‹ Considérations sur l'éternitéChapitre 25 sur 25 · DE SÉCURITÉ ASSEZ GRANDE QUAND L'ÉTERNITÉ EST · texte numérisé non relu

DE SÉCURITÉ ASSEZ GRANDE QUAND L'ÉTERNITÉ EST

en danger I 0 longue, ô profonde, ô insondable, ô éternelle éternité!... Bienheureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur, sur les montagnes éternelles; ils vous loueront à travers le cours infini des siècles î

Moïse près de mourir, dans les bénédictions qu'il donna au peuple d'Israël, en vint en dernier lieu à la tribu d'Aser, et il dit : Béni soit Aser parmi ses enfants! qu'il soit cher à ses frères; que ses olives soient pleines d'huile ! Ses portes seront d'airain; ses richesses dureront autant que ses jours. Israël! nul n'est semblable à ton Dieu; il monte sur les deux, il est ton secours, sa magnificence éclate dans les nues. Le Dieu éternel est ton

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refuge; il étend toujours ses bras vers la terre. Ainsi du ciel Dieu étend ses bras : les bras de sa puissance dans l'immensité de l'espace; et tout ce monde, tous les temps, toutes les choses de ce monde sont renfermés dans ses bras, se meuvent en eux et par eux. De cette manière, Dieu dès l'origine et de toute éternité, selon qu'il l'a voulu, a été la demeure de tous les bons, qu'il embrasse et qu'il protège de ses bras éternels et immenses. Montez donc et entrez dans ce tabernacle, ô âme chrétienne, qui luttez ici-bas contre un peu de terre et de boue ! Dilatez- vous et montez vers Celui qui est le dominateur du ciel : vers le Dieu qui habite sur les hautes montagnes de l'éternité. Là, en lieu de sûreté, abaissez vos yeux sur cette terre et voyez combien petites sont toutes ces choses qui maintenant ont tant d'attrait pour vous, combien est insignifiant tout ce qui est renfermé sur ce point imperceptible qui s'appelle terre! Voyez combien, en présence de Dieu et de l'éternité, toutes les choses créés sont vaines, futiles et passagères; combien , est vil ce grand rien qui renferme toutes choses! Ne recherchez donc que le Bien suprême et infini, et n'ayez point

d'estime pour tout le reste ! Que tous vos efforts vous portent vers Dieu; dilatez- vous en lui; foulez aux pieds tout ce qui, étant au-dessous du soleil et de la lune, a pour vous de l'attrait ou des menaces I Pensez à l'éternité, et rappelez-vous ces paroles de saint Jérôme : « Nulle fatigue ne doit paraître dure ; nul temps ne doit paraître long, quand il s'agit de l'acquisition de l'éternité *. »

Un chameau dans le corps duquel était entré le démon fut amené un jour en présence du grand saint Hilarion, et se mit à entrer en fureur comme s'il eût voulu dévorer le saint. Esprit de ténèbres, lui dit saint Hilarion, tu ne m'effraies pas, quoique tu te sois logé dans un si grand corps ! Que tu sois dans le corps d'un renard ou d'un chameau, pour moi tu es toujours le même. Aussitôt que le saint eut achevé ces paroles, le chameau tout à l'heure si furieux se prosterna devant lui, et toute sa férocité se changea en une douceur ridicule. Voilà le modèle de toutes les flatteries et de toutes les séductions du monde, ainsi que de ses menaces. Qu'espérez- vous, que craignez- vous, qu'aimez- vous? Votre pro-

