TRAITEMENT MÉTHODIQUE
Adopter au hasard un des modes de traitement que nous avons indiqués, essayer tour à tour les remèdes en faveur, n’est pas d’un esprit sage, et c’est faire de la médecine pratique en raccourci, comme dit Bacon. Si on regarde aux ordonnances des médecins, dit-il, on trouve le plus souvent qu’elles sont remplies de vacillations et d’inconstance ; qu’elles ont été produites par des idées du moment, et non d’après aucune direction certaine on prévue. Il ajoute, ce qui est très-vrai, qu’il n’est rien de plus efficace et de plus puissant que l’ordre dans les moyens, leur enchaînement, leurs applications continuées, et leurs vicissitudes produites avec art. Ce fil médicinal doit reposer sur la détermination des indications thérapeutiques. Ces indications se tirent de l’état morbide, de la cause, des symptômes urgents ou dangereux, des complications. Elles se modifient ensuite suivant l’âge, le sexe, le tempérament, la localité, la position sociale, tout ce qui est propre au malade et au monde extérieur.
La chorée n’est ni une inflammation, ni une irritation, ni une asthénie : c’est une modification spéciale de l’appareil cérébro-spinal, du genre des névroses. L’indication fondamentale est spécifique, et on la remplit en employant des remèdes dont l’expérience a fait connaître et confirmé l’utilité : tels sont les antispasmodiques, les narcotiques, les excitants spéciaux.
La circonstance étiologique a une grande valeur. La suppression d’un flux , d’une éruption cutanée, la présence des vers , d’une altération organique, etc., fournissent une indication qu’il ne faut pas négliger. La distinction de la chorée en idiopathique et symptomatique
repose sur la considération des causes, et les procédés pour guérir la même maladie varient suivant le point de départ.
Une crise violente exige une médication prompte, basée sur l’ensemble des symptômes et sur leur direction vers telle ou telle partie du corps.
Les complications nous demandent l’application de l’analyse ou des méthodes analytiques de Barthez, afin de décomposer la maladie, et d’en attaquer les éléments ou les maladies plus simples qui s’y compliquent , par des moyens proportionnés à leurs rapports de force et d’influence.
L’indication change avec la constitution et le tempérament. Un malade fortement constitué, d’un tempérament sanguin, ne sera pas traité comme celui qui est faible, délicat, impressionnable à l’excès. Au reste, quelques exemples, mieux que tous les raisonnements, feront comprendre notre pensée.
Un enfant, né de parents sains, n’ayant jamais eu de maladie sérieuse, d’un tempérament mixte, est pris subitement des accidents de la chorée, à la suite d’une frayeur : au milieu du désordre des mouvements, les attributs de la santé se conservent, et il n’y a pas l’ombre d’une complication. La guérison arrivera peut-être spontanément, et il est à croire que tout traitement, prudemment administré, pourra réussir. Cependant il y a un choix raisonné à faire ; et l’action de la strychnine sur la myotilité étant connue, l’expérience ayant démontré l’utilité de ce remède, c’est à lui que nous nous adresserons, à la dose de 1 centigramme par jour, que l’on pourra porter à 2 et à 3 centigrammes, mais jamais jusqu’au point de provoquer des roideurs tétaniques. Les bains tièdes, le régime, les frictions avec un Uniment alcoolique sur la colonne vertébrale, une tisane émolliente, seront des adjuvants utiles.
Dans la chorée essentielle , dont nous venons d’esquisser un type, toute la série des antispasmodiques, des narcotiques, les bains froids, les bains sulfureux, ont été préconisés : nous accordons la préférence à la noix vomique.
Un choréique est sous l’influence d’une maladie inflammatoire, une
péricardite, une arachnitis ; des congestions cérébrales ont précédé la chorée; le sujet est sanguin, robuste, l’indication du traitement antiphlogistique n’est douteuse pour personne, et on aura recours aux émissions sanguines générales et locales. Les grands bains, les boissons tempérantes, et quelques antispasmodiques, seront dirigés contre la susceptibilité du système nerveux , et la chorée et la pléthore du système sanguin disparaîtront en même temps.
La chorée coexiste avec un embarras des premières voies ; l’état muqueux est bien prononcé ; des vers sont rendus avec les selles : les vomitifs, les purgatifs, les anthelmintiques, concourront à la guérison. Des complications multiples font une nécessité de combiner les méthodes de traitement : ainsi s’explique la faveur dont a joui la méthode de Sydenham, et sa défaveur lorsque l'on a voulu l’appliquer à tous les cas.
La faiblesse de la constitution, native ou acquise par des excès, la masturbation, la misère, réclament les toniques, une bonne alimentation et les substances propres à fortifier le genre nerveux, ad corroborandum genus nervosum.
La suppression de la transpiration, la difficulté de la menstruation, la rétrocession d’une affection cutanée , la métastase rhumatismale et goutteuse, indiquent’les sudorifiques, les attractifs, les révulsifs cutanés.
La méthode substitutive, les perturbateurs puissants, les altérants de toute espèce, pourront être avantageux dans la chorée chronique. Il est des circonstances où on peut tout oser , pourtant avec une certaine prudence.
Les agents anesthésiques, dont la découverte constitue un immense progrès pour l’art chirurgical et l’obstétrique, paraissent devoir contribuer au soulagement ou à la guérison de certaines maladies qui sont du domaine médical proprement dit. Le traitement des névralgies, dit M. Bouisson (1), tombe heureusement dans les applications de cette
(1) Traité théorique et pratique de la méthode anesthésique appliquée à la chirurgie et aux différentes branches de l’art de guérir. Paris, 1850.
méthode. Par une extension légitime, elle a dû être utilisée dans diverses affections spasmodiques ou convulsives. Si on réfléchit à l’action que les anesthésiques exercent sur la sensibilité, l’intelligence et les mouvements, on comprendra comment les tentatives de leur application concernent spécialement les maladies où des désordres fonctionnels de celte nature ont été observés. Ainsi la chorée a été avantageusement traitée, au moyen du chloroforme, par M. le professeur Fuster.
En attendant que l’expérience ait prononcé sur l’emploi de la méthode anesthésique dans le traitement de la chorée, nous répéterons, avec M. le professeur Bouisson, que les anesthésiques, loin d’avoir une indication absolue dans les maladies nerveuses, doivent, au contraire, n’être administrés qu’après un examen raisonné du caractère de la maladie.
Dans les névroses, comme on le voit, nous avons une grande provision de remèdes: l’important, c’est de savoir choisir, en prenant son guide sur les indications et sur l’expérience; il faut aussi, dans l’occasion, savoir s’en passer s’ils ne sont pas nécessaires : Plura hic habes, ut pauca seligas.