‹ Considérations sur l'histoireChapitre 5 sur 143 · I. Sbakapears · texte numérisé non relu

I. Sbakapears

INTRODUCTION. 41

anachronisme fatal, il n’a rien compris à son époque, il a pensé et vécu dans l’antiquité, en ] visionnaire. Aussi n’est-ce plus à la fin qu’un fou glorieux que son imagination précipite à travers tout vers l’impossible.

Plutarque est d’avis qu’ Alexandre n’eût pas accepté l’empire des Perses afin d’avoir la gloire de le conquérir. Ce n’est pas l'ambitieux qui répétera jamais en compagnie du philosophe :

Que noos faut-il ? un loit, la santé, la famille;

Quelques amis, l'hiver, autour d'un feu qui lirille ;

Un esprit sain, un cœur de bienveillant conseil,

Et quelque livre, sus champs, qu'on lit loin du grand nombre. Assis, la tâte à l'ombre,

Et les pieds au soleil

Retirer son âme de la presse, suivant l’expression du judicieux Montaigne, n’est point sou fait. Il faut qu’il foule les hommes en ses pressoirs , il a sa coupe à remplir. Il n’y a donc pas de danger que la terre s'endorme dans la paix, l’ambition veille. « L’ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe et ne laisse respirer une nation que pour en frapper d’autres *. » Si du moins l'épée des grands exterminateurs ouvrait des brèches à la civilisation, si de ces déluges de sang et de larmes l’humanité sortait retrempée et plus forte! Mais que reste-t-il de tant de bouleversements? « Ceux-là dont la renommée coûte si cher au genre humain, que laissent-ils après eux? Un bruit, un souvenir mêlé avec celui de désastres fameux ; mais rien qui soit proprement d’eux ; nul mo-

t Lebrun.

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