Joseph de Maistre
42 OONSI I)lî RAT IONS SUR L’HISTOIRE.
nument, nulle œuvre de leur intelligence qui les représente aux hommes. Par les arts seuls qu’ils ignorent, ils vivent dans la mémoire, et leur gloire, toujours indépendante du labeur d’autrui, périt si quelqu’un ne'prendsoin do la conserver; Car enfin, qu’cst-cc qu’une gloire dont aucun titre no subsiste? Qu’est-ce qu’un nom tout seul dans la postérité? Ceux-là vraiment ne meurent point dont la pensée vit après eux. Alexandre fut grand guerrier, ou le dit, je le veux croire; mais Homère est grand poêle, je lo vois, j’en juge par moi-même, et si je l’admire c’est avec pleine connaissance, non sur la foi des traditions. Raphaël respire encore et parle dans scs tableaux. La Fontaine m’est mieux connu que si, lui vivant, je le voyais sans lire ce qu’il a écrit. On peut même dire que ces hommes-là gagnent à mourir et que leur dme, qu’ils ont miso tout entière dans leurs ouvrages, y paraît plus noble et plus pure, dégagée do ce qu’ils tenaient de l’humanité; mais vos guerriers, leurs équipages, leur suite, leurs tambours, leurs trompettes fout tout leur être, et, perdant cela, qu’ils vivent ou meurent, les voilà néant1. »
En 1813, au retour de Russie, Drouot et la garde fout une trouée; les canons, d’après un témoin, « roulaient dans une boue de chair humaine. » C’ost là ce qu’on trouve sous le char des triomphateurs.
« Les vraies conquêtes, les seules qui ne donnent aucun regret, sont celles que l’on fait sur l’ignorance. L’occupation la plus honorable, comme la plus utile pour les nations, c’est de contribuer à l’extension des idées hu-