‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 55 sur 156 · Livre XII · texte numérisé non relu

Livre XII

dans ce monde, comme par exemple un sacriiice pour obtenir de la pluie, ou dans l’autre vie, comme une oblation faite dans le but d’être récompensé après la mort, est déclaré lié au monde; mais celui qui est désintéressé et dirigé par la connaissance de l’Etre divin est dit détaché du monde.

« L’homme qui accomplit fréquemment des actes religieux intéressés parvient au rang des dieux (dévas) ; mais celui qui accomplit souvent des œuvres pieuses désintdfessées se dépouille pour toujours des cinq éléments, et obbent la délivrance des liens du corps.

« Voyant également l’Ame suprême dans tous les êtres, et tous les êtres dans l’Ame suprême, en otfrant son ;lme en sacrifice il s’identifie avec l’Ètre qui brille de son propre éclat. »

Dans cette dernière strophe se trouve résumée toute la théologie des brahmes.

Les peuples actifs créent des dieux actifs, ils les détachent de la nature parce qu’ils s’en détachent eu.xmêmes et la prennent pour objet de leur énergie : ils sont anthropomorphes au premier chef. L’Indou contemplatif se noie dans la nature, son dieu suprême, Brahma, ne se donne pas la peine de créer — il laisse les choses dériver de lui dans le repos de son éternelle substance. Rien ne l’émeut, il est impassible, la quiétude môme. Ce ne, pouvait être tel quel un dieu populaire. Aussi le peuple sut-il l’arracher à son impassibilité ea l’incarnant. Le peuple a besoin d’aide en ses misères, il a besoin de médiateurs ; le peuple indou a donné ce rôle principalement à Mithra. Avant que Bouddha vînt pour le délivrer de ses misères, il se choisit l’un des personnages de la trinilé indienne, Vischnou, et le fit

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voyager pour le secours de l'humanilé en des corps innombrables. Dans le poüme du Ramayana, où les plus hautes idl^es métaphysiques et morales se* soudent aux conceptions populaires les plus matérialistes, Bmhma s’incarne pour sauver une femme vertueuse, tuer son ravisseur et la rendre à son époux :

« C’est pour la mort de Bùvana que tu es entré ici-bas dans un corps humain. Ce fut donc pour nous que tu as consommé cet exploit, ô la plus forte des colonnes qui soutiennent le devoir. »

Le panthéisme mène à la doctrine des incarnations, seule forme sous laquelle la conscience populaire se montre capable de l’accueillir, parce que dans l’incarnation l’unité divine prend un corps et cesse d’étre un principe en devenant une personne. Il est vrai qu’elle ne le devient que temporairement etse montre toujours prête à rentrer dans la nuit de l’absolu où, comme l’a dit Hegel, U tous les chats sont gris. >

« J’ai eu blendes naissances... quoique sans commencement et sans fin et chef des êtres vivants, quand la Justice languit, quand l’injustice se relève, alors je me fais moi-même créature, et je vais d’êge en âge pour la défense des bons, pour la ruine des méchants, pour le rétablissement de la justice*. »

< Caché sous la trompeuse apparence d’un mortel, Bhagavad a fait, par les mains de Krichna et de Héma, d’béroiques actions qui surpassent la puissance de l’homme *. »

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