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Le plus pudique des animaux : t’indou du règne animal

Mais la chose essentielle est le mutuel amour :

« Qu’une fidélité mutuelle se maintienne jusqu’à la mort, tel est, en somme, le principal devoir de la femme et du mari. »

a Celui-là est un homme parfait qui se compose de trois personnes réunies, sa femme, lui-même et son fils; et les Brahmanes ont déclaré cette maxime : le mari ne fait qu’une même personne avec son épouse. »

« Dans toute famille oit le mari se plaît avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. »

« Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites; mais lorsqu’on ne les honore pas, tous les actes pieux sont stériles*. »

— Honorez les femmes ! a dit Schiller.

Capable des plus nobles actes de dévouement et de la dernière perversité, à la fois, comme dit Labruyère, meilleure et pire que l’homme, la femme n’a guère le sens de la justice, chose trop abstraite pour elle, et qui ne parle pasà sa sensibilité et à son imagination : les madame Roland sont rares. L’amour de la justice est une vertu de l’homme, la vertu virile par excellence, car elle donne à l’homme sa valeur et sa dignité. Certes, la femme ne mérite pas toujours le mot de Rousseau qu’elle n’est qu’un grand enfant; son héroïsme d’amour est souvent admi-

i. Code de Manou.

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rable ! Cependant il est vrai de dire que les femmes comme les enfants préfèrent ce qui brille à ce qui éclaire, qu’elles s’attachent aux personnes plus qu’aux institutions et vivent de partialité. La femme ne peut s’empêcher d’aimer, mais quand elle aime quelque chose, derrière ce quelque chose se trouve généralement quelqu’un ; il y a du parti pris, celui de son cœur, dans ses enthousiasmes. L’autorité personnifiée, la majesté princière l’attirent plus que la majesté de la loi. Elle aime la force ou du moins le pouvoir, chose masculine ; l’éclat dans la force l’éblouit et volontiers en toute contrée l’attire, même la précipite sur le passage des princes : un regard princier la fascine, un royal sourire l’enivre; n’est-ce pas la puissance souveraine qui s’incline et se rend à la beauté plus forte ?

La femme dans l’Inde vit en pleine théocratie, le prince lui apparaît revêtu des rayons de la divinité. Quelle joie de trouver sous, ce rayonnement divin la chaleur humaine, un cœur sensible aux charmes de l’étemel fémininî Voici le roi Douchmanta qui part pour la chasse. Les femmes pour le voir accourent sur les terrasses : « Oh! s’écrient- elles délirantes, c’est l’intrépide Vasou lui-même : Indra armé de ses foudres s'avancerait avec moins de splendeur ! » Et mille mains charmantes faisaient à l’envi descendre sur lui une pluie de fleurs, tandis que de vertueux brahmanes, les bras tendus vers le ciel, cherchaieutàattirersurle monarque les faveurs de Brahma*. »

On comprend que des princes placés si fort au-dessus des vulgaires mortels se dispensassent de suivre en toute occurrence les règles de la morale vulgaire. Jupiter et

i. Maliabharala.

33i CO N SI DÉ HAT IONS SUK L'HISTOIRE.

Louis XIV passèrent sur mainte formalité, cela ne vaudrait pas la peine d’être dieu pour ne s’en point affranchir. Toutefois, si les monarques indous se dispensent assez volontiers des règles prescrites pour le mariage ordinaire, ils ne perdent jamais dans leurs rencontres cette exquise pudeur dont l’âme des Indous est tout imprégnée, qui s’échappe de celle des princes comme de celle des simples mortels et monte à leurs lèvre3 pour y éclore eu (leurs de langage, en images poétiques à la fois chastes et brûlantes.

Sacounlala surprise au fond de l'ermitage paternel par le roi Douchmanta le prie d’attendre le retour de l’anachorète alin qu’il dispose de sa main. Le royal amoureux n’est pas de cet avis : « Qu’est-il donc besoin de son consentement? répond-il avec feu; n’est-ce pas à l’ûme seule à se donner elle-même à l’ûmc aimante qui doit lui servir de refuge daus les plaisirs, comme dans les peines de la vie? D'ailleurs le divin Manou, notre grand législateur, en réglant les différents modes d’union propres aux diverses castes, a spécifié celui-là pour la noble race des kshatryas ; ne crains donc pas, chère Sacouutalà, en m’accordant ici ta main de ton propre mouvement, de commettre un acte répréhensible, et dont la vertu ait jamais à rougir.

u — Eh bien ! répond la vierge, les joues colorées de la plus aimable pudeur, s’il est vrai qu'en cédant à ton désir je ne pèche pas contre la sainte loi du devoir, s’il est vrai que je puisse ainsi que tu me le dis (et voudrais-tu me tromper!) disposer moi-même de mon cœur, écoute, ô Roi ! les conditions qu’ose t’imposer une fille timide : Si de l’union que nous allons contracter il doit résulter la

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naissance d'un fils, engage-moi ta parole royale de lui donner le titre de Youva-ràdja1, et de le foire reconnaître à tes peuples comme ton légitime successeur. »

Chacun est ici dans son rôle, Douchmanta dans son rôle d’homme et de roi, Sacountala dans son rôle de femme. Quant aux paroles que le poète met dans la bouche du monarque, c'est l’éternel discours de l'amour qui fuit lacouscience dans le sophisme. Le sophisme est l'avocat naturel de la passion. Mais que fait la femme eu présence du séducteur? elle se plaît aux assurances qu’il lui prodigue, elle désire qu’il la rassure et timidement l’invite à le foire ; elle aussi trouve dans sou esprit un avocat complice de son cœur.

