‹ Considérations sur la faune pélagique du golfe de MarseilleChapitre 15 sur 54 · PÉLAGIQUES ERRANTS PERMANENTS · texte numérisé non relu

PÉLAGIQUES ERRANTS PERMANENTS

Les Pélagiques permanents côtiers se rapportent à deux catégories distinctes, l’une comprenant les formes larvaires, l’autre les formes adultes.

A : Pélagiques côtiers permanents à faciès larvaire. — Ce sont des persistances larvaires adaptées à la vie pélagique littorale. Les caractères éthologiques établissent-ils une différence entre les larves et ces pélagiques? Ceux-ci habitent la surface de la mer, non loin des côtes, notamment dans les calanques abritées, où le vent et les vagues ont le moins de prise. À mesure qu'on s'éloigne du rivage, leur nombre diminue et à quelques kilomètres ils disparaissent complètement. Cependant, si on

veut trouver, à ce point de vue, une différence avec la distribution que la plupart J . . . 7 . %

des larves présentent, on peut dire que celles-ci paraissent s’éloigner encore moins

du littoral que les pélagiques permanents. L'observation suivante le démontre avec

la dernière évidence. Une pêche commencée au vallon des Auffes rapporte en ce

(1) Moquin-T'anDin. — 4». Sc. Nat., 1869.

(2) Béiträge zur Erkenntniss der Entwickl. der Chætopoden von E. Claparède und Mecznikow.

Zeitsch. f. w. Zool., 1869.

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point une abondance prod'gieuse de larves et de pélagiques permanents larvaires. Mais, à quelque distance de là, en allant vers Ratonneau, ces derniers prédominent et finissent enfin à mi-chemin entre cette île et ce vallon, par n’avoir plus que quelques rares représentants, tandis que le nombre des larves y est encore plus restreint. À mesure que l’on se rapproche de Ratonneau, le phénomène inverse se produit et, sur les bords de cette île, larves et pélagiques reparaissent avec quelque abondance, quoique la récolte en ce point soit relativement très pauvre comparée à celle du vallon des Auffes. La raison doit, je crois, en être surtout attribuée à la pureté des eaux qui avoisinent l’île de Ratonneau, tandis que les eaux grasses, qui font du vallon des Auffes un lieu privilégié à ce point de vue, sont un puissant attrait aussi bien pour les pélagiques larvaires permanénts que pour les larves.

Comme ces dernières, ils ont la faculté de quitter la surface lorsque la mer est fortement soulevée, ou lorsque le soleil a depuis longtemps quitté l'horizon. Ils nagent alors entre deux eaux, mais ils peuvent se reposer sur les Algues et autres corps sous-marins. [ls ne remontent à la surface qu’avec le calme et, en temps ordinaïre, quelques heures après le lever du soleil. Ils partagent donc les mêmes habitudes que les larves. Cette faculté de pouvoir à volonté quitter la surface pour gagner les profondeurs moyennes de trente mètres, paraît être le point de départ de l’adaptation aux grands fonds des espèces à faciès larvaire. Elle permet aussi d'expliquer comment certaines espèces pélagiques ont pu s’adapter à la marche en perdant peu à peu le pouvoir de remonter à la surface.

Par suite de leur adaptation littorale, les pélagiques permanents larvaires sont soustraits aux courants du large, dont l’influence ne se fait pas sentir entre les îles et la côte dans le golfe de Marseille. Leur extension géographique est très grande, mais chaque espèce présente, comme n'importe quelle espèce animale, une distribution propre et nombre d’entre elles sont cantonnées en des régions particulières.

Il me resterait encore à examiner quels sont leurs moyens de défense et si la transparence de leurs tissus leur est une protection. Je n’insisterai pas; car, à ce point de vue, les pélagiques ne se distinguent pas des larves, et peut-on admettre qu’une larve incolore reste invisible à un Copépode qui, transparent comme elle, vit dans le même milieu? Ce serait prétendre que les animaux transparents ne se voient pas entre eux. Quant à la question de savoir si la transparence les soustrait à la vue des poissons, il est bien difficile de se prononcer catégoriquement; mais la chose paraît peu probable; telle est du moins mon opinion. D'ailleurs, en admettant que leur transparence les rende invisibles, la présence de ces animaux se décèle toujours par leurs mouvements incessants.

1° Tintinnides. — Ces Infusoires doivent être considérés comme des persis-

tances larvaires qui ont continué à mener la vie pélagique errante des larves primitives.

