècles. Il n'y a plus à proprement parler de fats, de ces fats transcendants qui primaient dans la société, donnaient des lois sur la parure et les modes, qui subjuguaient les femmes et en imposaient aux hommes par l'audace et le succès, et dont la jeunesse s'empressait d'imiter les manières et le ton. Tels étaient Vardes et Lauzun. Il faut, pour remplir ce rôle d'une manière distinguée, réunir aux avantages extérieurs l'esprit et l'audace, et être placé dans une certaine élévation. Quelque vicieux que soit Vernploi des talents d'un fat ^ ils n'en existent pas moins; mais les modèles manquent dans ce genre comme dans beaucoup d'autres. » Ainsi l'éclat, la vivacité, en quelque ordre qu'ils se trouvassent, suffisaient à ses yeux pour faire un mérite, tant il
avait un mépris gracieux de la morale commune, tant ce juriste était persuadé qu'il n'y a d'autre droit naturel que celui de la force, et que le droit civil est de pure convention.
Mais quel que fût son goût de l'énergie et dans ses formes même les plus variées, Sénac avait trop d'esprit et d'expérience pour être dominé par lui : il le tempérait par un scepticisme général et indulgent. Ce quinquagénaire aimable n'était pas assuré que l'énergie fît toute la valeur des hommes, comme l'a imaginé depuis un Julien Sorel. Il croyait que « les grands hommes sont comme les remèdes actifs, qu'il ne faut employer que dans les grandes occasions. » Il savait que ce n'est pas « un cœur sensible, un génie supérieur, une grande franchise » qui font réussir dans le monde ; mais « un esprit médiocre et actif, un caractère patient, une âme froide ». Il avait vu qu'on ne peut s'élever dans une « cour qu'en rampant et que l'assiduité y tient lieu de mérite ». Aussi méprisait-il les hommes, mais en s'accommodant à eux, prenant les choses « où elles en sont, les hommes comme ils sont. » « Il ne connaissait point de vérité absolue, ne trouvait rien de grand, ni de vil, ni de petit », dit-il du Kalender, son héros, dans Les Deux Cousins (1791).
Il connaissait les hommes, mais il avait le bon
goût de réserver son opinion. Il pensait sans doute que la vanité est un puissant levier : l'on a vu qu'il l'avait éprouvé par lui-même, et il professait d'ailleurs « que l'on ne connaît bien que les chemins par lesquels on a passé. » Mais ses expériences intimes lui avaient montré, mieux que toute observation, la misère et l'inégalité de l'âme humaine : « Les hommes sont-ils bons, sont-ils méchants ? — L'un et l'autre, répondit le Kalender, et la plupart ne sont ni l'un ni l'autre ; une des grandes sources d'erreur, c'est de se conduire avec eux comme s'ils étaient constants et conséquents... Nous sommes mobiles et nous jugeons des êtres mobiles !... » Parole à la Pascal, avec l'aménité en plus, et qui résume mieux qu'on ne l'a jamais fait l'incertitude des jugements moraux.
Vaniteux, mais brillant, passionné, mais sensuel, sceptique, mais indulgent, voilà comme se montre M. l'intendant Sénac de Meilhan, avant la Révolution. Il est un des types les plus signi, ficatifs de ces virtuoses parvenus avec lesquels l'ancienne monarchie rajeunissait son vieil organisme, de ces hommes modernes, aussi purs de moralité que les païens antiques, supérieurs à eux de toute leur intrépidité intellectuelle, de leur spiritualité raffinée, de leur raison solide. Tels étaient les monstres pervers dont le vertueux Robespierre jugea bon de purger la France. Reconnaissons, en effet, qu'il y avait en eux de quoi faire horreur aux pieux catéchistes de la démocratie.
