‹ Considérations sur l'histoireChapitre 78 sur 143 · I. ftamayanâ · texte numérisé non relu

I. ftamayanâ

L’ORIENT

une autre condition : aussi tout homme ici- bas qui pleure un défunt, lui consacre des larmes qui ne sont point dues à son trépas. La mort est une caravane en marche, tout ce qui respire est placé dans sa route et peut lui dire : « Moi aussi je suivrai les pas de ceux que tu emmènes aujourd’hui !... L'oiseau est fait pour voler et le fleuve pour couler rapidement, mais l’àuie est donnée à l’homme pour la soumettre au devoir ; les hommes sont appelés avec raison les attelages du devoir. »

Telles sont les paroles de consolation que Ramà, ce modèle à la fois de l’héroïsme guerrier et de l’héroïsme moral, adresse à son frère Bharatà qui se désole sur la mort de leur père. Et Bharatà de lui répondre :

« Combien y a-t-il d’hommes tels que toi dans le monde, invincible dompteur de tes ennemis? Tu n’es pas troublé par la douleur et le plaisir ne pourrait t’enivrer de sa joie : tu possèdes l’estime de tous les vieillards autxnt qu’tndra jouit de l’estime parmi les habitants du ciel.

« Tu possèdes une Ame semblable aux Ames des immortels, tu es maguanime, tu es fidèle à tou alliance avec la vérité même ! Le plus accablant de tous les chagrins ne peut te renverser, loi qui, doué de telles vertus, connais si bien ce que c’est que naître et mourir. *

Et Bkaralâ supplie son frère de revenir auprès de lui. Mais RarnA a promis à son père de laisser la couronne à RharatA, et tout eu « ramenant son esprit vers la pensée du retour , il demeure ferme sans quitter des yeux les paroles de son père. » RharatA tombe alors à ses genoux, Ramà le relève, fait asseoir comme uu enfant sur le siège musculeux de sa cuisse le jeune homme

au teint azuré, aux yeux charmants comme les pétales du lotus, à la voix semblable au roucoulement du cygne quand il s’avance ivre d'amour, et lui tient ce langage :

« Telle qu’elle est, ton intelligence, qui tient de sa nature seule la science de gouverner les hommes , peut très-bien sutlire 'à gouverner môme les trois mondes. Écoute, jeune roi, quels modèles Indra, le soleil, le vent, Yama, la lune, Varouna et la terre mettent sous nos yeux dans leur conduite invariable. Tel qu’Indra fait pleuvoir durant les quatre mois humides, tel un grand monarque doit inonder son empire de ses bienfaits. De môme que le soleil ravit l’eau huit mois par la puissance de ses rayons, il faut toujours qu’un roi dise :

« Puissé-je amasser ainsi des trésors avec justice 1 C’est le vœu qu’on appelle solaire. Comme le vent circule partout et pénètre dans tous les êtres, il faut qu’un roi s'introduise en tous lieux par ses émissaires, et c’est la partie de ses fonctions qu’on appelle ventale. Tel qu’Yama, une fois l'heure venue, pousse dans la tombe également l'ami ou l’ennemi; tel il faut qu’après un mûr examen tout monarque soit le môme pour celui qu'il aime ou celui qu’il n’aime pas. De même que nous voyons partout Varouna lier ce globe avec la chalue des eaux, de môme le devoir appelé neptunien d’un roi, c’est d'enchainer les brigands et les voleurs en tous lieux.

« Tel que l’aspect de la lune brillant à disque plein verse la joie dans les cœurs; ainsi tous les sujets doivent se réjouir en lui, et c’est l’obligation royale nommée lunaire. Comme la terre sans relâche porte également tous

L’OR I E XT.

les êtres, tel c’est pour un monarque le devoir appelé terrané de soutenir, sans manquer même au dernier , tous les sujets de son empire*. »