Examinons en effet le développement d’un Acinétien, par exemple de Podophrya Lyngbei, Fhbg., dont la génération gemmipare a été décrite d’une manière magistrale par M. le professeur Ch. Robin (1). Au centre de la face supérieure apparaissent de petites calottes sarcodiques, en nombre variable, qui s’allongent de plus en plus, poussent des cils courts sur tout le pourtour de leur face concave et finissent par se détacher de la Podophrya mère, dont elles s’éloignent, soit en nageant avec agitation à l’aide de leurs cils, soit en rampant à l’aide de ces derniers sur les corps voisins. Après avoir erré un certain temps, ces larves élisent domicile sur un corps solide où eiles s'appliquent par toute leur face ciliée. En suivant pas à pas cette fixation, M. le professeur Robin a constaté que la face ventrale constitue le pédoncule, tandis que sur la face opposée prennent naissance les suçoirs : la Podophrya adulte est ainsi formée. En somme, les Podophryes passent par une phase ciliée qui assure la dispersion de l'espèce ; mais elles ne s’y arrêtent pas et réalisent un état supérieur, que vient modifier le régime parasitaire. On peut donc comparer les Acinètes aux Cirrhipèdes qui, atteignant le stade ostracode, le dépassent, tout en subissant des modifications plus ou moins régressives suivant la nature de leur parasitisme. Puisqu’un être arrivé à une certaine dignité zoologique, présente dans son développement complet, soit l’état persistant d’un autre être, soit, dans le cas où celui-ci ait de nos jours disparu, un état ancestral, on doit rechercher si le stade cilié des Podophryes est représenté dans la nature actuelle par des organismes adultes. Or, ces organismes existent ; ils sont très nombreux, et montrent bien de quels changements morphologiques est susceptible une forme primitive, dont les éléments constitutifs ne semblent 2 priori pouvoir être le siège d’une telle différenciation. Tous les Infusoires, Holotriches, Hétérotriches, Hypotriches et Péritriches, et plus particulièrement les Tintinnides, personnifient le stade cilié primitif des Protozoaires. Mais tous n’ont pas continué la vie pélagique errante : les uns ont quitté la surface pour s’enfoncer plus ou moins profondément, les autres se sont adaptés à l’eau douce, où on les trouve, soit errants, soit fixés à des corps étrangers, quelquefois même parasites. Ceux dont le régime n’a subi aucune variation, sont donc ceux qui rappellent le plus l’état primitif. Tel est le cas des Tintinnides, dont la plupart nagent en compagnie des Péridiniens et autres animaux pélagiques côtiers, tandis que certaines espèces (?), d’après Claparède et Lachmann, habitent à une certaine profondeur, au milieu des Algues, non loin du rivage.

Les Tintinnides qu’on trouve à la surface de la mer, près des côtes, se meu-

(1) Cu. Rois. — Ÿournal de l'Anat. et de la Physiol., 1877.

vent au moyen du battement des cils qui occupent entièrement la surface du. corps. Leur locomotion est très vive et on les voit traverser avec rapidité le champ du microscope. D’autres fois ils sont complètement immobiles , les cirrhes buccaux seuls battant et déterminant un courant pour attirer les matières nutritives. Dans ce cas, ils sont portés passivement par les flots, mais ils ne restent jamais longtemps en repos. Bien que pélagiques, ils gagnent les profondeurs ou plutôt les points où l’action des vagues ne se fait pas sentir, en cas de mauvaise mer, et lorsque la nuit commence à arriver, pour remonter avec le soleil et le beau temps. Dans ces conditions, est-il possible de reconnaître les Tintinnus pélagiques nageurs des Tintinnus normalement (?) établis à certaines profondeurs? Claparède et Lachmann, qui ont les premiers signalé cette différence d’habitat pour les diverses espèces de Tintinnides, ne trouvent entre elles aucun caractère distinctif. D’autre part, Ehrenberg a recueilli le Tintinnus inquilinus flottant à la surface dans le port de Copenhague, tandis que certains individus rapportés à la même espèce se fixent à des Algues aux environs de Kiel. Claparède et Lachmann (1) pensent que ces derniers sont des Cothurnies, ou bien des Tintinnus embarrassés dans des Algues, mais en aucun cas fixés. Cette dernière hypothèse paraît la plus probable; j'ai en effet rencontré la même espèce appuyée sur des Algues, espèce que j’ai également recueillie à la surface. Ce double habitat n'est d’ailleurs pas spécial à Tintinnus inquilinus ; on le constate pour d’autres espèces qui m'ont paru nouvelles et qui, quoique essentiellement pélagiques, peuvent néanmoins se reposer sur des corps sous-marins, à des profondeurs de 8-10 mètres. L’explication de cette double distribution se trouve dans ce fait, sur lequel j’ai précédemment insisté, à savoir que tous les pélagiques nageurs larvaires permanents, de même que les larves, émigrent la nuit en cas de mauvaise mer. Il n'est dès lors pas étonnant de trouver des Tintinnides appartenant à la même espèce depuis la surface jusqu’à des profondeurs de dix à trente mètres.

Remarquons enfin que le Tintinnus mucicola, Clap., espèce pélagique pouvant comme toutes ses congénères s’enfoncer plus ou moins à volonté, habite également les eaux douces, d’après Claparède. Si cette observation’ venait à se confirmer, elle étendrait encore davantage ce fait qu’un être inférieur peut présenter dans son mode de vie de divers régimes biologiques; car le Tinfinnus mucicola serait à la fois un type pélagique nageur, un type littoral vivant à de faibles profondeurs et enfin un type lacustre.

Le tableau suivant contient le nom des divers Tintinnides recueillis pendant l’année 1882 dans le golfe de Marseille :

(1) CLaparÈDE et LACHMANN, — Loc. cit., page 197.

13 Janvier. — Ratonneau.....,

1° Février

2 Mars.

9 Mai » »

29 Juin.

5 Juillet.

20 Juillet.

25 Août.

. — Vallon des Auffes, »

Cap Janet.:....

— Morgilet ......

— Château-d'If....

— Morgilet.......

Ratonneau .....

— Vallon des Aufes.

— Château-d’If....

31 Octobre. — Vallon des Auffes.

1 Tintinnus, nov. spec. (a).

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