DE L'AVARICE
C'est avec délices quHl contemple sa jortune rassemblée sous ses yeux. Daus elle, il voit V indépendance ou la domination, des moyens de corrompre les femmes qui remplacent ceux de leur plaire, le soulagement de ses maux, l'instrument de ses vengeances contre l'ingratitude, enfin, un attrait puissant offert aux soins et aux mènagemens.
Cf. Helvétius, de V Esprit, m, lO : « Quels plaisirs réels ce luxe et cette magnificence procureraient-ils à l'avare voluptueux, s'il ne les considérait ou comme un moyen de plaire aux femmes, s'il les aime, et d'en obtenir des faveurs, ou d'en imposer aux hommes et de les forcer, par l'espoir confus d'une récompense^ à écarter de lui toutes les peines, et à rassembler près de lui tous les plaisirs ? »
Ces détails prouvent que c'est de la faiblesse, de la destruction des facultés, que naît cet amour déréglé des richesses.
Cf. La Bruyère : « Ce vice est plutôt Teffet de l'âge et de la complexion des vieillards qui s'y abandonnent aussi naturellement qu'ils suivaient leurs plaisirs dans leur jeunesse, ou leur ambition dans l'âge viril. Il ne faut ni vigueur^ ni jeunesse, ni santé pour être avare ; l'on n'a aussi nul besoin de s'empresser, ou de se donner le moindre mouvement pour épargner ses revenus : il faut laisser seulement son bien dans ses coffres et se priver de tout. Cela est commode aux vieillards, à qui il faut une passion, parce qu'ils sont hommes. »
Notons ici que dans ce charmant xviiie siècle, ni Sénac, ni Helvétius, n'ont trouvé cet avare sordide et ladre qu'on peint la Bruyère, Molière et Balzac. Etre avare pour s'assurer l'indépendance et la domination, ce n'est plus être avare, c'est être simplement ménager de ses plaisirs.