AVANT-PROPOS
Lorsque, après les dernières luttes, il achève enfin l’œuvre entreprise, lorsqu'il a reçu cette investiture qui fait de lui un être presque sacerdotal, le jeune docteur se sent parfaitement impuissant et désarmé, en face de sa mission sociale. Il sait peut-être quels sont ses droits ; ses devoirs, il les ignore.
D’une façon spéciale, un de nos Maîtres les plus éminents ! a déploré les malentendus qui surgissent entre confrères à chaque heure, Il reconnaît que ces misères professionnelles sont encore dues à l'ignorance absolue des devoirs du médecin.
Le corps médical étant composé d’une élite intellectuelle, cette lacune se comble d'elle-même. D'instinct, le médecin sait son devoir, mais nous persistons néanmoins à croire que nous
! Professeur Grasse; Gonsultations médicales. Art Déontologie.
En ne faisons ici œuvre utile et qu'il faut seulement regretter notre inexpérience et l’insuffisance de nos moyens.
Nous nous sommes inspirés des conseils de praticiens plus âgés, qui ont trouvé dans leur cœur la conduite à suivre, mais qui nous ont raconté leurs hésitations, leurs tâtonnements de la première heure. |
Nous essayons d’écarter ces premieres difficultés pour le jeune praticien, espérant, à l'exemple du maître, être et paraître aussi banal que possible.
Si l’on pouvait analyser les sentiments de chaque médecin qui débute, la comparaison en serait peut-être bien uniforme. Les plus pratiques, les mieux prévenus mêmes, ont cependant rêvé leur idéal, un idéal fait de clientèle facile, intelligente, aisée ; mais quel est celui qui a arrêté son esprit un seul instant sur cette partie la plus intéressante peut-être de sa clientèle à venir, et sûrement la plus importante, la plus nombreuse, la clientèle des pauvres gens ?
Le débutant pénètre là dans un monde nouveau, profondément ignoré parfois. La fréquentation assidue des hôpitaux a émoussé la sensibilité première du jeune médecin; il s’est fait une cuirasse d'habitude et disons même d’indifférence. Cette misère qu'il n’entrevoit même pas, le médecin la touchera de plus près que personne. Il ne se bornera pas à la lettre du serment qu’il a prononcé ; donner ses soins gratuits à la veuve et à l'indigent, c’est bien ; s’en occuper plus intimement et faire, comme le prêtre, lacharité aux âmes, c’est mieux.
Le médecin doit grandir avec la souffrance. Comment donc ne sentiraient-ils pas leur enthousiasme croître, leur énergie se décupler, ceux qui ont le culte du bien, dans le milieu même de la douleur? L’ennemi que l’on combattra, ce n’est pas seulement la maladie avec son génie particulier, ses affinités plus spéciales, c'est aussi l'état moral du malheureux qui souffre, car chez lui la misère et la maladie vont de pair.
Le médecin doit enfin savoir que son autorité, son influence intellectuelle, sont ici prépondérantes.
a Il revêt, aux yeux des illettrés, l'apparence d’un demi-dieu. Pour si peu que l'on ait vu souffrir, l’on sait quelle importance a prend aux regards du vulgaire le moindre fait du médecin. © Ils’v mêle un peu de cette foi des humbles qui a créé les reli- gions et les idées. C’est là la partie la plus utile de sa tâche, celle pour laquelle il ne sera point trop de tout son tact et de = tout son désir du mieux.
Le médecin, par la puissance morale et intellectuelle dont il dispose, doit avoir une place immense dans les problèmes sociaux cs dont notre siècle cherche la solution .s
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