Légende de Samgha. — Eug. Burnouf
son, renferment tout ce qu’ont dit les Bouddhas; c’est pourquoi on les appelle souvent Bouddha vatchana , « la parole des Bouddhas » ou Mûla Grantka, « le livre du texte. » Les Chinois expliquent ce terme de la même manière. D’après M. Landresse, il signitie a les doctrines attachées ou cousues, » et contient tous les enseignements saints où l’on traite de la loi en discours suivis, longs ou courts. « Rédigés en général sous une forme et dans un langage très-simple, les Sûtras gardent la trace visible de leur origine. Ce sont des dialogues relatifs à la morale et à la philosophie, où Çakya remplit le rôle de maître. Loin de présenter sa pensée sous cette forme concise quicstsifamilièreàTenseignementbrahmanique, il la développe avec des répétitions et une diffusion fatigante sans doute, mais qui donnent à son enseignement le caractère d’une véritable prédication... Au lieu de cet enseignement mystérieux confié presqu’en secret à un petit nombre d'auditeurs, au lieu de ces formules dout l'obscurité étudiée semble aussi bien faite pour décourager la pénétration du disciple que pour l’exercer, les Sùtras nous montrent autour.de Çàkya un nombreux auditoire, composé de tous ceux qui veulent l'écouter, et dans son langage ce besoin de se faire comprendre qui a des paroles pour toutes les intelligences, et qui, par ses perpétuelles répétitions, ne laisse aucune excuse aux esprits les moins attentifs ni aux mémoires les plus rebelles. Cette différence profonde est dans l’ensemble même du bouddhisme, doctrine dont le prosélytisme est le trait caractéristique ; mais le prosélytisme lui-même n’est qu’un effet de ce sentiment de bienveillance et de charité universelle qui anime le Bouddha, et qui est à la fois la cause
CONSIDÉRATIONS SI R L'IUSTOIHK.
et le but de la mission qu’il se donne sur la terre1. »
Un SAtra commence toujours par ces mots : Voici ce qui a été entendu par moi ; — l’enseignement, oral d’abord et traditionnel, recueilli plus tard, transformé, remanié, donna naissance aux évangiles du bouddhisme, aux livres de la parole. Ses apôtres étaient d’infatigables prêcheurs, s'il faut en croire les cent brahmanes qui, à la vue d’un disciple de Bouddha s’avançant vers leur ermitage, se dirent les uns aux autres : « Continuons de nous livrer à nos occupations ordinaires (c’est-à-dire ne faisons semblant de rien), car ces Cramanas, filsdeÇakya, sont de grands parleurs ; il faut qu’aucun d’entre nous ne dise un mot à celui-ci. »
Ces excellents brahmanes pratiquaient d’instinct le sage précepte de l’Ecclésiaste : « Ne dispute point avec un grand parleur, et n’entasse pas de bois dans son feu. »
Ils pratiquaient encore mieux la malpropreté. « Un jour des mendiants nus se trouvaient réunis pour prendre leurrepasdansla maisonde la belle-mère de Sumâgadha, fille d’Anâtha pindika. La belle-mère dit à sa bru : Ma fille, viens voir des personnages respectables. Sumâgadha se dit en elle-même : Sans doute on a invité des grands auditeurs, comme le Sthavira Çâradvâti puttra, Mahà Mâudgalyàyana, et d’autres. Elle sortit donc pleine de joie etdesatisfaction; maisellen’eutpasplutôt vu cesmendiants portant leurs cheveux en forme d’ailes de pigeon, sales, n’ayant d’autres vêtements que les souillures dont ils étaient couverts (ils n’étaient pas vêtus de poésie comme l’antique), exhalant une mauvaise odeur, nus et sembla-