Le défaut de cette attitude décidément libertine, c'est la sécheresse et la monotonie. Sénac de Meilhan s'est gardé de cette aride simplicité et l'a fleurie de quelque variété : derrière cet esprit appliqué, et au-dessus de cette vive sensualité, il y a une sensibilité, une sensibilité toute de surface il est vrai, et qui ne se plaît qu'à des subtilités délicates, mais qui détend celui qu'elle anime et en fait un être complet. On a vu que Sénac aimait beaucoup les femmes : il prétendait que leur commerce lui était nécessaire « pour tempérer la sévérité de ses pensées et occuper la sensibilité de son âme ». « J'ai, disait-il, du Tacite dans la tête et du Tibulle dans le cœur »(i). Non pas qu'il fût toujours tendre, ni même galant avec elles. Il les considérait avec une indulgence qui dépassait la simple impertinence. Cet ennemi de M. Necker et de sa noble fille encourageait, mais avec une pointe de mépris, dans un temps où la morale suisse commençait de sévir redoutablement, les grandes dames qui donnaient dans la galanterie. Il se vantait d'abuser des solliciteuses avec une indiscrétion toute proconsulaire car « les gens qui occupent de grandes places, disait-il, ceux qui représentent dans les provinces trouvent beaucoup de femmes qui leur cèdent ». Mais il assurait en même temps que « celui qui a été aimé d'une femme sensible, douce, spirituelle,
(i) D'après Chamfort.
et douée de se7is actifs, a goûté ce que la vie peut offrir de plus délicieux ». Il l'assurait parce que ces qualités, qu'il est si rare de trouver réunies chez une femme, s'accordaient seules avec son bon sens et sa sociabilité.
L'enthousiasme, l'exaltation, outre qu'ils lui semblaient factices, étaient en effet insupportables à ce réaliste élégant. Tout au plus les tolérait-il, mais comme un moyen sûr de culbuter l'ennemi. «Louez, admirez^ disait-il, soyez étonné, en extase, ne craignez pas d'outrer les flatteries, l'enthousiasme auprès des femmes ; faites croire, si vous pouvez, à celle que vous voulez séduire, qu'elle est une substance particulière, plus près de l'ange que de la femme, vous serez cru, que dis-je ? vous serez au-dessous encore des illusions de son amour-propre, et l'on ne refusera rien à un homme doué d'un discernement aussi exquis ». Néanmoins, à ces sentimentales un peu simples, il préférerait les vaniteuses civilisées, telles que celle-ci qui se compare aux ministres et dont il rapporte ces propos charmants : « Ils n'agissent que sur les esprits, et j'ai le cœur et l'esprit de plus dans mon domaine... Suis-je une dupe, dites-le-moi, de jouir à la manière des héros et des ministres, d'avoir sans peine ce qui leur coûte des années de travail, ce qui leur fait passer tant de mauvaises nuits dans la crainte d'en être privés ? J'ai été inoculée, aucun événement ne peut me faire tomber de ma place, et j'ai douze ans d'empire assurés. »
Voilà comme on organise son bonheur^ lorsqu'on sait se former des plaisirs intellectuels, et comme il disait, les faire servir « d'entr'actes aux plaisirs des sens, lesquels sont les seuls véritables ».
Mais nous n'avons vu que les côtés intimes et mondains de Sénac ; il y avait encore en lui un philosophe, un philosophe optimiste^ qui écrivait, cinq ans avant le lo août : « De nos jours, la puissance du souverain est assise sur des bases inébranlables », qui croyait au perfectionnement indéfini et pratique du savoir, toutefois, un philosophe réaliste nourri de réalités intimes autant qu'expérimentales, qui ne confondait point, comme Gondorcet, les progrès des connaissances avec ceux de l'esprit et qui, dans sa culture, faisait toujours sa part à la force intérieure.
