Livre- III
Jpperçus hUtoriques sur Viglist d'Orient et celle eTOû'-
cident.
Ghap. I. Point de vue général pour étudier Tesprit
des deux églises. ^ 155
Ghap. II. ï)e Tinfluence de Téglisa orthodoxe sur les peuples adhérens à sa communion et notamment sur, la nation grecque. .... 172
Ghap« III. De Tinfluence du rit orthodoxe sur les
destinées de la Russie. ...... 180
Ghap. IV, De la tolérance en général et de Tap* plication de ce principe à Téglise d^Orient. . 189
Ghap. V. Conclusion 814
Errata.
PA£[e 33. Second paragraphe, ligne 18. lisez sa providence*
Page 133. Ligne i6re lisez la société chrétienne,
Page 134. Ligne seconde du second paragraphe, lisez <2e
touti fausseté* Page 157. Ligne 16. lisez en nous imposant à tous» Page 167. Second paragraphe, ligne ii« lisez Mais la chûié
du trône.
Introduction.
L ouvrage que Ton offre en ce moment au public, a été suggéré par des motifs aussi impérieux , qu^ib $ont légitimes. Ce qui vient de se passer à St. Petersbourg ; les tentatives de quelques hétérbdoxes domiciliés en Russie, pour agiter les conscien* ces, et exciter des doutes parmi les fidèles, sur la pureté des dogmes professés par TËglise d^Qiient; la fluctuation des esprits qui est résultée de Ce choc d'opinions: en un mot, l'aggression ouvertement dirigée contre la Religion de TËtat, ont fait sentit la nécessité de rompre le silence , et de se défend dre, puisqu^on se voyait attaqué.
Tel est le devoir que la conviction ïioùs împose, et que la charité ne saurait désapprouver; £n développant toute 1^ pureté et la perfection dêé dogmes enseignés par TEglise orthodoxe^ TauteiiK n'a point eu en vue , de troubler le» cotié<àei|ces/
. ni de faire des prosélytes, L*intentjm'ciui a dicté cet ouvrage, est aussi droite et aussi Humble, que les considérations qui y sont consignées sur la doctrine et Vesprit de V Eglise d"* Orient.
Quelque puisse être leur utilité, pour Tédification des , Chrétiens orthodoxes, on a longtems hésité d'entreprendre ce travail, dans la crainte d'exciter des controverses fort déplacées, à une époque, où la Chrétienneté entière devrait rallier indistinctement toutes ^es forces, pour combattre l'irréligion et la corruption. Mais, nonobstant cette répugnance pour la polémique, on a cru devoir recourir au droit de la défense naturelle, et repousser les efforts de Terreur, par la force de Ift vérité.
Les argumens que nous avions à alléguer en ffiveur, de la doctrine de l'Eglise d'Orient, ne pouvaient résu}te]^ que de la détermination du point de vue,, sous lequel il importe d'envisager \& ÇJiristianisiue «n général. C'est cette nécessité de remonter aux principes de toute Religion, qui a suggéré la théorie que l'on trouvera dans l'introdluction de cet ouvrage. Elle traite de la Religion da^s ses rapports avec l'existence sociale, et les institutions qui en sont le fruit. C'est ce que nous allons développer à nos lecteurs dans les considérations suivantes: .
L^ensemble des combinaisons auxquelles se réfèrent les connaissances humaines, porte essentiellement sur trois objets principaux. Dieu, rhom* me et la nature, dans leurs innombrables rapports» constituent cette sphère d'intelligence , dont le centre est partout^ comme Ta dit un philosophe» et la circonférence nulle part. L'homme, cet organe intermédiaire entrel' Etre, qui l'a créé et la, / création qui l'enviroilne, ce point de convergence où viennent se réunir les inspirations du Bien, ou principe de conservation , les influences du Mal» réactif unive/sel, et les impressions du Beau physique, emblème d'une perfection suprême dans les limites du tems et de l'espace; l'homme, dis - je, doit s'étudier et se connaître lui-même, avant que de pouvoir s'assurer de la réalité de ^es perceptions, et se rendre conipte de ses progrès et de ses destinées. Mais l'homnie, en faisant un retour sur lui - même , ne. . saurait se considérer sous un seul point de vue exclusif. La multiplicité à^s eau-, ses qui agissent sur son être, et le modifient do mille manières différentes, devient le principe d'une foule de contraste^ et d'harinonies qui le càractérisent simultanément. '
Le premier ^ispect soys lequel il s'pffre à rob- ta jt#i|.
gion dans
servateur est celui de sou orgaoisatiqn. L'homme*^*^^''"^est avant tout uxjl être organisé; ce premier degré }ondam/n. do la condition humaine l'assujettit â la M d£s sçcfété.
