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Considérations sur l'état ecclésiastique

Si l'Apôtre des nations recommande à ses disciples de Corinlhe d'avoir devant les yeux leur haute vocation ' ; si le grand pape S. Léon exhorte tous les fidèles à considérer l'éminence de leur dignité, afin de ne rien faire qui y déroge ''; prêtres du Seigneur, vous qui êtes, non de simples fidèles, mais les chefs des fidèles; vous qui portez le caractère, non-seulement de disciples de Jésus-Christ, mais de ses ministres; vous, qu'en appelant avec

' Videtevocationem vestrani, fratrcs./Cn/M, 26.

* Agnoscc, o Christianc, dignitatem tuani : et divinaî consors lactus iiatuiv'c, uoli in vcterein vilitatem dcgeneri convcrsationc redire. S. Léo, sermo \, rie Nat, Dont.

tous VOS frères ta la gloire éternelle, Dieu a (le plus revêtus du pouvoir de les y élever, quelle grande, quelle auguste, quelle imposante opinion ne devez-vous pas concevoir de la sublimité de l'état auquel la Providence vous a élevés? Pour vous en former une idée, considérez -le sous ses divers peints de vue : en lui-même, dans son principe, dans sa nature, dans son objet, dans ses fonctions.

Dieu est dans le ciel, et l'homme sur la terre. Le ministère ecclésiastique est placé par le Seigneur entre l'un et l'autre; appartenant au ciel par sun origine, à la terre par ses fonctions. Ambassadeur de Dieu auprès des bommes ' , intercesseur des hommes auprès de Dieu % par ce double caractère, le prêtre se trouve un èt^'e intermédiaire entre le Créateur et la créature. Il notifie à l'homme les volontés de Dieu ; il présente à Dieu les vœux de

' Pro Christo legatione fungimur, lanquam Deo

exhortante per nos. II Cor. v, 20.

- Inter vestibulum et altare plorabunt sacerdotes minislri Domini; et dicent : Parce, Domine, parce populo tuo. Joël. 11, 17.

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l'homme : il reçoil du ciel ce qu'il apporte à la terre ; il pread sur la terre ce qu'il élève jusqu'au ciel : il sollicite les bienfaits divins, et il les distribue. Ainsi, s'il est permis de comparer l'Etre infini à ce qu'il y a de plus révéré parmi les ouvrages de ses mains, nos souverains veulent que nos demandes viennent à eux par leurs ministres, et que ce soit par le même canal que leurs grâces se répandent sur nous. Tel e^t aussi, pour employer une comparaison plus relevée encore, et par là plus exacte, tel est le ministère qu'exercent envers le genre humain ces esprits célestes députés à notre garde, dont le nom même d'anges annonce qu'ils sont, ainsi que les prêtres, les envoyés du Très-Haut '. L'Esprit saint déclare par son Prophète que le prêtre est l'ange du Dieu des armées ". S. Jean dans son Apocalypse raconte qu'à l'aspect d'un esprit céleste il se prosleriu;

' Qui facis angelos liios s[)iritus. Ps. cm, \.

Nouiie omiios ( aiigeli ) suul acliiiiuistiatorii s{>iritus, in ininislcrium inissi, pioplcr eos (jiii Ii;cicililalcin capiciU sahilis? llcbr. i, i!\.

* Angolus Domiiii excrtitiiuin est. J/^i/ri(7/. ii, 7.

devant lui pour l'adorer. Garde-toi de le faire, répond l'ange : je ne suis que le serviteur de Dieu, ainsi que toi, et tes frères qui comme toi portent le témoignage de Jésus-Christ '. Le ministère sacré est Téchelle mystérieuse que vit en songe Jacob, dont le pied était sur la terre, et le sommet dans le ciel, et sur le haut de laquelle Dieu était appuyé. Lespi'êtres sont les anges que le saint patriarche vit montans et descendans, pour entretenir la communication du ciel à la terre ^.

Hommes vis-à-vis des anges, les ministres saci'és sont comme des auges à l'égard du reste des hommes. Ils doivent se considérer comme une classe particulière absolument séparée du vulgaire des mortels.

