‹ Considérations sur l'état ecclésiastiqueChapitre 19 sur 19 · IV · texte numérisé non relu

IV

* Si inuiidus vosodit, sciU)lc quia me priorem vobis odio habuit. Si de mundo fuissclis, tnuudu» quod suuin erat diligerct : quia vero de muudi non cstis, scd ego clegi vos de mundo, propterea (•dit vos niundus. Joan. xv, i8, i\).

Le prêtre montlain est un iléserleur, qui a quitté les étendards du Seigneur sous lesquels il s'était engagé, pour passer dans les camps de son ennemi. Criminel comme homme, il l'est bien plus comme prêtre. Il trahit et les engagemens de son baptême, et ceux de son ordination ; il enfreint, et la loi générale de tout chrétien, et la loi spéciale de son état, et ses propres promesses.

Partout où la religion n'est pas respectée, où la décence n'est pas observée, où la piété n'est pas estimée, où la vertu n'est pas pratiquée, le ministre de Jésus-Christ est déplacé. Et quel rôle prétendrait-il y jouer? Aura-t-il l'air de consentir aux propos légers que l'on y tient, aux maximes antichrétiennes qu'on y débite, à tous les vices qu'on y étale, ou qu'on y excuse? S'élèvera-t-il contre ces scandales, et censurera-t-il les principes et les actians qu'on y applaudit? Ridicule dans le premier cas, importun dans l'autre ; il avilit son ministère, ou il le fait haïr. Le premier, le grand témoignage d'improbation qu'il doit donner, c'est son absence. Celuilà lui conserve toute sa dignité , et lui con-

SUR l'état ecclésiastique. 33^ eilie le respect de ceux mêmes qui sentent que son ëloignement est leur censure.

Et peut-il même, vivant au milieu des désordi'es du monde, être sûr de s'en garantir constamment, d'en rester toujours spectateur indifférent ? Restera-t-il au milieu de cette peste sans en être infecté? L'haLitude de voir les dissolutions mondaines affaiblira l'horreur qu'il en avait, lui en fera insensiblement prendre le goût et lui en aura bientôt inspiré le désir. Le premier pas dans cette funeste voie est presque toujours suivi du dernier. Israël contracle avec les Chananéens les liaisons interdites par sa loi : il ne tarde pas à pi'endre leurs mœurs, à mitier leur idolâtrie.

L'esprit du monde et l'esprit ecclésiastique sont diamétralement et essentiellement opposés. Vouloir les concilier est une idée chimérique. C'est, dans le fait, vouloir être entièrement au monde, et nullement à son état. Tous ceux qui - tentent cette impraticable entreprise en sont la déplorable preuve. Les prêtres qui veulent acquérir l'esprit ecclésiastique, et quel est celui qui ne doive pas en avoir le désir? sont donc dans l'obligation de se défaire

entièrement de l'esprit du monde. Pour atteindre le double objet de se pénétrer de l'un et de se détacher de l'autre, une qualité importante, et même nécessaire, est l'amour de la retraite. Le monde est un tourbillon qu'on ne peut bien connaître, que lorsqu'on n'en est pas entraîné. On ne le voit clairement, on ne le juge sainement que de loin. Du fond de sa solitude l'esprit, dégagé des dissipations qui le distrayaient, des divertissemens qui le séduisaient, des illusions qui le fascinaient, contemple avec tranquillité ce qu'au milieu du monde il n'avait connu que par ses émotions. N'en éprouvant plus l'agitation, il en reconnaît la frivolité, il en perd le goût. En même temps que dans la solitude l'esprit du monde se dissipe, l'esprit ecclésiastique se forme. Il consiste principalement en deux choses : il est un esprit de prière et de piété, un esprit d'étude et de science. Or, sous l'un et l'autre rapport, la retraite est souverainement utile.