besoins. H est un être intelligent et sensible y et:: e second attribut le place sous l'empire d'une loi^ laturelhe *). Il est un être sociable et perfectible^ ;e qui donne naissance aux lois sociales positives^ ^'homme est enfin un être immortel et déchu , et ;ette tendance établit la nécessité d^une loi re- )élée%
C'est de l'harmonie enti-e c^s quatre lois , ou * forces primitives, que dépend la perfection de, Tex* istence individuelle et sociale»
Combinées entr' elles-» ces lois soïit la source rune infinité de besoins et d'une multitude de deiroirs. Les premiers sont. . essentiellement du ressort dû^ Gouvernement; cos derniers sont dëter-* Eninés par l'éducation. Ces deux sciences^ fruit de toutes les méditations humaines, ne sauraient donc re soutenir Tune sans l'autre, et toutes deux n'ont pour -but que d épargner à Vhomme vivant en so* ^iété le conflit entre ses besoins et ses devoirs.
Tel est le type universel de l'état social; les Formes ne sont qu'accidentelles, et ne doivent %tre appréciées que d'après le principe qui leur sert de bdfiëw ... !
'^}<;icet6a* ' Gr6tinil« Foiffendôtf. X^nophoa , Mém. Aris.
n «n est 4es nations comme des individttu Chacune d'elles a des besoins à satisfaire «t des devoirs à remplir. Le seul problème que tout gouvernement ait à résoudre, consiste à établir un rapport permanent, une harmonie salutaire, entre CCS deux véhicules tout-puissans.
Les besoins d'une nation sont de différente
espèce. Ils sont réels ou factices^ partiels ou gé*
nêraux^ Ses devoirs sont d'une double nature^
Comme tout isolé et distinct, le premier devoir
d'une nation est de ne point se dénaturer et d«
rester elle - même. Comme partie d'un tout son
devoir est d'obéir à l'impulsion universelle et de
marcher de frout avec le genre humain. ' '
C^est surtout en contemplant cette luite ua* mense entre les ressorts principaux, qui font agir l'espèce humaine, que la nécessité d'une puissance médiatrice entre les besoins et les devoirs de l'homme, entre ses penchans et ses destinées, ap* parait dans tout son jewrv £t quelle est cette force médiatrice si ce n'est celle de la Religion? .
En effet, il n?y a que les idées religieuses qui soient universelles par leur essence, indestructibles comme la divinité, inépiiisables comme la nature. Elles seules peuvent concilier les intérêts particu* liers avecirintëxêt commun^ et l'iatéièt 4*iux peuple
quekotuque avec celui du genre humain. Les idées religieuses ont seules là propriété d'affecter simultanément l'esprit et te coeur, Timagination et le raisonnement.
Semblable à ce point 4'appui matériel que demandait jadis un géomètre pour ébranler le globe, la Religion dont le domaine s'étend à un autre drdre de choses a seule une influence constante et collective sur Tesprit humain. Arbitre de tous les pactes sociaux, de tous les engagemens individuels, la Religion peut seule opérer un rapprochement entre les besoins et les devoirs de Thomme, et ci* irienter entre toutes les rades humaines le lien d'une fraternité véritable. La somme de toutes les idées religieuses, quelque soit d'ailleurs leur divertie,; à; raison des tems et des lieux, n'en est pas moins l'expression irrécusable de la toute -présence ^vine et de l'action continu^ du Créateiir sur ses o'euvrés. ; .
..;. oi Ces idées, patrimoine de l'homme, sont le rë«> sultat d'tme double révélation.'. La première est la manifestation de Dieu dans la nature. La seconde jBft son. alliance avec l'espèce humaine dans le tems, c'est «à - dire la venue du Verbe divin, de notre Seigneur Jésus ^Chri^. L'une annonce la sagesse et la puissance, infinie « l'autre est la révélation 46 ramàur*. Ces deux modes de manifestation
i la créature , remontent proprement à la même ^ ^oque; car Dieu ayant empreint, un reflet dé Lui^mènke à toutes ses oeuvres, rëserra la com^ munication de. son image à une classe d^ètres prt« vilëgiës. Cette image c'est la spontanéité de l'homme, emblème de la toute - puissance divine. Cet attribut renfermait la nécessite d'une révélation plus directe que celle qui s'opère par les lois et les harmonies de la nature. Dieu agit sur tous les êtres créés, mais il ne parle qu'à l'hommei; Cette parole toute- jpuîssànte parce qu'elle est fout amour, retentit avant les siècles. Elle te fît entendre au premier homme pour lui révéler qu'il n'appartenait qu'à Dieu seul d'allier la connaissance à Vamour.
