‹ Considérations sur la choréeChapitre 11 sur 18 · NATURE ET SIÈGE · texte numérisé non relu

NATURE ET SIÈGE

La nature et le siège de la chorée sont la pierre d’achoppement des auteurs. Galien considère cette maladie comme une affection paralytique. Sydenham la regarde comme une sorte de convulsion produite par une humeur engagée dans les nerfs. Paracelse la rapporte à l’imagination, aux désirs sensuels et à l’excitation du sang. Sennert faitjouer un certain rôle à la dégénérescence des humeurs. La chorée, dit Mead, est une affection paralytique. Dower professe la même opinion. Cullen en fait un genre particulier dans les affections spasmodiques. Sauvages la range dans les maladies convulsives. Baumes et Cheyne l’envisagent comme tenant de la nature de la paralysie et de la convulsion, et se rapprochant tantôt plus, tantôt moins de l’une ou de l’autre. Pinel la classe dans les névroses, genre paralysie; il en avait parlé dans les premières éditions de la Nosographie philosophique, sous le nom d’asthénie musculaire: il paraît disposé, plus tard, à la regarder comme formant la transition entre les convulsions et les paralysies. Pour Bouteille, elle tient plus de la paralysie que de la convulsion. «L’état morbide qui constitue cette maladie, dit P. Frank, est une irritation nerveuse souvent subordonnée à la pléthore générale ou cérébrale, à la débilité constitutionnelle, à l’embarras des premières voies : c’est un mélange de paralysie et de convulsion. » J. Frank étudie la chorée entre le tremblement et l’épilepsie. Le professeur A. Dugès la regarde comme une névrose hyposthénique. Tout ce qui accumule l’irritabilité dans l’appareil nerveux cérébro-spinal, et dans l’appareil digestif, peut produire la chorée (Broussais). M. Bouillaud rattache cette maladie à un trouble dans l’association, la combinaison, la coordination normale des mouvements: cet auteur est porté à croire qu’une inflammation est la cause de cette maladie. Le docteur Steibel professe cette opinion singulière que la chorée résulte d’une compression des nerfs spinaux dans les trous de conjugaison.

La cause première de la maladie a donné lieu à beaucoup de di-

vagations et à des créations chimériques. La viciation des humeurs les qualités nuisibles des esprits vitaux, le recoquillement des nerfs, etc., personne n’y croit plus. Il n’y a pas d’inflammation des nerfs dans la chorée. Les partisans les plus enthousiastes de la doctrine physiologique ne parlent de la nature inflammatoire de cette maladie qu’avec doute et réserve. La chorée est, pour presque tous les auteurs qui écrivent en ce moment, une névrose ; mais c’est une névrose hypersthénique pour les uns, une névrose hyposthénique pour les autres, une névrose d’une nature inconnue pour le plus grand nombre ; et nous nous rallions à cette dernière opinion, fondée sur l’étude approfondie de tous les phénomènes de la maladie , de ses causes, de sa marche et de ses variétés.

Ainsi la chorée est une névrose de nature inconnue. Est-elle caractérisée par des convulsions , par une paralysie, par un mélange de paralysie et de mouvements convulsifs ? Si nous examinons avec attention ces mouvements si variables dans leur intensité et dans leur étendue, nous trouverons des secousses involontaires , saccadées, plus ou moins énergiques , qui portent les membres dans tous les sens, donnent de l’incertitude à la marche, et font ressembler les malades à des pantins que l’on fait mouvoir à l’aide d’une ficelle : ces secousses musculaires font exprimer au visage, en un instant fort court, les passions les plus diverses. Elles résultent de contractions inégales de plusieurs muscles, qui se produisent pendant tout le cours de la maladie. Tous les mouvements ne sont pas soustraits à l’empire de la volonté, et celle-ci se fait quelquefois obéir; c’est précisément ce mélange de contractions normales et morbides, établi avec raison par M. Dufossé, qui donne à tous les mouvements des choréiques cette grande irrégularité si caractéristique. Les convulsions propres aux maladies des centres nerveux se montrent surtout par attaque ; les muscles fléchisseurs en sont plus souvent le siège ; l’amplitude du mouvement convulsif est mesurée par le degré même de flexion ou d’extension dont le membre est susceptible. Les convulsions choréiques sont vives, instantanées; elles agitent également les fléchisseurs et les extenseurs ; elles sont brusques, saccadées , inégales et

