‹ Considérations sur la choréeChapitre 5 sur 18 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Inconnue au Père de la médecine, la chorée est clairement décrite par Galien, qui en fait une espèce de paralysie, qua correcti recto calle progredi non possunt. La danse de Saint-Jean ou de Saint-Guy, que l’on vit apparaître dans le moyen âge, sur le déclin de la peste noire, et qui régna épidémiquement, était une espèce de manie, une aberration nerveuse, le plus souvent une fraude indigne qui servait à abriter la débauche et la rapine, à laquelle on accordait une origine surnaturelle, que l’on traitait par les exorcismes et l’intercession des Saints. Qu’on veuille se rappeler, disent les auteurs du Compendium de médecine pratique (1), que la chorée de 1374 n’avait, avec la chorée de notre époque, de commun que le nom, et que la première était, dans la plupart des cas, une aberration de l’esprit et des sens. Paracelse voulait qu’on enfermât ces malades, pris du désir in-

(1) loin. II, p. 297.

sensé de la danse, dans un lieu incommode, et qu’on leur infligeât de rudes châtiments corporels, jusqu’à ce qu’ils eussent recouvré la raison. Ce n’était que justice contre ces bandes frénétiques poussées par les mauvaises passions et le libertinage ; mais les malheureux gagnés par la contagion, les vrais malades, avaient droit aux secours de la médecine. Lieutaud faisait sans doute allusion à cette dansomanie lorsqu’il écrivait, dans sa médecine pratique, que cette maladie était plutôt du ressort de la police que du domaine de la médecine.

Sydenham acheva la description ébauchée par le médecin de Pergame, et s’occupa du traitement rationnel delà chorée. Il fut suivi dans cette voie par Cullen, Mead, Beer, Salmon, Stoll, et Sauvages qui rangea cette maladie dans la classe des spasmes cloniques.

Tous les travaux antérieurs furent résumés avec méthode par Bouteille, dans un Traité de la chorée, qui parut à Paris en 1810. C’est le premier traité sur la matière que nous ayons eu en France, et on le regarde comme le meilleur.

Depuis, nous n’avons àenregistrer que des chapitres, plus ou moins complets, dans les ouvrages ex-professo de médecine, des maladies des enfants, dans les traités des accouchements, quelques dissertations, les articles chorée des différents dictionnaires, et quelques rares mémoires, parmi lesquels nous citerons celui de M. Rufz (1), et les recherches de M. Addison (2) sur l’influence de l’électricité comme remède dans certaines maladies convulsives et spasmodiques. J. Frank place la monographie de Bernt (3) au-dessus de tous les auteurs qu’il cite, comme ayant mérité la palme. Il a, dit-il, si exactement décrit les symptômes de la chorée , que je me ferais un crime d’omettre ou de changer un seul mot de sa description (4-).

^ Nous aurons occasion de rappeler les faits nouveaux dont la science

(1) Archives générales de méd., tom. IV, 2“ série.

(2) L’Expérience, n» 3.

(3) Monografia choreœ Sancti-Yüi.

(4) Pathologie interne, tom. III, p. 32t.

s’est enrichie, et un plus grand développement à l’historique allongerait notre thèse sans profit.

ÉTIOLOGIE.

Il ne faut pas prendre à la lettre ce vieil axiome : sublatâ causa, tollitur effeclus, parce que bien souvent l’efiFet devient cause à son tour et persiste par lui-même, par la tendance aussi de la nature , à répéter les mêmes actes quoique la cause ait disparu , surtout dans les maladies nerveuses. Mais il n’en est pas moins vrai que l’étude des causes a une grande importance dans les maladies. Nous suivrons ici l’ancienne division scolastique des causes en prédisposantes et efficientes.

Une prédisposition originaire ou acquise est nécessaire au développement de la maladie.

