‹ Considérations sur l'histoire de l'Université de Louvain, 14251797, discoursChapitre 4 sur 4 · L.-J. Streithaceb , p. t. prior · texte numérisé non relu

L.-J. Streithaceb , p. t. prior

Lovanii, 25 februarii 1758.

(Conseil privé, carton l«65.)

Muni. VI. Consulte du conseil privé ; 11 mars 1758.

MoMKICNEUIt,

Par décret du 37 du mois dernier, il a plu à Votre Excellence de nous informer que ceux de Pétroite faculté de droit en Puniversité de Luuvain aïant rendu un mandement, en date du 13 janvier dernier, sur la fréquentation des leçons, par lequel ils font connaître qu'ils envisagent ie règlement des Archiducs, de Pan 1617, comme émané de Pautorilé des deu* puissances, du pape et du souverain de leur païs, elle leur avait non-seulement témoigné sa surprise à cet égard par sa dépêche du 6 du mois dernier, mais, au surplus, pour prévenir que pareille énonciation ne fasse naître des impressions erronées au préjudice des droits et de l'autorité de S. M., la seule qualifiée à donner des lois sur la direction des éludes en ce païs, elle leur avoit ordonné, par la même dépêche, de retirer, dans le terme de six jours après sa réception, tous les exemplaires du susdit mandement, de les remettre au commissaire roïal de l'Université, et de faire réimprimer dans ledit terme le même mandement, en y omettant les mots ab ulraque pote$tate t ordre qui leur avoit été réitéré par autre dépêche du 15 dudit mois, après avoir vu leur représentation du 1 2.

Par le même décret, V. E. nous a chargés de la consulter sur une seconde représentation, en date du 95 février ci -rejointe, de ceux de la susdite Faculté, exjwsant que pour satisfaite aux intentions de V. E. ils auraient fait réimprimer leur susdit mandement, en y omettant les mots ab utraque potatate, et tendant, au moïen de cet expédient, i ce qu'il lui plaise de se

relâcher de ce qu'elle a trouvé Ion de leur ordonner, par ses respectives dépêches, de retirer et de remettre les exemplaires du mandement primitif; démonstration, disent ils, dont leur bonne foi dans tout ceci devrait les excuser, et qui ne pourrait s'effectuer sans grande difficulté , et non sans scandale pour les exemplaires qui se trouveraient chez les non-suppôts de l'Université.

Satisfaisant aux ordres de V. £., nous avons l'honneur de dire qu'aïanl examiné le primitif mandement de ceux de ladite faculté de droit, ainsi que leur première représentation du 1 2 février, il nous paraît assez vraisemblable que renonciation vicieuse et erronée qui s'y trouve que le règlement des Archiducs de l'an ICI 7, en conséquence de la visite de l'Université, serait émané par tes deux puissames, ab utraque polcslate, y a été insérée sans affectation, sans aucun dessein, et qu'ils n'ont fait en cela que copier un pareil mandement rendu par leurs prédécesseurs en 1754.

Mais il n'en est pas ainsi du parti qu'ils ont pris et «le la façon dont ils y ont prétendu justifier cette énonciation ; car, outre que par là ils ont attaqué une vérité fondamentale dont il n'est pas possible de douter sans attenter à l'autorité souveraine, c'est qu'ils se sont, au surplus, attachés malicieusement à établir leur opinion erronée sur un bref du pape non-seulement postérieur à la date de l'émanation de ce règlement, mais, au surplus, non placeté par le souverain , et conséquemment de nul effet.

Leur seconde représentation ci-rejointe est moins indécente, pour autant qu'ils y tendent à excuser leur démarche, sur ce qu'en cela ils n'auraient eu aucun dessein ni mauvaise intention; mais cette représentation n'est cependant pas entièrement satisfaisante , attendu qu'ils n'y rétractent pas assez ouvertement les principes erronés avancés dans leur première représentation, et qu'ils ne s'expliquent qu'assez équivoquemcnl relativement à l'autorité exclusive du souverain sur cette matière; car il ne suffit pas de dire, comme ils font, qu'ils ne veulent pas s'ériger en juges des bornes de la puissance spirituelle et temporelle. Le seul doute sur l'autorité exclusive du souverain pour la législation sur la direction «les études, sur l'ordre public, sur la discipline et la police d'une université, est par soi injurieux et d'une dangereuse conséquence.

