‹ Considérations sur l'histoireChapitre 73 sur 143 · Légende de Samçha · texte numérisé non relu

Légende de Samçha

LüIlIENT.

le bois de sautai et pour la hache (qui le coupe), avant brisé au moyen de la sagesse la coquille de l’œuf, ayant acquis la science, les connaissances surnaturelles et la sagesse accomplie, tournant le dos à l’existence, au gain, aux plaisirs et aux honneurs, ils devinrent de ceux que tous les dévas, accompagnés d’Indra et d’Upêndra, adorent, honorent et saluent. »

Bouddha, uon moins compatissant que Jésus mais plus dialecticien, trahit des origines plus philosophiques. Vers l’époque où Çakya-Mouni surgit, le brahmanisme arrivé à sou plus haut degré de tension voyait s’élever à côté de lui trois écoles philosophiques partagées entre trois systèmes principaux, le vedantà, le mimansa, le sankhya ; de môme qu’à l’époque où Jésus se mit à méditer dans la solitude la régénération morale du peuple juif, les esséniens, les sadducéens, les pharisiens, sans négliger les sectes venues de Grèce et d’Alexandrie, se disputaient le terrain. Le système du vedanlà, issu des Védas, était un essai de traduction philosophique des plus anciens livres sacrés de l'Inde, auxquels s'efforcait toujours de se rattacher l’orthodoxie des brahmes par des interprétations où la souplesse de l’imagination le disputait à la subtilité de l’esprit. Le système du mimansa, devançant Kant de plus de deux mille ans, proclamait l’illusion du monde objectif ou phénoménal, et l’absorption de ce monde dans l’unique substance de Brahma. Le système sankhya, qui a pour auteur Kapila, proclame au contraire et cherche à prouver que la pluralité seule est substantielle, qu’il n’y arien que des êtres et des individus, que la nature une est sans intelligence, que les âmes multiples seules en sont douées ; i. is

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que la nature sans pensée et les âmes dont la pensée est l’essence n’ont entre elles aucun rapport possible. Ne serait-ce pas en souvenir de cette doctrine qu’un religieux adresse à Bouddha celte magnifique parole : <1 La nature de la pensée est celle de la lumière. » La doctrine du mimansa et celle du saukhya, si différentes qu’elles soient, visent ensemble à délivrer les esprits de leurs chaînes en les [délivrant de l’illusion de la matière. De même qu’il y a des affinités visibles entre la doctrine de Jésus et celle des esséniens, il y en a d’évidentes entre celle de Bouddha et de Kapila. La doctrine sankliya admet , dit Burnouf , « la multiplicité et l’éternité des âmes humaines, en physique l'existence d’une nature éternelle, douée de qualités, se transformant d’elle-même, et possédant les éléments des formes que revêt l’âme humaine dans le cours de son voyage à travers le monde. » Dieu manque. Imbue d'athéisme et de métempsycose, que lui manque-t-il pour devenir le bouddhisme? Il lui manque le cœur de Bouddha s’ouvrant aux lamentations humaines et son esprit imaginant le nirvâna pour en sortir.

M. Hodgson a découvert au Népal quatre grandes écoles nées du bouddhisme, parmi lesquelles une école naturaliste, la plus ancienne et la plus rapprochée, ce semble, de la source, car les influences et solutions brahmaniques prévalent dans les autres qui cherchent à établir la personnalité divine, l’effort créateur et l'action. Quand on demandait aux partisans de cette école : D’où viennent les êtres? ils répondaient : Svabhâvât, « de leur nature propre. » — Et où vont-ils après celte vie ? — Dans d’autres formes produites par l’influence irré-

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sistible de celle môme nature. — Et pour échapper à cetle inévitable nécessité de la renaissance, où faut-il qu’ils aillent? — Dans le vide. » Ce vide, ajoute Burnouf, est ce que les bouddhistes appellent Çunyatâ, « la vacuité ; » état qui selon les Svâbliavikas les plus rigides est un bien quoiqu'il ne soit rien ; car hors de là l’homme est condamné à passer éternellement à travers toutes les formes de la nature, condition à laquelle le néant môme est préférable.

L’Allemagne a créé les mots de moi et de non-moi, de subjectif et d’objectif pour désigner l’homme et la nature extérieure ; sonjévolution métaphysique a tourné autour de ces termes. Kant et Fichte sont du côté du subjectif, la philosophie sceptique doute môme du moi, le panthéisme de Hegel et de Schelling affirme l’identité du subjectif et de l’objectif, du moi et du non-moi. Les discussions philosophiques de l’Inde roulent déjà dans le même cercle de controverses. Doctrine de l'émanation, le brahmanisme tire toutes les âmes de l’unité pour les y ramener toutes ; il n’admet pas de multiplicité psychique essentielle. Le bouddhisme qui supprime l’une des données du problème, l’unité, en supprimant Dieu, part au contraire de la multiplicité essentielle des âmes qu'il suppose régies, chacune, par la loi générale mais individuellement inhérente de la métempsycose, et conclut à la suppression de l’àme afin de supprimer ses renaissances, sans s’inquiéter de savoir si l’âme individuellement substantielle peut être supprimée en substance. Le brahmanisme est plus conséquent dans sa conclusion avec son point de départ : il va de Brahma, à travers l’existence ou les existences, à Brahma. Mais il ne nous apprend pas

davantage comment les âmes diverses issues de la substance unique s’en dégagent sans la disséminer, ni comment elles s’en distinguent sans avoir une existence réellement personnelle.

L’auteur du sankhya enferme Dieu dans ce dilemme : S'il y avait un Dieu, ou bien il serait indépendant du monde, ou bien il serait lié au monde. Il ne peut en être indépendant, car s'il l'était, rien ne le déterminerait à créer, et s'il était enchaîné au monde, dépendant du monde, il serait limité par celui-ci, il ne pourrait être omniscient*. Quanta Bouddha, il est tellement athéequ’il ne discute pas même la question de l’existence de Dieu : la discuter c’est la poser, la poser c’est supposer que Dieu peut exister. Dans son vaste et radical désenchantement où se réfléchissait le monde, il ne lui restait que deux voies ouvertes — ne pas admettre Dieu, ou le supposer méchant. La supposition intermédiaire qui l’admettrait comme bon mais non comme tout-puissant se trouve exclue dès que l’on est persuadé que rien absolument n’est bon de ce qui est, que toute vio n’est que misère, déception, souffrance sans espoir. Il n’est pas besoin de forcer outre mesure la note bouddhiste, pour en arriver à considérer la nature non comme une mère bienveillante — aima mater — mais comme une puissancemystificatricedontlescréatures seraient lesjouets et les dupes. Elle les environne d’un voile magique et trompeur, elle les amorce à l’aide d’appâts illusoires qu’elle promène devant des affamés qui les suiventétourdiment. Que leur appétit les happe, il ne reste bientôt de

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