Qui dit parole , annonce la persuasion et l'a-
mour. Ces deux attributs excluent l'idée de contrainte. Ils établissent donc par cela même le principe de la liberté. Il est donc évident, qu'admettre un être suprême, dont l'amour infini a créé tou-, tes choses, c'est confesser le libre arbitre de l'homme y sans lequel la création n'eut été , que la. manifestation de la puissance et de la gloire divine, . mais non celle de son amour. Or la parole, c'est-* à-dire l'amour, Jésus Christ, par qui tout a été fait, fut crucifié par la première prévarication de Vhoncune^» Dëslprs la providence se choisit une racd d'élus pour la transmission aveugle de ce grand mystère, qui devait se dévoiler dans le tems*
' r Telte est la sonircc primitive ilu Christîanisnto» qui selon le tétnoigiiâge ; de St. Augustin '^) ir eiîM^^,' (çaranie culte intérieur de la rédemption), depuis lé commencement du monde.
^ Toutesr^le^s autres doctrines religieuses, quelque 8pit.,leur.,eiîrayante variété, ne furçut que des r/axuifîcations de ce grand arbre de régénération et t^e,,yie,. n^ dçi sein de la putréfaction et de la mor1(^ Elles ne sont que. des , pressentimeus produits par }a çoQterppl^ation de la jni.ature, des cuUes partiels znotivés p^r la connaissance, ^e quelques-uns dç ses secrets, ou des réminiscences échappées, au dé^ j$ale,d*unç tradition antique..
Toutes furent le produit d'un instinct plus ou moins filial qui s'était conservé parmi quelques races humaines, lès hochets de Teîîprit de l'homme encore dans l'enfance: toutes enfin se présentent k l^oeîl de l'observateur comme des interprétations
plus bu rnbihs heureuises du mystère de la création et de la chûtè *du premier homme. Leur insuffisance même, et les funestes égaremens qui s'y mèlèiit ,^ 'soiit' autant dé vestiges de l'unité de la Religxon.
C^est'k cette fin, que dans les premiers âges
du mondéi) Dieu bénit la tente du patriarche, et
eonfia Tenfanee an genre humain à la soUicitude natemelle de la, nature sous le beau ciel de l'Asie. L'enfant sorti de son. berceair. fît le premier essai de ses forces , sur le navire phénicien , dans les ports de Tyr et de Sidon et sur les côtes de la Bëtique *). Sa force croissante éleva tes monumens de .rSgypte. L'adolescent abandonna bientôt ces régions, pour s'attacher au sol, et se développer entièrement sous le ciel enchanté -de là Grèce^ C'est là qu'il «entît tout son gënie« Il surpcit à la nature le secret du. Beau, créa les arts, devina les sciences, déifia les vertus, pressentit le juste par excellence *^) j couvrit les vices des fleurs de l'imagination; ^t enfanta àes e«saiims de prodiges, qui feront à jamais ^l'admiration et le désespoir de la postérité. Le jeûna homme atteignit l'âge viriU n perdit l'amabilité et ambitionna la grandeur. Rome nî^quit; tîlle fut grande, elle engloutii; l'uni-» ■vers, et sema le : globe de ruines imposantes* Le déclin de s(m: empii'e fut la première époque de la maturité du: g0ni:e humain» Pendant tout le ^eurs- de Kcesi gc9Ji4Q0 révpluti^ii^s^' Ift. masse des idées religieuses répandues sur la si;rface du glohe fut astreinte à des vicissitudes non moins merveiU leusjQs^el quv tendaient toutelS' k préparer Jes voies.
•.'Xi::. . •
*) Voyez Herd«v: Ideen ztxr Philosophie der Oeschichte. fier Mensohheit; . , w • .- ' ■ ;
"»*) Dialognét de PUtqn* .■ .\ \.,^
à rincamation du Sauveur et à la propagation dd^ sa doctrine. La partie du globe destinée à recevoir la parole fut placée dans une situation toute dif* fërente de celles, qui comme Tlnde ne devaient appercevoîr que postérieurement la lumière de l'Evangile» La doctrine de l'incarnation de la Divinité, quoique souillée de beaucoup d'erreurs, ^ maintint dans les Indes, pour y remédier au long silence de la' parole de vie ; et ce fut dans les pays où ridplatrie de l'orgueil et de la xîorruptioti était à son comble, que s'effectua la naissance du divin médiateur.