Au r*ste\ ceux de ladite Faculté aïant par le nouveau mandement ci-joinl, et par l'omission qui s'y trouve des mots ab utraqu? poteslute , satisfait au point principal qui leur avoit été ordonné par la première dépêche de V. E., il nous paraît qu'on pourrait les dispenser de faire des recherches générales pour retirer les exemplaires du premier mandement ; car outre qu'ils déclarent que celui affiché a été déchiré, que de leur côté ils n'en ont aucun; c'est que cette pièce n'est pas assez singulière par son objet pour avoir été fort recherchée , de façon que nous ne croïons pas qu'il circule de ces exemplaires dans le public.

Mais comme il est infiniment intéressant de déraciner des principes aussi erronés, et d'empêcher que les sujets de S. M. n'aillent puiser dans la source et dans une université établie par le souverain pour leur instruction , des princes aussi faux qu'injurieux à la puissance souveraine, nous estimons qu'il pourrait plaire à V. E., en faisant connoître par lettre à ceux de l'étroite faculté son mécontentement par rapport à leur conduite sur tous ceci , de leur ordonner de retirer de chez l'imprimeur les exemplaires du premier mandement, de les remettre , conjointement avec ceux dont ils pourraient eux-mêmes être munis, au commissaire raïal de l'Université dans le terme de huit jours, et ultérieurement de biffer sur leur registre leur représentation du 12 du mois de février dernier, d'y enregistrer la présente dépêche, ainsi que les deux précédentes, et de faire rendre, au mois d'octobre prochain, un nouveau mandement sur la fréquentation des leçons, d'y réclamer le susdit article du règlement de 1017, en énonçant que ce règlement est émané par les Archiducs Albert et Isabelle, et finalement de remettre un exemplaire de ce mandement au susdit commissaire roïal, huit jours après qu'il aura été rendu.

En celle conformité , nous avons l'honneur de présenter à l'agréation de V. E. le projet de lettre ci-joinl.

Nous nous remettons, néanmoins, à ce qu'il lui plaira d'en ordonner.

Ainsi avisé au conseil privé de S. M., tenu à Bruxelles le 11 mars 1738. N' T. — Signé F.-J. Misso*.

En marge est écrit : Je me conforme el j'ai signé la lettre.

Suit le paragraphe du comte de Cobenzl.

(Conseil privé , carton 1GG3.)

Num. VII. Dépêche du comte de Cobcnzl à la faculté de droit;

H mars 1788.

ClIAIUES, COMTE DE CoBENZL, CtC.

Aïant eu rapport de la représentation que vous nous avez adressée en date du 95 du mois dernier, sur notre dépêche du 15 du même mois, nous vous faisons la présente pour vous dire que, quoiqu'après les principes et les moïens avancés dans votre représentation du 12, pour justifier et soutenir renonciation erronée qui se trouve dans votre mandement sur ta fréquentation des leçons du 13 du mois précédent, vous aviez mérité une démonstration sérieuse ; prenant cependant en considération les raisons d'excuses que vous nous avez alléguées par celle du 25, et que, conformément à nos intentions, vous avez rendu un autre mandement, nous voulons bien vous dispenser de ce que nous avons trouvé bon île vous prescrire 'Ultérieurement par nos dépêches précédentes; mais comme il est important de prévenir les impressions* erronées et d'empêcher que les sujets de S. M. n'aillent puiser dans des sources créées pour leur instruction par les souverains, des principes également faux et attentatoire» à la souveraine puissance, nous vous ordonnons de retirer de l'imprimeur les exemplaires du mandement du 13 janvier dernier, et de les remettre, conjointement avec ceux dont vous pourriez encore être munis, au commissaire roïal de l'Université, dans le terme de huit jours, et ultérieurement de biffer sur vos registres votre représentation du 12 du mois dernier, d'y enregistrer notre présente dépêche, ainsi que nos deux précédentes, et de rendre, au mois d'octobre prochain, un nouveau mandement sur la fréquentation des leçons, d'y réclamer les articles relatifs a cet objet du règlement de 1017, en énonçant que ce règlement est émané par les Archiducs, et finalement de remettre pareillement un exemplaire de ce mandement au susdit commissaire roïal , huit jours après qu'il aura été rendu, à tant quoi vous aurez à vous conformer, à peine qu'il y sera pourvu. A tant, etc. Paraphé N' IN'. Sigué C. Cobbmi., et contresigné F.-J. Miiion.