Ils le doivent, et c'est Dieu qui leur donne cette idée de l'état dans lequel il les a

» Cecldi ante pedes ejus, ut adorarem eum : et dicit mihi : Vide ne fcceris. Conservus tuus sum et fratrum tuorum habentiuni testimonium .Tesu. Apoc. XIX, 10.

^ Vidilque in soninis scalam stantem super terrain, et cacumeu illius taugens cœlura ; angelos qucque Dei ascendentes et descendentes per eam ; et Dominum innixum scalse. Gen. xxviii, i'î, i3.

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placés. De même qu^il avait séparé Israël des autres nations, pour en faire son propre peuple % de même, parmi les enfans d'Israël, il avait séparé des autres tributs la tribu de Lévi, pour qu'étant à lui plus spécialement encore, elle fût entièrement consacrée à son service ^. Dans sa loi nouvelle, il a suivi le même ordre. Il a élevé un mur de séparation entre le peuple chrétien et les nations infidèles; entre les enfans de son Eglise et les partisans des sectes étrangères; et ensuite, parmi les observateurs de sa vraie loi, il a tiré de la masse commune, il a approché de lui, il a séparé des autres hommes, et a élevé au-

" Eritis inihi peculium de cunctis populis :

rcgnum sacerdotale, et gens saucta. Exod. xix, 5, G.

Ego Dominus Deus rester qui separavi vos a caeteris populis. Levit. xx, a/j.

* Consecrabis oblatos Domino, ac separabis do inedio iiliorum Israël, ut siut nici. Num. vm, i3, 14.

Audite, filii Levi : Num parum vobis est, quod scparavit vos Deus Israël ab omni populo, et junxitsibi ; ul serviretis ei in cultu labcrnaculi, el starelis coram iVcqueutia populi, et ministrarelis ei. Ibid. xvi, 8, 9.

dessus d'eux une sorte d'hommes privilégie'e, qu'il a, par une destination spéciale, par une consécration solennelle, attachée à son service. Vous n'êtes plus de ce monde, disait Jésus-Christ aux premiers de ses ministres, quoique ce soit parmi le monde que je vous aie choisis \ Séparez-moi, dit l'Esjorit saint, Saul et Bernahé, pour l'œuvre à laquelle je les ai élevés \ Séparation totale, non-seulement d'état, mais de fonctions; qui rend le laïc inhabile au ministèie ecclésiastique, et les occupations laïcales indignes du ministre de l'église.

En instituant le sacrement de l'ordre, et en ordonnant qu'on ne fût introduit dans son sanctuaire que par un rit sacré, le divin Sauveur a divisé le genre humain en deux classes, et l'a soumis à deux autorités, comme il l'avait fait naître pour deux destinations différentes. L'homme est créé pour deux états : pour la vie présente et pour la

' De muiido non estis, sed ego elegi vos de mundo, Joan. xv, 19.

* Miuistrantihus autem illis Domino, et jejuuantibus, dixit illis Spiritus Sanctus : Segregate mihi Saulum et Barnabam, in opus ad quod assu m psi eos. -'>•'c^ XIII, 2.

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vie future, pour le temps et pourl'éteruité. De là résultent les deux puissances auxquelles il est assujetti : la puissance temporelle des souverains lui commande dans tout ce qui est relatif à l'ordre temporel, et a pour objet de lui faire mener une vie heureuse et paisible dans le siècle présent'; la puissance spirituelle de l'Eglise le régit dans l'ordre du salut, et son objet est de le conduire à l'éternelle félicité. L'une et l'autre autorité émanent de Dieu; et on péciie également contre lui en désobéissant, soit à l'une, soit à l'autre. Mais entre les deux il y a roUe dlflorence : ce qui concerne ses ministres de l'ordre temporel.

Dieu l'a abandonné aux liommes; ce qui regarde les ministres de sa religion, Dieu se l'est réservé, comme étant plus immédiatement relatif à lui. Ce sont les hommes qui donnent des lois à la société de ce monde, les hommes qui règlent les formes de son gouvernement, les hommes qui en nomment les magisti'ats. Dans la société céleste, c'est Dieu qui dicte les

' Ut quidam et Iranqnillam vitain agaiiins. l Timotli . M, a.

lois. Dieu qui (létermine le gouvernement; Dieu qui élit, qui appelle, qui euvoie les chefs. Chaque ministre de l'Eglise a droit de dire, comme le Prophète : C'est de Dieu que vient mon élévation '.