Rapports Les idées religieuses toujours en harmonie avec
Ae la Religion avec la^ marche de l'esprit humain et l'ensemble des in^
^^^^"* ^ J^" stitutions humaines nous conduisent d'âge en âge mairies, jusqu'à la Religion chrétienne, ce flambeau qui luit dans le coeur de l'homme , dans Ife labyrinthe du passé, et dans l'immensité de l'avenir. Sublime apologie du Dieu vivant, la doctrine du Christ enseigna seule le secret d'une petfet^tion surnaturelle» et néanmoins compatible avec nos transgressions y et nos misères; •
Caractère En effet cette «ublime conception qui allie la rfiViaeif- ^îg°i*^ de l'homme à l'humilité la plus profonde ^f®'**^^'*^' n'appartient qu'au Christianisme. Lui seul, comme
tiennêt
l'a dit un écrivain moderne, a suffire une hertu du repentir et de V espérance^
L'un de eut grands mobiles devient le correctif de , Tautre. Car le repentir sans l'espérance aboutirait au désespoir; et celle- ci 4ans la péni* tence ne serajit qu'un orgueil coupable. Et c'est h ces dogmes aussi sublimes que consolans qu'on peut reconnaître la divinité de là Religion chrétienne. Ds relèvent au dessus de toutes les sectes philo* fophiques, et lui impriment le caractère de l'uni* versalité* Four peu que l'on étudie avec attention tout ce que l'esprit humain a enfanté de plus salutaire en fait de morale religieuse, et que l'on parcoure les pratiques expiatoires d'une antiquité reculée, puis les théories abstraites du portique et celles du divin Platon, on y retrouve constamment une certaine ligne de séparation tracée entre l'idéal de la vertu et la faiblesse humaine. Le juste et le coupable y sont -représentés comme deux êtres 'd^une: natur«: entièrement différente et à jamais incompatible. L'imagination du législateur creusé un abjme entre ces deux extrêmes et elle nlndi* que. aucun moyen pour les réunir. La Religion seule y a bâti un pont sur le précipice qui les sépare, en plaçant au dessus de toutes les vertus humaines l'espérance qui adoucit et explique Içs peines de cette vie et le repentir qui ^n efface tous les égaremens. Par cette seule conception le Christianisme détruisit et rendit inutiles tous les monumens de terreur, toutes les expiations illusoires, tous les sacrifices :>sanglans, qui attestaient les
craintes impuissantes dont Tesprît humain ëtai tourmenté. Il fit taire les prestiges enfai^és pa: les puissances de Tabyme et leur substitua cetti coupe de régénération et de vie, emblème de li nutrition du corps, à laquelle viennent se désal terer le roi et le sujet ,• le riche et le pauvre rhomme vertueux et Tètre déchu. En déployan une force réparatrice et curative tant à l'égard d rhomme intérieur qu'extérieur, le Christianism s'appliqua à constater l'affinité du péché et de 1 douleur physique. Toujours d'accord aveo les loi de l'existence sociale la Religion' rétablit par soi entremise le seul mode d'égalité qni ne soit poin chimérique, au milieu de la variété infinie de organisations, savoir celle qui se fonde sur la pa rite de droits, aux yeux d'un Juge suprême, revéti de la plénitude de la puissance et de la paternité La Religion chrétienne étant là manifestation d l'amour infini, dut enseigner à l'homme le dogm d'une charité inépuisable à côté de celui de l'effi cacité du repentir, et en fît un. pacte du créateu à la créature. En effet, l'amour du prochain n'es pas' seulement le penchant naturel d'une âme qu sa propre expérience à rendue sensible. Il est plus Il rentre dans le plan général de la Providenc et concourt à son accomplissement. Secourir l'in digent, le malheureux, Thomme coupable, c'i rappeller dans l'ordre social cette égalité , cei juste répartition : des bienfaits de Dieu, qui en i
bannie par Tabus da libre- arbitre « c'est provenir les rëfolutions et toutes les calamités qui affligent le globe, c'est favoriser le maintien des institutions humaines menacées par la collision des besoins et des devoirs, c'est épargner à l'amour infini l'exercice absolu de la toute - puissance. Le pauvre ^êit Jésus * Christ y selon la sublime parole de l'Evangile, vérité que la raison humaine inspirée par le génie poétique avait faiblement pressentie^ lors qu'elle dictait à Homère la maxime impo-* santé, que le pauvre et Vétranger sont envoyés par Jupiter,.