Bruxelles, le 1 1 mars 1758.

A ceux de l'étroite faculté de droit, à Louvain.

(Extrait du registre u° 370 du conseil prive , fol. 104.)

Num. VIII. Réponse de la faculté de droit à la dépêche précédente ,

M mur* I7K8.

Lovanîi , 24 marlii 1758.

Illdstmssise Domine,

Per litteras ad Strictum jurium Collegium directas per Excellenlissiraura Dominum, nobis injunctum est, ut omnia éxemplaria mandait nostri de 13 januarii novissimi, quae apud typographum vcl apud nos exlarent, transmitteremus ad illustrissimam dominationcm luam. Cuî mandato parentes, dicimus, tantum unicum exemplar apud typographum esse repertum, quod hisce jungimus : apud nos nullum extat. Quibus satisfactum confidentes, summa cum veneratione subscribimur,

Illustrissime Domine,

Humillimi et obtequentissimi famuli, Prior et caeteri Doctore» Stricti Jurium Collegii in Universitate Lovaniensi,

.1. Boelsxa , p. t. prior.

(Conseil privé, carton 1665.)

Ces pièces, dans leur ensemble, pourraient faire l'objet d'une étude curieuse sur l'esprit et les tendances du Gouvernement.

(34) Dans les diverses éditions du recueil des privilèges de l'Université, imprimé avec l'approbation du Gouvernement; on trouve le bref de Paul V, du i» octobre 1717.

« Cum (dit le pape dans ce bref) universilas ista de online et mandat!* nostris per personas ecclesiasticas a dilecto filio nobili viro Alberto arcliiduce Austriae, principe Belgii, deputatas, auctoritate nostra visitala fuerit; nos, ut visitatio praedicta suum quantocius sortiatur effectum vobis per présentes committimus, et sub censuris ecclesiasticis ac indignationis noslrae paeuis mandamus, ut visilationem ac décréta et ordinaliones in illa auctorilate apostolica, ut praeferlur, facta, dummodo licila sint et honesta,ac

sacris canonibus, Concilio Tridentino, conslitiilionibus aposlolicis ac dictao universitatis érection i et privilegiis ab apostolica sede il 1 i concessis non adversentur, et non alias, ea qua decel revercntia recipiatis, illaque diligenter observeti», ac ab aliis ad quos s|>ectat et pro tempore spectabit, observari curetis, realiter et cum efleciu. »

(58) Bulletin cité de l'Académie , p. 40b\

(56) Ibid.

(57) Ibid., p. 404.

(58) L'art. 148 de l'acte de la visite porte : a Quoniani aulem frustra et sine fructu leges eduntur, nisi ctiam executioni mandentur; nec facile executioni mundari qucaut, et in vigorc contineri, nisi aliquîs advigilet et superintendat; idep nos, qui harum lcgum maturo judicio atquc concilio factarum perpétuant et inviolabilem observant inm valdc desidcraïuus, aliquem constituendum esse duximus, qui scriani carum curam gerat, sicut per praesentes constituimus praefalum dominuni Joanncm Dmsiuni, sacrae theologiac licentiatuin, abbutern Parccnscin, injungentes ei et mandantes distrietc, ul harum legum obscrvantiani procure t quant potest exaclissiruam. »

(59) Bulletin cit., p. 400.

