‹ Considérations sur l'histoireChapitre 128 sur 143 · l’Iutarqu · texte numérisé non relu

l’Iutarqu

S. Idem.

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table ; et de fait, un bain d’Orient l’eût détendu sans faire de mal à sa patrie. Il avait une façon d’aimer Rome, ce pédant fanatique, qui l'eût fait détester. Cicéron qui cependant aimait aussi la république, mais d’autre façon, et qui n’aimait point César, lui reprochait d’opiner au milieu de la canaille romaine comme s’il eût été dans la république de Platon (il officiait comme Robespierre pontife) et de rendre par là ses talents et ses vertus inutiles à sa patrie. Il fut, djt-on, malheureux en ménage, cela ne m'étonne point : ce devait être à domicile un compère peu aimable. Ah I si les républicains étaient nécessairement pétris de tant de solennelle vertu, si étroits et si abrupts de cervelle, que Dieu nous garde des républiques I Heureusement qu’on en peut concevoir d’autres que celles des Robespierre et des Caton.

Plutarque qui n’en veut pas à Caton le traite pourtant d’anachronique.

« Les mœurs antiques de Caton, dit-il, paraissant tout à coup dans Rome après une interruption de plusieurs siècles au milieu de la dépravation et de la perversité de son temps, lui acquirent d’abord beaucoup de considération et de gloire ; mais l’élévation et l’austérité de sa vertu ne se trouvant pas en harmonie avec le ton de son siècle elles furent inutiles à la république. »

Qui veut agir sur les hommes de son temps ne peut se dispenser d’en être.

Je suis bien d’avis que même dans un. vaisseau qui coule le devoir est de se mettre aux pompes, dût-on le faire avec l’entière conviction de la vanité de ses efforts. D’autres que Caton le firent alors à Rome. Cependant rendons à César ce qui appartient à César, à Caton ce qui

revient à Caton. La république n’eût pas vécu davantage si César n’avait pas existé, cela n’empêche pas César d’avoir formé le dessein de sacrifier la république à laquelle il croyait : voilà son crime. La république ne pouvait vivre malgré Caton, cela n’empêche pas Caton de l’avoir défendue en y croyant : voilà son mérite. Audessus de César et de Caton il y avait une loi que ni César ni Caton ne connaissaient et qui rendait l’un inutile pour perdre la république, l’autre, pour la sauver. Mais César ni Caton ne connaissaient cette loi et ne s’en inspiraient; César agissait en ambitieux, Caton en fanatique. Il lui eût appartenu plutôt qu’à Cassiusde frapper César. Cassius n’avait pas l’enthousiasme républicain, il n’en fut illuminé qu’au moment décisif d’après Plutarque ; je croirais plus volontiers que ce fut l’esprit de parti et le désir du pouvoir qui le guida , c’est plus simple.

« Onditque Cassius, lorsqu’on fut près d’attaquer César, porta les yeux sur la statue de Pompée, et l’invoqua en secret, quoiqu’il fût d’ailleurs dans les sentiments d’Épicure; mais la vue du danger présent pénétra son âme d’un vif sentiment d’enthousiasme, qui lui fit démentir ses anciennes opinions * . » Quel danger? celui de la patrie. a Les conjurés, tirant chacun son épée, l’environnent de toutes parts; de quelque côté qu’il se tourne, il ne trouve que des épées qui le frappent aux yeux et au visage : tel qu’une bête féroce assaillie par les chasseurs, il se débattait entre toutes ces mains armées contre lui; car chacun voulait avoir part à ce meurtre et goûter, pour ainsi dire, à ce sang comme aux libations d’un sacrifice. »

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