Le motif qui a fait descendre Jésus- Christ du ciel en terre a été le grand œuvre du salut des hommes. Lorsqu'il a quitté la terre pour remonter dans le ciel, le même motif lui a fait établir le ministère ecclésiastique. Il l'a laissé après lui, pour continuer ce qu'il avait commencé.

Il n'y a pas eu d'interruption, il n'y a pas de diversité entre les fonctions de ses ministres et celles qu'il exerçait. Son sacerdoce est ici-bas ce qu'il y était lui-même, non pas en tant que Dieu, mais comme homme. Ses prêtres sont comme lui pasteurs, comme lui pères spii'ituels, comme lui médiateurs, comme lui sauveurs, comme lui rédempteurs. C'est le même ministère qu'il a ouvert dans la Judée, qu'il y a rempli pendant trois années, et qui, d'après son institution et son précepte, s'est propagé sur toute la terre, et se prolonge dans

' Domioi est assumplio nostra. Ps. ixxxviii, 19.

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toute retendue des siècles. H y a plus encore : entre Jésus-Christ et son sacerdoce, il existe, non-seulement une succession, une continuité, mais même une identité de ministère. Assis à la droite de son Père, il est toujours ce qu'il était parmi nous, le Pontife éternel '. En confiant ses fonctions à ses ministres, il ne s'en est pas départi. Tout ce que font les prêtres, ils le font, non-seulement d'après l'ordre de Jésus - Christ, au nom de Jésus - Christ, comme Jésus-Christ, mais encore avec Jésus-Christ. Tout ce qu'ils opèrent sur la terre, Jésus -Christ le produit conjointement avec eux dans le ciel ; s'ils portent au Père éternel les vœux des peuples, Jésus-Christ les lui présente ; s'ils sèment la parole évangélique, Jésus- Christ la fait germer ; s'ils confèrent les sacremens. Jésus-Christ en fait jaillir la grâce ; s'ils pro-

• Hic autem eo qiiod nianeat in aîternum, sempiternum habet saccrdotium : nnde et salvare in perpetuum polest acceoentcs per semetipsurn ad Deum ; seniper vivens ad inlerpellandum pro nohis. Hebr. vu, 24, 2.5.

Talem habemus pontificem, qui consedit in dexlera sedis magnitiidinis in cœlis. Ibid. viii, i.

noncent la rémission des pécliés, Jésus- Christ ratifie leur sentence ; s'ils immolent la victime du salut, Jésus-Clirist est le principal sacrificateur. Il n'y a pas un acte du ministère sacerdotal qui ne soit en même temps \\n acte de Jésus-Christ, et qui ne tire son mérite et son efficacité de la coopération de Jésus-Christ.

Huelie grande, quelle suhlime idée nous donne ce divin Sauveur de celte union intime du ministère apostolique avec le sien, quand il la compare à l'union qui ne fait qu'une nature de lui et de Dieu le Père ! Ecoutez -le établissant en plusieurs endroits entre lui et ses Apôtres la relation qui est entre son Père et lui. La mission qu'il leur donne est la même que celfe qu'il a reçue ! Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie \ Les effets en sont les mêmes. Celui qui vous reçoit, me reçoit; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ''. Quiconque vous écoute m'é-

' Sicul niisit me Pater, et ego raitto vos. Jocm.

* Qui recipit vos me recipit , et qui me recipit recipit eum qui me misit.

suK l'ét4t ecclésiastique.! i5

coule, et quiconque vous méprise me méprise, et, en me méprisant, méprise celui dont je suis l'envoyé '. La doctrine qu'il leur enseigne est celle qu'il a apprise de son Père % Il n'est qu\in avec son Père ^ : et de même, ses ministres entre eux ne doivent faire qu'un "". Dieu le Père était dans Jésus- Clirist se réconciliant le monde, et Jésus -Christ confère à ses prêtres le même ministère de réconciliation ^ . La gloire qu'il a reçue de son Père, il la leur reporte ^. Le Père est toujours avec le Fils, et le Fils avec le Père ^: et Jésus Christ promet à ses ApÔLies d'être avec eux jus-

'Q)iii vos audit, me audit : cl qui vos spcinit, nie spcrnil ; qui autem me spernit, spcrnit cum qui misit nie. Luc. x, iG.

