‹ Considérations sur l'histoireChapitre 131 sur 143 · ROM K · texte numérisé non relu

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parfaite qu’aucune autre, à des peuplades barbares. Nous ne méconnaissons ni la supériorité du droit romain, ni les vertus du régime municipal, ni le bénéfice de l’extension aux provinces du nom de citoyen romain, bien qu’il valût moins chaque jour et ne se prodiguât qu’en raison même de son Avilissement, comme on ferait d’une monnaie dont le titre ne cesserait de baisser. Mais nous nous demandons si tout cela pouvait être vivant sans la garantie suprême et sans le nerf de toute vie : l’indépendance. Ce faisceau de peuples violemment formé par la conquête, la contrainte seule pouvait le lier et le maintenir; il rompit enfin l'étreinte des Césars. Les résistances qui venaient de la force des choses l’emportèrent sur la puissance qui venait de la force des armes. C’est contre cet inévitable résultat que les empereurs luttèrent vainement, et pour soutenir une lutte qui fut leur raison d’être parce qu’elle appelait une centralisation égale dans son intensité à l'étendue de la domination, il fallut que Rome se mit elle-même aux mains "d’un pouvoir militaire. Rome dès lors ne fut plus dans Rome, elle fut dans les camps, se prostituant au plus offrant et dernier enchérisseur.

Nous croyons aux bonnes intentions de certains empereurs. Mais' ces intentions ne pouvaient aboutir, car l’empire libéral (qu’on nous pardonne cet anachronisme dans les termes) était en soi chose contradictoire. La politique des Césars roulait dans un cercle vicieux. Pour maintenir sous le joug tant de peuples expropriés de leur patrie, il fallait jeter sur la surface de cet immense empire un vaste réseau de servitude, y entretenir des armées d’occupation, être prêt à frapper partout, toujours, la i. 36

«Si CONSIDÉRATIONS SCR L’HISTOIRE.

révolte d’une main âccablaute et rapide. Mais en ce tempslà, comme aujourd’hui, on n’avait pas des préfets, des gouverneurs, des soldats pour rien. Cette occupation formidable, qui la payait? les vaincus. Avec quoi? avec l’impôt. C’est assez dire que le résultat, quelque voie que l’on suivît, devait être l’épuisement graduel et la ruine définitive des provinces. L’empire eut des armées admirablement organisées, une machine administrative non moins admirablement combinée. La seconde malheureusement servait à pomper des ressources qui alimentaient les premières. Cela durerait encore, si, par sa perfection môme, la machine à pomper l’impôt n’eût pas amené assez promptement la consomption générale. Elle était si parfaite néanmoins, l’universelle centralisation éclose comme son chef-d’œuvre du génie romain, qu’elle subsista longtemps, encore après avoir accompli sa mission providentielle. Elle n’a pas encore disparu de la terre : en créant le césarisme religieux, la Rome catholique a montré que l’esprit des belles institutions se survit et qu'il counaît la métempsycose.

Nous avons toujours aimé à nous draper à la romaine. Le premier empire l’a fait, mais la République l'a fait avant lui. Elle introduisit le carnaval romain jusque dans le calendrier. On parlait alors de Caton et de Rrutus, un peu plus lard on n’avait à la bouche qu’ Auguste et César. Notre langue et nos discours politiques furent empruntés à Rome. Rome était notre type. A la tribune, au théâtre, sur la place publique, Rome, toujours Rome etses héros I C'est là un tic dont, espérons-le, nous sommes à jamais guéris. Napoléon Ier fut un César égaré dans le dix-neuvième siècle. Il mit Rome dans l’université, Rome dans

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l’administration, Rome dans la caserne, Rome à la tribune et sur les champs de bataille ; il acheva son œuvre en rendant à la Rome nouvelle l’autel et le confessionnal. Nos instincts, nos traditions, notre langue lui prêtaient une complicité dont il sut profiter. Il nous satisfit. Nous aimions la rhétorique : il nous y noya. Nous aimions la gloire, il nous en soûla et fit rimer en vingt batailles gloire avec victoire. Nous nous plaisions à croire * que la Providence nous avait destinés à émanciper l’univers : il émancipa l’univers et promena le drapeau tricolore des sables du désert aux champs glacés de la Russie* Nous étions devenus, nous aussi, les maîtres du monde.

Et maintenant?

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