CHAPITRE PREMIER
Exposé de la question. — Historique.— Situation
actuelle.
La fin du xix° siècle a vu s’accomplir, dans les sciences médicales, une révolution qui, bouleversant complètementles doctrines étiologiques et les théories pathogéniques, a permis d'asseoir l'hygiène sur de nouvelles bases et a eu sa répercussion dans le domaine de la sociologie et de la politique. Les doctrines de l’Ecole pastorienne ont profondément modifié les règles de l'hygiène publique en les basant sur des données certaines, fruits de l’expérimentation scientifique. Les disciples du Maître, par leurs efforts répétés, ont réussi à secouer l'indifférence des pouvoirs dirigeants, et dans les divers pays, les hommes politiques ont dû faire droit aux exigences des savants, médecins, hygiénistes, réclamant au nom de l'intérêt général et de la santé publique des lois et des règlements. L'effet de ces efforts combinés a été de rendre moins fréquentes les épidémies et les affections d’origine microbienne ; mais ce résultat n’a point été obtenu sans peine.
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Nos hygiénistes se sont souvent heurtés au scepticisme qui fleurit dans beaucoup de pays quand il s’agit des choses de la médecine; d’autres fois, ils ont dû reculer devant l’énormité des dépenses qu'entraînait l’application des mesures hygiéniques réclamées. Ils ont dû aller lentement, très lentement, et faire l’éducation des intéressés et, en dépit de la collaboration des savants et des vulgarisateurs, le jour n’est pas encore venu, en France, du moins, où l'adoption des lois protectrices de la santé publique sera favorablement accueillie par l’ensemble de la population. La pratique Angleterre nous a devancés dans cette voie, et en 1875, le premier ministre de la reine, Lord Disraëli, prononçait à la Chambre des communes, à l’occasion de la discussion de la loi sur la santé publique, un admirable discours dont voici la conclusion : « La santé publique est le fondement sur lequel repose le bonheur du peuple et la puissance de l'Etat; ayez le plus beau desroyaumes, des citoyens intelligents et laborieux, des manufactures prospères, une agriculture productive; que les arts fleurissent, que le sol se couvre de palais et de temples; pour défendre tous ces biens, ayez une forte armée, une marine florissante, si la population reste statiorfnaire, si chaque année elle diminue en nombre, en stature, en vigueur, la nation dépérit, c’est pourquoi j'estime que le souci de la santé publique est le premier devoir d’un homme d'Elat. »
Il est une branche de l'hygiène publique qui est restée en arrière chez les différents peuples, et principalement
en France, où rien n’a encore été fait : nous voulons parler de l'hygiène dentaire en particulier chez les enfants.
En dépit des réclamations et des observations formulées depuis une vingtaine d'années par les médecins et les dentistes les plus autorisés, nos législateurs et nos gouvernants n'ont encore pris aucune mesure pour enrayer le mal.
Dès 1883, le docteur Pietkiewicz, dentiste de l'Hôtel- Dieu, à la séance de la Société de médecine publique et d'hygiène, du 25 juillet, attirait l'attention de ses collègues sur l’hygiène de la bouche des enfants et des adolescents. Il signalait l'importance de l'intégrité de la bouche et des dents au point de vue du fonctionnement de l’estomac et de l'assimilation en général. Montrant ensuite l'importance spéciale qu'il y avait à surveiller chez l'enfant le développement des deux dentitions et à remédier aux anomalies du système dentaire, aux difformités inhérart à la première dentition, aux caries du premier âge qui, par la douleur qu’elles occasionnent, déterminent de l’insomnie, rendent l'alimentation pénible, source d’amaigrissement pour les enfants, aux abcès susceptibles de déterminer des fistules, des cicatrices ou même des nécroses du bord alvéolaire, des troubles évolutifs, des follicules et des malformations ou même la destruction totale des dents définitives, il conseillait d'éviter l’avulsion des premières dents ; cette opération en supprimant la bonne mastication occasionne des affections gastro-intestinales, favorise les anomalies dentaires, par suite du manque de place, les positions vicieuses, les chevauchements, la mauvaise direction