^ Omnia quaecumque audivi a Pâtre uieo, nota feci vobis. Joan. xv, i5.

3 Ego cl Pater unum sunius. Joan. x, 3o.

■*Sint unum, sicut et nos unnni sumus. Joan. xvn , 12 .

^ Dédit ijobis miuisicriiim reconcilialiouis: quoniaui quidcm Dcus cral in Christo mundtim rcconcilians sibi. IlCor.v, i8, 19.

''Ego clarilalcm, quam dodisti milii, dedi cis. Joan. xvii , 32.

'' l'atcr in nie est; et ego in PaUc. Jo/in. x , 3.6.

l6 CONSIDÉRATIONS

qu'à la consommation Ju siècle '. Tout jugement a été donné à Jésus-Christ pax* son Père*, et Jésus-Christ déclare à ses Apôtres que, lorsqu'il siégera sur le trône de Sa Majesté, il les établira sur des sièges, pour juger les tribus d'Israël ^ : admirable dignité de nos augustes fonctions ! Toute la Trinité y concourt. Elles sont émanées du Père, confiées par le Fils, fécondées par le Saint-Esprit.

Nous reconnaissons, nous révéï'ons, nous chérissons deux grands bienfaits de Dieu envers nous : notre création et notre sanctification. Dans la première de ces deux (fiuvres, il lui a plu de déployer sa toutepuissance : il a agi seul. Dans la seconde, il a voulu, il a daigné s'associer des coopérateurs : les prêtres, selon S. Paul, sont les coadjuteurs de Dieu'^. En fondant dans

' Ecce ego vobiscura sum omnibus diebus, usque ad consummalionem sœcub. Matth. xxviii, 20.

' Pater omne judicium dédit Filio. Joaii. v, 22.

3 In regeneralione, cum sederit Filius hominis in sede majestatis suaî, sedebitis et vos super sedes duodecim, judicanles duodecim tribus Israël. Matlh. XIX, 28.

* Dei sumns adjutores. l Cor. ni, 9.

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ce inonde un l'oyaume qui n'est pas de ce monde, et dont il s'est réservé la puissance suprême, il a déclaré les ministres de son culte administrateurs, magistrats, conservateurs et interprètes des lois de son royaume : et il a établi enU-e eux une hiérarchie de pouvoirs , depuis celui à qui il a conféré la primauté d'honneur et de juridiction, jusqu'aux degrés inférieurs de ceux qu'il a délégués. Et voilà la grande, l'admirable destination du ministère ecclésiastique. L'homme est créé pour tendre vers Dieu; les prêtres, établis pour conduire l'homme à Dieu : Dieu est le maître du troupeau, les prêtres en sont les pasteurs ; Dieu est le médecin suprême des infirmes , les prêtres leur administrent les remèdes qu'il prescrit; Dieu est l'auteur de tout don parfait, les prêtres en sont les distributeurs : tout ce qui rend honneur à Dieu, tout ce qui procure du bien aux hommes, tel est l'immense domaine du sacerdoce ; ou plutôt, telle la vaste étendue de ses obligations. Depuis la naissance jusqu'à la mort, du baptême jusqu'au-delà de la sépulture, le ministère sacre suit conslam-

lo CONSIDÉRATJONS

ment le Clirétien, ne cessant de verser siir lui les bienfaits divins. Clierchez dans votre imagination, réunissez dans votre esprit tout ce qui peut être utile à l'homme, soit pour atteindie le bonheur de la vie future, soil pour goûter les douceurs légitimes de la vie présente, vous connaîtrez exactement Tobjet du sacerdoce : vous aurez la juste mesure de ses devoirs.

A des devoirs aussi nombreux, doivent coiTcspondre des fonctions également multipliées. Dans une matière trop étendue pour la traiter tout entière, bornons-nous à quelques traits principaux.