La prière est un fruit de la piété, et réciproquement elle l'alimente. Pour bien prier il faut être pieux : et en priant on devient plus pieux encore. Mais la prière ne

SUR l'état ecclésiastique. 339 peut être faite convenablement que par un esprit calme, pur, dégagé de toutes pensées profanes, entièrement occupé de Dieu. Sera-t-il bien préparé à se recueillir aux pieds de Jésus-Christ, le prêtre qui y viendi*a avec une imagination échauffée de pensées mondaines? Portera-t-il à l'autel des dispositions saintes et utiles, ayant la tête remplie et le cœur agité des intrigues, des désirs, des intérêts, des passions du monde? C'est dans la retraite, loin du bruit et du trouble, que l'àme se i-ecueille. Là les distractions mondaines ne viennent point l'atteindre. Vide des choses de la terre, elle s'élève au Ciel. Le monde qu'elle a quitté a disparu à ses yeux. IN'étantplus qu'avec Dieu, elle est toute à lui. C'est aussi dans la retraite que se contracte le goût de l'application et que s'acquiert la science. En vain prétend-on allier les commerces mondains avec les études ecclésiastiques, et partager son temps entre le travail et les sociétés légères du monde. On ne tient pas long-temps la balance égale entre ce qui plaît et ce qui applique ; entre ce qui est séduisant et ce qui est laborieux. L'ecclésiastique dissipé

n'est jamais recclésiastique studieux. Le goût du plaisir va croissant de jour en jour ; et celui qu'on pouvait ressentir pour le travail diminue continuellement dans la même proportion. Ce n'est que dans la profondeur de la retraite, dans le silence de la méditation, dans le recueillement de Voraison, que le ministre sacré s'instruit et se pénètre des vérités saintes qu'il va, sortant de là, l'épandre parmi les peuples. C'est en descendant de la nuée qui l'enfermait sur le mont sacré, c'est au sortir de ses entretiens avec Dieu, que Moïse vient apportei* à Israël les tables de la Loi que le Seigneur lui a remises , et briser le veau d'or qu'adorait ce peuple volage et ingrat. C'est l'amour de la retraite que nous recommandons aux ecclésiastiques, c'est une retraite fréquente et non pas une retraite absolue. Quelque utile qu'elle leur soit, elle ne peut pas être leur état continuel. C'est la vie des solitaires qui se sont dévoués entièrement à la contemplation des choses saintes : ce ne peut pas être celle des prêtres qui ont été consacrés à la sanctification du prochain. Ils doivent s'éloigner beaucoup du monde : ils ne peuvent

SUR l'état ecclésiastique. 341 pas s'en séquestrer entièrement. Entre l'isolement absolu qui les rendrait inutiles, et la fréquentation qui leur serait nuisible ils doivent se tenir dans un juste milieu. Les règles qui dirigent ce point délicat et important de leur conduite peuvent se lapporter à trois chefs principaux : aux motifs qui les conduisent dans les sociétés, aux sociétés dans lesquelles ils se présentent, à la manière dont ils s'y comportent. Les motifs du prêtre pour aller dans le monde peuvent être de deux sortes : les uns le lui ordonnent, les autres le lui permettent. Où la charité l'appelle, il doit voler; où il y a quelque bien à faire, il ne doit pas hésiter à s'y rendre. Ainsi, il est convenable et utile qu'il visite quelquefois les personnes d'un état considérable. Sa présence contribuera à porter dans ces maisons, dont l'exemple est ])lus imposant, le ton de lu régularité et de l'édification; il pourra s'y procurer des ressources pour les indigens; il y obtiendra pour la religion et pour les bonnes mœurs une faveur, une protection très-utiles dans beaucoup d'occasions. Mais dans ses raénagemens pour les grands il ne doit jamais avoir en vue

son propre bien ; il ne doit considérer que le leur et celui du publie, sur lequel ils eut une grande influence ; il doit, non jouir de leur confiance, mais en user au profit des âmes qui lui sont confiées.

Un autre motif légitime autorise les ecclésiastiques à l'echercher quelquefois la société. L'esprit ne peut pas toujours être tendu. Plus notre ministère nous impose le devoir de l'application, plus il nous donne le besoin du délassement. Après le travail il est nécessaire de réparer ses forces^ et utile d'aller en reprendre de nouvelles dans d'honnêtes récréations. Puisque notre nature les exige, notre loi ne nous les défend pas. Les visites à des personnes d'une société agréable et convenables à notre état, ne nous sont donc pas interdites ; elles peuvent même devenir utiles, par l'édification que nous y donnons, et que nous y recevons.