« Il me sufffit, disait-il, d'avoir remarqué que les Anciens ont été plus promptement éclairés que les Modernes, qu'ils ont volé dans la carrière où les autres se sont traînés. Ils ont été fort loin en morale et en politique. Nous avons pu à cet égard les surpasser ; mais notre supériorité ne peut être attribuée qu'au laps de temps, à la progression des lumières accumulées. L'antiquité est un génie précoce et sublime éteint au milieu de sa carrière... >; Mais s'il reconnaît l'excellence utile des « lumières accumulées », il ne s'abuse pas sur la médiocrité des résultats : « 11 est de-
venu facile d'écrire en tout genre. La propagation des lumières, la foule innombrable d'écrits, les journaux, les commentaires sur les grands écrivains, les extraits, les dissertations critiques, ont formé un dictionnaire général d'idées, de résultats, de jugements, où chacun peut trouver où s'assortir, en changeant, décomposant, délayant. Sans esprit, on peut faire un livre sur l'administration, sur la morale, faire des vers, des couplets, des comédies. Tout le monde, en fait d'esprit, semble avoir en ce siècle le nécessaire. Mais il y a peu de grandes fortunes ». Et plus loin : « C'est le nombre des bons écrits, c'est la facilité d'écrire, qui empêchera l'essor du génie. En songeant à cette foule d'écrivains, je crois voir une troupe de nains montés sur les épaules les uns des autres, qui s'applaudissent d'être parvenus à une grande hauteur : l'homme qui aurait eu la force d'y atteindre seul et d'un même élan dédaignera une gloire dont chaque nain peut revendiquer une partie ».
Quel remède pourtant dans cette décadence ? Comme toutes les âmes généreuses, Sénac ne voit qu'un parti, celui de la destruction. « Incendions la Bibliothèque » disait l'élégant, le lettré Barère, qui ne fut guère moins talon rouge que bonnet rouge. Sénac eût volontiers repris le propos ; mais au lieu d'ajouter, comme le jacobin : « La table des lois doit être la seule littérature du peuple », il aurait dit plus volontiers avec Nietzsche : a Retournons à la barbarie dont les
passions seules peuvent nous ramener à la culture ». Et il a exprimé cette idée dans cette belle page : « Quand un plan judicieux, éclairé, approprié à nos mœurs sera substitué aux formes actuelles, les sciences seules pourront servir d'aliment à notre esprit ; mais l'inertie générale ne permettra pas une grande application. Dans cet état de langueur où l'homme doit être entraîné par le cours des choses, il n'aura peut-être d'autre ressource dans dix ou douze générations que celle d'un déluge qui replonge tout dans l'ignorance. Alors de nouvelles races s'occuperont de parcourir le cercle dans lequel nous sommes déjà peut-être plus avancés que nous ne croyons ».
Toutefois, cette sauvagerie primitive, Sénac doutait que, de lui-même, l'homme pût la recouvrer. Il fut un des rares qui aient vu nettement que la Révolution était une tentative de régression. Sa conception du retour nécessaire de choses l'empêchait de la blâmer. Mais il ajoutait : « Les anciens peuples ont commencé par la pauvreté et l'égalité ; la gloire les a enivrés, menés aux richesses et au pouvoir absolu. La question qui se présente aujourd'hui au philosophe est de savoir si l'on peut suivre une marche rétrograde, passer d'un régime absolu à celui de la liberté, de la hiérarchie des rangs à l'égalité toujours combattue par la richesse qui n'aspire pas moins aux distinctions qu'aux jouissances ». Il ne croyait donc pas que le règne de la liberté pût re-
naître, t Cette idée, disait-il, n'a pas sa racine dans le cœur, mais dans l'esprit : elle est raisonnée et systématique ». L'intellectuel ne prévoyait pas quelles passions barbares allaient se concentrer au-delà de ces abstractions.
Les scènes du 6 octobre montrèrent à Sénac que la Révolution de France n'avait pas seulement « sa racine dans l'esprit ». Il émigra, Cet immoraliste épicurien, ce dilettante de la destruction, frappé dans ce qui faisait sa solidité, c'est-à-dire dans sa situation et dans son luxe, rétrograda brusquement à cette même morale sentimentale et commune contre laquelle il se croyait si bien prémuni. C'est qu'il n'avait point abordé les ressources qui faisaient sa force, honneurs, fortunes, loisirs, avec une virilité supérieure à elles ; c'est qu'il s'enrichissait d'elles plutôt par une jouissance inconsciente que par une volonté avide de les épuiser ; c'est qu'il recouvrait de ce bonheur ouaté ses plaies secrètes de plébéien civilisé, plutôt que de les cautériser avec ardeur et cruauté. Sans doute on ne peut en vouloir à Sénac de ne pas s'être montré un héros dans cette occasion, et il faut toute la médiocrité d'une existence facile pour ne pas sentir combien le malheur vrai diminue les plus vaillants. Mais de cette dégradation soudaine, tirons au moins cette leçon, que les attributs extérieurs et sensibles de la culture, tels le luxe et les honneurs,
ne sont rien — s'ils ne sont pas régis par un ressort infatigable de l'âme.