L'homme est, sur les préceptes divins, ignorant et faible; pour les connaître, il faut qu'il en soit instruit; pour les praliquer, il a besoin d'y être excité. Qu'il recoure au ministère ecclésiastique. C'est là que Dieu a placé le double. devoir de l'enseignement et de l'exhortation. Le prêtre, c'est Jésus-Christ qui le dit, est la lumière du monde : il est le flambeau qui dissipe les ténèbres en répandant sur la terre la lumière dont Dieu est l'auteur et le père ; le flambeau élevé sur le chandelier, pour répandre la clarté dans toute la maison de

SUR L ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE. ig

Dieu '; le flambeau, comme le disait encore Jésus-Christ de son saint Précurseur, qui brille et qui écliauffe à la fois '' ; le flambeau saci'é allumé au feu de la charité divine , qui éclaire les esprits et embrase les cœurs. Etonnés et scandalisés d'entendre Jésus- Christ prononcer l'absolution d'un pécheur, les scribes se demandaient : Qui est-ce qui peut remettre les péchés, si ce n'est Dieu ^ ? Ce que Dieu seul a le pouvoir de faire, en vertu de ce pouvoir, le préti'e le fait. Les lépreux spirituels viennent lui dire, comme un lépreux corporel au divin Rédempteur : Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez nous guérir. Jl leur répond avec Jésus-Christ : Je le veux : soyez guéri. Et aussitôt leur lèpre disparaît '^. Puissance

' Vos eslis lux mundi. Non potesl civitas absconcli supra monlem poslta : neque accendunt lucernarn cl ponunt cam siib modio, sed supra candelabrum, ut luccat omnibus qui iii domo sunl. Matt/i. y, i/j, i5.

* nie crat luccrna ardcns, et hicens. Joan. v, 35. ^ Quis potcst diniiltere pcccala, uisi sokis Deus ?

Marc, 11, 7.

* Ecce leprosus venions, adorabat cum, dicens : Domine, si vis, potes me jnandarc. Et cxtendcns Jésus manum, tclitrit cum dicous : Volo, nuindare.

divine clans son principe \ Recevez le Saint- Esprit, a dit le Sauveur à ses Apôtres ; ceu\ dont vous remettrez les pécliës, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus '. Elle a retenti, elle retentira dans toute la suite des siècles, cette parole sacrée : jusqu'à la dissolution du monde, elle donnera la force et l'efficacité à toutes les absolutions légitimement prononcées. Puissance universelle dans son étendue ! Elle couvre toute la terre, etn'a de bornes que celles de l'Eglise. Les têtes les plus augustes se courbent humblement devant le ministère sacré qui l'exerce. Puissance surliuraaine dans ses effets! Elle ne se borne pas, comme celle des juges de la terre, à prononcer l'innocence de l'accusé ; elle rend l'innocence au coupable. Elle ne déclare pas seulement les pécbés rerais ; elle les remet

Et confestim mundata est lepra ejus. Matt/t. viii,

' Hsec cum dixisset, insufilavit, et dixit eis : Accipite Spiritura sanctum : quorum remiseritis peccata, remlttuntur eis : et quorum retinueritis, retenta sunt. Joan. xx, 22, 23.

SUR l'état ecclésiastique. 21

par sa propre vertu. Pour la deslructioii (lu pécîié, il avait fallu tout le sang de Jésus-Christ ; un mot du prêtre reffectue. Il est le plénipotentiaire de la grande, de la solennelle paix entre Dieu offensé et rhomme coupable. Celui que Dieu tenait pour son ennemi, il le reconnaît son ami, aussitôt que son ministre l'a déclaré tel. Sur le sacré tribunal, le prêtre pèse dans sa balance les droits de Dieu, et les intérêts de l'homme. Il prononce entre eux ce qui est dû à l'un et ce que doit l'autre; Dieu reçoit sa sentence et y acquiesce : le Ciel se conforme au jugement de la terre.

