‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 85 sur 156 · llahabhMabi, épisode de SacooDtala · texte numérisé non relu

llahabhMabi, épisode de SacooDtala

33n CONSIDÉRATIONS SDR L'HISTOIRE

pas!... et toi, être doué du sentiment de la vertu et de la justice, tu ne protégerais pas, tu ne chérirais pas cet être faible à qui tu as donné la vie î »

La famille fait le mariage plutôt que le mariage la famille : où l’enfant manque il peut y avoir des amants ou des amis conjugaux — il n’y a pas de vrais époux. Le code de Manou permet à l'homme de délaisser la femme stérile : la fin de l’union d’après lui est la naissance do l’enfant, ou pour mieux dire du fils qui doit faire renaître le père du sein de la mère. La plus grande vénération est prescrite aux enfants envers leurs parents : le père peut les chétier et les frapper, mais seulement avec un roseau do bambou.

Les animaux ne vivent en couple qu’en vue de leur progéniture; ils cessent d’être monogames quand cesse pour la progéniture la nécessité de leur aide. Cela se vérifie particulièrement chez les oiseaux, le nid est une prophétie. L’homme est monogame parce que pour lui la famille ne cesse pas d’exister une fois qu’elle a pris naissance. La polygamie existait dans l’Inde, mais atténuée par le génie austère et délicat de la race. I^e code de Manou est implacable pour l’adultère, mais il proscrit la vente des femmes et ne veut pas que celles-ci soient dotées même sous prétexte d’indemnité au mari : une union contractée de cette façon est celle des asouras ou des mauvais esprits. Afin de ne pas rompre tout à fait avec l’antique coutume patriarcale, le don d’une vache ou d’un taureau est permis toutefois, mais seulement dans un but de consécration religieuse. Cela s’appelle l’union des saints. Le mariage uniquement contracté pour la satisfaction d’un penchant réciproque se nomme l’union

(les musiciens célestes, celle des gandliarvas : le c(xie de Manou ne lui est pas favorable — est-ce parce qu’elle surpasse les simples mortels ou qu’elle ne tient pas assez compte du poids de la terre et des obligations morales du mariage? Si un père remet sa fille aux mains du fiancé avec ces mots : — Remplissez tous les devoirs qui vous incombent — il a consacré l’union du créateur ; la donne- l-il richement vêtue, ornée de parures à un homme versé dans les saintes écritures qu’il a invité et reçu avec honneur dans sa maison, c’est l’union selon Brahma. Le don est-\l fait à un prêtre en fonction, il marie sa fille d’après le rite des dieux. La pire façon de contracter un mariage est celle par le rapt, c’est l’union des géants; encore pire cependant est le mariage si le séducteur a d’abord enivré la jeune fille à l’aide de boissons capiteuses, ce qui est l’union des sangsues. D’après le livre de Manou, les mariages contractés par vente, pure inclination, ou séduction, portent de mauvais fruits; il n’eu peut résulter que des fils cruels, menteurs, ou méprisant les védas. Le code défend de marier la plus jeune sœur avant l’aînée, il n’aime pas qu’on prenne sa femme dans le cercle d’une parenté trop rapprochée, ou dans une fatoille où régnent des maladies, non plus que dans celles qui négligent les pratiques religieuses. Il convient de choisir autant que possible une jeune fille qui ait le maintien décent du cygne — ou de l’éléphant * — qui ait les dents petites elles cheveux fins. Qu’on évite celles qui ont la voix forte, les yeux rouges, la bouche loquace, ou celles dont le corps est poilu.

i. Le pluspQ'liqao des animaux : l’Indou du règne animal.

Mais la chose essentielle est le mutuel amour :

« Qu’une fidélité mutuelle se maintienne jusqu'à la mort, tel est, en somme, le principal devoir de la femme et du mari. »

« Celui-là est un homme parfait qui se compose de trois personnes réunies, sa femme, lui-même et son fils; et les Brâhmanes ont déclaré cette maxime ; le mari ne fait qu’une môme personne avec son épouse. »

« Dans toute famille où le mari se plaît avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. »

« Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites; mais lorsqu’on ne les honore pas, tousles actes pieux sont stériles*. »

— Honorez les femmes ! a dit Schiller.

Capable des plus nobles actes de dévouement et de la dernière perversité, à la fois, comme dit Labruyère, meilleure et pire que l’homme, la femme n’a guqre le sens de la justice, chose trop abstraite pourelle, et qui ne parle pasà sa sensibilité et à son imagination : les madame Roland sont rares. L’amour de la justice est une vertu de l’homme, la vertu virile par excellence, car elle donne à l’homme sa valeur et sa dignité. Certes, la femme ne mérite pas toujours le mot de Rousseau qu’elle n’est qu’un grand enfant ; son héroïsme d’amout est souvent adrai-

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