‹ Considérations sur l'histoireChapitre 137 sur 143 · I. Virgile, Scylla et Chirvbde · texte numérisé non relu

I. Virgile, Scylla et Chirvbde

qui la précède, qu’il est le plus agréable de vivre. Les formes y sont plus douces, la vie plus artiste; le goût, l’élégauce, la politesse y accompagnent les plaisirs ; l’esprit s’y montre plus fin qu’ailleurs, plus nuancé, plus souple et plus délicat, l’imagination plus vive et plus variée, la conversation plus libre et plus imprévue. Mais ils sont futiles étant vides. La jeunesse naît décrépite, avec un cœur ridé, et ne sachant que faire d’elle-même tombe dans les frivolités sensuelles. Rome impériale eut ses cocodès. « Tu es un aimable homme, Cotilus, au témoignage de beaucoup; qu’est-ce pourtant qu’un homme aimable? Celui qui a les cheveux artisteinent bouclés, qui sent toujours l’huile et la pommade, qui fredonne les airs de danse alexandrins ou espagnols, qui tout le long du jour se tient fourré derrière les chaises des femmes toujours murmurant quelque chose à l'oreille de quelqu’une ; qui se gare d’être touché par le coude du voisin; qui sait de quelle jeune fille un tel est amoureux, qui court d'un festin à un autre, qui sait par cœur la généalogie des plus nobles coursiers du cirque. Que distu : c’est donc là, Cotilus, un homme aimable? Alors, Cotilus, c’-est chose bien compliquée d’être un homme aimable. » Ce portrait de Martial est, à près de deux mille ans d’intervalle, d’uqe ressemblance parfaite. Mettez-le en regard de la toilette d'une Romaine, et vous aurez les pendants de la décadence : les inutiles des deux sexes s’emplissant de frivolités, vivant de coquetterie, de sensualité, de caquetage, et.de pommades. Boileau se récriait à l’idée de :

Peindre Caton galant, et Brutiu dameret.

La Rome impériale a réalisé ce prodige. Nous avons pu voir à quel point l’amour de la bâtisse, le culte du monument, le vertige de la pierre, s’emparent, des nations qu’abandonnent les vivitiantes énergies d’un idéal moral ou patriotique. Le dedans étant vide, le dehors s’étale et prend en tout des proportions outrées : on ceut faire grand. Le vertige de la spéculation s’empare des têtes, l’impatience remplace l’œuvre du travail assidu, les projets hâtifs empêchent la maturité des desseins médités : tout s’improvise. Après nous le déluge I Privée d’avenir et détachée de son passé, la société reste suspendue, sans appui, entre la veille et le lendemain. « Une partie de notre crainte, dit Sénèque, ce sont nos toitures ; on s’enfuit épouvanté lorsqu’on entend des craquements, même dans les salles des grands palais. »

Nos colimus urbem tenui tibicine fui lara Magna parle sui ; nam sic labeniibus obslat Yilicus et veteris rimæ cum lexit hiàtum,

Securos pendente jubel dormire raina

On veut paraître, on se ruine, on loue les bijoux, les parures, le luxe. Et les repas I La décadence romaine fait grande cuisine. Riches, sénateurs, chevaliers suivent l’exemple de la cour. Six cents personnes sont conviées à la table de Claude. La boustiffaillerie règne sur toute la ligne, on ne mange plus, on goinfre. Les chevaliers sous Vitellius remplacent les affranchis dans le service du palais, ils s’empressent autour du maître : il n’y a plus que des domestiques parmi les grands, en revanche les

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