(40) Ibid., p. 400.

(41) Voyez les notices sur Vcrhcycn, par MM. les professeurs llaan et François, dans les Analecles de l'Annuaire de 1842, p. 109, et de l'Annuaire de 1848, p. 20" I.

(42) Voyez la notice sur Rcga, par M. le professeur Martens , dans les Analcctcs de l'Annuaire de 1840, p. 159, et de 1847, p. 217; et l'écrit de M. le docteur Malcorps : licya, sa vie et ses écrits ; Louvain, 1846; in-8°.

(45) En 1766, on remplaça le bâtiment de l'ancienne école des Arts, nommée Viaim, par de nouvelles constructions dont l'impératrice Marie-Thérèse fit en grande partie les frais. Ces bâtiments sont aujourd'hui occupes par le tribunal civil. Au-dessus de l'entrée principale se trouvait l'inscription suivante :

AMOR AC DEMC. BBLCAR.

MARIA THERESIA Al'GtSTA SCHOI.. IIANC VETISTATE COLLAPSAM IMPENSA SUA A SOLO RBSTITUIT.

OELGIAE PRAEFBCTO CAROI.O ALEXANDRO LOT1IARIKG. CAROLO COMITE DE COBENZL REGN1 IN BELGIO ADMI.MSTRO.

PATRICIO DE NENV SENATIS SANCTIOR. PRAES.

REt ACADEMICAE A PRINCIPE OPTIMO PRABPOSITO.

Les salles de ce bâtiment servaient pour les leçons et le» disputes en philosophie, pour les cours d'éloquence et de morale chrétiennes, et pour les expériences de physique. La direction du cabinet de physique était confiée à un professeur qui avait le titre d'inspecteur et qui était chargé de faire les expériences. C'était sous le portique de l'entrée principale de l'école qu'on proclamait chaque année le premier du concours général de la faculté des Arts.

(41) Les nouvelles constructions des Halles datent de l'année 1085, celles de la bibliothèque de l'année 1723. Voyez les Analectes de l'Annuaire de 1847, p. 206, et de 1850, p. 258.

(45) Les Analectes de l'Annuaire de 1810, p. 210, renferment un bref de Benoit XIV en date du 5 novembre 1740. Nous faisons suivre ici, d'après l'original, la copie d'un autre très-honorable encore pour l'Université.

DiUctit filiis Rectori et Univcnit iti Studit Generalis oppidi

lovaniensis.

Behedictus PP. XIV.

Dilecti iilii salutcm el apostolicam bcncdiciionem. ^uanlo sanc in honore ac pretio habeamus litterarum, bonarum arlium , disciplinarumquc praeser- (itn sacrarum a calholicac fidei petra et a cathedra unilalis doclrinaque veritalîs non recedenlium studia; et quanta eartim professorcs pontificia benignilate prosequamur, non est, ut vobis, dilecti tilii, iterum redicamus. Cum autem inler esteras universilales studiorum ubique de orlhodoxa religione atque de aposlolica hac sancta sede benemereri pergentes vestra quoque, dilecti fîlii , université non infimum teneat locum, etsano magis magisque rébus ipsis probare conlendal , ac praeclara suae erga nos et apostolicam sedem christianae pielatis, sanae doctrinae, fîlialis observanliae, debilaeque obedientiae argumenta exhibere glorietur; nobis omni procul dubio consentaneum visu m fuit, ut omnia qualiacumque sint opéra ab aliis expelita in bibliotheca uuiversitalis veslrae reponenda dono mitterentur j quo lieret , ut perennis apud universitatem vestra m studiosae nnstrae ad vobis gralificaudum volunlatis exstaret memoria. Quas vero gratiarum actioncs propter muuera Imjusmodi vcslro grato animo et nominc dignas nobis referendas in humanissimis litteris vestris consignare studnistis, paribus pontificiae benevolentiae testimoniis amplexi sumus. Qua propter vobis, dilecti Filii, persuasuin esse cupimus, nos, donec vita superstes erit (quamquam proxima nobis videtur resolutio nostra), numquam passuros esse , ut opporluna quaecumque cl benignitatis el potestalis officia vobis profutura, quoad nobis integrum erit, minime a vobis desiderentur. Intérim dum vos rogamus el horlamur, ut comparatos vobis non inodicas pietatis, virlutis, erudilionis, sanacque doctrinae laudes amplius augere adnitamini, nosque in vestris apud Deum obsecrationihus coinntoudatos habeatis, apostolicam benedictionem vobis peramanter inq>ertimur. Datum Romae apud sa ne la m Mariam Majorent sub Annulo Piscatoris die î> apriis M DCC LV1I, pontificii anno decimo septimo.

