I. Cité par Bonsletten
■JBi CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE.
ché, c’est pourquoi il n’était pas permis de tenir des assemblées ces jours-là, afin que le peuple de la campagne ne fût pas détourné de son travail.
< Après l’expulsion des rois, on assigna à chacun des citoyens sept arpents. Le terrain de la république s’accrut encore; mais la cupidité faisant des progrès bien plus rapides que les conquêtes, il fut défendu par la loi de Licinius Stolo d’en posséder plus de cinq cents, et l’auteur de la loi fut le premier puni. » Déjà l’on voit venir les lois agraires. Plus tard on ne fera plus des soldats avec des laboureurs, on voudra faire des laboureurs avec des soldats : les tribuns distribueront des terres au peuple afin de le gagner, les chefs militaires en distribueront à l’armée. La terre ne servira plus que d’enchères à la popularité et contribuera, grâce aux hommes, à ruiner la république qu’elle avait tant contribué à fonder.
« Alors, ajoute Pline, les généraux d’armée cultivaient leurs champs de leurs propres mains, et la terre même semblait sensible à la gloire des héros qui de leurs mains triomphales conduisaient eux-mêmes la charrue. Gaudente terra vomere laureato, et triomphali aratore... Lorsque Seranus reçut la nouvelle de sa nomination au consulat, il était occupé à ensemencer son champ. De là le nom de Seranus, le semeur. Quintus Cincinnatus fut trouvé en pareille occasion labourant quatre arpents de terre qu'il possédait au mont Vatican, et qu’on appelle encore aujourd’hui les prés, prata (aujourd’hui prati). »
A la prise de Carthage, le sénat romain ne conserva, parmi les bil)liothèques trouvées dans cette ville malheureuse, que les vingt-huit livres de Magon sur l’agriculture. Or, voici la première phrase de ce livre si cher aux
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Romains d’alors : « Je n’ai rien à dire à ceux qui ne savent pas quitter la ville pour aller vivre dans leurs terres. » Boasletten ajoute que « les plus riches conquêtes des Romains se hrent dans le siècle des triumvirs, si funeste aux Romains mêmes. Dès cette époque l’agriculture disparut dans le Latium avec les mœurs, avec la médiocrité des fortunes, avec les hommes mêmes, et les petites propriétés englouties dans les grandes terres furent les premières suites des proscriptions et perdirent l’It'alie. » Un peuple déraciné de la terre, à moins qu’il ne soit commerçant, sera bientôt le jouet des tempêtes civiles. La plèbe, substance des plébiscites, n’est pas autre chose que le peuple détaché de la terre et jeté en masse sur le forum devenu, grâce à lui, de régulateur de la vie publique le marché des ambitieux.
Entre le peuple et les ambitieux, il y avait dans Rome républicaine le sénat; il y avait l’aréopage dans Athènes ; à Carthage un conseil oligarchique composé des principaux citoyens ; à Venise, le conseil des dix ; à Florence, un tiers état marchand. Dans les démocraties modernes sous forme républicaine, il semble qu’il n’y ait rien entre le citoyen et le gouvernement central. C’est une erreur: en Suisse, il y aies cantons, en Amérique les états, dans les Pays-Bas il y eut les provinces. Mais qu’on observe l’allure de la démocratie dans les pays où rien ne s’interpose, ni classes ni institutions, entre le peuple et le pouvoir convoité par les hommes ou les partis ; sa marche invariable est vers le despotisme, et si la démocratie reste au point de départ, c’est un dictateur, tribun ou César, qui se rencontre au but ; elles finissent toutes par couronner ainsi leur édifice. Le césarisme est cette forme de gouvernement
qui enferme la démocratie dans le pouvoir d’un seul, en faisant sortir du peuple nivelé, réduit en poussière humaine, celui qu'il appelle à lui dicter des lois. 11 était préparé à Rome, il le sera partout où, cessant d'être une nation, un peuple deviendra une foule.
Le sénat fut la grandeur et fit la gloire de Rome ; Rome semble monter à mesure qu'il baisse, elle descend avec lui : l’abaissement définitif du sénat est l’établissement définitif des Césars. Le même Ginéas qui exposait devant Fabricius la doctrine d’Épicure avait mis un grand soin à s’instruire des usages des Romains pendant qu’il négociait à Rome au nom de sou maître. Rendant compte à celui-ci de ce qu’il avait vu et appris durant son séjour, il lui dit que le • sénat de Rome lui avait paru être un consistoire de rois *.
« En ce temps-là, dit Mommsen*, le sénat fut la plus haute expression de la nation, et par la conséquence, la sagesse politique, l’union, le patriotisme, le pouvoir et la fermeté, le premier corps politique de tous les temps. Par lui, le peuple romain a possédé, plus longtemps qu’aucun autre' peuple , le bienfait d’un sage et heureux self-govemment. »
Le tribunal est l’adversaire du sénat, leur lutte l’histoire intérieure de Rome. Les Grecques précèdent César auquel, avec un dessein opposé, ils aplanissent les voies. l.a balance se maintint assez longtemps entre les deux pouvoirs, à leur avantage mutuel, avec prépondérance alternative de l’un ou de l’autre. Tant que dure la conquête, sénateurs et tribuns, patriciens et plébéiens ont un point de ralliement, un objet d’émulation civique :