‹ Considérations sur l'histoireChapitre 72 sur 143 · Tète ovale · texte numérisé non relu

Tète ovale

î. Légende de Samgha. — Type do la beauté aryenne, très-différent du nègre ou du mongol.

iôO CONSIDÉRATIONS SUR L HISTOIRE.

Bouddha répandait autour de soi cet amour de la dialectique qui est le caractère intellectuel de sa prédication. Une femme portée vers ses idées convainc sou frère, un brahmane, d’une faute de raisonnement; le brahmane aussitôt de se retirer dans la solitude et de se mettre à étudier, il devient l>ouddbiste. Voici un échantillon de la manière de Bouddha où se trouve eu même temps résumée sa doctrine :

• Ce corps naturel et grossier, ô Agni vaiçyâyana, est formé des cinq grands éléments. Un auditeur respectable doit s’arrêter dans la considération que le corps est perpétuellement soumis à la naissance et à la mort. Il doit s'arrêter dans la considération de l’absence d’attachement, dans celle de l’anéantissement, dans celle de l’abandon. Quand un auditeur respectable s’arrête dans la considération que le corps est perpétuellement soumis à la naissance et à la mort, alors ce qu’il éprouve en son corps d’amour, d’attachement, d’affection, de complaisance, de passion pour ce corps même, tout cela, vaincu par son esprit, ne subsiste pas.

«11 y a, ô Agni vaiçyâyana, trois espèces de sensations; et quelles sont ces trois espèces? Ce sont la sensation agréable, la sensation désagréable et la sensation qui n’est ni agréable ni désagréable. Dans le moment où un auditeur respectable et qui a beaucoup étudié perçoit une sensation agréable, les deux autres sensations, à savoir la sensation désagréable et la sensation indifférente, n’existeul pas pour lui ; l’auditeur respectable ne perçoit en ce moment que la sensation agréable; mais cette sensation elle-même est passagère et soumise à l’anéantissement. Dans le moment où un auditeur respectable perçoit

«ne sensation désagréable, les deux autres sensations, à savoir la sensation agréable et la sensation indifférente, n’existent pas pour lui: l’auditeur respectable ne perçoit en ce moment que la sensation désagréable, mais cette sensation elle-même est passagère et sujette à l’anéantissement. Dans le moment où un auditeur respectable perçoit une sensation indifférente, les autres sensations, à savoir la sensation agréable et la sensation désagréable, n’existent pas pour lui, l’auditeur respectable ne perçoit en ce moment que la sensation indifférente ; mais celte sensation elle-même est passagère et sujette à l’anéantissement.

« Alors il fait cette réflexion : quelle est la cause, quelle est l’origine, quelle est la naissance, quelle est la production de ces sensations T C'est le contact qui est la cause, l'origine, la naissance, la production de ces sensations. Quand a lieu la production de tel et tel contact, telles et telles sensations sont produites ; quand a lieu la cessation <le tel et tel contact, telles et telles sensations cessent également, sont calmées, sont refroidies et disparaissent. Quelle que soit la sensation qu'il perçoive, qu'elle soit agréable, désagréable ou indifférente, il en connaît dans leur réalité l’origine, l’anéantissement, la diminution, l’apparition et la production. Connaissant ainsi dans leur réalité, l’origine, l’anéantissement, etc., de ces sensations, quand ces sensations viennent à se produire, il s’arrête dans la considération qu’elles sont passagères, dans la considération de l'anéantissement, dans celle de l’absence d'attachement, dans celle de la cessation, dans celle de l'abandon. Éprouvant une sensation qui dure autant que dure son corps, il connaît telle qu’elle est cette vérité : je