Mais souvenons-nous toujours que c'est pour nous rendre plus propres à nos fonctions que nous les suspendons. Ce n'est pas r©isiveté, c'est l'amour même du travail qui nous le fait interrompre. Il est donc très-important de ne pas fréquenter les so-

SUR l'état ecclésiastique. 34' ciélés qui pourraient nous entraîner à de trop vives dissipations. C'est un devoir plus strict encore de fuir celles qui ne conviennent pas à notre état. Distinguons les sociétés du monde des sociétés mondaines.

Nous devons à notre caractère et à notre honneur, de n'être et ne paraître liés qu'avec des personnes d'une probité et d'une régularité reconnues. C'est dans les sociétés pieuses que l'ecclésiastique pieux aime à se trouver. Il évite, non-seulement celles qui sont criminelles, impies ou libertines, mais aussi celles que le monde appelle beaucoup ti'op facilement vertueuses; oùle ton n'est pas indécent, mais est trop léger ; où les propos ne sont pas licencieux, mais sont quelquefois libres ; oùle vice n'est pas applaudi, mais est souvent excusé ; où les mœurs ne sont pas dissolues, mais sont trop faciles; où la réputation du prochain n'est pas entièrement déchirée, mais est efflem'ée ; où la religion n'est pas outragée, mais est légèrement traitée; où jamais on n'est occupé de rien de sérieux, mais où règne une gaîté, sinon absolument coupable, au moins trop continue et trop pélulanle. Ne devant pas se mettre au ton de

ces compagnies, le prêtre ne doit pas les rechercher ; il risquerait d'en prendre, d'abord les manières, qui sont si peu analogues à la gravité de son état, et ensuite l'esprit, qui est si différent de celui qu'il doit avoir.

Il n'est pas convenable non plus à un ecclésiastique de se produire sans de puissans motifs dans les grandes assemblées, dans les festins nombreux qui présentent un air de fête. La joie qui y règne n'est pas celle qu'il doit avoir. Il y trouverait toujours au moins de la dissipation, et il ne lui convient pas de la partager. Si quelquefois le hasard l'y fait rencontrer, si des raisons de bienséance ou de devoir l'y attirent, il y conservera un ton de réserve, un air de modestie; et quand il verra la gaîté devenir trop vive et tendre à la licence, il se le tirera, s'il le peut, sans offenser et sans scandaliser personne.

Pour juger si les motifs qui Font porté à chercher dans le monde sa recréation sont légitimes ou blâmables, si les sociétés où il s'est trouvé lui sont utiles ou dangereuses, le prêtre a un moyen facile et certain-: c'est de s'examiner quand il en sort, et de voir

SUR l'état ecclésiastique, 345 s'il s'y est dissipé, ou s'il s'y est seulement délassé. En reyient-il plus disposé à reprendre ses occupations ordinaires et obligées? sent-il son goût pour la prière et pour l'étude ranimé? Ou, au contraire, ne reporte-t-il pas dans sa maison un esprit plein d'idées étrangères qui le découragent, le dégoûtent de ses devoirs, et les lui rendent insipides ? Cet examen, fait avec impartialité et dans le calme de la réflexion, servira à diriger sa conduite future , et lui montrera jusqu'à quel point il doit rechercher ou éviter les mêmes compagnies, les fréquenter ou s'en éloigner.

Ce n'est pas assez pour l'ecclésiastique de ne se montrer dans le monde que par des motifs convenables à son état, et de ne rechercher que celles des sociétés qui sont dignes de le recevoir. Un autre devoir principal, et un objet essentiel de son atention, est la manière de s'y comporter.