À tous ces attributs distinctîfs la Religion cbr^ tienne }oint encore la propriété d'allier tous les extrêmes et de les confondre dans un centre commun» Elle seul unit Pidéal à la réalité, la gran* Seur à l'hunûlité, le naif au .sublime, et la popularité des préceptes au plus haut degré de sagesse et dé profondeur. Elle enseigne des mystères pour nourrir la foi, principe de la vertu et même de la science, nous prédit des calamités et des persécutions pour embraser la charité, et promet une vie à venir pour donner l'essor au repentir et à l'espérance. Les philosophes' antérieurs à l'Homme • Dieu recommandèrent la justice, la prgbîté', la modestie, la tempérance^ la passion de la gloire, l'amour de la patrie, vertus fragiles, imparfaites et illusoires, tant que J^esprit humain ne
peut se rëgënérer à leur vëritable source. C'était prêcher les conséquences d'un principe ignore. Car la justice sans Tamour du prochain, sans Tadoration d'un Rémunérateur n'est souvent qu'iniquité. La modestie, dépourvue d'humilité, n'est qu'une pure hy pocrisie* La tempérance sans la pureté du coeur n'est qu'une prudence astutieuse et pusillanime. La passion de la gloire sans le mépris des grandeurs est un penchant coupable. L'amour de la patrie sans une charité universelle, devient un délire pernicieux , un instinct aveugle et effréné. ^
Non contente d'être remontée à la source véritable de toutes les vertus, la Religion creusa jusqu' à la racine des maux, qui affligent l'espèce humaine, et dévoila les formidables mystères de l'orgueil principe de rébellion, de division et de douleur.
Active à entraver les progrès de cette contagion universelle, la Religion chrétienne sanctionne toutes les époques de la vie, toutes les ramifications dç l'existence sociale, toutes les classes de citoyens %t embrassant simultanément l'homme tout entier, ' par le concours des sens, du coeur et de l'intelligence • el\^ établit une harmonie parfaite entre le culte intérieuf et le culte apparent*
L'harmonie qui doit exister entre ces deux fs de cu^te se fonde sur Timitation de Jësus- ;t* Et cette imitation repose sur le..^gnie foadamental que nous a transmis ]'anci<enne loi, lorsqu' au commencement de la Genëse elle déclare à l'homme dégradé qu'il fut créé à Vimag0 d$ Dieu et à sa ressemblance*
L'imitation de la divinité rendue accessible à rhomniey sert à reproduire en nous tous les traits de conformité avec cette céleste image d*un Dieu voilé par la nature. Elle démontre la sainte afiinité du Christianisme avec tous les mystères d'un monde primitif.
Le genre hi:^main réhabilité par ce précepte dans la plénitude de ses prérogatives ressentit les effets de la dignité qui lui était rendue et modi* £a j^lurieurs institutions sociales d'aprës ce type de majesté et de grandeur.
^ La., parité de droits entre les deux sexe9 fut une d^ conséquences majeures de ce principe consolant* Ja^n femmes opprimées sur toute la surface du globe ^ tant par la polygamie que par une foule d^autres usages absurdes ou cruels, recouvrèrent la portion de liberté qui leur est due» et n'acquirent la faculté d'être hommes que par Tinfluence tutélaire de la Religioti. Condamnées
mi
à etifanter avec douleur et dans uûe servitudes al solue, elles ne jouirent d*une ëgalitë légitima que lors qa^une d'elles eut porté dans son sei celui qui devait aSranchir tout le genre humaii réduit -à Tesclavage, expier toutes ses tpansgrei tions, et endurer toutes ses douleurs. Cette fraj pante analogie des vérités révélées par l'ancienn loi, et de leur application réalisée par la nou velle , prouve jusqu'à l'évidence que le culte d< ràmpur est aussi le< plus favorable & la liberté, ''f-]
En effet, Tégoisme est un principe de division et d'isolement qui porte l'individu à se considérer comme centre unique, et comme le seul point de convergence de tout ce qui l'entoure. Il suppose par cela même un germe d'inimitié, une tendence oppressive, qui exclut l'idée de l'amour Or l'amQur est le véritable principe de liberté parce qu'il n'est au fond qu'une attraction spontanée, un mobile interne, et non une impulsior opérée par la contrainte. Et ce n'est qu' à la Religion chrétienne qu'il appartient de faire circulei jusque dans les moindres parties des corps politiques, cette sève de vie, qui fait agir chaque individu pai des modfs' qu'il puise en lui - même sans toutefois l'isoler de ses semblables, ni rompre aucun des liens qui l'attachent à la société.
