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Description.
L'hémoglobinurie est caractérisée, comme son nom l'indique, par le passage dans les urines de la matière colorante du sang. Longtemps confondue avec l’hématurie, à cause de la couleur rouge foncé que prennent les urines ce les deux cas, elleen diffère essentiellement par l'absence totale ou à peu près complète des globules ess
Dans l’hématurie, en effet, le sang passe en nature à travers le filtre rénal avec ses globules rouges intacts. Dans l'hémoglobinurie au contraire, le microscope montre l'absence de tout globule rouge dans le dépôt urinaire. Parfois cependant, on constate la présence de quelques rares globules ; mais leur nombre est d'ordinaire insignifiant ; en tous cas, il n’est jamais en proportion avec l'intensité de la coloration du liquide. Les urines ne renferment pas de sang sous la forme globulaire ; la matière colorante des hématies abandonne le stroma globulaire et passe dans les urines.
La coloration des urines varie du rouge clair au rouge brun et. même au rouge noir; le plus souvent, l'urine est transparente, limpide et d’une couleur noire analogue à celle du Porto. Mais souvent aussi, l'urine est trouble et laisse déposer, par le repos, un sédiment abondant, couleur chocolat.
L'analyse spectroscopique montre les bandes d'absorption caracté-
ristiques de la matière colorante du sang. Le plus souvent, l’on cons-
tate les bandes de l’oxyhémoglobine, entre les lignes D et E de Frauenhofer, ‘dans le jaune et le vert. Souvent aussi, l'on constate trois bandes d’absorption, deux entre D et E, une entre C et D, plus près de C dans le rouge: Cette denRere bande est caractéristique de la méthémoglobine.
Étiologie.
I y a lieu tout d’abord de distinguer deux ordres de causes : les unes prédisposantes et les autres occasionnelles. Parmi les premières nous pouvons tout de suite ranger le sexe et l’âge.
L'hémoglobinurie peut en effet apparaître dans les deux sexes; cependant il est à remarquer qu'elle est assez rare chez la femme; presque tous les cas publiés ont été observés chez l’homme. Van Rossem en 1879 ne signale que 1 cas chez la femme pour 30 chez l’homme ; sur 67 cas analysés en 1888, Hénocque trouve 59 cas chez l'homme et 8 seulement chez Ia femme. Enfin Delabrosse en 1889, sur un total de 90 cas, en signale 76 chez l’homme et 13 seulement chez la femme, ce qui fait pour l’homme une proportion un peu supérieure à 84 p. 100.
L'âge n'est pas davantage un obstacle à l'apparition de l’hémoglobinurie. Wiltshire rapporte en effet un cas qu'il a observé chez un petit garçon de sept mois, et Francis chez un enfant de quatre mois ; plus près de nous, Hirst a pu observer un cas d’hémoglobinurie paroxystique chez un enfant nouveau-né. D’autre part, Stevens a observé un cas chez une femme de 75 ans, et M. Albert Robin chez une femme de 73 ans.
Toutefois, il résulte de différentes statistiques que c’est à la période moyenne de la vie, de 20 à 30 ans et surtout de 30 à 40 ans, que l'on rencontre le plus souvent cette affection.
Si nous poursuivons dans cet ordre d'idées, l'étude des causes prédisposantes, nous trouverons qu'elles sont loin d’être bien établies. Cependant, parmi elles, il en est deux, la syphilis et l'impaludisme, qui plus fréquemment relevées dans les antécédents des malades, semblent avoir acquis de ce chef une importance plus grande. Cette influence de la syphilis fut d'abord admise par Murri à la suite de la guérison absolue d’un malade au moyen de frictions mercurielles. Si l'on tient compte de la fréquence de la syphilis chez les hémoglo-
binuriques, sur 36 cas analysés par Murri, on trouve 15 fois la coexistence de la syphilis ; 14 fois, les indications ont manqué ; dans 5 cas, l'absence de la syphilis était signalée; dans deux cas il y eut doute (1). Dans tous ces faits, il n’est question que de la syphilis acquise ; c’est au cours de l'infection que les malades présentent leur premier accès d’hémoglobinurie ; il n’est pas fait mention de l'influence possible de la syphilis héréditaire. Cependant Goetze, en 1884, publie un cas d'hémoglobinurie chez une petite fille atteinte de syphilis héréditaire ; enfin tout récemment M. Courtois-Suffit vient de publier une observation fort remarquable d'hémoglobinurie paroxystique chez un petit garçon de 2 ans manifestement hérédo-syphilitique.
En résumé, l'influence de la syphilis est tenue pour certaine par la grande majorité des auteurs, et Lépine admet à peu de chose près que « la syphilis est la condition sine quâ non de l’hémoglobinurie ».
D'autres auteurs, s'appuyant sur les bons effets de la quinine, ont invoqué l'influence du paludisme. Il est certain que chez bon nombre d'hémoglobinuriques, on a signalé d’une façon incontestable l’existence d'accidents paludéens ; les faits de ce genre ont été principalement observés chez des malades qui avaient voyagé dans les Indes ou séjourné dans les pays où les accidents paludéens sont à l’état endémique.
Néanmoins, tout en reconnaissant l'influence probable de ces deux infections, la syphilis et l'impaludisme, il faut avouer que beaucoup de malades, interrogés minutieusement, n’ont présenté dans leurs antécédents ni syphilis ni impaludisme.
Delabrosse (2), élève de M. Albert Robin, a souvent rencontré des antécédents nerveux dans les observations qu'il a parcourues ; que ce soient des névralgies, du rhumatisme chronique, de la goutte, des migraines, des hémorrhoïdes, ou simplementle tempérament nerveux, l’auteur est tout disposé à faire occuper au nervosisme un rôle important dans l’étiologie de l’hémoglobinurie; il admet même que l'hémoglobinurie vraie résulte de la réunion de deux processus, l’un local, congestion rénale, l’autre général, trouble du système nerveux qui présente une excitabilité réflexe exagérée.
En 1858, M. Albert Robin présente à la Société médicale des hôpi-
(1) Cité par HéNocQuE. Dict, encycl. d. se. méd. (2) Thèse de Paris, 1889.