Vcrnulaeus, p. 193, et Valcrius Andréas, p. 397, ont recueilli quel-

ques éloges donnés à l'Université par des papes, pur «les souverains et par des hommes célèbres; il y aurait de longues et nombreuses additions h faire à tout ce que ces deux écrivains ont publié.

Pour ce qui concerne les souverains pontifes, nous ne pouvons nous dispenser d'indiquer au moins quelques-uns de leurs témoignages.

En 1580, lorsque la guerre et les troubles avaient réduit l'Université à un grand état de détresse, Grégoire XIII lui envoya, avec un bref très-flatteur, un don de deux mille ducats d'or. (Voyez Valerius Andréas, p. 370). En 1578 et en 1583, le même pontife adressa des brefs à l'Université pour l'engager à le seconder dans la correction du calendrier cl du décret de Graticn. (Voyez Valerius Andréas, p. 569; Van de Vclde, Stjnnpx. monum., t. I, p. 149 et 154; et Tbcincr, Disquisitiones criticac in praecipuas canonum et decretalinm rullcctioncs , p. 27 et 28, append.)

Clément VIII proclama l'Université l'asile de la piété et de la seienec. Clément XI et Clément XIII en parlèrent également dans les termes les plus honorables. Ces éloges et bien d'autres valent, à coup sur, plus que certaines critiques.

(4G) Voyez la lettre du comte de Ncny , en date du 29 août 1775, et la description de la médaille dans les Analcctes de l'Annuaire de 1840, p. 238.

(47) Lettre du comte de Cobenzl , citée dans le Bulletin de l'Académie, t. XX, 5«- part., p. 415.

(48) M. le baron de (ïerlaclic, dans son Histoire du royaume des Pays-llas, t. I, p. 134, dit que l'impératrice Marie-Thérèse employait ce ministre h cause de la haute idée qu'elle avait de son habileté diplomatique, depuis le fameux traite de 17 JO qui unit la France à l'Autriche. Après avoir indiqué le motif de la confiance acquise par le ministre qui, dès l'an 1759, voulait faire prévaloir dans les ma-

tièrcs religieuses un système de libertés germaniques, M. de Gerluche ajoute: ». kauuitz , homme superficiel, égoïste, immoral et ■» irréligieux, (il grand tort au gouvernement de Marie-Thérèse, et » en fit plus encore à celui de Joseph II, dont il fut à la fois le con- » scil et le flatteur. «

(49) Parmi les mesures de ce genre, nous avons à signaler celle de la nomination d'un commissaire royal permanent près de l'Université.

Depuis la mort de Drusius, en 1G54, l'Université régla elle-même tout ce qui concernait son régime, conformément à ses statuts primitifs et à l'ordonnance de la visite de 1617. Nais en 1754, le gouvernement jugea qu'il importait de nommer un commissaire royal permanent chargé, d'après ledit du 18 juillet 1754, « de veiller » exactement à tout ce qui peut intéresser la direction, la discipline, >» la police et les études de l'Université, à l'effet de quoi le recteur , » les doyens des facultés, ainsi que tous autres membres et suppôts » de l'Université, seront tenus de, lui donner d'abord les notions et » les informations qu'il leur demandera, afin que, sur son rapport, » Son Altesse Royale puisse ensuite y disposer comme il appar- » tiendra. »

Par le même édit le président de Ncny fut nommé commissaire et exerça en cette qualité des fonctions bien différentes de la commission confiée autrefois à Drusius.