perçois une sensation qui dure autant que mon corps. Éprouvant une sensation qui dure autant que sa vie, il connaît telle qu’elle est cette vérité : j’aperçois une sensation qui dure autant que dure ma vie. Et après la dissolution de son corps, comme aussi quand sa vie n’atteint qu’à la moitié de sa durée, toutes les sensations perçues par lui en ce monde même, cessent sans qu'il en reste rien, disparaissent, sont détruites, sont anéanties sans qu’il en reste rien. 11 fait donc la réflexion suivante : M ême pendant que je percevrai une sensation agréable, la dissolution de mon corps aura lieu; c’est là qu’est le terme du plaisir. Même pendant que je percevrai une sensation désagréable, ou une sensation indifférente, la dissolution de mon corps aura lieu : c’est là qu’est le terme de la douleur. Même quand il perçoit une sensation agréable, il la perçoit détaché et non attaché. Même quand il perçoit une sensation désagréable ou indifférente, il la perçoit détaché et non attaché. Et de quoi est-il détaché? Il l’est de l'attachement, de l’aversion, de l’erreur; il l’est de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, du chagrin, des lamentations, de la douleur, des inquiétudes, du désespoir, des misères. Voilà, ô Agni vaiçvâyana, ce que je dis. »

Suivant une légende populaire, ces paroles se font entendre dans le ciel, quand y pénètrent les rayons lumineux produits par le sourire de Çakva :

« Cela est passager, cela est misère, cela est vide, cela est privé de substance. »

Ce fils de roi qui a descendu les marches du trône pour s’en aller, le sac du mendiant sur les épaules, prêcher la délivrance aux malheureux vivants, ne redoute rien :

LORIENT. Î63

comment craindrait-il la mort qu'il a vaincue eu détruisant le germe des renaissances 1 Mais ses disciples auront-ils la même fermeté et leur courage ne faiblira-t-il pas devant les obstacles ? C’est en ces termes qu'il met à l'épreuve un néophyte impatient d’aller répandre la bonne nouvelle :

« Par cette exposition, ô Pûrna, je viens de t’instruire d'une manière abrégée. Où veux-tu maintenant habiter? où veux-tu fixer ton séjour? — Par cette exposition, seigneur, répoudit Pùrna, Bhagavat vient de m’instruire d’une manière abrégée ; jedésire habiter, je désire fixer mon séjourdansle pays desÇrôuâparàntakas. — Ils sontviolants, ô Pùrna, les hommes du Çrônâparùuta ; ils sont emportés, cruels, colères, furieux, insolents. Lorsque les hommes du Çrônâparânta, ô Pùrna, t’adresseront en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, quand ils se mettront en colèré contre toi et qu’ils t’injurieront, que penseras-tu de cela? — Si les hommes du Çrônâparânta, ô seigneur, m’adressent eu face des paroles méchantes, grossières et insolentes, s’ils se mettent en colère contre moi et qu’ils m’injurient, voici ce que je penserai de cela : ce sont certainement des hommes bons que les Çrônâparàntakas, ce sont des hommes doux, ceux qui m’adressent en face des paroles méchantes, grossières et insolentes, ceux qui se mettent en colère contre moi et qui m’injurient, mais qui ne me frappent ni de la main ni à coups de pierres. — Ils sont insolents, ô Pùrna, les hommes du Çrônâparânta (etc. comme ci-dessus). Si les hommes du Çrônâparânta te frappent de la main ouà coups de pierres, que penseras- tu de cela'? — Si les hommes du Çrônàparânta,ô seigneur, me frappentdela mainou àcoups

de pierres, voici ce que je penserai.d’eux : ce sont certainement des hommes bons que lesÇrônâparàntakas,cesont des hommes doux, eux qui me frappent de la main ou à coups de pierres, mais qui ne me frappent ni du bâton ni de l’épée. — Ils sont violents, ô Pûrna, les hommesdu Çrônâparànta... Si les hommes du Çrônâparànta te frappent du bâton ou de l’épée, que penseras-tu de cela ? — Si les hommes du Çrônâparànta, ô seigneur, me frappent du bâton ou de l’épée, voici ce que je penserai de cela : cesonlcertainementdes hommes bons quelesÇrôuâparàutakas, ce sont des hommes doux, eux qui me frappent du bâton ou de l’épée, mais qui ne me privent pas complètement de la vie. — Ils sont violents, ô Pûrna, les hommes du Çrônâparànta... Si les hommes du Çrônâparànta te privent complètement de la vie, que penseras- tu de cela? Si les hommes du Çrônâparànta, ô seigneur, me privent complètement de la vie, voici ce que je penserai de cela. Il y a des auditeurs de Bhagavat, qui, à cause de ce corps rempli d’ordures, sont tourmentés, couverts de confusion, méprisés, frappés à coups d’épée, qui prennent du poison, qui meurent du supplice de la corde, qui sont jetés dans les précipices. — Ce sont certainement des hommes bons que les Çrônâparântakas, ce sont des hommes doux, eux qui me délivrent avec si peu de douleur de ce corps rempli d’ordures. — Bien, bien, Pûrna; tu peux, avec la perfection de patience dont tu es doué, oui, tu peux habiter, fixer ton séjour dans le pays des Çrônâparàntakas. Va, Pûrna, délivré, délivre ; arrivé à l’autre rive, fais-y arriver les autres; consolé, console; parvenu au Nirvâua complet, fais-y arriver les autres. »

