Max Duncker, Hùtoire de VAntiquilé
MS CONSIDÉRATIONS SLU L’IIISTÜIUÉ.
ciens s’ils ne les supplantèrent pas. Indra de plus belle refoula Brahma; à la place des huit gardiens apparu- • rent huit dispensateurs de tous les biens commandés par Agni, suivi de Soma et d'autres dieux, puis les douze mois de l’année représentés par douze divinités de la lumière et du ciel, fils d’Aditi, l'éternelle nature, génies présidant à l'évolution de l'astre des saisons. A ces dieux ou génies succédèrent Rudra avec les dix marutsou dieux des vents : au total trente-trois dieux *.
Iæs sens nous mettent en rapport avec la multiplicité phénoménale dont ils sont les organes révélateurs. C’est sous leur angle que la nature nous apparaît d’abord, et qu’elle continue d’apparaître aux peuples, aux enfants, à tous ceux enfin chez qui la sensation et l’imagination dominent. L’esprit tond à l’unité, il en est l’organe, et plus il s’élève et s’étend plus le besoin de l’unité devient impérieux eu lui et trahit son propre génie qui dérive de l’unité : il en est ainsi dans toutes ses œuvres, dans la science, la philosophie, la religion, les arts, la politique, l’industrie; nulle part sou ioslinct ne se dément. Dieu est le monde envisagé dans son unité, le monde vu par l’esprit, la ({uerelle des philosophes et du peuple celle de l’unité et de la multiplicité, de la raison d’une part, des sens et de l’imagination de l’autre. Mais bien que l’esprit soit le sens de l'unité, il lui faut un grand effort pour montera la hauteur d'où, il l’aperçoit, un plus grand pour s’y soutenir. Un petit nombre d'hommes seulement se haussent à ce niveau, un moindre s’y maintient; assiégé par la multiplicité que lui apporte iuces-
i. Barnouf, Commentaire tur U Jetna.
LÜRIENT.
sainmeiU le spectacle de la vie, submergé par la diversité des impressions, des désirs et des craintes, l’homme se trouve plus à l’aise aussi dans la société de dieux multiples. L’exemple du peuple juif, d’ailleurs le moins artiste de tous les peuples, n’infirme pas celte règle, ilia confirme; car la lâche de Moïse et des prophètes n’a consisté qu'à réprimer, l’on sait avec quelle peine, ce laisser-aller d’un premier mouvement toujours prêt à forcer sa digue ou à la frauder. De combien de saints et de saintes, de combien de quasi-divinités l’homme populaire n’a-t-il pas comblé le vide qui, dans le christianisme, le sépare du Dieu unique et de son ciel ! Si les nations protestantes résistent mieux au polythéisme, c’est qu’elles sont plus cultivées et moins peuple dès lors ; cependant il ne serait pas impossible de découvrir encore chez elles des traces de celte tendance (jui suit la pente de l’imagination.
La mythologie populaire indienne, outre les dieux et les hommes divinisés dont elle regorge déjà à l’époque brahmanique, s’est chargée d’une quantité d’êtres mixtes, je ne dirais pas de demi-dieux, mais de dieux à demi : démons, géants, singes, animaux ou saints, ajoutés aux incarualions, métempsycoses et métamorphoses de tout genre. Rien de défini cependant, déclassé ni de classique dans ce polythéisme énorme et dill'orme; incapable de se discipliner, dépassant le but faute de mesure, la fantaisie créatrice de l’Indou tombe dans le gigantesque en cherchant la grandeur, dans le difforme en cherchant le colossal. Ce panthéon luxuriant est un assemblage, mais non une famille de dieux ; ceux-ci y sont entrés pêle-mêle à diverses époijues, chacuu pour soi-même, ils ont été
remanitis, gratifiés de nouveaux attributs greffésau hasard sur la souche première ; et tout cela fait à distance l’effet d’un immense bric-à-brac religieux où le sublime coudoie le grotesque, où la majesté confine au ridicule. L’Indou a l’imagination romantique, il est sous ce rapport à l’antipode du Grec, bien que le Grec soit de sa race. Le classique n’est au fond que la mesure et l’ordre ; le génie indou est démesuré et désordonné : ses œuvres ressemblent trop souvent aux débauches d’une imagination qui ne connaît le frein ni de la raison, ni du goût qui en dérive, et qui se complaît dans sa propre monstruosité. L’Indou est beaucoup moins artiste que poète, et s'il ne se rachetait des difformités esthétiques de sa mythologie par les grâces de son exquise tendresse, et les tableaux de volupté encadrés dans des descriptions inimitables de la grande nature, ses poèmes épiques seraient tout à fait illisibles. Mais dans ces forêts épiques, quelles échappées !
Il n’est pas de religion qui se soit établie d’une pièce; comme la langue la religion se fait peu à peu et jusqu’à ce que le peuple soit épuisé de sève elle reste en voie Me formation . Quand le peuple s’y est dépensé, langue et religion s’arrêtent et commencent à se dessécher; cependant la religion désormais sans puissance créatrice ne cesse pas de recevoir du dehors, par l’autorité du prêtre et l’action du peuple combinées, des suppléments et des modifications. Mais ces additions sentent le parti pris, l’âme de plus en plus se retire, il ne reste qu’une dépouille dogmatique hérissée de pratiques stériles et que se disputent les vers rongeurs. On en vient alors à réciter la religion qu’on ne sent plus, on se trouve en plein automa-
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<isme des consciences. L’Inde avant l’Europe catholique nous a révélé jusqu'où peut aller un peuple dans cette voie descendante, elle qui a inventé la machine à prières, grdce à laquelle il suffit de tourner une manivelle pour faire son salut. Tant qu’une religion vit dans ses croyants, qu’elle a dans leur esprit une signification plus ou moins idéale et stir leurs âmes une action plus ou moins édificatrice, cette religion ne saurait être qualifiée de pure superstition, car elle contient toujours — il suffit d’y regarder de près pour s’en convaincre — un fonds d'humanité et de vérité. Il n’y a pas que de la superstition dans une religion qui a pu dire d’elle-méme au fort de sa puissance :
« Avoir lu tous les Védas, s’étre baigné dans tous les tlnthas ; une parole de vérité, sire, égale tous ces mérites ou plutôt ces mérites ne l’égalent pas.
« La vérité est le premier Véda, la vérité est la première loi; ne foule pas aux pieds notre convention, roi puissant, et que la vérité soit bienvenue de toi *. »
C’est un fait démontré par l’histoire des religions que plus est grande la distance qui sépare la croyance populaire, ou pour mieux dire l’état intellectuel d’un peuple, des conceptions spéculatives de l’élite que ce peuple contient, plus est abrupte chez lui la pente de la superstition. Cela nous e.xplique comment dans l’Inde les plus hautes cimes de la spéculation métaphysique et les plus ténébreuses profondeurs de la superstition ont pu être à la fois atteintes. Néanmoins l’Indou, tenu en bride par le sacerdoce, pendant longtemps ne connut point d’images taillées