La nomination , concertée entre Cobcnzl et de Ncny, produisit une fâcheuse impression à Louvuiu. L'Université était trop attachée aux principes qui avaient fait sa gloire, et elle jouissait dans le pays d'une trop grande influence, pour que les hommes politiques de l'époque ne songeassent point à la nécessité de changer peu à peu son esprit et d'y introduire des idées plus conformes à leurs plans. C'était le premier pas en faveur des réformes que, dès lors, on méditait de propager dans nos provinces.

Il faut rendre k do Neuy la justice d'avoir rempli ses fonctions de commissaire avec certain esprit de modération et de conciliation qui contrariait mémo souvent les vues du comte de Cobenzl. L'Université dut à l'iuitiativc du commissaire l'adoption de plusieurs mesures d'une incontestable utilité pour la régularité et le progrès des études.

Le chef président du conseil privé, vers la fin de ses jours, parut regretter la part trop grande qu'il avait prise à seconder les désirs du gouvernement. Il y avait ches lui le regret qui poursuit ordinairement celui qui, par faiblesse de caractère ou par ambition, flatte le pouvoir sans approuver toutes ses tendances et sans avoir constamment le courage de l'éclairer. Lorsque Joseph II commença à violenter la Belgique, ses malheureuses innovations engagèrent de Neny à solliciter sa retraite, qu'il obtint le 46 mai 4783j mais il en jouit peu et mourut le i« janvier 1784.

De Neny ne fut pas remplacé dans ses fonctions de commissaire } on songeait alors à introduire des réformes plus radicales dans l'Université. Le conseiller qui, à cette époque, eut le plus d'influence dans les dispositions prises par le gouvernement en cette matière fut le conseiller Le Clerc qui devint, en 4795, président du grand conseil.

Puisque le rapport du conseiller Le Clerc a été cité pour déclarer que l'Université de Lauvain était arriérée de deux siècle» (Bull. cit., p. 415), il nous parait nécessaire d'en dire quelques mots.

Le comte Barbiano de Belginjoso, ministre plénipotentiaire pour le gouvernement général des Pays-Bas, notifia, par dépêche du 21 mars 1786, au recteur de l'Université, la nomination du conseiller Le Clerc : « Ayant trouvé bon, dit le ministre, de nommer et de commettre, au » nom et de la part de Sa Majesté, le conseiller de son conseil privé « Le Clerc, à l'effet de s'informer exactement et pertinemment de la » constitution et du régime actuel de l'Université de Louvaiu, et de » tout ce qui dépend, nous vous en informons par la présente, vous

» chargeant d'en prévenir ceux des cinq facultés et tous autres qu'il » peut appartenir, avec ordre de donner sur-le-champ audit corn- » niissaire, qui se rendra incessamment à cet effet à Louvain, toutes » les nol ions, éclaircissements et renseignements qu'il leur deman- » dera* soit de vive voix ou par écrit. A tant, vénérable et bien-amc, » Dieu vous ait en sa sainte garde. »

Le rapport que le commissaire présenta au ministre porte la date du io avril 178C. Ma copie, en tête de laquelle se trouve l'original de la dépêche du 21 mars, forme, sans les annexes, 189 pages in-fol. Je voudrais pouvoir publier en entier ce rapport, parce qu'il contient quelques détails curieux, et surtout pour que l'on sache une bonne fois comment on entendait alors officiellement les intérêts de l'enseignement supérieur.