Une première considération doit être de ne pas rendre ses visites dans le monde trop fréquentes. Anges terrestres, il serait à désirer que nos ap[)aritions pusscr.t être aussi rares que l'étaient autrefois celles des esprits célestes députés de loiû en loin pour

le salut des hommes , et que la vue d'un prêtre frappât les peuples, comm.e un spectacle nouveau. Mais, astreints à des devoirs d'état et de bienséance, forcés par la faiblesse de notre nature de chercher aii-dehors des délassemcns, nous ne pouvons nous empêcher de nous produire de temps en temps au milieu du monde. Tout ce qui nous est praticable et ce qui nous estsouverainemenlutile, est de ne nous montrer dans le monde qu'autant que ces nécessités nous y contraignent. Ne pouvant supprimer nos communications sociales aA'ec nos frères, rendons-les aussi rares que nous le pourrons ; le soin de notre considération l'exige. On respecte moins ce que l'on voit plus souvent. L'habitude engendre la familiarité, et la familiarité le mépris. Nous avons nos faiblesses et nos défauts, qu'il importe, et à nous et à notre ministère, de ne pas laisser apercevoir. De loin ou nous voit ce que nous devons être, et de près ce que nous sommes. Dans Téloignement on ne découvre que l'éclat de notre ministère; dans le rapprochement on aperçoit les taches qui le ternissent. La mesure dans laquelle il convient de nous tenir, est de

SUR l'état ecclésiastique. 347 nous faire désii'er et de nous faire remarquer plus par l'absence que par la présence. Ce n'est pas seulement dans nos fonctions sacrées que nous sommes les ministres de Jésus-Christ. Notre ministère a une bien plus grande étendue : il nous suit partout; dans toutes nos actions nous devons sans cesse l'avoir devant les yeux, et le présenter aux autres. Les devoirs qu'il nous impose varient selon les circonstances; mais le principe est constamment le même. Agissant diversement, c'est toujours en prêtres que nous agissons. C'est en prêtres qu'à l'autel nous oflrons le saint sacrifice; que dans le sacré tribunal nous remettons les péchés; que dans la chaire évangélique nous annonçons les vérités saintes. Descendus de ces augustes fonctions, c'est encore en prêtres que dans le monde nous conversons avec nos frères : c'est-à-dire, c'est avec la gravité, la dignité, la sainteté sacerdotales. Nos actions personnelles, même les plus indifférentes, ne font qu'un tout et un ensemble avec celles qui sont propres à notre ministère. Les uns et les autres tendent pareillement, et coopèrent conjointement à la sanctification de nos

frères ' . N'oublions jamais que nous sommes les ambassadeurs de Jésus-Christ \ Lors même que nous n'en faisons pas directement la fonction, conservons-en le noble caractère. Si notre bouche ne le prêche pas actuellement, que notre air, notre ton, nos manières l'annoncent. Le grand-prètre de l'ancienne Loi portait gravés sur son front les mots doctrine et ^vérité. Que les fidèles les lisent imprimés sur les nôtres : que notre présence soit, même au défaut de nos paroles, une instruction et une exhortation. Que notre vue seule leur trace leur conduite ^. Et ne sommes-nous pas dans le monde, ainsi que dans le temple, le sel de la terre, qui, s'il vient à s'affadir

' Digne Evangelio Chrisli conversamini. Vhil. 1, 27.

SecunduDi eura qui vocavit vos, sauctuni; et ipsi in omni conversations sancti sitis. / Petr. i, I 5.

Quis sapiens, et discipliuatur inter vos? Ostendat ex bona conyersatione operalionem suam. Jac. m, 1 3,

* Pro Christo ergo legatione fungimur. // Cor. y, 20.

■* Sed exemplura este fidelium, in verbo, in conrersatione. / Timoih, iv, 12.

au« l'état ecclésiastique. 349 est foulé aux pieds ' ? Ne devons-nous pas, selon la maxime du grand Apôtre, porter avec nous et répandre partout la bonne odeur de Jésus-Christ? Ne devenons-nous pas pour nos frères, selon la manière dont nous nous approchons d'eux, une odeur de vie, ou une odeur de mort \ Autant nos conversations religieuses et édifiantes ont de pouvoir pour leur inspirer la sainteté, autant celles qui sont peu convenables les en détournent. Elles produisent sur eux de deux mauvais effets l'un, quelquefois même tous les deux. Elles leur font mépriser le saint ministère, ou elles leur persuadent qu'ils peuvent ce que leurs pas leurs se permettent. Ainsi, soit qu'ils les blâment, soit qu'ils les approuvent, elles leur sont toujours dangereuses. Et il ne s'agit pas ici seulement des conversations criminelles de leur nature, qui sont des

' Vos cslis sal terrœ. Quod si sal cvanHcrit, in (juo salictiir? ad niliiliim valet ultra, iiisi ut iiiitta tiir foras, et conculceliir ab hoininibus. Mallh. v, i3.

