I. Xénophon, Gouveriumenl des Athéniens
Mi CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE.
sept ans; puis l’enfant est livré au pédagogium , suivi du gymnase jusqu’à dix-huit ans; après quoi il apprend un art ou un métier. A vingt ans il est soumis au service militaire, appartenant à la communauté. Sparte est une école publique de citoyens, une école spéciale ou professionnelle, où l’on enseigne la profession de Spartiate. Naître dans un berceau lacédémonien, c’est naître pour les armes et la cité. Je m’étonne que Lysandre, roi de Sparte, soit à ce régime devenu mélancolique vers la fin de ses jours. Cependant Plutarque l’avance sur la foi d’Aristote qui prétend d’ailleurs que les hommes à grand caractère sont ordinairement mélancoliques. Gharles- Quint, las des autres et de lui-même, se retira dans la solitude de Saint-Just, mais il était espagnol et catholique, et le monde alors était remué jusque dans ses profondeurs. Lysandre, il est vrai, avait quelque peu trahi sa patrie et surtout l’esprit de sa patrie; ce n’était pas seulement un Spartiate, c’était un connaisseur d’hommes et un homme d’État. A ceux qui lui représentaient que les descendants d’Hercule ne devaient pas employer à la guerre la ruse et la fraude :
« Partout où la peau du lion, répliqua-t-il, ne peut atteindre, il faut y coudre celle du renard. »
Mais c’est dans ces paroles que se trahit à fond sa disposition mélancolique, laquelle n’était que la science des hommes et de leurs vanités.» Il faut, disait-il, tromper lesenfants avec des osselets et les hommes avec des serments. »
On ne s’étonnera pas après cela que ce même Lysandre ait remplacé le gouvernement démocratique par l’oligarchique et fait à Sparte l’inverse de ce que Périclès avait
LA GRECE
fait à Athènes. La monarchie oligarchique et communautaire de Sparte n'accordant rien aux arts, ni au commerce, il ne restait aux citoyens que la gloire des armes à ambitionner. « Les Spartiates veulent que leurs enfants soient, dès le plus bas âge, sensibles à la gloire, et qu’humiliés par les reproches, ils soient vivement excités par la louange *. » Les Athéniens aussi étaient trèsépris de gloire, mais c’était avant tout de celle de l’esprit. Thucydide au commencement de son ouvrage dit qu’il est « composé pour être un impérissable bien plutôt qu’une œuvre agréable à l’oreille. » L’Athénien artiste pense, écrit, agit, en regard de la postérité. Il convertit pour elle ses chefs-d’œuvre guerriers en chefsd’œuvre d’art. Sparte, qui n’est qu’un soldat, se borne à vaincre.
De toute société qui sacrifie à l’esprit il demeure quelque chose qui entre dans le patrimoine du genre humain, les grands hommes se donnent la main à travers les siècles. Qu’est-ce que Sparte a donné au monde, à part quelques utopistes dont il se serait passé ; par quel homme, par quelle œuvre s’enchalne-t-elle à nous et nous permetelle de remonter vers elle 7 Sparte est à l’écart, isolée sur les marges de l’histoire, enfermée dans le faux d’un système qui n’est qu’un parti pris. Or le parti pris ne mène à rien ; sans l’aide de la nature, qui est le vrai, la politique pas plus que l’art n’engendrent, ils ne peuvent que fabriquer. Le génie crée parce qu’il féconde, il féconde parce qu'il répand les semences de la vérité, héritage de l’avenir. Le peuple de Lycurgue s’est étudié systémati-