Selon Le Clerc, l'université de Louvain était toute pleine d'idées uJtramontaines ; pour lui c'est un grief capital, et pour nous c'est plus qu'un éloge. Il propose un plan général de réforme, d'après l'excellent ouvrage de M. de Sonnenfcls, qui a été envoyé de Vienne pour servir de base et de modèle des nouveaux arrangements relatifs aux études dans cejxiys-çi, dit le rapporteur, p. 8. Son thème était donc fait, et le plan élai} arrêté ; il ne s'agissait plus que de faire fonctionner en Belgique la machine pour laquelle un brevet d'invention et d'exploitation avait été accorde à la faction janséniste associée à la faction philosophique.

Le rapport du conseiller Le Clerc fut bientôt suivi de l'établissement du séminaire général et de la translation des autres facultés à Bruxelles, pendant qu'à Louvain il ne resta plus une ombre de l'ancienne faculté de théologie, dont les membres les plus distingués durent se souslrairc par l'exil aux vexations du gouvernement. ( Voyez le Synoflùon llvhj. loin. H, p. 75 et suiv.)

(50) Voyez l'ouvnigc de M. le baron de (îcrlachc, Histoire du royaume des Pays-lias, t. I, pp. 151 et suiv.

(51) Dans le Bulletin cité, p. 409, il est dit : « Pendant près de » deux siècles, laps de temps immense dans la vie d'un peuple, elle » (Vuniveniitc) enseigna comme si Bacon, Galilée, Descartes, Ncw- » ton, Locke, LcibniU et tant d'autres génies n'eussent jamais existé. « Pendant ces deux siècles, elle façonna le pays à son esprit; aussi » la nation en fut-elle l'image fidèle. * — C'est bien la première fois de ma vie que je rencontre Locke préconisé sérieusement comme un génie.

(52) On peut s'en assurer par l'examen des cahiers manuscrits du cours biennal de philosophie. Dans ce cours on enseignait, outre la dialectique, la philosophie spéculative cl morale, et les éléments d'algèbre, de géométrie et de trigonométrie, les cléments de mécanique, d'astronomie, de géographie physique et de physique expérimentale, en y joignant les notions de chihiic pneumatique connues à celte époque.

Un homme très-compétent m'a assuré que si l'op compare les cahiers du cours de physique de Louvuin, datant de 1780 à 1790, avec le cours de physique expérimentale enseigné vers la même époque à l'université de Paris, et publié par Sigaud de la Fond, on ne trouve pas de différence notable entre les deux enseignements.

Ce qui, à Louvain comme ailleurs, rendait renseignement des sciences proprement dites plus ou moins superiieiel, c'était le peu de temps qu'on y consacrait. Depuis le commencement de ce siècle, il est survenu sous ce rapport un changement radical dans renseignement académique; si l'université eût continué à exister, clic n'aurait pas manqué de suivre une marche progressive et de se mettre à la hauteur de la science moderne.

{'i3) Dans un voyage que Van Bouchaulc lit à Paris, il apprit à connaître les expériences et les théories de Lavoisicr relatives à la

découverte de la décomposition de l'eau. Au mois d'octobre 4783, il assista Jes professeurs Minkelers etThysbaert dans leurs expériences pour tirer l'air inflammable du charbon de terre. Le recueil des anciens mémoires de l'Académie renferme plusieurs de ses communications concernant la chimie.

(54) Voyez la Notice sur la vie et les travaux de Jean-Pierre Minkelers, professeur de l'université de Louvain , par M. le professeur Morrcn, dans V Annuaire de r Académie de 1839, p. 79, et dans les Analectes de l'Annuaire de l'univ. de 1839, p. 225.

(55) En faisant l'histoire du célèbre Mosasannu de Maestricht , Cuvicr fait précéder cette exposition d'une description géologique des carrières aux environs de celte ville, et ajoute : « Je dois cette » description à l'amitié de M. le docteur Gchlcr de Leipzig, qui la • lient lui-même de M. Minkelers.... très-habile chimiste et natu- *> ralistc. » Plus loin Cuvier dit encore : « Plusieurs séries de ver- » lèbres ont été aussi apportées au Muséum par les ordres de » M. Loisel. Elles y avaient été précédées d'im excellent mémoire « de M. Minkelers et de dessins aussi exacts qu'élégants faits par » M. Ilermans, son collègue. » Ossements fossiles, t. V, 2"" part., pp. 511 et 312. Paris, 1824.