L’hérédité ne peut pas être révoquée en doute. Elliotson, MM. Coste, Young et Constant, rapportent des exemples qui prouvent l’influence de cette cause. M. Gaussail (1) n’a observé qu’un seul cas de cette affection, chez une jeune personne dont la mère était douée d’une vive sensibilité morale, et très-sujette aux douleurs névralgiques de la tête. Cet auteur cite deux exemples, empruntés à Pomme et à Portai, qui démontrent l’existence de l’hérédité dans cet état morbide qui pourrait bien être une chorée partielle caractérisée par un tremblement persistant d’une partie du corps. M. Piorry a vu un choréique dont la mère avait été atteinte de la même maladie dans son enfance. En parcourant les journaux, on trouve plusieurs faits d’hérédité qui n’ont pas été relevés : ainsi Despenière, Dorfmüller, Mongerat, Richelmi, en ont publié des observations incontestables.

La surexcitabilité du système nerveux, une constitution faible et délicate, les membres menus, les cavités splanchniques peu développées, les cheveux blonds ou châtains, constituent l’état particulier de la plupart des choréiques.

(1) De l’influence de l’hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse ; ouvrage couronné par l’Académie royale de médecine. Paris, 1845.

Nous n’avons rien de bien précis sur l’influence des climats; et tandis que les auteurs qui ont long-temps exercé dans les pays chauds passent cette maladie sous silence, M. Rufz trouve, dans ses relevés le plus de malades pendant les mois les plus chauds.

Les causes prédisposantes les plus puissantes sont l’âge et le sexe.

Le docteur Prichard cite le cas d’un enfant atteint de la chorée dès sa naissance; M. Constant celui d’un choréique chez qui l’agitation s’était déclarée à quatre mois ; et M. Dufossé l’a observée chez une jeune fille dans sa troisième année. On l’a vue à 22 ans, à 40 ans, à 60 et à 80 ans ; c’est-à-dire qu’aucun âge n’en est absolument à l’abri. Voilà les exceptions. Quant à la règle, elle a été formulée par Sydenham, en ces termes : « La danse de Saint-Guy est une sorte de convulsion qui arrive principalement aux enfants de l’un et de l’autre sexe, depuis l’âge de 10 ans jusqu’à l’âge de la puberté (1).» Cette opinion a été partagée par Cullen, Baumes, Pinel, Bouteille; elle a été prouvée par la statistique. Sur un relevé de 250 cas de chorée, nous en avons trouvé 225 de l’âge de 6 à 15 ans ; 18 de 1 an à 6 ans; 7 seulement après l’époque de la jeunesse. C’est la même proportion déjà donnée par M. Rufz, puisque, sur 189 cas, il en est seulement 10 de 1 an à 6 ans, et 179 de 6 à 15 ans.

Relativement au sexe, en réunissant les tableaux de MM. Rufz et Dufossé, des docteurs Reeve et Elliotson, de MM. Watson et Manson, du docteur Socquet de Lyon, et en y ajoutant les faits consignés dans les journaux de médecine, nous avons eu un total de 753, et, sur ce chiffre, plus de deux filles pour un garçon. Le tableau général fait foi de la préférence que la chorée affecte pour le sexe féminin.

Rufz. 189 chorées 138 filles 51 garçons.

Dufossé. 240 — 160 — 79 —

Reeve. 84 — 57 — 27 —

Elliotson. 30 22 — 8 —

Manson. 72 — 53 — 19 —

Watson. 18 — 12 — 6 —

Socquet. 20 — 14 — 6 —

Auteurs divers.., 100 — 65 — 35 —

(1) Section V, chapitre VIII, p. 554.

Trois grandes causes contribuent à la prédisposition de la chorée ; ce sont : un état propre de l’organisation auquel se joignent l’hérédité , l’âge de la seconde enfance, et le sexe féminin.

