TRAITEMENT
La danse de Saint-Guy, avons-nous dit ailleurs, est susceptible de guérir spontanément. La nature procède à cet acte curateur de différentes manières: tantôt insensiblement et sans effort, tantôt par une crise, comme l’établissement de la puberté, l’apparition d’un flux diarrhéique, d’une éruption cutanée. Bouteille cite plusieurs observations de chorées guéries par le retour d’une affection cutanée. Dehaën et Sauvages rapportent des cas analogues.
Cette heureuse terminaison peut se faire attendre long-temps, et tromper notre attente. La chorée peut s’aggraver et entraîner à sa suite des désordres plus graves ; c’en est assez pour nécessiter l’intervention active de l’art.
La chorée a été traitée de tant de manières, qu’il y a peu de maladies qui comptent autant de méthodes de traitement. Presque toutes les médications ont obtenu des succès ; aussi leur exposé est-il nécessaire pour juger les circonstances dans lesquelles chacune d’elles doit être employée.
Sydenham dit avoir obtenu de bons effets de la saignée et des purgatifs associés aux calmants et aux toniques; cette méthode avait pour but d’évacuer l’humeur morbifique, et de fortifier le système nerveux. Le premier jour, il faisait une saignée proportionnée à l’âge du malade ; le lendemain matin, il donnait un purgatif avec les tamarins et le séné, et, le soir, une potion avec le laudanum et la thériaque; il réitérait la purgation et la potion calmante jusqu’à trois fois, de deux en deux jours; il saignait de nouveau, et ainsi de suite, jusqu’à trois ou quatre fois. Les jours de non purgation , il administrait un électuaire avec l’absinthe romaine, l’écorce de citron , le romarin, la muscade, la thériaque, et, par-dessus, cinq cuillerées d’un vin diurétique; il appliquait un emplâtre attractif sur la plante des pieds. Il conseillait la saignée et les purgatifs , l’année suivante, à l’époque de la première invasion.
Cette méthode ne peut convenir qu’exceptionnellement, alors même que les enfants seraient très-robustes, ce qui n’est pas ordinaire. Sauvages la rejette, et Cullen la blâme fortement.
La méthode de Sydenham a donné naissance à trois modes de traitement. Dans l’un, on insiste particulièrement sur les émissions sanguines générales et locales; dans l’autre, on accorde la prééminence aux purgatifs ; dans le troisième, on compte surtout sur les remèdes qui agissent sur le système nerveux. Sumière regarde la saignée comme indispensable; Bouteille ne la considère que comme auxiliaire; MM. Serres et Lisfranc appliquent toujours des sangsues à la base du crâne et aux parties postérieures de la tête ; Georget considère les saignées comme sédatives et antispasmodiques. M. Hamilton prescrit d’abord les purgatifs doux, et plus tard le jalap, la coloquinte, l’aloès; MM. Guersant et Blache, M. Andral, citent des faits à l’appui de cette méthode. Cheyne proposait les vomitifs répétés.
Les antispasmodiques forment la base du traitement le plus généralement mis en usage. On s’est servi surtout de la valériane, de l’assafœtida, du camphre et de l’oxyde de zinc.
Sangenberg (1) est peut-être le premier qui ait préconisé la valériane contre la chorée. Bernt et Murray se sont applaudis de son emploi. Bouteille réclame l’honneur d’avoir introduit ce médicament dans la thérapeutique de cette affection. Bayle et Jadelot la prescrivent à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour; M. Fouquier jusqu’à la dose de 4 grammes en vingt-quatre heures; M. Guersant à la dose de 1 gramme à plusieurs dans du miel. MM. Trousseau et Pidoux résument ainsi l’action propre de la valériane : médicament fort utile dans la série indéterminable des accidents nerveux qui naissent sous l’empire des affections hystériques et vaporeuses, soit que ces accidents se montrent réunis, soit qu’ils apparaissent isolés.
Wanters conseilla l’assa-fœtida en 1781 ; Bayle et Jadelot l’administrent, depuis 5 centigrammes jusqu’à 1 gramme et plus, dans une émulsion ou en pilules. J. Frank le donne dans un lavement; il a recours, lorsque les jeunes malades éprouvent une répugnance invincible pour l’administration de ce remède à l’intérieur, à un emplâtre d’assafœtida ou de galbanum safrané avec camphre et opium, qu’il applique sur l’épine dorsale.
Le camphre a réussi, entre les mains de MM. Poissonnier etGendron, donné dans un lavement, à la dose de 1 gramme. Le docteur Thibaud, de Nantes, a obtenu la guérison d’un choréique adonné à l’onanisme, avec le camphre en pilules et en frictions le long du rachis.
