‹ Considérations sur l'histoireChapitre 66 sur 143 · I. Mahabharata. — Adi — Parva · texte numérisé non relu

I. Mahabharata. — Adi — Parva

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de ses dieux, il fut polythéiste sans être idolâtre. Le code de Manou renferme des menaces à l’adresse de ceux qui feraient voir des idoles au peuple, et les Grecs qui ont visité l’Inde en ces âges anciens ne disent pas qu’ils aient rencontré nulle part de figures sculptées ou peintes des dieux dont ils font mention. Mais lorsque dans une période postérieure les prêtres de Bouddha eurent élevé des temples et figuré Bouddha aux yeux, l'idolâtrie gagna le brahmanisme, s’étendit et fit rage au sein de l’élément populaire. C'est de cet élément qu’ont émergé ces divinités multiformes et multicolores, aux têtes, aïix yeux, aux liras innombrables, monstres divins qui étonnent la raison et choquent le goût, prodigieuses créations où l’art de l’Indou enfin délivré du frein sc donne carrière dans l’excentricité. Le peuple a gagné sa cause, et dans ce débordement le brahmanisme ne voit plus d’autre remède que de livrer sa barque au courant : elle n’en est plus sortie et c’est dans une mer de puérilités monstrueuses qu’elle s’est perdue.

L’ascète, au temps de l’apogée, est le vrai roi de la société brahmanique, la royauté et les dieux eux-mêmes s’inclinent devant lui. Il est le porte-sceptre de l’Inde qu’il gouverne en gouvernant ses maîtres. « Sur les bords du Mâline que sillonnent en se jouant de nombreux couples de cygnes éclatants de blancheur, le roi Douchmanla aperçoit un bocage consacré qu’il juge, par tout ce qui frappe ses regards à l’entour, devoir servir de retraite à quelque saint personnage, et cet heureux coin de terre renfermait en effet dans son sein l’ermitage paisible de l’illustre descendant du grand Casyapa, le prophète Cauoua. De distance en distance, le long du

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fleuve, des groupes d’yatis !, de vénérables mounis1 2, se livraient à leurs exercices pieux ; et de divers points s’élevait majestueusement dans les airs la flamme brillante du sacrifice.

« Rempli d’uu saint respect, le roi Douclimanta dépose ses insignes, et, après avoir donné oidre à son cortège de l’attendre, pénètre, accompagné seulement de son ministre et de sou grand prêtre, dans le bocage où l’air retentit de toutes parts du chant mélodieux des Yédas. A chaque pas qu’il fait dans cette religieuse enceinte, sem- > 1 «labié à la demeure du céleste Iîralima, il sent croître en lui le plus vif enthousiasme. Ici ce sont des brahmanes qui dissertent avec profondeur sur les passages obscurs de leurs livres sacrés; là, de vénérables gourous3 initient leurs pupilles aux rites des sacrifices ; plus loin, d’habiles pandits 4 cherchent à porter, la lumière dans le ténébreux dédale de la plus subtile métaphysique; ailleurs, des poètes inspirés chantent en vers sublimes les exploits des héros, tandis que d’innombrables rapasouis5, dans le dessein d’anéantir la fougue de leurs sens, ou s’infligent les peines les plus dures, ou, plongés dans la plus haute contemplation, immobiles, sont déjà confondus en esprit dans 1’incorruptiblo essence de Brahma. »

Ce tableau du Mahabharala résume l’Inde brahmanique dans ce seul mot : ascétisme.

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