incertaines , ne vont pas toujours jusqu’à la flexion et à l’extension , ou dépassent l’une ou l’autre ; elles sont vacillantes et variables à l’infini. Les désordres musculaires de la chorée doivent être rapportés aux convulsions ; mais à des convulsions d’une nature particulière , à une folie des muscles, comparable, comme le dit M. Bouillaud, à cette espèce de folie dans laquelle les malades déraisonnent invinciblement, jugent de travers, associent vicieusement leurs idées.

Il y a une égale divergence d’opinions, dans les auteurs, sur le siège de la chorée , et chacun rapporte tout à sa théorie de prédilection. La plus ancienne, c’est que le cerveau est affecté dans l’une ou l’autre de ses substances, en avant, au milieu ou en arrière, et que cette affection est une inflammation, un ramollissement, une destruction plus ou moins étendue, une compression. On a conclu, de quelques expériences et de quelques observations, que la chorée avait son siège dans la substance corticale du cerveau. D’autres, s’appuyant sur des éxpériences contraires, l’ont placée dans les plans fibreux de l’organe. MM. Délayé et Foville, localisant les mouvements des membres inférieurs dans les corps striés et leurs radiations , et les mouvements des membres supérieurs dans les couches optiques , établissent une dépendance entre ces parties du cerveau et la chorée partielle des jambes et des bras. La chorée du visage et du cou serait attribuée à une lésion des cornes d’Ammon. Des autopsies ayant présenté à M. Serres des produits d’inflammation dans les tubercules quadrijumeaux , Rolando ayant produit des symptômes analogues à ceux de la chorée en piquant ces tubercules, Lisfranc ayant guéri un choréique par des émissions sanguines pratiquées à la base du cerveau, ces auteurs pensèrent que la chorée était sous la dépendance d’une inflammation des tubercules quadrijumeaux. Se fondant sur les expériences de MM. Magendie et Flourens, et sur les siennes propres, qui semblent démontrer que le cervelet est l’organe de la coordination des mouvements, M. Bouillaud rattache les mouvements morbides de cette affection à une altération de l’organe régulateur, c’est-à-dire du cervelet. Ollivier d’Angers a porté son attention sur la moelle épinière prise en masse , tandis que d’autres en ont cir-

conscrit le siège dans les cordons qui sont réputés présider aux mouvements.

Ces divers sentiments étant contradictoires, s’excluent mutuellement. Pour arriver à la connaissance du siège de la maladie, demandonsnous quels sont les phénomènes delà danse de Saint-Guy? quels sont les actes vitaux auxquels ils appartiennent? Ces phénomènes sont des mouvements désordonnés; la contraction musculaire en est la cause , ^t les muscles les agents. Mais la contraction envahissant tout ou une grande partie du système musculaire , de manière à exercer des actions en commun , à opérer de mouvements en commun , un muscle ou plusieurs muscles ne peuvent pas être la cause dernière ; il faut remonter à l’appareil incitateur qui leur porte la cause finale de leur contraction ; cet appareil est le système nerveux célébro-spinal. C’est donc au système nerveux, considéré en général, qu'il faut rapporter le siège de la maladie. L’appareil cérébro-spinal étant malade, il en résulte une action anormale sur les muscles par les cordons nerveux, à la place de l’incitation physiologique qu’il leur transmettait auparavant. Cette incitation désordonnée correspond aune modification organique et vitale de l’organe central, qui se dérobe, dans son essence, à nos investigations. Tout est renfermé là-dedans , et les interprétations ne peuvent aller au-delà.

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