I.NTIUIUÜCTIO.V
1 euiulalioii dans l’humanUé remplacerait nos discordes destructives de l'humanité. La justice parfaite étant impossible sur notre planète, la guerre n’y sera jamais entièrement vaincue. Cependant la justice augmentant la guerre diminuera — et Injustice augmente. Combien l’État moderne, encore si défectueux, l’est déjà moins que l’État ancien ! Daus les pays les plus avancés la guerre a quitté la rue pour se transiwrtcr dans les assemblées, où s’accomplissent des révolutions parlementaires sous l’ascendant de la discussion libre et par l’autorité de la persuasion. L’Europe n’a pas de meilleure garantie contre la guerre civile et les guerres internationales que le système des assemblées délibérantes. Elles constituent au dehors et au dedans les vraies ligues de la paix contre la violence ambitieuse; universellement et loyalement pratiquées, elles réduiraient le risque de guerre au miiiinunn. L’État existe pour empêcher la lutte armée et favoriser la lutte intellectuelle. Mais où est à l’heure présente le gouvernement qui échappe lui-même tout à fuit à l’esprit de parti ? L’État organe du droit existera quand les citoyens d’un même pays auront trouvé un gouvernement qui les protège tous également et dans toutes les manifestations de leur individualité : travail, pensée, conscience; quand les peuples divers reconnaissant leur droit commun à l’existence auront consacré ce droit par leurs institutions et surtout par leurs pratiques. Il n’est point de pays où, de citoyen à citoyen, le droit ne soulfre encore de vives atteintes, qu’est-ce donc, juste ciel, de peuple à peuple 1
l’sotéger l’individu, dégager des entraves artificielles son essor naturel, son droit des prises de l’arbitraire, tel 1. 4
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csl la fin de l’Élat. C'est par l'individu, c’est pour l’individu que l’-Étal et que les peuples eux-mêmes existent : le progrès de l’individu est leur légitimité; car il n’y a de légitime aujourd’hui que ce qui est démontré utile ou nécessaire au développement des hommes.
I La justice est seule capable de vaincre la guerre que l’injustice amène. Voilà notre axiome. Mais l’injustice, qu’est-elle au fond? elle est dans l’ême le désir de mettre son moi à la place du moi d’autrui; en fait elle représente la substitution de son moi à celui d’autrui. L’injustice est le prime-saut du moi. L'homme y tend do nature, alors qu’il est le plus souvent obligé de se contraindre pour'être juste et do s’élever au-dessus de luimême en quelque façon. S’il en était autrement, la justice aurait-elle besoin de la force pour se faire obéir? Le droit n’est que la Iralance des égoïsmes maintenue tant bien que mal au moyen de la force. La loi a droit à la force (juand elle est le droit, elle est le droit quand elle laisse à chacun, dans les seules limites des circonstances naturelles et sociales, le libre usage de ses facultés. Pendant longtemps la loi n’a été que l’ambition ou le fanatisme légalisés, c’est-à-dire l’usurpation même la plus flagrante et la plus terrible du moi humain : aujourd’hui encore elle n’est pas alfranchie ches tous les peuples de cette contradiction qui viole sa propre essence, et les plus soumis au droit n’ont pas réussi à dégager sans réserve leur idéal juridique de.s restes d’arbitraire qui demeurent attachés comme dos lambeaux du passé à leurs élans vers l’avenir.
On peut à travers l’histoire suivre les ambitieux et les fanotiques à la piste ; ils ont laissé derrière eux une
INTRODUCTION
SI
lougue traînée de sang : « Que j’en ai vu de condamnations plus crimineuses que le crime! » C’est surtout à l’aJresso du fanatisme que vont ces paroles, alors qu’assis au tribunal que l’ignorance et la superstition populaire lui élèvent, il fait de la loi l’instrument de l’assassinat.
Rien qui ait plus animé les hommes contre cu.x- Diéniesque la politique et la religion. Et cependant l’objet de la politique est la Justice, celui de la religion est la perfection. Mais quelle difl'érence les passions et l’erreur accouplées pour créer des monstres mettent entre les théories et les actes I La science a eu des martyrs, elle n’a pas eu de bourreaui, ni l’art non plus. Où la science etlesarts l’ont emporté, en Grèce et pendant la Renaissance, le fanatisme a moins sévi ; ses e.\plosions les plus formidables ont au contraire partout accompagné les crises religieuses ou politiques : sans parler de l’antiquité, l’avénement du christianisme, celui de la réforme et de la révolution ont vu s’accomplir les plus horribles effusions de sang humain. L’art, les lettres, la science sont l’apanage d’une élite, tandis que la politique et la religion ont le don de remuer les masses, ür, il n’y a pas de fanatisme sans une foule capable d’étre fanatisée; la foule est l’auxiliaire indispensable du fanatique comme de l’ambitieux. Il faut que l’étincelle pour produire un incendie tombe sur un amas inllammable, que le germe de mort trouve un milieu de contagion pour se répandre en épidémie. La foule s’offre toujours au fanatique parce qu’elle n’est guère que passion, et que sa masse homogène, moléculaire eu quelque sorte)