*) V. Baader.* De la nécessité d'une association plus intinu entrera Religion et là politique, -
Tel est Tesprit et le caractère distinctif de la doctrine de l'Homme - Dieu , propagée sur la terre. Ni la violence, ni la séduction, ni la persuasion, ni le témoignage, ces quatre moyens de propagation n^eussent suffi pour la répandre parmi des races déchues , si l'Esprit de Dieu lui - mèm^ n'eut miraculeusement concouru à l'inculquer aux hommes*
Ces merveilles de la parole attestent donc hautement l'excellence intrinsèque et la divinité du Christianisme. Indépendamment de ces preuves puisées dans son essence et dans ses résultat» bienfaisans , il en est encore d'extérieures qui dé- * montrent a priori la honte et la nécessité de ce culte de régénération et d'amour.
Ces démonstrations sont dte trois espèces dif- int^^^u
fërentes. On se hornera à en indiquer ici le point ^envisager'
de vue pour completter celles qui ont été rapide- trer la ré-
ligion riment esquissées plus haut, véièe, in-
ment de
Le premier genre de preuves est celui qui rér*°^ exceisuite de l'aspect de la nature physique, dans tou- ^'**'*''^"'* tes ses harmonies et ses vastes combinaisons,
La seconde cathégorie embrasse toutes les preuves historiqties^ empruntées des annales dô l'univers.
La troisième enfin est celle des rapports entra le monde physique et les régions de l'int^lligepce
envisagées comme type de tous les phénomènes matériels.
Cette dernière branche est la seule qui n'ait point encore été exploitée. Elle contient tous les
trésors, toutes les ruses de la sagesse, toutes les beautés ine&bles de l'amour infini/ Ce n'est que J>ar cette voie que l'on peut espérer de s'élever à" une foi contemplative , à une conviction absolue!, à une connaissance approfondie de toutes les lois de la création et de leur parfaite identité.
C'est dans ces rapports intimes et nécessaires entre le monde physique et le monde intellectuel que reposent tous les mystères de la création, de la rédemption et de la grâce. C'est en ce point seul que tous les extrêmes se touchent; que le prisme matériel de la science devient inutile, par la fusion de toutes les nuances apparentes, en un seul rayon de lumière éternelle.
S'il était donné à l'esprit humain d'expliquer le mystère de l'incarnation de l'amour infini, cett© initiation dans le sanctuaire ne pourrait s'effectuer, qu'en démontrant, que la nature physique jusque ^ dans ses moindres phénomènes -, 'est un reptèseh' tantj un emblème palpable de toutes, les combinaisons y de toutes les loix^ -de toutes les propriétés du monde intellectuel.
Mais s'il ne nous appartient point de déchirer le voile, l'esprit de Dieu n'interdit point à l'hommê d^éti soulever use partie* Dèslors les prcuveis
historiques et purement physiques acquerraient un plus haut degré d'évidence. L'édifice de la rédemption, le temple du Dieu vivant, devenu Tunique foyer des connaissances humaines, attirerait dans son endeinte la presque totalité du genre humain. Osons espérer que la providence a réservé de nos jours à quelque génie suhlime , le privilège auguste d'entrer dans Celte carrière nouvelle, n'hésitons pas à croire que les grands maux traînent apfès eux les grands remèdes et souvenons nous de cette loi générale de la création, qui au moral comme au physique fait germer la vie du sein de la mort.
Ce qu' Horace a dit de FEmpire Romaii), lorsqu' inspiré par le génie , il compare cette progrès et il maîtresse du monde à un pin inébranlable ♦) c^xie de^^ia VéîL les orages et les coups de hache ne* foiit qu' enra- Uenne, ciner,et affermir, peut être appliqué à bien plus ^ juste titre, au bel arbre de la religion chrétienne, que la main du Tout - Piwssant s^est plue à planter dans la vallée des douleurs. Cet arbre mystérieux *
enté sur les misères humaines et dans la profondeur de nos plaies, arrosé du sang des apôtres et des martyrs, des larmes des Anachorètes, battu par les orages des passions et le glaive des Césars, seul resté debout au milieu de la chute de cet empire superbe qui avait juré sa ruine , Cet arbre à Tombre
♦) Hor. Garnit
duquel sont venues se reposer toutes les nations barbares, cet arbre dont la cime se perd dans Tavenir^ et tempère les rayons du soleil de vérité, destinés à consumer le pécheur et le péché parleurs ardeurs dévorantes. £n contemplant ce rejet-^ ton nuràculeux sorti du tombeau de Tancienne loK. et rayonnant de la gloire de sa céleste origine, ov^. ne saurait se défendre d*un saint frémissement ejC: d^une admiration profonde. Mais' lorsqu^on étu — die les circonstances, qui ont accompagné son dé^- ^veloppement , l'imitation traditionelle du divin fon^ dateur perpétuée par ses disciples, les dogmes les plus sublimes inculqués aux nations les plus im* morales, les vertus les plus surnaturelles opposées à la corruption la plus affreuse, l'humilité et la patience desarmant enfin la persécution, l'arche de l'église gouvernée pa^ l'autorité la plus paterneUe, la plus douce, et en même tems la plus absolue et la plus énergique: les rêves d'une perfection qui . semblsdt chimérique *) réalisés dans la solitude, au pied du trône > et sous le glaive des persécuteurs ♦♦): les avantages de toutes les formes de Gouvernement combinées par la charité dan$ celui de l'église; enfin la nature humaine triomphante d'elle-même par le secours de la grâce divine, c'est alors que l'étonnement ' est poussé au plus haut degré et surpasse notre Intel*