Nous avons mis à la royauté le frein des constitutions, plus sûr que celui des métaphores bien qu’il se rompe encore trop aisément, mais la monarchie théocratique étant donnée avec l’Orient comment imaginer une morale du pouvoir et plus ingénieuse et plus austère? Cette morale est aussi le frein du guerrier, car « l’arme est dans la main du kshatrya pour empêcher que l’oppression ne fasse crier le malheureux. » La chevalerie n’a pas eu d’autre maxime. Hélas! nous savons combien il y a loin dans tout pays des préceptes à l’action, et combien partout où existent des hommes ils aiment mieux maximer leurs pratiques que de soumettre leurs pratiques à leurs maximes. Ils s’entendent merveilleusement à tourner leur propre conscience lorsque leur intérêt, leur paresse ou leurs passions les y convient; ils abondent en sophismes pour se persuader à eux-mêmes que le bien qu’ils proclament et le mal ne sont pas incompatibles, la règle n'étant point faite pour les cas exceptionnels où toujours ils prétendent se trouver. Sur la foi de ces admirables préceptes de justice, nous ne tiendrons donc pas le peuple indou quitte des infirmités de la pratique; nous n’en recueillerons pas moins avec le respect qui leur est dû ces témoignages que la conscience humaine s’est donnésà soi-même il y aplusieurs milliers d’années chez un peuple que n’avait point visité la prédication fraternelle de l’évangile.

i. Ramayanâ.

Le Ramayaua s'ouvre par un tableau qui nous donue de l’Inde ihéocratique la plus rianle idée :

« 11 est, dit-il, une vaste contrée, grasse, souriante, abondante en richesses de toute sorte, en grains comme en troupeau*... Là était une ville célèbre dans tout l'univers et fondée jadis par Manou, le chef du genre humain.

« Heureuse et Itelle cité, larg8 de trois yandjanas, el'e étendait sur douze yandjanas de longueur son enceinte resplendissante de constructions nouvelles. Munie de portes à des intervalles bien distribués, elle était percée de grandes rues, largement développées, entre lesquelles brillait aux yeux la rue Royale, où des arrosements d’eau abattaient le vol de la poussière. » — line rue de Rivoli ! —

« De nombreux marchands fréquentaient ses bazars, et de nombreux joyaux paraient ses boutiques. Imprenable, de grandes maisons en couvraient le sol, embelli par des bocages et des jardins publics. Des fossés profonds, impossibles à franchir, l’environnaient; ses arsenaux étaient pleins d’armes variées, et des arcades ornementées couronnaient ses portes où veillaient continuellement des archers.

« Un roi magnanime, et de qui la victoire ajoutait journellement à l’empire, gouvernait alors cette ville, comme Indra gouverne son Amaravati, cité des immortels. »

Cette heureuse cité, capitale d’une contrée heureuse gouvernée par un roi magnanime et puissant, était « douée de tous les avantages que lui procurait une multitude variée d'arts et de métiers, toute remplie de chars,

(le chevaux et d’éléphants, bien approvisionnée en toute espèce d'armes, de massues, de machines pour la guerreet de çataghnàs' ; elle était bruissante et comme troubléepar la circulation continuelle de marchands, de messagère et de voyageurs qui se pressaient daus ses rues fermées de portes solides, et dans se3 marchés bien répartis à des intervalles judicieusement calculés. On voyait sans cesse mille troupes d’hommes et de femmes aller et venir daus son enceinte; et, décorée avec de brillantes fontaines, des jardins publics, des salles pour les assembléeset de grands édifices parfaitement distribués, il semblait encore, à ses nombreux autels pour tous les dieux, qu’elle était comme la remise où stationnaient ici-bas leurs chars aimés.

« En cette ville d’Ayaudhya était un roi, nommé Daearalha, semblable aux quatorze dieux, très-savant et dans les Védas et dans leur appendice, les six Angas, prince à la vue d’aigle, à la splendeur éclatante, également aimé des villageois et des citadins, roi saint, célèbre dans les trois mondes, égal aux Maharshis et le plus solide appui entre les soutiens de la justice. >

Le tableau monarchique suivant que nous donne le Mahabharatâ a je ne sais quel charme de rêverie qui fait penser aux paysages baignés dans le clair de lune.

■ « Le plus noble rejeton de l'antique et noble race de Pourou, le héros Douchmauta, régnait dans les temps anciens sur l’Inde tout entière. Les rivages seuls de la mer et les régions sauvages, retraite des farouches Mlétchas*, formaient les limites de son vaste empire. Fidèles aux-

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