(56) « Je songeai, dit Brisot, à me faire recevoir avocat. Il fallait prendre des degrés dans la faculté de droit; et comme ce n'était qu'une vainc formalité, je préférai la voie la plus prompte, celle de les acheter à Reims. Le voyage que je fis dans cette ville me convainquit de l'avilissement de son université, et du mépris que méritaient tous ces établissements qui étaient moins une école de science qu'un marché de titres. On y vendait tout, et les degrés et les thèses et les arguments. Je rougis pour les docteurs qui m'interrogeaient : ils me parurent jouer et me faire jouer une mascarade dont le comique était

encore relevé par le sujet de leurs interrogations Après avoir

paye 1 5 à 600 livres pour cette pantalonaiîc, je revins a Paris, et me présentai au parlement, o Mémoires de Brissot, t. II, chap. Vif, p. 77. Bruxelles, 1830.

(87) Bulletin cité, p. 114.

(88) Voyez dans les Analectes de l'Annuaire de 1839, p. 249, les documents relatifs à la reconnaissance de l'université de Louvain comme corps brabançon.

(59) Laferrière, Histoire des principes, des institutions et des lois pendant la révolution française , depuis 1789 jusqu'à 1800, dans la Pasinnmie, introduction à la l r * série, p. 114.

(60) Laferrière fait remarquer que Marat a publié des lettres contre l'Académie des sciences, et qu'elles ont été reproduites dans l'histoire parlementaire de Bûchez et Roux. Les mémoires de Brissot, t. II, chap. VIII et suiv.» renferment beaucoup de détails sur tout ce que Marat fit pour humilier ce corps savant.

(Cl) Voyez dans les Analectes de l'Annuaire de 1841, p. 178, la protestation de l'université à l'occasion de l'ouverture du temple de la Raison, à Louvain, en 1795. Les Analectes de l'Annuaire de 1842, p. 192, renferment une série de documents relatifs aux mesures prises en 1796 pour forcer l'université de chômer les fêtes républicaines. Nous aimons à extraire de ces documents le passage d'un ruémoire qui fut rédigé par le docteur Van de Velde, et qui eut l'assentiment de tous les membres de l'université.

u Si persévèrent et progrediantur patriae calamitates, aut percun- » dum crit, aut quibusvis iniquitatibus, priinam praevaricationem » secuturis, turpiter obsecundandum. Et, ubi sanorum semel prin-

» cipiorum limites transgressi, in hac pervcrsa connivcndi via » pcdem trementes tulimus ubi hacrebimus, et in quae dedecora non » deferemur?

» Si itaque pereundum est, pereamus stantespro sa ne ta fide nos- » Ira, pro moribus anfiquis, pi is , Christian is! Hacc posthuma eliam •> gloria Univcrsitatis tumulum ornet, non sua ignavia sed suorum » fideique hostium ictibus ruptam non flexam concidisse. »

(62) Voyez dans les Analectes de l'Annuaire de 1840, p. 212, les documents relatifs à la suppression de l'Université en 1797.

(63) M. le baron de Gcrlache, ouv. cit. U I, p. 247 , a donné des extraits du Mémoire contre le projet de réunion de la Belgique à la France, remis au comité du saint public, le -4 vendémiaire an IV, par A drien-Philippe Ilaoux, ex-conseiller au conseil souverain de I/ainaut.

M. Raoux avait fait toutes ses études à Louvain, et même avant de commencer ses études de droit il suivit pendant quelque temps les cours de théologie, et fut attaché comme sous-régent et professeur au collège de la Trinité. M. le baron de Rciffcnberg n'a pas mentionné cette circonstance dans la notice qu'il a consacrée à la mémoire de M. Raoux dans V Annuaire de l'Académie de 1842, p. 83.

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