‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 84 sur 156 · Byronia grandis, fruit rouge · texte numérisé non relu

Byronia grandis, fruit rouge

L'ORIENT

Tu regardea son corps, blanc sur sa conche brune,

Aminci par le deuil comme on croissant de lune

El tont en elle est deuil I

C'est que ce cher trésor est 4 moi tout entier. Comme an jour du départ l'absent peut s’y fier.

Ah! qu'ils pèsent ces jours de l'humide saison A l'absent tourmenté par le maître aux cinq flèches 1 Parfois les bois mouillés, avec leurs senteurs fraîches. Douces comme l'odeur qui flotte sur tes pas, T'évoquent un moment k mes yeux , et mon bras. Comme pour l'enlacer, ma jeune bien-aimée.

S’élance dans le vide et presse une fumée I

Comme moi, cmnr Adèle, en ce crnel divorce,

A la réflexion demande un peu de force :

Quel être dans ce monde a reçu du destin Le bonheur sans limite ou le malheur sans fin?

Il faut qu'en son retour la roue infatigable Relève incessamment ceux que la chute accable.

Ainsi parla l'époux exilé. Le nuage A la nymphe éplorée apporta le message.

Kouvéra l'entendit et, touché dans son cœur, Oubliant à la fois la faute et la rigueur. Réunit les amants, et de joie éternelle Entoura les beaux jours de ce couple fidèle.

La voliiplé et l’amour, à travers les regrets, respirent dans cet hymne de la nostalgie conjugale. Mais son caractère panthéiste n’est-il point marqué à chaque vers, ne se trouve-t-il pas dans l’inspiration môme qui fait du nuage, ce passant des airs, le confident et le messager des époux séparés?

La force de l’union conjugale est dans la famille. L’étymologie déjà nous informe de la place qu’elle tint

I . Les métaphores lunaires sont très en honneur chez les Indous comme chez les Germains panthéistes.

3i8 CONSIDÉRATIONS SUR L'HISTOIRE.

chez les Aryas primitifs. Le père signifie protecteur, d’après les racines qui subsistent dans le sanscrit ; la mère celle qui ordonne et distribue; le frère est le porteur, l’aide ; la sœur celle qu’on soigne ; la fille, la laitière : c’est la vie patriarcale se reflétant dans la langue avec une pittoresque naïveté •. Ce culte originaire de la famille, le brahmanisme ni le bouddhimse ne l’ont pas effacé du cœur de l’Indou, malgré, leur esprit monacal et solitaire : ne voit-on pas l’épouse émigrer avec l’époux dans les retraites de la pénitence? L’Orient mahométan est voilé, il relègue la femme à l’écart dans la maison et sur le seuil met en sentinelle la jalousie. Ni la vierge ni l’épouse ne marchèrent voilées dans l’Inde : « le voile de la femme, dit le Ramayana, c’est la vertu de l’épouse. »

L’enfant est le couronnement de l’union conjugale et le centre de la famille, les époux se joignent, se pénètrent, se continuent en lui.

L’Indou se montre tendre et compatissant à l’enfant : « .... Car il n’est point dans la nature de sensation plus délicieuse que le toucher d’un enfant.

« Tous les pères, éloignés quelque temps de leurs fils, se réjouissent à leur vue, ou plutôt ne cessent un instant de les avoir présents à la pensée! toi seul donc demeurerais insensible à cette impulsion universelle?... loi seul entendrais, sans en être ému, ces touchantes paroles que prononce pour le père le brahmane à la naissance d’un enfant?...

« O toi qui proviens de toutes les parties de mon être, toi le fruit précieux de mes entrailles, toi qui es mon

1 A Weber, lodiscfae Sludien.

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âme même, puieses-tu vivre cent ans I Sur toi repose le

soin de mon existence, de toi dépend la perpétuité de ma •

race ; vis donc heureux, ô mon fils, l’espace de cent ans *.

« Écoule la voix de nos anciens sages, rappelle-toi ce que, dans leurs chants immortels, ils ont dit de la femme, cette compagne modeste deThomme : c’est elle qui dans le fils qu’elle lui donne prolonge son existence en le faisant revivre dans cet autre lui-même ; c’est à ce fils qu’il doit la délivrance des âmes de ses ancêtres. La femme est la moitié de l’homme, elle est sou ami le plus tendre : par sa voix caressante, elle sait dissiper les ennuis de sa solitude ; elle est son coqsolateur dans les peines inséparables des sentiers de la vie ; et à la mort de son époux, avec quel dévouement ne se précipite-t-elle pas sur le bûcher funèbre, résolue à ne point s’en séparer et à partager à jamais son sort, quel qu’il soit? Plus religieuse que lui, souvent elle rallume dans son cœur une faible étincelle de vertu qui allait s’éteindre, le sauve ainsi à son

- insu, et attire sur sa tête les faveurs de Brabmâ.

« Non, il n’est ^int de spectacle plus touchant que

- celui d’un père respectable, entouré de sa femme et de ses nombreux enfants : de quel transport n’est-il pas luimême saisi lorsqu’il reconnaît dans ces innocentes créatures sa vivante image?... Quand un enfant accourt vers son père, et qu’il se précipite dans son sein pour l’embrasser, quoique tout couvert de la poussière qu’il vient de soulever dans ses jeux, quelles délices sont comparables à celles que lui procure ce baiser I »

« ... La petite fourmi protège ses œufs et ne les brise

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