*) Platon paasim. Dial, Rëpub^
**) Plin, ep* Tac. Ann. Lact. Tartttllian.
ligence. Tel est cependant le miracle perpétuel que présente à nos yeivc, l'histoire des quatre ;^emiers siècles de i*ëre chrétienne.
Les disciples de Jésus Christ travaillèrent au salut des hommes en imitant "^leur divin maître c'est - à - dire qu'ils édifièrent sans détruire ♦) et ae s'arrogèrent sur leurs troupeaux qu'une auto- ' rite purement spirituelle , dégagée de toute orgueilleuse attribution» L'homme vivant sous l'influence réunie de la loi des besoins, de la loi natofèlle et des lois civiles de .son pays, reçut un g^ide de plus dans la loi révélée, qui justifia lé principe de tous les cultes, même en détruisant leurs prestiges, et ne fît que sanctionner les liens sociaux, en les rattachant à un avenir sans bornes* A6n de préserver l'individu de la contagion du mauvais exemple , la religion chrétienne Tenvironna de sacremens qui lui rapellent sans cesse les mystères de sa croyance et de sa destinée. Elle brisa son orgueil par l'usage de la confession, la loi de la fraternité, les pénitences canoniques et l'obligation de prier et de méditer régulièrement les vérités les plus formidables placées à côté des consolations, dont elle inonde le coeur de l'hoipme* Aussi l'expérience parla - t - elle hautement en faveur de cette sainte doctrine, et les chrétieiis véritables furent de bons citoyens. L'imposition des
*) Ep. de St. Fanl* Actes def Apôlrei.
mains motiv<$e par le voeu unanime des commu-* nautës , donna aux chrétiens leurs évêques et leurs prêtres, charges de leur conférer les sacre* mens, de les édifier et de les instruire» Le prêtre vécut de l'autel, et sa seule jurisdiction fut d'accélerei; le pardon des offenses , de prêcher l'union par la parole, la vertu par l'exemple, et d'arrêter les scandales en se servant des remèdes suggérés par la charité, et prescrits par let canons.
L'évêque fut le dépositaire de la doctrine, le gardien et l'arbitre de la discipline, la sauvegarde des moeurs publiques , le surveillant des pasteurs subalternes. La réunion des évêques en synode* provinciaux ou en conciles universels représentant le corps entier de l'église posséda seule le pouvoir de législation et d'interprétation , fondé sur les promesses de Jésus-Christ. Cette législation et cette explication fut toute spirituelle et puisée dans l'écriture' et latra* dilion ecclésiastique. Il n'y a rien dans cette admirable l^iérarchie qui ressemble à l'usurpation. Elle est le despotisme de la parole, car elle ne porte que le joug spirituel de Jésus - Christ, et ne. repose que sur les besoins réels de notre âmeu Elle est une monarchie, car elle est fondée sur des lois immuables et sur la seule gloire d'être chrétien*).
*) Montesquieu, Espr. des lois. Fleur j, Diss. sur l'ïiist. ecclésiastique. Acte» des apôtres.
Elle est une république aristocratique puisqu'elle gouverne IVglise moyennant raccord unanime de ses ëlus, leur charité et leur humilité. £lle est une sainte démocratie, puisque le droit d'élire ses V pasteurs est confié au corps entier des fidèles. Que d'élémens divers, dont Tesprit de Dieu s'est servi pour créer ce nouveau monde. Cependant le« tems prospères de l'église ne devaient pas durer toujours^ Les homnies élevés aux premières dignités de l'église se ressentirent bientôt de la dépravation de l'espèce hamaine. Les prédictions de Jésus * Christ s'accom* plirent. Tous les fléaux extérieurs ayant cessé» des maux intérieurs, bien plus funestes attaquèrent l'église. Les abus de doctrine ou hérésies, et les abus de discipline ou innovations se manifestèrent à l'envi. On ne saurait décider laquelle de ces deux espèces d'abus , fut la plus funeste à la religion^ Les hérésies à la vérité, déchirèrent le sein da Péglise, mais les différentes scissions ne servirent qu'à faire paraître dans tout son jour la pureté des dogmes professés par la majorité des fidèles» et la sagesse de leurs pasteurs. Les abus de discipline au contraire, se glissèrent insensiblement. Leur gradation imperceptible n'éveilla pas l'attention et ne jetta pas l'allarme parmi les chefs de Téglise. L'abus circula partout, infecta toutes les institutions, altéra les pratiques traditionelles et en affaiblit l'autorité aux yeux même de ceux qui étaient constitués les dépositaires de cette tradition sacrée. En un
mot les abus de discipline prêtent des argumens k
rimpie et des prétextes de relâGhement aa chrétien
indocile.