Uii jour que Bouddha prêchait la loi de la délivrance.

L’ORIENT

un néophyte qui n’avait reçu l’investiture que depuis un demi-mois se tenait derrière lui, ayant à la main un chasse-mouche avec lequel il éventait sou maître. Cette réflexion lui vint alors à l’esprit : » Bhagavat célèbre le détachement, la cessation, le renoncement. Pourquoi ne m’arrêterais-je pas dans la considération de l’abandon, dans la considération du détachement, dans celle de la cessation, dans celle du renoncement? En conséquence le respectable C:\riputra setant arrêté dans la considération que les conditions étaient passagères, qu’elles étaient sujettes à périr; s’étant arrêté dans la considération du détachement, de la cessation, du renoncement, débarrassa, en n’en admettant aucune, son esprit de toutes ses imperfections. »

Écoutez, vous qui êtes travaillés et chargés; le Nirvana est l’asile, le NirvAna est lerefuge, le NirvAna est le port: « Beaucoup d’hommes, chassés par la crainte, cherchent un asile dans les montagnes et dans les bois, dans les ermitages et auprès des arbres consacrés.

« Mais ce n’est pas le meilleur des asiles; ce n'est paslà le meilleur refuge, et ce n’est pas dans cet asile qu’on est délivré de toutes les douleurs.

« Celui, au contraire, qui cherche un refuge auprès de Bouddha, de la loi et de l’assemblée, quaud il voit avec la sagesse les quatre vérités sublimes,

« Qui sont la douleur, la production de la douleur, rauéantissement de la douleur et la marche qui y conduit... voie sublime, salutaire qui mène au Nirvana,

« Celui-là connaît le meilleur des asiles, le meilleur refuge; dès qu’il y est parvenu, il est délivré de toutes lesdouleurs. »

Le formalisme s’évanouit devant Bouddha et ses apôtres, le formalisme aussi n’est que vanité :

« En conséquence le respectable Samgha Rakchita se mit à instruire cette réunion de brahmanes 1 : ce n’est ni la coutume de marcher nu, leur dit-il. ni les cheveux nattés, ni l’usage de l’argile, ni le choix des diverses espèces d’aliments, ni l’habitude de coucher sur la terre nue, ni la poussière, ni la malpropreté, ni l’attention à fuir l’abri d’un toit, qui sont capables de dissiper le trouble dans lequel nous jettent les désirs non satisfaits ; mais qu’un homme maître de ses sens, calme, recueilli, chaste, évitant de faire du mal à aucune créature, accomplisse la loi, et il sera, quoique paré d’ornements, un brahmane, un çramana, un religieux. »

Ne croit-on pas entendre Jésus parlant aux pharisiens?

« Les brahmanes l’entendirent et firent cette réflexion: Ce langage est conforme aux sentiments d’un brahmane ; et par suite, il vint auprès de lui un brahmane d’abord, puis deux, puis trois, jusqu’à cequ’enfin ils vinrent tous auprès de lui.

« Bhagavat leur donna ensuite l’enseignement ; et après de longs efforts, après des études et une application profondes, ils obtinrent par l’anéantissement de toutes les conceptions du mal de voir face à face l’état d’arhat. Devenus arhats, affranchis de tout attachement pour les trois mondes, envisageant du même regard l’or et une motte de terre, considérant comme égaux l’espace et la paume de leur main, ayant les mêmes sentiments pour

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