M. de Brieax ; la circniatlon Tidaciairo en Chine
Digitizccl : , Gtn
gardent comme leur étant fort inférieurs sous tous les . rapports ; et ceus-ci ne s’inquiètent pas si les Européens raisonnent, ou même s’ils existent. On s’adonne à la littérature orientale à Paris et à Londres, et l’on ne sait à Téhéran ou à Pékin s’il y a au monde une littérature occidentale. Les Asiatiques ne songent pas à nous contester notre supériorité intellectuelle; ils l’ignorent et ne s’en embarrassent pas, ce qui est incomparablement plus mortifiant pour des hommes si occupés à s’en targuer et si disposés à s’en prévaloir. »
Ce qu’on peut faire sans génie, la Chine l’a fait, mais pas autre chose. La vraie muraille chinoise est la limite de l’esprit chinois. Tout Chinois naît avec la tête tournée vers le passé, il est au plus haut point atteint de ce que Diderot appeUe la postéromanie; son horizon est derrière lui, sa perspective une perspective à rebours.
De la double aptitude qui fait l’éme féconde, la force de généralisation et l’essor moral, nous n’en trouvons pas tracs en lui ; tel nous le voyons dans son dessin et dans son industrie, tel il se montre partout : minutieux, empêtré dans le détail, et faute de souille s’arrêtant court en toutes les directions de son activité. D’une série de petites observations accumulées A n’arrive pas à tirer un ensemble, d’une série de petits élans il ne parvient pas à former une impulsion décisive qui lui fasse franchir ses bornes et dépasser sa routine. 11 n’a pu généraliser assez pour trouver la notion de l’unité universelle : le mot Dieu manque dans la langue chinoise. Alors que l’Indou trop enclin à généraliser finit par sacrifier toute diversité à la notion de l’unité, le plus grand homme de la Chine, Confucius, moraliste plein de droi-
JOl CO.NRIDKIUTIONS SUR L’HISTOIRE.
lure, mais dénué de sens métaphysique ou religieux, ne demande aux Chinois que d’être raisc.mables, bienveillants, etdo cultiver leurs ancêtres. S’il était arrivé jusqu'à la notion de Dieu, il ne se serait pas rencontré avec Platon; le « dieu des bonnes gens » de Béranger lui aurait probablement suffi. Les Chinois et les Indous sont séparés par une barrière morale bien autrement infranchissable que l’Himalav i; il y a là deux races que rien ne peut unir; ce sont ' deux pôles de l’Orient, et si le bouddhisme impoi L Chine s’y est implanté, c’est
un bouddhisme défig' •• ;5^’uit à de petites pratiques, où ne subsiste plus instiuv.t métaphysique do
ses fondateurs. Le Chir nniivist pas d’espèce spéculative, il a le regard cour» son œil ne quitte pas la terre. 11 aperçoit les choses po myope subtil auquel rien n’éçhappe de ce qui est '•'•''proché, tandis que l’espace, l’air, les lointains de la ’^'^sée et les profondeurs du sentiment lui restent absc.ument fermés. Un pareil peuple est condamné à tourn- dans le cercle de sa propre stérilité.
Le mandarinat e 'e culte des ancêtres sont les formes dans lesquelles s’ t pétrifiée la Chine. Eh bien, dans celte Chine immobile, vit le plus agité des peuples. Nulle part, en Crient, les dynasties n’ont été plus culbutées qu’en ce pays de l’immutabilité ; le peuple le plus routinier de la terre s’en est montré également le plus révolutionnaire, et pendant qu’il se livrait à de périodiques bouleversements il n’a pas réussi à se transformer. Révolution, centralisation, socialisme, depuis deux mille ans la Chine a expérimenté tout cela , elle n'aurait plus rien à nous envier si les jésuites parvenaient lui inculquer leur catholicisme accommodant. Nous
croyons généralement que le socialisme est un produit spécial de notre sutiété :nous le voyons pourtant, enveloppé dans la loi olgraire, surgir à Rome sous les Gracques; à Lacédémone, le communisme est la constitution même de l'État, dans la république idéale de Platon il s’étale triomphant.' La Chine n’a cessé d’en être travaillée, et ses dynasties se soi>> usées à vouloir résoudre le problème de la misère. La^ncentration des forces sociales dans l’empereur l’appeh it au socialisme par l’Ëtat. Le communisme de l’État . 