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DE LA CONVERSATION

La Rochefoucauld a donné tout un code de la conversation dont le principe est qu'il faut avoir toujours le plus grand respect, la plus grande attention pour ses interlocuteurs:

o Pour plaire aux autres, il faut parler de ce qu'ils aiment et de ce qui les touche, éviter les disputes sur des choses indifférentes, leur faire rarement des questions, et ne leur laisser jamais croire qu'on prétend avoir plus de raison qu'eux.

« Il ne faut jamais rien dire avec un air d'autorité, ni montrer aucune supériorité d'esprit. Fuyons les expressions trop recherchées, les termes durs et forcés, et ne nous servons point de paroles plus grandes que les choses.

a II est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de pousser trop loin une bonne raison quand on l'a trouvée. L'honnêteté veut que l'on cache quelquefois la moitié de son esprit. On doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables qui se présentent.

« Observons le lieu, l'occasion, l'humeur où se trouvent les personnes qui nous écoutent. Car s'il y a beaucoup d'art à savoir parler à propos, il n'y en a pas moins à savoir se taire. Il y a un silence éloquent qui sert à approuver et à condamner : il y a un silence de discrétion et de respect. Il y a enfin des tons, des airs et des manières qui font tout ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable, de délicat ou de choquant dans la conversation. »

Les réflexions de Sénac, outre qu'elles critiquent plaisamment les défauts de tant d'honnêteté, ont surtout cet intérêt pour nous qu'elles nous montrent la différence des temps : on y sent que depuis la Rochefoucauld, il y a eu Bayle, Voltaire et VEncyclopédie.

L'homme cité, fêté dans la société ne doit pas s'enfler de présomption. S'il avoit plus d'esprit, s'il était doué d'une forte imagination, d'un caractère déterminé, il ne seroit pas ainsi accueilli.

Cf. Montesquieu. Pensées diverses : « Plaire dans une conversation vaine et frivole est aujourd'hui le seul mérite ; pour cela le magistrat abandonne l'étude des lois ; le médecin croit être discrédité par l'étude de la médecine ; on fuit comme pernicieuse toute étude qui pourrait ôter le badinage.

Rire pour rien, et porter d'une maison à l'autre une science frivole s'appelle science du monde. On craindrait de perdre celle-là, si on s'appliquait à d'autres. »

Duclos a développé cette même idée dans le chapitre Sur les gens à la mode de ses Considérations.

Cet homme aimable, qui fait des histoires qu'il regarde comme son patrimoine, qu'il est seul en possesion de raconter.

Cf. Montesquieu. Pensées diverses : « Je me souviens que j'eus autrefois la curiosité de compter combien de fois j'entendrais faire une petite histoire qui ne méritait certainement pas d'être dite ni retenue ; pendant trois semaines qu'elle occupa le monde poli, je l'entendis faire deux cent vingt-cinq fois, dont je fus très content. »

// est un tribunal dont les jugemens sont aussi promis et aussi sûrs que celui du public, c'est celui des sots.

Tel n'est point tout à fait l'avis de la Rochefoucauld qui cependant a écrit : a les esprits médiocres

condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée. » d Un homme d'esprit, dit-il, serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots. »

Les sots doivent triompher ; ils se tiennent : ils font corps, ils ont une langue qui leur est propre.

A ce Sénac ajoute, Pensées détachées : « Un sot dit autant de mal dans un mois, qu'un homme d'esprit dans une année ; mais il n'est pas si bien dit et ne se retient pas. »

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