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I. Empereurs très-anciens et presque légendaires

La dynastie des Zsin, qui régna de 280 à 419 après Jésus-Cb rist, divisa en classes les travailleurs, elleassigua à chacun une étendue de terre déterminée. Ce fut encore peine perdue : la misère reparut. D'autres tentatives, tou* jours fort ingénieuses, furent faites par des empereurs ou des dynasties subséquentes, l'on revint même derechef au nivellemeut par des voies détournées en évitant l'expropriation de vive force : le communisme de l’État exerçait sur la Chine une sorte de fascination rétrospective, elle ne pouvait se dégager du passé en cherchant une issue vers l’avenir. En somme, la misère renaquit de chaque essai et ne fit que se déplacer. Contre la nature des choses, et l’imperfection qui fait partie de la nature humaine, l’État omnipotent ne peut rien. Enfin', le droit illimité à la propriété territoriale fit sa réapparition et se maintint en Chine. Cela dure depuis tantôt mille aus. Les Fils du ciel après avoir essayé de faire du vieux avec du neuf, du neuf avec du vieux, se sont résignés au lieu commun en cette matière ; qu’ils soient un exemple pour ceux qui parmi nous cherchent une solution daus la même voie et s’imaginent que l’État propriétaire et répartiteur de terres nous tirerait d'embarras. 11 n’y a que l'intérêt particulier pour mettre la terre en valeur, que la propriété individuelle et la libre association des individus pour en extraire les trésors au prix du travail intéressé menacé par la concurrence. « Un repos lent et durable, disent les théoriciens du statu quo chinois, un cours uniforme do toutes choses maintiennent l'ordre actuel. Tout marche de soi-même saus que personne y songe. Mais quand la moiudre atteinte est portée à cet ordre établi, l’édifice entier croule. »

I/O Kl K NT.

Méditons cotte leçon que nous donne le céleste empire : les peuples en faisant des réformes se dispensent de faire des révolutions. Qu’un pays soit bouleversé, que des gouvernements succèdent à des gouvernements, que des noms nouveaux figurent sur des choses anciennes, si le changement n’atteint pas les âmes et les volontés il n’y aura qu’une révolution de plus qui aggravera le sort de ce peuple et qui le fondra plus incapable encore de se réformer. De ces changements intérieurs, le Chinois n’en a point fait, en fera-t-il ? S'il en faisait, il cesserait d’être Chinois. La Chine est la patrie idéale do l’uniformité administrative, gouvernementale et morale; elle a fait du pays une lande, de ses habitants de la poussière humaine. Ceux-ci s’en rapporteut aux mandarins, leure préfets, pour les gouverner, et s’endorment dans l’inertie politique jusqu’à ce qu’ils se réveillent en sursaut dans le frénétique délire d’un bouleversement général. € Les mandarins, diseut-ils, sont chargés de s'occuper des affaires de l’État, ils sont payés pour cela... nous serions bien fous de faire de la politique *. »

Si la France n’avait du génie, elle serait devenue la Chine de l’Ëurope. Elle a pratiqué le système chinois, celui de l’absorption de l’individu et de la société par l’État, lo système de l’Élat-fétiche, jusqu’à l'abus et presque jusqu’à la mort. C’est à ce système qu’elle doit s’arracher si elle veut renaître. On prône l’instruction comme un moyen certain de régénération. Sans doute l’instruction est utile, pour nos sociétés démocratiques elle est nécessaire, et l’on n’insistera pas trop là-dessus.

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