A Aix-la-Chapelle, où il passa en 1791, après avoir séjourné quelque temps à Londres, Sénac rencontra Tilly qui nous a rapporté de lui quelques traits. Il était persuadé, paraît-il, que la monarchie ne s'était écroulée que parce que le Roi ne l'avait pas appelé au ministère. « Quand nous rentrerons, il faudra en revenir à moi », répétait-il. Avec cet espoir dans son infortune, il s'était mis au lit, où il passait toutes ses journées, et dont il ne se levait que pour faire sa cour aux boutiquières.
« M. de Meilhan était un amant assez ridicule : tout le monde n'est pas obligé de plaire pour faire l'amour ! Voyez sa toilette ! elle est déjà plus recherchée ; il passe, repasse sous les fenêtres ; il regarde avec affectation pour être regardé. Il montre sa bague, il va jeter un tendre baiser ; mais plutôt c'est un auteur : il écrira. Son billet est absurde comme son amour, mais la petite boutiquière remarque qu'il sent la poudre à la Maréchale, et que le papier a des vignettes couleur de rose ; la légende est : Amoureux et discret, la devise L seule. Tout cela n'est-il pas bien neuf et bien discret ? Eh bien 1 ce qui eût échoué au faubourg Saint-Germain réussit dans un comptoir ; que dis-je 1 dans la petite pièce qui le suit et qu'il
ne tiendrait qu'à la belle dame d'appeler un salon. » (i)
Cependant il se crut une fois rappelé à ses destinées de naguère, et il reprit du même coup tout son aplomb. Catherine II l'avait mandé à Moscou pour faire de lui l'historiographe de la Russie. Il affecta là de se montrer cassant dans l'impertinence, excessif dans la plaisanterie, le tout avec un air d'importance et de pédanterie que son brillant appliqué déguisait mal. Ce n'étaient point des manières d'homme de cour. Le ton de procureur, qui a tout de même, avouons-le, dans son incorrection, un piquant original, déplut extrêmement à la Reine du Nord. Elle le renvoya aux boutiquières d'Allemagne avec une pension de 20.000 francs.
Sénac fut très affecté de cet échec. Il comptait charmer cette cour impériale où il pensait trouver de la passion sous une politesse acquise, mélange où il se complaisait, comme on a vu. Sa politesse était trop ironique, trop peu respectueuse, son goût de la passion trop raffiné ; il détonna chez ces barbares. Revenu de là à Berlin où il reçut des présents du Roi de Prusse, il fut appelé à Vienne par Kaunitz. Le vieux ministre mourut peu de temps après. Sénac, alors, dont
(i) Tilly. Mémoires.
l'esprit avait besoin de la vanité comme stimulant, se remit au lit pour n'en plus sortir. Il composa les quatre tomes de son Émigré, si vif, si intéressant, lorsqu'il met en scène le. Sénac de l'ancien régime, sous les traits du Président de Longueil, si larmoyant et fastidieux lorsqu'il peint le le Sénac ruiné devenu sentimental. Déconcerté par ce monde nouveau, par cette vie à laquelle il ne se faisait point, il ne retrouvait un peu d'esprit, d'esprit brouillé de mélancolie, que dans sa correspondance avec le prince de Ligne, son voisin, qui lui rappelait le temps de ses succès. « Il y avait, disait-il à ce propos, un vieux duc de Saint-Simon qui était souvent entré chez ses maîtresses par la fenêtre, à l'aide d'une échelle de corde. Quand il se maria sur ses vieux jours, désespéré de sa nullité, il imagina de rappeler ses anciennes facultés par l'usage des moyens qui l'avaient conduit avec succès au bonheur et dont le souvenir agissait encore sur lui. Il se fit donc hisser par ses valets de chambre et entra ainsi plusieurs fois avec succès dans la chambre de la duchesse ». Telle était l'excitation dont le vieux païen fait cénobite avait besoin pour son esprit, décomposé déjà par la sensiblerie avant que de mourir.
SUR