‹ Considérations sur l'hémoglobinurie et les hémoglobinuries BrightiquesChapitre 1 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'étude de l'hémoglobinurie, de date relativement récente, a donné déjà lieu à un grand nombre de mémoires. Cependant les auteurs qui se sont occupés de la question, tels que les docteurs Torio et Barrion, s'étaient bornés à l'étude de l’hémoglobinurie paroxystique. On n'admettait alors qu’une forme d’hémoglobinurie, l'hémoglobinurie paroxystique survenant sous l'influence du froid.

Depuis longtemps cependant, on avait remarqué que certaines intoxications pouvaient provoquer à plusieurs reprises le phénomène de l'hémoglobinurie; cette hémoglobinurie pouvait ne pas être paroxystique au sens propre du mot; elle pouvait par exemple durer plusieurs jours ; peu à peu donc la notion de l’hémoglobinurie permanente vint s'ajouter à celle de l’hémoglobinurie paroxystique. On sut ensuite que la simple injection d’eau, de glycérine ou d’acides biliaires dans le sang des animaux pouvait produire l’hémoglobinuric.

Cette hémoglobinurie expérimentale venait confirmer l'existence de l’hémoglobinurie toxique.

Avec la discussion mémorable de la Société médicale des hôpitaux en 1888, la question s'élargit encore. Des observations importantes rapportées par M. le Professeur Hayem et par M. Albert Robin

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prouvérent d'une façon indiseutable l'existence d'une nouvelle variété d'hémoglobinurie, survenant comme épiphénomène dans le cours des maladies aiguës ou chroniques. |

Nous avons eu l’occasion d'observer cette année dans le service de notre maître, M. Albert Robin, deux cas d’hémoglobinurie non paroxystique survenant chez des malades ayant subi récemment une attaque de néphrite aiguë; il s'agirait ici de cette variété d'hémoglobinurie à laquelle M. Albert Robin propose de donner le nom d'hémoglobinurie métabrightique ou postbrightique. En rapprochant ces cas de quelques autres, il nous a paru intéressant de faire notre thèse sur ce sujet et de démontrer que chez les malades qui présentent une altération du plasma sanguin, les actes congestifs qui se produisent du côté des reins peuvent produire des accès d'hémoglobinurie et que ces accès peuvent, suivant les circonstances, précéder, accompagner ou suivre la maladie protopathique dont ils ne sont qu’une manifestation.

Nous commencerons donc notre travail en exposant d’une façon aussi complète que possible l’état actuel de la science sur l'hémoglobinurie considérée en général; nous étudierons ensuite l'hémoglobinurie paroxystique, nous réservant d’insister en terminant, sur les diverses variétés de l’hémoglobinurie non paroxystique, survenant dans le cours du mal de Bright. '

Mais avant d'entreprendre cette étude, nous croirions manquer à tous nos devoirs de reconnaissance, si nous ne mettions cette thèse inaugurale sous le patronage des maîtres dont nous avons suivi l’enseignement et dont nous garderons toujours le plus respectueux souvenir.

Nous sommes heureux de pouvoir remercier bien sincèrement M. le Professeur Tillaux et M. le D' Lejars, dont nous avons eu la bonne fortune de suivre les leçons.

Nous adressonsun dernier hommage à la mémoire de notre regretté maître, M. le Professeur Le Fort.

Que M. le Professeur Potain daigne agréer tous nos remerciements pour l'honneur qu’il nous fait en voulant bien accepter la présidence de notre thèse.

Qu'il nous soit enfin permis d'adresser l'hommage de ce modeste travail à M: Albert Robin dont nous avons eu l'honneur d'être

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Historique

Les premières descriptions bien authentiques d'hémoglobinurie paroxystique ne remontent guère qu'à une trentaine d'années. Cependant il est difficile de croire que des faits aussi particuliers aient échappé à l’observation des anciens médecins et quelques lignes de Rayer, de Stewart, de Gergères, de Defer laisseraient supposer que ces faits ne leur étaient pas complètement inconnus. En tous cas, l'absence de données microscopiques leur enlèvé toute précision.

Les auteurs anglais, les premiers, publient des faits complets et indiscutables et rattachent la maladie à une congestion rénale se développant sous l'influence du froid. Harley la décrit en 1865 sous le nom d’ « intermittent hæmaturia » et, peu de temps après, Hassall rapporte deux observations d’hémoglobinurie à laquelle il donne le nom d'hématurie hivernale. À partir de cette époque, un assez grand nombre d'auteurs publient des observations d’hémoglobinurie : en Angleterre, Gull, Pavy, Murchison, Greenhow, Begbie, Stephen, Mackensie, Roberts, W. Legs, etc.; en Allemagne, Kobert et Kuessner, Heubner, Rosenbach, Lichtheim, Ultzmann, Ponfick, Boas ; en Italie, Murri; en Hollande, Van Rossem ; en Russie, Bartels et Botkin.

En France, les premiers faits publiés sont ceux de Clément et de Mesnet, en 1879 et 1880. Peu après, apparaît dans la Revue mensuelle un article de Lépine ; la même année, Ramlot réunit dans une revue critique les divers travaux parus sur l’hémoglobinurie. L'année suivante, en 1881, Torio fait sa thèse sur un cas d’hémoglobinurie a frigore ; en 1884, paraît la thèse de Barrion sur l'hémoglobinurie essentielle paroxystique. Quelque temps après, Hénocque publiait l'article Hémoglobinurie du dictionnaire encyclopédique.

En même temps, Winckel et Saudner faisaient paraître leurs travaux sur l'hémoglobinurie des nouveau-nés; Karamitsas, Eitner, Neisser, Ponfick, Afanassiew s’occupaient de l'hémoglobinurie toxique.

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