‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 135 sur 156 · Le Latium ancien et mo-ierne · texte numérisé non relu

Le Latium ancien et mo-ierne

53ï CONSIDÉRATIONS SUR L'HLSTOIRE.

religieusement conservées, car les Romains à cette époque connaissaient principalement les dieux champêtres; témoin la déesse Segesta qui présidait aux moissons. Nous voyons encore dans le grand cirque les statues de cette déesse. Enfin on ne goûtait ni blé ni vin nouveau, que des prêtres n’en eussent fait des libations et des offrandes aux dieux.

« Le plus grand présent qu’on pût faire à un général d’armée ou à un vaillant citoyen, consistait à lui donner autant de terre qu’un homme en peut labourer dans un jour. L’agriculture était si estimée à Rome que les premières maisons de cette ville en ont tiré leurs noms...

« Les Fabius, les Lentinus, les Gicérous furent appelés de la sorte à cause des dilférents légumes que leurs ancêtres cultivaient avec le plus de succès. Les Juuius prirent le nom de Bubulcns, bouviers, à cause d’un de leurs ancêtres qui était un excellent bouvier.

« Dans les cérémonies de noces, il n’y avait rien de si sacré que l’unioni qui se contractait par l’offrande d’un gâteau de farine de froment ; cet acte public s’appelait confarreatio, et ç’est pourquoi l’on portait devant la nouvelle mariée un gâteau de farine. »

« Celui qui cultivait mal son champ était puni par le censeur, et, comme disait Caton, on ne pouvait pas mieux louer quelqu’un qu’en disant de lui qu’il était un bon laboureur. Un homme riche s’appelait locuples, comme qui dirait lociplenus, riche en champs, car les anciens appelaient un champ locus.

« Le mot pecunia, argent, vient depecus, petit bétail. Encore aujourd’hui, dans les registres des censeurs, toutes les choses dont le peuple romain tire ses droits sont nom-

Digilized by GoogI

ROME

més pâturages, pascua, parce que des pâturages firent longtemps son seul revenu.

« Les' amendes se payaient en moutons ou en bœufs. On célébrait en l’honneur des bœufs des jeux appelés bubetiens. »

« D’après Pline *, l’un des premiers ordres qu’institua Romulus fut celui des sacrificateurs des champs. Ceux-ci étaient au nombre de douze : Romulus en voulut être... Il leur donna pour marque du sacerdoce une couronne d’épis de blé, liée avec une bandelette blanche, et ce furent là les premières couronnes dont on usa à Rome.

« Dans ces temps anciens, deux arpents de terre suffisaient à chaque citoyen romain, et Romulus ne leur en assigna pas davantage. Maintenant certains hommes que l’on se souvient d’avoir vus esclaves de Néron possèdent, je ne dis pas des vergers, mais des viviers de deux arpents. Je n’oserais même assurer siquelques-uns deces nouveaux parvenus n’ont pas des cuisines d’une plus grande étendue. »

Le foyer domestique et l’agriculture furent les assises de la république, la santé et la force du Romain. Pline se retourne avec regret vers cet âge des républicains laboureurs et soldats :

< Le rang et la dignité du citoyen se réglaient suivant qu’il était laboureur ou non. Ainsi on tenait pour les premiers à Rome ceux qui avaient des terres, et les tribus des campagnes étaient les plus estimées. Celles de la ville étaient au contraire méprisées, comme étant composées de gens oisifs, et c’était un déshonneur d’y être transféré. . . . Les citoyens ruraux venaient à la ville les jours de mar-

Page 1