Les principaux abus de discipline furent s !• Uabus des censures ecclésiastiques, d. Le re«> lâchement dès pénitences canoniques. 3, Les faux miracles, les fausses reliques, les fraudes pieuses' de toute espèce , et les fausses traditions. 4. L^arrogation d'une jurisdiction temporelle , tout à fait incompatible avec les soins de la prêtrise et de répiscopat, prétention qui a donné lieu aux funestes contestations entre les prélats des différons sièges relativement à la suprématie; lesquelles sont devenues par la suite le fléau de l'église et Topprobre du nom chrétien. En effet, dësque les pasteurs se furent arrogés un pouvoir temporel^ la suprématie devint un objet d'utilité réelle, et fait pour exciter leur ambition. Tant qu'ils demeurèrent dans les limites de leur auguste et pénible ministère cette primauté n'était qu'un far-» deau plus pesant*
Aussi les premières altercations entre les sièges épiscopaux de l'ancienne et de la nouvelle Rome, coïnciden^t' avec la déplorable époque où la dissolution de Tempire en Occic^ent, et les fuv leurs théologiques des Empereurs dans l'Orient donnèrent aux chefs de l'église une influence di-
recte rar les affaires de Tëtat et sur les destinées des peuples. On se disputa, on déchira sans honte le corps de Jësus Christ , l'héritage du Seigneur. L'occident inondé de barbares, privé des communications qui le rattachaient jadis au berceau du Christianisme, vit bientôt l'édifice de l'église s'ébranler avec les bases chancelantes de l'existence sociale. Au sein de ses bouleversemens les provinces les plus exposées» aux incursions des peuples du nord eurent recours à l'autorité du siège de Rome. Celuici fier de sa prépondérance et de ses succès , encouragé par la faiblessse de la cour de Constantinople, «ouvent exaspérée par ses entreprises, étendit insensiblement son pouvoir aux dépens de celui des autres Evêques. • Uniquement occupé de l'affermissement de sa puissance temporelle , le siège de Rome s'inquiéta peu des altérations toujours croissantes que subissait le dogme et le culte public» Ce ne fut qu' à l'époque de la collision qui eut lieu pour la conversion de la Bulgarie que l'on s'apperçut des différences. Les papes se crurent trop avancés pour revenir sur leurs pas. On ne garda plus de ménagemens de part et d'autre. Des vues politiques aigrirent lés esprits , en corrompant toutes les discussions par le levain de la mauvaise foi. Cependant il est vtai de dire que l'église d'Occident montra toute celle de l'obstination et de l'ignorance. Sa rivale fondée sur le sol révéré qui avait été le berceau de l'église primitive, se sentit forte de la parfaite conformité
qui la rapprochait de sa céleste origine, La sëparatiai
Revint inévitable. Elle eut lieu. (Dabord sous Pho
, tius, puis sous Michel Cérulaire, patriarche en 1054..
Telle est en peu de mois la marche progressive dé la funeste contagion qui vint infecter et déchire. le sein de l'église.
Nous allons maintenant développer avec détail et recueillement tout ce qui a trait à ces funestes controverses. Le premier livre de cet ouvrage traitera des questions de dogme, le second embrasse les différences de rite et de discipline , le troisième renferme des considérations sur l'esprit des deux églises, sur' les vicissitudes qu'elles ont subies et la possibilité de leur reunion à l'avenir.
Puisse le soleil de vérité s'élever un jour sur cet horizon obscurci par les erreurs [et les passions de l'homme. Qu'il daigne éclairer notre esprit dans les recherches que nous allons entreprendre, afin que restés fidèles à la croyance de nos pères , nous parvenions à constater à la face du monde et pour l'instruction de tous les chrétiens orthodoxes : que la religion du Christ , telle que l'enseigne et la pratique notre sainte église, est la plus pure et la plus conforme aux préceptes de notre divin Rédempteur.
Fin de V Introduction.
C onsidé ratio ns
sur
la doctrine et Vesprit
l'Eglise orthodoxe.