DE L'INFLUENCE DES PASSIONS
Les Passions en échauffant Vdme donnent à V esprit un élan qu'il n'a pas naturellement., etc.
Cf. Helvétius. De l'Esprit^ m, 8. « Il paraît donc que l'activité de l'esprit dépend de l'activité des passions. C'est aussi dans l'âge des passions, c'est-à-dire depuis vingt-cinq ans jusqu'à trente-cinq ou quarante ans, qu'on est capable des plus grands efforts et de vertu et de génie. A cet âge, les hommes nés pour le grand ont acquis une certaine quantité de connaissances, sans que leurs passions aient encore presque rien perdu de leur activité. Cet âge passé, les passions s'affaiblissent en nous, et voilà le terme de la croissance de l'esprit ; on n'acquiert plus alors d'idées nouvelles ; et quelques supérieurs que soient dans la suite les ouvrages que l'on compose, on ne fait plus qu'appliquer et développer les idées conçues et développées dans le temps d'effervescence des passions, et dont on n'avait point encore fait usage. »
Lorsqu'on n'est susceptible de montrer une certaine étendue d'esprit qu'au moyen des passions stimulantes, on n'a pas essentiellement le don de l'esprit.
Parce que, comme dit Sénac. « L'esprit est la con-
naissance des causes, des rapports et des effets », parce que « l'esprit n'est autre chose que la pensée et ne consiste qu'à bien voir. »
// est devenu jacile d'écrire en tout genre.
« C'est le nombre des bons écrits, c'est la facilité d'écrire, qui empêchera L'essor du génie. En songeant à cette foule d'écrivains, je crois voir une troupe de nains montés sur les épaules les uns des autres, qui s'applaudissent d'être parvenus à une grande hauteur : l'homme qui aurait eu la force d'y atteindre seul et d'un même élan dédaignera la gloire dont chaque nain peut revendiquer une partie. » {Les Deux Cousins.')
Mais. cf. La Mothe le Vayer, Problèmes sceptiques : « Un nain monté sur les espaules d'un géant, peut voir sans doute plus loin que luy ; et un dernier autheur qui a fait son profit des Anciens peut adjouter aux connoissances des plus célèbres escrivains. »
Sénac paraît avoir beaucoup lu La Mothe le Vayer : il a composé, comme lui, des Réflexions sur l'incertitude de l'Histoire.
Tout le monde en fait d'esprit semble avoir en ce siècle le nécessaire., mais il y a peu de grandes fortunes. Cf. Sénac. Pensées détachées dans Portraits et caractères. «j On dit d'un laquais qu'il est inteUigent ; cela est fort juste, et un semblable esprit suffit, à peu près, pour remplir tous les emplois dont l'exercice est soumis à des règles, enfin à tout ce qui peut s'apprendre ; à tout ce qui est métier. Voilà ce que la nature a distribué en abondance sur la terre ; tandis que par siècle, elle ne fait peut-être pas naître vingt personnes dont l'esprit soit capable de conceptions étendues.
J'ai longtemps réfléchi sans prévention, et j'ai trouvé que l'homme qui a le plus d'esprit n'a qu'une somme d'idées dans la tête qui lui appartiennent. Les hommes sont comme les vers à soie qui font leur coque. On tourne autour des mêmes idées, on les
représente sous d'autres faces, mais c'est le même fonds. »
Les taîens tiennent plus aux circonstances qu'on ne croit, parce qu'elles déterminent leur effort.
Cf. La Rochefoucauld : « Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais les effets du hasard. »
Cf. Duclos. Considérations sur les mœurs ^ v. « Il y a eu dans tous les genres des grands hommes, qui, s'ils ne le fussent pas devenus, faute de quelques circonstances, n'auraient jamais pu être autre chose, et auraient paru incapables de tout. » Et. xii : a Les circonstances décident souvent de la différence des talents, c'est ainsi que le choc du caillou fait sortir la ftamme, en rompant l'équihbre qui la retenait captive.»