Ce petit dialogue est le thème unique sur lequel, depuis qu’il y a des hommes et des femmes, et taut qu’il y en aura, les scènes de séduction broderont leurs variantes.

Celle-ci, je me hiite de le dire, finit bien, et Douchmanta, le séducteur séduit, est fidèle à sa parole comme à son amour. Après avoir mis à l'épreuve Sacountala, ainsi que llama crut devoir le faire à l’égard de la vertueuse Sitôt — afin de dissiper devant ses peuples tout injurieux soupçon — il fait de la fille de l’anachorète la reine de son royaume, et de son fils, Bharata, publiquement reconnu, l’héritier de son trône. Tout est bien qui finit bien, alors surtout que les rois épousent des filles d’anachorètes et resserrent ainsi les liens du sacerdoce et de l’empire.

Le peuple indou est voluptueux en môme temps que rêveur et tendre; la chair le tourmente. Ne serait-ce point

1. I.ittéraleinertt jeune roi, c'est le titre (le l’héritier présomptif de U couronne.

là, avec le désir du repos propre au pays du soleil et l’esprit métaphysique, la raison de son effort pour dompter ies sens? Le contraire naît du contraire, prétend Socrate. 11 y a dans l’Inde des femmes ascètes, le saint accomplit des prodiges, il réalise des miracles, il dépasse les dieux eux-mômes parfois et menace de les détrôner ; c’est un Hercule qui combat les monstres de la chair réputés invincibles : monstre lui-même de sainteté! Mais la volupté est toujours là qui guette l’homme dans le saint et qui attend l'instant de ressaisir le saint en reprenant l’homme, en chatouillant de son aiguillon les sens qui peut-être ne sont qu’assoupis. Ces combats de la sainteté ^t de la volupté sont magnifiquement décrits dans les poèmes épiques. C’est d’un de ces conflits qu’est née Sacountala, elle est sortie d’une victoire de la femme. Le saint Visouâmitra menaçant de détrôner Indra par sa piété, celui-ci, inquiet de son empire, lui envoie sa plus belle nymphe pour le tenter. « O la plus belle des Apsaras, lui dit-il, j’attends de toi une faveur. Visouâmitra, par la violence des tourments qu’il s’inflige, accroît tellement aux yeux de Brahma la somme de ses mérites, que je tremble que bientôt il ne l’emporte sur les miens et ne me prive de mon autorité. Va donc, et cherche par mille moyens à le troubler dans ses actes religieux. Avec cette fleur de jeunesse et de beauté qui brille dans tous tes charmes, comment pourrais-tu ne pas réussir? Mets tout en usage; et ce son de voix si touchant, et ce regard si doux, et ce sourire si perfide; je te devrai le repos. »

La nymphe de beauté doute de son pouvoir ; comment réussirait-elle où le maître de la foudre risque d’échouer? Elle rappelle à Indra tous les actes étonnants, tous les

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prodiges, tous les miracles du saint : «Qui, moi, s’écrie-telle, j’oserais aborder, toucher cet être effrayant, au front resplendissant comme le feu du sacrifice, redoutable comme le temps destructeur, lorsqu’à sou seul aspect les plus grands saints, Sonia*, l’inflexible Varna* lui-même sont pénétrés de terreur! Cependant tu l’ordonnes, ô chef des Souras3, il faut que j’obéisse. Mais je t’en supplie, pense aux moyens de diminuer les dangers que je cours dans cette entreprise hardie. Ordonne à Marouta, le dieu des vents, de diriger avec grâce les plis de ma robe, de la soulever un peu quand je formerai devant le vertueux Mouni une danse légère ; que Manmatha * aux flèches brillantes s’attache à mes pas, et que le zéphir répande autour de moi les parfums les plus enivrants.

« Un peu rassurée par la promesse d’Indra, qui accède à ses désirs, la nymphe descend sur la terre, s’arrête non loin de la sauvage retraite de Visoudmitra, et sur une pelouse d’où elle peut être vue du saint ermite elle se met à folâtrer en imprimant à ses pas un mouvement cadencé. Cependant Marouta, au souille parfumé, se joue dans les plis ondoyants de sa robe qui la dispute en blancheur aux froids rayons de l’astre paisible des nuits, et occasionne un voluptueux désordre que Ménacà, comme si elle cédait à un mouvement de pudeur , augmente ' encore en feignant de le réparer.

« Malheureusement pour le saint homme, ses regards viennent à tomber sur la nymphe dans ce dangereux mo-

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