Œdipe a Colune
LA ÜKliCE.
— échappée fugitive — la félicité promise à l'épouse. Marchant au supplice sous le regard de Créon qui l’a condamnée à être murée vivante pour avoir osé braver son ordre et donner la sépulture à son frère, la mort devant elle et dans son âme l'image du fils de celui qui l’y condamne, elle est escortée par la plainte du chœur dont elle attire elle-même discrètement la pitié sur sa tête innocente :
« Voyez, ô citoyens de la patrie de mon père, comme je suis le dernier chemin, condamnée à voir aujourd’hui le rayon du brillant soleil s’éteindre pour moi à jamais. »
— Ah 1 dit Iphigénie, rien n’est plus doux que la lumière 1 — Mais Iphigénie n’a ressenti que l’amour de la vie et de la jeunesse, l’amour a soulevé un instant le sein d’Antigone ; néanmoins « aucun chant d’hvménée ne retentira à son oreille avec des bruits de fête ; c’est l’Achéron qui l’appelle dans la couche nuptiale. »
Le chœur cherche à la consoler, il lui dit qu'elle meurt non par la maladie, par le fer, ni sous les coups de la vengeance ; qu’elle a choisi elle-même, librement, et vivante, son sort, qu’elle descendra dans l’Hadès plus glorieuse qu’aucun mortel. Mais ces paroles résonnent comme une ironie autour de la triste victime du devoir fraternel :
« Malheur! malheur I tu te ris de moi. O dieux de mes ancêtres, comment peux-tu me railler vivante, avant que je sois descendue au tombeau? O ville, hommes de ma cité riche en territoires ! et toi, fontaine de Dircé, ombrages joyeux de Thèbes qu’environne le tumulte des chars 1 Tous, je vous invoque, soyez témoins de ma douleur, et voyez comme je suis condamnée en vertu de je ne sais quelle sentence à descendre, infortunée! dans l’é-
troit tombeau que m’ouvre la voûte du rocher : loin des hommes également et des morts, n’étant à demeure ni dans la vie ni dans le trépas ! »
Ne semble-t-il pas qu’on entende de loin, faisant écho à la plainte d’Antigone, celle de Jeanne d’ Arc qui jette un éternel adieu aux lieux de sa naissance? Jeanne d’Arc est une sainte de la patrie, Antigone une sainte de la famille. Elle regrette, car elle est femme après tout, et femme aimante, a le chant des fiançailles, le bonheur de l’union et le doux soin de l’enfance qui l’attendaient » — mais elle sent, elle sait qu’elle a fait ce qu’elle devait faire, et s’il faut mourir, elle a confiance qu’aux lieux où elle se rend, sou père « lui fera bon accueil, et que pour sa mère aussi qui l’approuve elle sera la bienvenue. » Que la volonté des dieux s’accomplisse donc, mais s’ils sont coupables, puisse, dit-elle, aucune plus grande souffrance les atteindre que n’est grande leur injustice à son égard.
C’est une vaillante, et ce mélange dans un jeune cœur de tant d’amour et de tant d’héroïsme fait de l’âme d’Antigone à la fois la plus féminine, la plus virginale, la plus divine des âmes.
L’héroïsme moral est contagieux. Ismène, qui n'a pas osé comme sa sœur braver l’ordre de Créou, et qui a cherché à l’en détourner, appelée devant le tyran s’accuse hautement d’un acte qu’elle n’a pas commis. Une lutte de générosité s’élève alors entre les deux sœurs, chacune revendiquant pour elle la responsabilité et le supplice.