6.1e propre des empires nivelés; où n'existe pas l"- i.ialité politique, substance des États libres, la p laudividuelle telle que nous la concevons ne peu r>!pi(]g exister. La terre est à l’État, et l'État c’est le-in., vfj-ain. Le système des terres communes, qui remplaça le <ief, subsista très-longtemps en Chine. Fondé par les t'A-ots premières dynasties qui régnèrent de l’an 2265 l- >|'an 254 avant Jésus- Christ, il fut maintenu sans la moutdro altération dans l’assiette de l’impôt foncier durant .n.ite leur domina tion. Mais dans le cours des Ion' es guerres civiles qui alternaient avec l'immobilité de *>èmpire, les terras ne rapportèrent plus assez au Rsc do*U les besoins ne cessaient d’augmenter; les paysans, diseût les chroniques chinoises, ne cultivaient plus qu'avec une extrême négligence la part affectée au gouvernement. Vers le iv” siècle avant notre ère, les empereurs pensèrent faire rendre davantage à la terre, et par suite à l'impôt qui était leur souci, en permettant à chacun de devenir propriétaira. L’agriculture et l’impôt s'en trouvèrant bien. Cependant la population augmenta, et la terre par l’héritage 86 fractionna de plus en plus; les paysans s'endet-
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tèrent, tombèi'eiU dans la misère, las terres passèrent aux mains des riches ; une oligarchie territoriale naquit. La terre et le sol n’apparlinrentplus 4ôs lors ni à l'empereur, ni aux laboureurs; ils allèrent à de riches particuliers qui no s’adonnaient pas eux-mêmes à la culture et qui alTermaient leurs biens dont ils percevaient la moitié du produit total, ainsi que cela se pratique avec sqccès aujourd’hui en certains pays vignobles de la Suisse. Dans le céleste empire, il n’en allait pas de même, parce que les propriétaires étaient très-réduits, les cultivar leurs très-nombreux. « Il y a, dit un auteur chinois du temps, un propriétaire contre dix cultivateurs. Les pror priétaires s’enrichissent tous les jours, mais les fermiers, hors d'état de nourrir leur famille avec leur part du revepu du sol tombent dans la plus extrême indigence, se vendent, s’engagent, se livrent à perpétuité, eux, leurs femmes, leurs enfants, comme esclaves du propriétaire. »
Le gouvernement ne fut pas insensible aux misères du peuple, il ne put y remédier néanmoins malgré 1^ mesures qu’il prit et les encouragements qu’il donna à la culture. Convenait-il de rétablir le système premier des fiefs, de revenir aux terres commupes, ou de laisser les choses dans l'état? Cela le préoccupait beaucoup, car le sort de la dynastie en dépendait : « Perds l'affection du peuple, dit Confucius, et tu perdras l’empire. > L’on songeait donc à prendre aux riches pour donner aux pauvres. Le parti modéré (il y aura toujours, grâce à Dieu, un parti modéré] n'admettait pas que cela fût juste, t S'il y a des riches, avançait-il, qui oppriment les pauvres sans merci, il faut remédier à ce mal par d'autres moyens, et non pas en leur
L’ORIENT
retirant la propriété qu’ils ont acquise par leurs travaux et leurs sacrifices personnels. Il peut fort bien arriver quo les descendants d’une famille riche se multiplient au point d'être réduits à fractionner entre eux une propriété qui était dans l'origine entre les mains d’une seule per^ sonne, ou pncore qu’ils deviennent pauvres jusqu’à vendre leur terre per lots. C’est, dans un cas comme dans l’autre, un principe naturel de changement introduit dans la propriété foncière. Le mal ne gît ni dans les terres communes ni dans les terres privées, mais dans l’impossibilité de supprimer la pauvreté I » Après s’être longtemps balancé entre les divers systèmes, on se décida au ix“ siècle à fixer un maximum ; quiconque possé; dait au delà était exproprié de l’excédant qui faisait retour à la couronne pour être adjugé aux villages, dans la proportion de leurs besoins. Toute terre, en principe, é^t déclarée propriété impériale , comme à l’origine. C’est encore le principe qui régit la propriété en Turquie. A celui qui exprimerait un doute sur la sagesse de ces mesures, l’exil; à celui qui les enfreindrait, la mort. Ce retour incomplet vers le communisme d’État n’eut point de succès. Ses patrons en éprouvèrent bientôt les inconvénients, et les plus sages d’entre eux dirent à l’empereur : « Jao même, Schun, Wuin-wan et Tscbjou-Gun | auraient beau ressusciter des morts, ijs ne rétabliraient pas les champs communs. Les fleuves mêmes ont changé de lit depuis ces jours-là, comment pourrait-on renouveler des choses que le temps a détruites? » Trois ans après la promulgation, l’empereur Wanman relirait sa loi.