Les causes efficientes sont nombreuses si on admet toutes celles qui ont été signalées par les auteurs. Bouteille fait jouer un rôle étiologique à quelques affections du cerveau, aux chutes sur la tête, à la présence des vers dans le tube digestif, aux obstructions, aux fièvres éruptives, à la métastase rhumatismale. La funeste habitude de la masturbation, la difficulté de la menstruation, la suppression des règles, d’un flux habituel, d’un exanthème, la grossesse, la piqûre de certains animaux, la vapeur de plomb et de mercure, l’emploi du datura stramonium, l’influence de la lune, sont autant de causes acceptées par les uns et repoussées par les autres. Mais presque tous les auteurs s’accordent à reconnaître l’influence des causes morales, des passions tristes, de la peur, d’un amour contrarié, des travaux intellectuels, des veilles trop prolongées, et de l’imitation. Tout ce qui agit en irritant le système nerveux, lorsque le sujet est mobile, impressionnable, doué d’une exquise susceptibilité, entraîne une réaction vicieuse, et peut produire la chorée.

SYMPTOMATOLOGIE.

Les enfants menacés de la chorée sont vifs, impétueux, brusques dans leurs mouvements, irritables ; ils se plaignent de picotements dans les membres.

L’invasion de la maladie est quelquefois lente et graduée ; elle peut se faire tout à coup. A de légers mouvements spasmodiques des bras , des jambes ou dans les muscles de la face, succède une claudication plus ou moins prononcée, une espèce de boitement. Le bras du même côté est ensuite attaqué. Ce bras, dit Sydenham, étant appliqué sur la poitrine ou ailleurs, le malade ne saurait le retenir un moment dans la même situation, et, quelque effort qu’il fasse pour en venir à bout, la distorsion convulsive de cette partie la fait continuellement changer de place. Avant que le malade puisse porter à sa bouche un verre

plein de liqueur, il fait mille gestes et mille contours. Ne pouvant l’y porter en droite ligne, parce que sa main est écartée par la convulsion, il la tourne de côté et d’autre jusqu’à ce que ses lèvres, se trouvant à la portée du verre, il sable promptement sa boisson et l’avale tout d’un trait. On dirait qu’il ne cherche qu’à faire rire les assistants.

Ces mouvements insolites peuvent être généraux et se montrer même dans les muscles de la vie organique. L’hémichorée est plus fréquente à gauche qu’à droite; Dugès seul l’a rencontrée plus souvent à droite (1). Dans la chorée générale, les mouvements sont habituellement plus prononcés d’un côté que de l’autre.

Le trouble de la contraction musculaire pouvant être borné à une partie du corps, on a décrit une chorée des membres et une chorée du visage et du cou.

M. Dufossé a constaté , dans la pression exercée par les doigts d’un choréique, une série d’efforts inégaux, et, d’après cet observateur, ce phénomène pourrait servir de signe différentiel au commencement de l’affection.

A un certain degré, toute progression devient impossible, et les malades sont obligés de garder le lit, où on doit même quelquefois les attacher.

La sensibilité générale est souvent modifiée, tandis qu’au contraire l’intelligence reste saine. L’affaiblissement de la mémoire et un certain degré d’imbécillité, notée par Georget vers la fin d’une affection choréique prolongée , appartiennent aux complications.

Pas de fièvre ; régularité presque complète des autres fonctions.

Les désordres augmentent avec les chagrins, les contrariétés, les menaces. 11 est à remarquer que cette agitation continuelle, ces contorsions violentes, ne sont accompagnées que de peu de fatigue. Les mouvements qui dépendent de la contraction morbide des muscles, cessent lorsqu’on comprime ces muscles, et le sommeil les suspend ou les rend moins violents.

(i) Essai physiologique et pathologique sur la nature de la fièvre.

On reconnaît la chorée du visage à la contraction et au relâchement successifs des sourcils, du front, des ailes du nez, à la rotation continuelle des yeux, aux mouvements des lèvres, à la difficulté de la parole, et à un bruit déterminé par la langue frappant contre le palais, que Dufossé compare à celui que font les cochers pour exciter leurs chevaux.

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