CHAPITRE Il
Le Durham et la race normande
Nombreux sont les éleveurs de la race normande qui nient toute influence du Shorthorn dans leur bétail. Il est bien évident, qu'il ne saurait être question de préconiser l'introduction, au sein de la race, d’un élément étranger si perfectionné qu’il soit, dans telle ou telle production.
Tout le monde sait à quel degré de perfection les éleveurs normands ont amené leur troupeau en le travaillant par sélection.
Cependant, la Normandie reçut des Shorthorns au moment de leur vogue, el de nombreux croisements furent opérés.
I ne faut, en effet, pas oublier qu'au dépôt du Pin (Orne) la vacherie subsista 23 ans (1838-1861).
De même Saint-Lô eut une vacherie; le troupeau n’y séjourna que 3 ans faute de logement approprié. Il fut ensuite réuni à celui du Pin. Mais, durant ce court laps de temps, il fut fait 350 saillies en divers
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points de la contrée. Ce n’est donc pas que les éleveurs faisaient, comme d’aucuns le prétendent, peu de cas du Shorthorn. La vacherie de Colon (Calvados) influença également le bétail normand.
Il est indéniable que les premiers essais d'amélioration de la race normande reposèrent sur l'emploi du taureau durham: il en résulta plus grande finesse, précocité et meilleure conformation, aptitude plus marquée à l’engraissement. Les éleveurs recherchaient les taureaux de robe foncée (à l'inverse des éleveurs charollais), à têle fine, à cornes petites.
Les métis avaient une tête fine, à cornes réduites, une encolure courte et massive, un dessus large et plat, une poitrine descendue, la cuisse ample, les maniements développés, notamment à la base de la queue.
Dès le début du 20° siècle, le croisement fut abandonné. Mais, ici encore, les résultats acquis le furent bel et bien; et sur de nombreux animaux inscrits nous avons été à même de noter le dessus large el plat, véritable signature du Durham.
Les anti-durhamistes firent le procès du Shorthorn comme bête de boucherie, « incapable de travail, ne fournissant ni lait ni beurre, donnant plus de graisse huileuse que de bonne viande ». On le caricatura et nous pouvons rappeler ici, entres autres, une magnifique vache durhame toute boursouflée -de graisse, offrant sa mamelle aux doigts expérimentés d’une irayeuse qui n’arrivait pas à remplir de lait un verre à liqueur, alors qu'à côté une Cotentine remplissait de nombreux seaux.
L'introduction du Durham pour améliorer la Nor-
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mande fut âprement discutée. Les uns préconisaient des croisements répétés pour arriver à un résultat rapide. Les autres recommandaient plus de mesure dans le croisement, dans la crainte que le Durham ne vint trop diminuer les facultés laitières. Enfin, d’autres, plus prudents, assuraient énergiquement que l’amélioration par la race elle-même était la seule méthode à employer.
Parmi les premiers, le marquis de Torcy eut par le croisement de magnifiques résultats. Les mélis affinés étaient plus précoces. I faut dire que, ne se souciant point des qualités laitières, il put sans inconvénient introduire systématiquement le Durham. Les ressources naturelles du pays se prêlaient magnifiquement à ce genre de spéculation.
Tous les éleveurs qui empleyèrent judicieusement le croisement contribuèrent dans une large part à l’amélioration de la race normande.
D’après Moll, la Normande, en général, ne pouvait arriver par elle-même à l’état d’engraissement que nous lui connaissons aujourd'hui. Car une grande partie de son alimentation contribuait à la formation de son volumineux squelette; il était donc nécessaire « de mofier l’os par la chair » suivant son expression.
Chez la Normande, l'hérédité donnait plus d'os; chez l’Anglaise, plus de viande. Un emploi judicieux rétablit l'équilibre sans toucher à la secrétion lactée.
Cette théorie est juste car elle fut confirmée par la pratique. Chez les éleveurs qui ont pratiqué les premiers croisements, les métisses femelles reçurent du père une meilleure conformation et conservèrent de la
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mère ses facultés laitières. Qui plus est, nombreux étaient les mâles qui gardaient leurs aptitudes au travail, tout en y joignant celle de s’engraisser plus rapidement en fin de carrière. Le métis valait donc mieux eu égards à sa destination future.
Mais il faut évidemment se préoccuper des modalités du croisement, savoir employer ses reproducteurs, sélectionner ses métis. Si la race à améliorer est à viande exclusivement, l’éleveur n’a pour ainsi dire aucune difficulté. Le croisement répété le mène au but.
Mais ici une difficulté existait en cela même qu'il fallait se préoccuper des limites au delà desquelles l'élément lait serait atteint ou compromis dans sa force.