Gaubius mit l’oxyde de zinc en faveur en 1771. Duncan, Martin, Granwals, l’illustre Fouquet, M. Brachet, l’ont employé avec des résultats divers. M. Fouquier avoue qu’il a eu rarement à se louer de ce remède.
La poudre et la décoction des feuilles d’oranger, après avoir eu une célébrité égale à celle de la valériane, ont été reléguées parmi ces
(1) Disserlatio de chorea Sancti-Yüi, 1764.
remèdes dont l’action peu énergique et le goût agréable permettent de les donner pour aromatiser les boissons des malades.
Les trois narcotiques, dit M. Rostan, qui réussissent le mieux dans la chorée, sont : la jusquiarae, le stramonium, et surtout la belladone ; nous les croyons les plus efficaces. M. Guérin, de Bordeaux, fait prendre 15 gouttes d’acide hydrocyanique dans 120 grammes de véhicule par jour, et augmente la dose de 5 gouttes chaque jour. Il associe aussi l’hydrocyanate de fer avec la poudre de valériane.
L’opium a été expérimenté, dans la plupart des névroses, seul ou uni aux antispasmodiques. M. Trousseau a porté l’opium à des doses très-considérables, jusqu’à 50 et 75 centigrammes par jour. En un mot, dit-il, nous faisons donner 2 centigrammes et demi d’opium d’heure en heure , jusqu’à ce que les mouvements convulsifs soient notablement calmés, et qu’il y ail un commencement d’ivresse; puis nous entretenons toujours le malade dans le même état d’intoxication pendant cinq, six et même huit jours : nous nous arrêtons alors pour recommencer quelques jours après. Il est rare qu’au bout de quinze jours , la chorée ne soit pas tellement modifiée, que la nature achève elle-même la guérison en peu de temps.
Cullen et Elliotson ont vanté la médication tonique, le quinquina et les ferrugineux à très-forte dose. M. Baudelocque a commencé par des doses plus faibles. Fuller et Chaptal associaient ensemble le quinquina et la cascarille.
Les excitants, les sudorifiques, les diurétiques, ont eu leurs jours de faveur.
Presque tous les altérants ont été essayés : l’iode par Manson, la teinture d’iode par Peitz, le mercure par Dower, Tourtel, Tissot, Bosquillon; l’arsenic par le docteur Martin, Salter. Récemment M. Macléon a employé, contre une chorée rebelle, la liqueur arsenicale, en commençant par 3 gouttes dans une potion excitante : il n’a pas dépassé 8 gouttes. Dans une observation de M. Guersant père, publiée par l’ünion Médicale, n® 80, année 1848, le malade n’a jamais pris par jour plus d’un dix-huitième de grain d’arséniate de soude, et la guérison n’en a pas moins marché d’une manière rapide.
Les bains froids sont fortement appuyés par Méad, Petit, Jadelot Dupuytren, les docteurs Hospital et Constant. Dupuytren professait que la chorée ne résiste jamais au bain froid par immersion ou par surprise. Biett soumettait les choréiques à des bains d’ondée ou de pluie. La température de l’eau varie de 12® à 18® C.
M. Baudelocque a introduit les bains sulfureux dans le traitement de la chorée. MM. Rufz, Blache, Constant, ont confirmé les résultats heureux obtenus par ce moyen.
Dehaën, Fothergill, Baumes, Underwod, Sigaud-Lafond, Andrieux, accordent de grands éloges à l’électricité. M. Adisson entretient une rapide succession d’étincelles avec la machine électrique ordinaire, jusqu’à ce qu’il survienne une éruption qui prenait, dans les cas cités, toute l’apparence du lichen urticatus. Il se sert souvent de la bouteille de Leyde pour produire des commotions dont il proportionne l’intensité à la nature du mal et à la force du malade.
Nous pourrions passer en revue tous les agents de la thérapeutique : le musc, le tartre stibié à haute dose, les révulsifs les plus énergiques, le bismuth, l'étain, les anthelmintiques, les excitants du système musculaire. Parmi ces derniers, l’attention des praticiens est fixée, depuis quelques années, sur la strychnine, que les uns portent à des doses capables de produire des convulsions tétaniques, tandis que les autres se contentent de doses infiniment minimes.
Mais il est temps de mettre un terme à cette revue thérapeutique, et d’établir de l’ordre dans le traitement. Pour cela, nous le diviserons en traitement hygiénique , prophylactique et méthodique.