' Christi bonus odor suinus Deo, in ils qui salTÏ llunt, et in iis qui pcreunt : aliis quidein odor inorlis in mortcin ; aliis autem odor vitac in vilain. // Cor. u, i5, 16,

35o CONSIDÉRATIONS

scandales même dans les laïques, de ces propos audacieux qui attaquent la foi, de ces j^ropos indécens qui offensent la pureté, de ces propos médians qui déchirent le prochain, de ces propos railleurs qui le blessent, de ces propos hautains qui l'humilient, de ces propos mensongers qui altèrent la vérité '. Loin que ces coupables paroles sortent de la bouche du prêtre, il ne doit jamais les entendre sans les repousser, au moins par un silence d'improbation. Mais son caractère sacré l'oblige encore à ne se permettre dans ses conversations rien qui ressente la légèreté, la frivolité, la pétulance \ Il doit y être un le-

» Omnis sermo malus ex ore veslro non procédât : sed si quis bonus ad œdificationem fidei : ut det graliam audientibus. Ephes. iv, -29.

Foraicatio autera, et omuisimniunditia, aut avaritia, nec nominetur in Tobis, sicut decet sanctos; aut turpitudo, aut stultiloquium, aut scuirilitas, quse ad rem non pertinelj sed magis gratiarum aclio. Ibid. v, 3, 4-

Nunc autem deponite et vos omnia; iram, indignationem, malitiam, blaspliemiam, turpem sermonem de ore vestro. Coloss. m, 8.

Nihil per contentionem, neque pcr inanem gloriam. Phiîipp. 11, 3.

=^ Profana autem et vaniloquia devita : multum

vain de bénédiction qui sanctifie la masse; lin baume de vertu qui parfume tout ce qu'il touche. Il doit conserver la dignité de son état jusque dans les épanchemens de sa gaîté.

Car il ne faut pas croire qu'une joie innocente lui soit interdite, il ne lui est point ordonné de montrer dans les sociétés un front sévère, une humeur chagrine, un ton amer '. Il n'est pas chargé d'y porter la tristesse. Il réseive l'austérité pour sa vie privée, et n'apporte dans le public que sa douce indulgence. Loin que sa présence censure les amuseraens honnêtes, il les partage, il les anime même du sel d'une plaisanterie toujours douce, jamais offensante, adaptée aux choses, et proportionnée aux personnes''; qui, en le rendant aimable^, ne le rend que plus respectable. Car

onim proficiiinl ad impietatcm. // Timoth. ii, i6.

' Non cnim habet amaiiludincm conversalio illius, nec tœdium convictiis illius, scd lœlitiain et gaudium. Sap. viii, i6.

*Sermo vcster semper in gratia sale sit conditus, iil scialis quornodo oporleat vos unicuiquc responderc. Coloss. iv, 6.

•^ Vcrhutn dulcc mulliplicat amicos, cl mltigal

sa gaîté est une gaîté sacerdotale, qui ne lui fait pas perdre de vue la sainteté de son état. Elle est soutenue d'une sorte de dignité, et accom])agnée d'une modestie, d'une réserve, qui le retiennent dans la décence, et qui empêchent les autres d'en passer les boi'nes. L'enjouement de sa conversation fait chérir la vertu, que l'exemple de sa piété fait révérer. Non-seulement les plaisirs dans lesquels II se trouve n'altèrent pas sa régularité ; au contraire il les sanctifie, par la manière dont il y participe, et dont il y fait participer les assistans. Il est le même homme à l'autel et dans les compagnies, quoique de manières différentes : parce qu'il y est toujours l'homme de Dieu. Le sérieux de la conversation n'est pas le recueillement du saint sacrifice : mais l'un et l'autre part du même principe, tend au même but, produit le même effet.

I>a société que les ecclésiastiques doi-

inimicos : et lingua eucharis in bono homine abundat. Eccli. vi, 5.

Sapiens in verbis seipsum an?abilem facit. Id. XX. i3.