Du tribunal de la pénitence, le prêtre monte à Tautel, et va y exercer une puissance plus admirable encore. Ce que nous sei'ions incapables d'imaginer, si la foi ne nous l'enseignait; ce que nous n'oserions dire, si l'Esprit saint n'avait pas employé et consacré cette expression : Dieu obéit à la voix de l'homme '. Cq fut le plus sublime des miracles, ce fut un mystère au- <lessus de toutes les conceptions humaines,

' Obedicnte Deo voci homniis. Jos. x. i4-

2i:> CONSIDÉRATIOî-îS

quand le V^erbe, quittant ses splendeurs éternelles, vint prendre chair dans le sein de Marie : et l'Eglise, dans son cantique d'actions de grâce, s'émerveille qu'il n'ait pas eu horreur du sein le plus pur '. A la parole du prêtre, et du prêtre le plus coupable, il descend du ciel de nouveau, et vient, comme dit S. Augustin, s'incarner en quelque sorte entre ses mains. 11 donne à son sacerdoce, sur sa personne, un pouvoir plus grand que celui qu'il reconnaissait dans sa sainte Mère : il lui donne le pouvoir de l'immoler. Dans le sacrifice du Calvaire, lui seul avait îe droit de s'oflVir à son Père : il y était tout à la fois et \e prêtre et la victime. Dans le sacrifice de l'autel, qui est la continuation du précédent, il transporte à son ministre son droit sur sa personne divine. Il se Tassocie, il paraît le substituer à sa place en qualité de prêtre, et semble ne se réserver que celle de victime.

Il n'y a donc pas sur la terre de puis- SÊOice égale à celle du ministère ecclésiasti-

' JXon horruisti Virginis uterum.

SUR l'état ecclésiastique. 23

que. Il estaiilant supérieur à tous les autres, que son objet, ses fonctions, ses bienfaits, sont au-dessus des leurs. On estime, on admire, on ambitionne le titre de ministi'es des rois, revêtus du pouvoir de distribuer les grâces, d'accorder des richesses, d'élever aux honueui's : que sont ces biens frivoles à coté des grâces célestes que dispensent les ministres de Dieu ? Les rois de la terre ne confient, pour l'ordinaire, à leurs ministres qu'une portion de leur autorité ; le Roi des rois confère toute la sienne : il accorde au corps de ses premiers pasteurs jusqu'à son infaillibilité. Quelle que soit la puissance d'un ministre temporel, il peut par un seul acte de volonté être dépouillé de son ministère ; Jésus- Christ a rendu le sacerdoce de ses ministres éternel, comme le sien, dont il est une participation : l'ordination imprime un caractère sacré, ineffaçable, qui suit celui qui en est muni jusque dans la région de l'éternité.

Et vous, que nous révérons comme les images du Dieu du ciel, et que lui-mcme ap[)elle les dieux de la terre, vous à qui

nous devons, à qui nous rendons une obéissance entière dans tout ce qui concei-ne les choses du siècle présent, nous ne croyons j)as manquer à ce respect profond que nous vous portons, en vous représentant que le ministère dont le Très-Haut vous a revêtus, tout auguste qu'il est, est cependant moins grand que celui qu'il nous a confié. Votre empire ne régit que la tei're; le nôtre s'étend au-delà de ses limites : il ouvre le ciel, et ferme l'enfer. Vous prononcez vos arrêts sur les actions extérieures de vos sujets; nous jugeons jusqu'à leurs pensées. Vous avez le pouvoir d'enchaîner leurs corps ; nous avons droit de lier leurs âmes. Vous faites le ur bonheur pendant un temps; nous leur procurons celui de l'éternité. Vous avez la douleur d'être quelquefois obligés, pour opérer le bien général, de faire le malheur de quelques individus ; nous ne pouvons faire que du bien ; et lors même que nous sommes forcés d'exercer contre quelque fidèle la sévérité de notre ministère, c'est encore pour son plus grand avantage.

Voudrait-on comparer l'état ecclésiasti-

que à quelque autre état de l'ordre spirituel? Que l'on examine, et que l'on juge. Qu'était le sacerdoce d'Aaron auprès de celui de Jésus-Christ ? Il n'en était que la figure. Il n'a\ait rapport qu'aux seuls Israélites : l'autre s'étend sur toutes les nations. Le premier était charnel ; on y entrait par droit d'hérédité : le second est spirituel ; c'est par le choix de Dieu qu'on y est admis. Celui-là ne devait avoir qu'un temps; sa fin était fixée à la venue de Jésus-Christ : celui-ci doit durer, et avoiravec lui Jésus- Christ jusqu'à la consommation du siècle. Le prêtre juif, offrant des victimes, implorait la rémission des péchés ; mais là se bornait son ministère; il était impuissant à les remettre ' : le prêtre chrétien est investi d'un pouvoir propre et personnel de les effacer. Ceux-là ne sacrifiaient au Seigneur que de vils animaux : c'est Dieu lui-même que nous offrons à Dieu.