Judicieusement employé, le Durham risquait-il d’amoindrir ou d’abolir les qualités laitières de la race ?
Nous ne le croyons pas, si l’on veut bien avec nous se reporter aux expériences, déjà éloignées mais toujours précieuses, de M. de Kergolay. Il démontra qu'au delà d’une certaine quantité la richesse en beurre n’augmente pas. La quantité de lait peut augmenter, la richesse globale restera stationnaire. Peut-être ne faut-il pas être trop exclusif dans cette assertion, car ce serait nier toute utilité de la sélection en vue de l’amélioration des aptitudes laitières dans le temps.
Il subsiste, malgré tout, que de nombreuses observations ont montré que l’infusion du Durham dans nos races locales peut porter atteinte à la quantité de lait produit, sans faire varier proportionnellement la qualité et la teneur globale en matière grasse,
L'amélioration des beurrières principalement, par le Durham, paraîtrait donc se justifier.
Notons au passage une expérience de M. de Kergolay :
N° 1. — Vache cotentine pure achetée comme laitière en foire : |
28 litres de lait, un kilo de beurre.
N° 2. — Fille de celle-ci, Cotentine pure, #5 litres de lait; À kilo de beurre.
N° 3. -— Petite-fille de N° 1, 10 litres de lait; 500 gr. de beurre.
N° 4. — Arrière-petite-fille du N° 1, demi-sang Durham par le père. Sans renseignement.
N° 5.— A 5 générations de N° 1, trois quarts de sang Durham, petite-fille de son père, donnant au premier veau 14 litres de lait avec 760 grammes de beurre.
Quoiqu'il en soit, le Durham ne fut pas maintenu comme améliorateur, el les éleveurs s’en tinrent alors à la sélection. Mais trop souvent, et c'est le reproche que nous leur faisons, les détracteurs du Durham le dénigrèrent systématiquement, alors même qu'il pouvait conduire plus rapidement au but, malgré les conseils d’esprits éclairés.
En 1846, à l’époque où la controverse était des plus âpres, M de Grangues écrivait dans un mémoire lu‘à la Société d'agriculture de Pont-l’Evêque : « J’ai défendu le terrain pied à pied avant de me rendre à l'évidence, et si je viens vous conseiller le durham pour régénérer notre race bovine, ce n’est pas sans y avoir müûrement réfléchi. » Et M. de Grangues terminait en constatant qu'au concours de Poissy qui venait d’être institué, le
triomphe n’était plus pour eux mais pour M. de Torcy, créateur de la race de Durcet.
La race de Durcet
Ce fut véritablement de toutes pièces que fut créée la race de Durcet. Elle fut fixée vers 1855. Le marquis de Torcy l’obtint par un mélange complexe, mais cependant raisonné, des races Normandes, Schwitz el Durham. Il cherchait à produire le plus de viande possible au plus bas prix.
Il n’obtint d’ailleurs pas du premier coup les résultats cherchés et il avait tout d’abord travaillé avec la race du Merlerault. N'en ayant eu aucun résultat, il crienta d’un autre côté ses travaux. Il s’adressa à la Schwitz qui venait d’être importée à Grignon par Bella, lintroduisant au sein de la race cotentine, il chercha Ja fusion des formes à conserver et des mérites à exalter chez l’une et l’autre race, l'effacement progressif des imperfections propres à chacune d’elles. Ceci nous conduit jusqu'en 1838, époque de l'introduction des Shorthorns au Pin. Le taureau Durham fut alors allié aux métis cotentin-schwilz; il en résulta un produit nettement supérieur au point de vue rendement et précocité.
Il faut savoir que, das le cas qui nous occupe, M. de Torcy se désintéressa complètement de la question laitière. Ses efforts tendaient vers l’idéal du bœuf de boucherie; il réussit magnifiquement dans cette voie, Nous n'en voulons pour preuve que les succès qu’il remporta dans les concours.
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Notons donc au passage, encore une fois, l’action prépondérante du Durham qui, en l'occurrence, absorba presque totalement les métis cotenlin-schwitz. Le bétail de Durcet ressemblait d’ailleurs étonnamment au Durham par ses formes.Ses membres, cependant, étaient plus hauts et plus osseux, la poitrine moins vaste. Il fournissait 66 à 67 % de viande nette avec 16 à 17 % d'issue, mais n’était apte ni au travail ni à la production du lait.
Malgré ses succès, la race de Durcet n’eut qu’une existence éphémère; elle était trop artificielle pour que la masse des éleveurs put l’adopter avec profit.
Il était cependant bon de la signaler, car elle est un des beaux exemples de ce que peuvent les méthodes zootechniques, mises en pratique par des éleveurs avisés,
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