SUR l'état ecclésiastique. 353 vent spécialement recherclier est celle des ecclésiastiques. C'est dans leur réunion mutuelle que les pasteurs vertueux trouvent le délassement le plus doux, comme le plus utile, de leurs travaux. Aux rapports qui les unissent^ ils joignent les liens d'une vertueuse amitié. Plus libres dans leurs entretiens^ ils ne craignent pas que leurs paroles soient observées par la malveillance, interprétées par la malignité , dénoncées par la calomnie, jugées par l'irréligion. Leur gaîté n'étant point contrainte devient plus vive , sans cesser d'être aussi pure. Leur réserve est moins sévère, quoique toujours modeste. Des hommes de même état s'entretienneat naturellement et avec plaisir, des choses de leur état ; de leur éludes, de leurs devoirs, de leurs fonctions. Tous profitent dans cette société de ce qu'y apportent les autres ; tous donnent et reçoivent l'Instruction et rédiCcatlon , et ils font ainsi servir à leurs progrès dans la science, et dans la piété, jusqu'aux momens destinés à leurs récréations. C'est particulièrement aux confrères les plus recommandables par leur expérience , par leurs lumières, par leur prudence, parleur

356 CONSIDÉRATIOWS

nés de l'état inférieur les expose à beaucoup d'inconvéniens ; elle les avilit aux yeux des personnes plus considérables, qui les confondent facilement avec ceux auxquels ils se mêlent; elle leur ôte même la considération de ce peuple qu'ils fi'équentent, qui s'accoutume à les regarder comme ses égaux , et qui ne tarde pas à les ti-aiter comme tels. Elle leur fait perdre ce ton d'urbanité et de politesse qui leur est nécessaire , et leur fait contracter les manières grossières et le ton- rustique de ceux avec qui ils \ivent. On se met naturellement à l'unisson des personnes avec qui on converse. Le vin le plus doux, si on le mêle à d'autre vin dur et acre, en prend aussitôt l'àpreté.

Mais quoi ! serait-il interdit à un pasteur d'aller chez ceux de ses paroissiens qui sont de la dernière classe de la société ? A - Dieu ne plaise que nous l'engagions à une chose aussi contraire à ses devoii's. C'est à ces hommes qu'il doit ses soins de préférence , parce que ce sont ceux à qui ils son le olus nécessaires. Qu'il soit toujours prêt à aller visiter les plus pauvres de ses paroissiens, dès qu'il peut leur être de quel-

que utilité. Ce ne sont pas les visites, c'est la fréquentation qu'il doit éviter ; ce n'est pas l'affection, c'est la familiarité qu'il doit retrancher: ce n'est pas pour sa i-écréation, c'est pour leur bien qu'il doit aller à eux. Il doit leur apparaître comme un ange de bienfaisance. Il le doit aussi souvent que sa présence leur est utile. Mais il n'est plus cela dans leurs sociélés. Sa place est à un degré d'élévation où ils le considèient avec respect, et dont il descend quelquefois pour leur apporter ses secours.

Il est à cet égard une pratique qui caractérise le vrai pasteur, et qu'on ne peut trop recommander. C'est la visite faite de temps en temps, et dans des intervalles à peu près réglés, de toutes les maisons de sa paroisse '. C'est là qu'avec une dignité sans hauteur, et une cordialité sans familiarité, un curé s'insinue dans les cœurs de ses paroissiens; il apprend d'eux-mêmes tous les biens à faire, tous les abus à réformer; il voit si les ép.oux sont unis, les parens occupés d'élever leurs cnfans, les

' Diligenter agnosce vultum pccoris lui , tuos que gieges considéra. Prov. xxvii, 23.

358 CONSIDÉRÂT. SUR l'étAT ECCLÉSIAST.

enfans dociles; il réconcilie les ennemis, console les affligés, soulage les infirmes, verse des aumônes dans le sein des pauvres, distribue à chaque infortuné des secours adaptés aux besoins. C'est dans la pratique de ces œuvres, les plus touchantes de son ministère, qu'il en acquiert le prix le plus précieux qu'il puisse avoir sur la terre ; la confiance de ses paroissiens, et leurs bénédictions qui s'attachent à tous ses pas, et qui le suivent jusque dans l'éternité.

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