1 Vita Hilarion.

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lecteur est le Roi du ciel qui étend sur vous ses bras éternels et les étend de même sur vos ennemis, soit quand ils vous flattent, soit quand ils vous menacent. Il n'a qu'à les refermer, et il peut les écraser tous comme de vils insectes. Un plaisir sensuel vous sollicite-t-il, méprisez-le comme n'étant rien de réel et pensez aux voluptés célestes ! Si ce sont des menaces qui vous effraient, des malheurs qui vous accablent, des mépris qui vous affligent, une maladie qui vous tourmente, ou une secrète pauvreté qui vous ronge : tout cela n'est que peu de chose, sans compter que plus c'est grave, moins il a de durée; méprisez tout cela; élevez vos yeux vers le ciel, et pensez à l'éternité! Quoi qu'il arrive, rien ne consistera l'âme du juste1! Le ciel tombât-il lui-même que ses débris le frapperaient sans l'émouvoir. — Le juste n'est-il donc jamais en proie à la tristesse? N'a-t-il jamais de tribulation? — Assurément il en a, car l'Ecriture dit : Les tribulations des justes sont nombreuses* ; mais les justes méprisent ces sortes de maux; ils ne considèrent comme mal véritable que ce qui est éternel, ce qui sépare de Dieu, comme le péché,

1 Prov., XII, 28. — * Ps. XXXIII, 19.

dont la rançon doit être la mort éternelle. Saint Paul dit : A contempler non les choses qui se voient, mais celles qui ne se voient pas1, il n'y a que celles-ci qui aient de l'importance soit en bien, soit en mal.

Mais nous, qui contemplons si rarement les choses que nous ne voyons pas, hélas ! que nous sommes petits, que nous sommes enfants, tout vieux que nous puissions êtrel Nous pleurons pour un glaçon qui nous tombe de la main et que nous ne pouvons pas retenir; nous nous prenons d'amour pour des ombres chinoises! Pour des choses de rien nous portons le zèle jusqu'aux dernières limites, et nous courons non-seulement après celles qui passeront dans peu, mais après celles qui passent déjà en ce moment. Car, dit saint Paul, la figure de ce monde ne passera pas, mais elle passe déjà. Ainsi, pour l'homme tout est maintenant de passage : de même que tous les biens qui le captivent sont inconstants, de même aussi tous les maux qui l'affligent sont passagers. Il n'y a que les choses qui ne se voient pas qui aient une durée réelle et qui ne connaissent point de fin ni de

i II Cor., IV, 18.

limites : celles-là ne changent pas, parce qu'elles sont stables, immuables et éternelles.

Le jeune Symphorien, qu'on n'avait pu faire mourir à coups de fouets, à Autun, fut à la fin conduit au supplice. Chemin faisant il rencontra sa mère, qui , n'imitant pas en cela le désespoir des mères qui s'arrachent les cheveux et déchirent leurs vêtements en poussant des cris de désespoir, dit à son fils en vraie héroïne chrétienne : Mon fils, mon cher fils ! pense à la vie éternelle ! lève les yeux au ciel, et vois Celui qui y règne 1 Ce que l'on va faire ce n'est pas t'enlever la vie ; mais la changer en une meilleure. — Le jeune homme, fortifié par les paroles de cette mère, montra la plus grande fermeté dans le supplice.

Nous aussi, chrétiens, nous marchons à la mort et nous nous avançons tous d'un pas lent vers le lieu du dernier supplice. Tous les habitants du ciel nous crient : Pensez à la vie éternelle; levez les yeux au ciel, et fixez-les sur Celui qui y règne ! Chrétien , qui que tu sois, imite Symphorien et ne songe pas à te soustraire aux souffrances et au combat : soumets-toi au glaive

même, s'il le faut, pour Jésus-Christ ! Il s'agit ici de montrer du courage. Pour toi, quelles que soient les épreuves, la souffrance, la tristesse, les inquiétudes et les moqueries du monde ; soit qu'on attaque ta réputation et ta fortune, comme il arriva autrefois au saint homme Job, imite le jeune Symphorien et d'autres généreux martyrs, et dis en toi-même : C'est peu de chose, ce n'est rien, et cela dure peu ! Que m'importent les choses de ce monde ? Toutes mes pensées sont pour toi seule, ô mon éternité 1

ElN DU LIVRE*

l'éternité n'en a pas!

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