Ces pieux solitaires, qui dans le fond des cloîtres se sont voués à la pratique de

' Omnis quidcm sacerilos pracsto est quotidie ministrans, et easdein srepe oflercns Iiostias, quae nunquain possunl aufcne peccuta. Hchr. x, ii.

l6 CONSIDÉRATIONS

tous les conseils évangéliqiies, sont certainement dignes de tous nos respects.

Mais enfin entre l'état monastique et l'état sacerdotal il y a de grandes différences. Le religieux qui n'est pas prêtre, n'a pour but que sa propre sanctification : au lieu que le prêtre est établi pour la sanctification du pi'ocbain. Ce n'est que par ses vœux que le premier s'occupe du bien de ses frères : outre ses prières ferventes, le second y emploie ses soins et ses travaux assidus. L'état religieux est un état de pénitence; les cloîtres ont toujours été les asiles des plus grands pécheurs : le sacerdoce est un état de sainteté; les portes du sanctuaire ne doivent s'ouvrir qu'à l'innocence ; autrefois même elles restaient fermées à l'innocence réparée.

Serons - nous étonnés, après cela, des égards, de la considération, de la vénération qu'ont témoignés constamment aux ecclésiastiques les plus grands souverains , les Constantin, les Tliéodose, les Valentinien, les Marcien, et une multitude d'autre», aussi distingués par leurs vertus que célèbres par leurs grandes qualités; sans

SUR L ETAT ECCLESIASTIQUE. in

parler incme de ceux que l'Eglise a placés au nombre de ses saints, et qu'elle honore d'un culte public.

Ministres du Très-Haut, si nous nous entretenons avec vous de la sublimité de l'état auquel nous a élevés la Providence, ce n'est assurément pas pour faire naître dans nos cœurs des sentiraens d'orgueil. La grandeur de notre ministère doit bien plutôt nous humilier; quand de sa contemplation nous portons nos regards sur nous-mêmes ; quand nous pensons à ce que nous devrions ctre pour y correspondre, et à ce que nous sommes. Pauvres et faibles créatures ,: souvent pécheurs, toujours près de le devenir, pouvions -nous prétendre à cet excès d'honneur? Considérons - le : mais considérons en même temps que c'est, non à nous, mais à Dieu que nous le devons. Considérons-le : mais que ce soit pour nous pénétrer de ce qu'il exige de nous. Considérons-le, mais tonjours sans séparer nos obligations de notre dignité; Icstravauxdu ministère, des honneurs du sacerdoce. Considérons-le, mais en nous rappelant coulinuellemenl que

DOS saintes fonctions ont été le motif de notre élévation ; qu'elles en sont la condition; qu'elles doivent en être l'unique objet. Il est enjoint aux fidèles de nous porter respect, de nous rendre obéissance '; mais c'est à nous à mériter leui's hommages. N'affaiblissons point par notre conduite la vénération qu'ils doivent à notre consécration. Ne les accoutumons pas à distinguer notre ministère de notre personne. L'Apôtre des nations veut que les hommes nous lionorenl comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu ^ Mais il veut aussi honorer lui-même son ministère ^. Respectons-le de même, pour qu'il nous fasse respecter : et soyons assurés qu'il nous hono-

* ïn tota anima tua time Dominum, et sacerdotes illius sanctifica.... Honora Deum ex tota anima tua, et honorifica sacerdotes. Eccli. vu, 3i, 33-

Obedite prœpositis vestris et subjacete eis. Ipsi enitn pervigilant, quasi rationena pro animabus restris reddituri. Hebr. xni, 17.

* Sic nos existimet homo ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. / Cor. iv, i ,

^ Quamdiu quidem ego sum gentium apostolus, ministeriura meum honorificabo. Eom. xi, i3.

rera d'autant plus par sa dignité, que nous l'honorerons par nos vertus.

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